mémoire de glace 2050

 

 

Mémoires de glace

2050

 

(Le secret de l’existence sous les glaces)

 

©Yvon Bailly

ISBN 978197373148302

Tous droits de reproduction, traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

1997 Yvon Bailly, 38 rue de la Tour d’Auvergne 75009 Paris

pour les textes et illustrations

Déclaration à la Maison des Artistes : inscription B 379 934.1

 

 

 

Sommaire

 

 

 

1         Le secret de l’existence sous les glaces (2120)………………………………. 7

2         Les conférences (1960)…………………………………………………………. 8

2.1      La première conférence…………………………………………………………. 8

2.2      La seconde conférence…………………………………………………………. 13

2.3      Les paroles du guide………………………………………………………….. 25

2.4      Le concours…………………………………………………………………….. 30

3         Le tour du Monde (1960-1970)……………………………………………… 34

3.1      Les êtres  choisis………………………………………………………………. 36

3.2      Le voyage………………………………………………………………………. 41

3.3      Le chef indien………………………………………………………………….. 43

3.4      Le chef des aztèques…………………………………………………………… 45

3.5      Mère T………………………………………………………………………….. 46

3.6      Madame Le Maire T…………………………………………………………… 49

3.7      Le sage des glaces……………………………………………………………… 53

3.8      Le retour à la base……………………………………………………………… 60

3.9      L’Algérie………………………………………………………………………… 62

3.10Le chef africain…………………………………………………………………….. 69

3.11Le chef russe……………………………………………………………………….. 73

3.12Le chef chinois…………………………………………………………………….. 79

3.13Le dalaï-lama………………………………………………………………………. 86

4         Le rêve prémonitoire (1970)…………………………………………………. 92

5         La construction de l’arche (1970-2005)…………………………………….. 94

5.1      Le retour à la base……………………………………………………………… 94

5.2      Le hangar……………………………………………………………………….. 99

5.3      Le docteur : Bernard…………………………………………………………. 104

5.4      Le professeur de philosophie : Henri………………………………………. 105

5.5      L’institutrice : Chantal………………………………………………………. 107

5.6      Le garagiste : Paul…………………………………………………………… 107

5.7      Le policier : Jean…………………………………………………………….. 109

5.8      La mère de famille…………………………………………………………… 111

5.9      L’homme politique…………………………………………………………… 111

5.10Le paysan : Louis………………………………………………………………… 112

5.11Le biologiste : Mathieu…………………………………………………………. 112

5.12L’informaticien : Yuan………………………………………………………….. 113

5.13L’invitation sur l’arche…………………………………………………………… 113

5.14Le retour au chantier de l’arche…………………………………………………. 114

6         Les erreurs des civilisations………………………………………………… 122

6.1      L’Eden…………………………………………………………………………. 122

6.2      Les guerres sociales………………………………………………………….. 125

6.3      Le fils de Dieu……………………………………………………………….. 127

6.4      La guerre de 100 ans…………………………………………………………. 127

6.5      Le Moyen-Age……………………………………………………………….. 129

6.6      L’empereur…………………………………………………………………….. 130

6.7      Les guerres mondiales……………………………………………………….. 131

6.8      Le fils des pêcheurs………………………………………………………….. 132

6.9      L’entre deux guerres…………………………………………………………. 138

6.10La 2ème guerre mondiale et l’après-guerre……………………………………… 142

6.11La génération 68…………………………………………………………………. 147

6.12Le mondialisme………………………………………………………………….. 154

6.13La médecine «  moderne »……………………………………………………… 159

6.14L’oubli de la nature………………………………………………………………. 161

6.15Les sous-marins nucléaires……………………………………………………… 164

6.16Le terrorisme international……………………………………………………… 166

6.17Les sportifs criminels……………………………………………………………. 169

6.18Une question de génération…………………………………………………….. 172

6.19Le manque de bon sens…………………………………………………………. 175

6.20Les femmes……………………………………………………………………….. 177

6.21La libéralisation de la femme…………………………………………………… 179

7         Le sous-marin des clones…………………………………………………… 188

7.1      La route vers son âme……………………………………………………….. 188

7.2      Le point zéro………………………………………………………………….. 192

7.3      Les figures maternelles………………………………………………………. 195

7.4      Le guide……………………………………………………………………….. 198

7.5      La navigation…………………………………………………………………. 200

7.6      La nouvelle vie……………………………………………………………….. 201

7.7      Les cas du magnétiseur……………………………………………………… 208

8         Le cataclysme………………………………………………………………… 212

8.1      Réunion des dignitaires dans le 3ème sous-marin………………………… 220

8.2      La mise à l’eau de l’arche……………………………………………………. 223

8.3      L’arrivée dans l’arche…………………………………………………………. 224

8.4      La vie dans l’arche……………………………………………………………. 228

8.5      L’explosion……………………………………………………………………. 230

8.6      Le naufrage du sous-marin des notables…………………………………… 240

9         La quête spirituelle de l’Arche (2050-2150)………………………………. 243

 

 

 

1         Le secret de l’existence sous les glaces (2120)

 

Un très vieil homme, sentant sa fin approcher, fait appeler son unique petit-fils auprès de lui. Il doit lui révéler un secret qu’il tient de son père et qui est transmis de génération en génération. Un bel homme s’approche de lui, vêtu d’une combinaison blanche, semblable à celle des cosmonautes. D’ailleurs ici, tout le monde est habillé ainsi. Il contemple le visage de son grand-père, fripé par les années, tout en cherchant mentalement son age.  D’après ses repères, il doit bien avoir au moins 150 ans ! Le vieil homme lui fait signe de venir tout près de son lit. Enfin, si l’on peut dire, car ce n’est autre qu’un renfoncement taillé à même la glace.

Il lui dit : « Viens t’asseoir près de moi, mon petit Akim. L’heure du grand voyage approche pour moi et crois-le bien, j’attends ce moment depuis notre arrivée en ces lieux ! Mais tu sais, personne n’a le droit de se donner la mort ni de la refuser lorsqu’elle se présente. Avant de quitter cette vie, j’ai beaucoup de choses à te révéler. Je vais te conter l’histoire incroyable qui nous a conduit jusqu’ici. Tout ce que je vais t’apprendre sera lourd de conséquences pour ton avenir car tu vas détenir à ton tour le savoir, le pourquoi de notre existence et de notre déclin.  Toi seul pourras à ton tour le transmettre à qui de droit. Tout cela va te sembler bien confus car tu n’as connu jusqu’à maintenant que la froideur de ces murs de glace qui t’ont pourtant permis de vivre sans te soucier du lendemain.

Alors, le grand-père remonte dans le temps pour expliquer à Akim ce qui s’est passé : Tout a commencé quand les grands de ce monde se sont réunis car ils ne pouvaient plus se cacher le risque d’un cataclysme «.

Et il lui raconte alors la première conférence mondiale.

 

2         Les conférences (1960)

2.1      La première conférence

 

«  Je me souviens très bien de cette conférence. Tu dois imaginer un porte-avion dans les eaux internationales escorté par des centaines de policiers «

Le grand-père s’enfonce dans sa mémoire pour lui donner le plus de détails possibles :

«  Quelques personnalités arrivent en bateau, mais la plupart se posent en hélicoptère, accompagnées de leurs gardes du corps. Tous sont fouillés systématiquement et doivent laisser leurs armes au contrôle car des appareils sophistiqués les détectent immédiatement. Puis ils sont conduits dans des cabines, aménagées en bureau pour l’occasion avec téléphone et télex. Aucun journaliste n’est présent, le rendez-vous a été tenu secret. Une première réunion commence à quinze heures. Les chefs d’état des pays industrialisés les plus riches du monde sont réunis. Bien que détenant des informations capitales sur la situation mondiale et ayant déjà leurs idées sur la question, ils décident d’approfondir plusieurs sujets avant d’envisager l’avenir de la planète. Tout d’abord les principaux responsables du nucléaire entrent un par un. Ensuite les généraux, les ingénieurs, les chercheurs expliquent point par point la situation de leur pays respectifs.

Le premier pays de la liste à parler est comme par hasard l’une des deux plus grandes puissances mondiales en ce qui concerne l’arme nucléaire, et la plus fournie en centrales ; elle est située à l’Est. Tout d’abord son responsable décrit l’immensité de son territoire à l’aide d’une carte géographique. Puis il projette des diapositives sur un écran géant, montrant ainsi les centaines de centrales nucléaires disséminées dans son pays. Il présente ensuite le prototype d’un sous-marin armé d’ogives nucléaires. Son pays en possède un nombre impressionnant qui sont parqués dans un lieu tenu secret. Il parle aussi de fusées pointées vers les autres nations, qui ont une puissance mille fois plus forte que la dernière bombe atomique lancée. Il avoue enfin, à contrecoeur, qu’ils ont envoyé un satellite dans l’espace avec à son bord une ogive nucléaire. A ces mots, toute l’assemblée frémit d’effroi.

Puis on donne la parole aux ingénieurs, aux chimistes et enfin aux chercheurs, garants du bon fonctionnement des travaux de recherche en cours. Après un moment de détente, suivi d’une collation, la réunion reprend et le débat qui doit engager l’avenir de la planète, commence. L’un des responsables de la recherche prend la parole au nom de toutes les personnes concernées. Il doit rendre compte du bilan de leurs recherches. Et d’une voix blanche, dévoile ce qu’aucun n’avait envisagé. Au début du projet nucléaire, celui qui en a été le créateur, en voyant ce qu’il avait découvert, s’est donné la mort. A l’époque, on a pris son acte pour de la folie ou de la dépression. Mais la réalité était tout autre, il avait compris que cette arme absolue une fois enclenchée, ne pourrait plus être maîtrisée et pourrait être mal utilisée dans deux directions. D’une part, utilisée pour la défense du pays, elle pouvait tomber sous la volonté d’un, voire de deux responsables politiques qui n’étaient que des êtres humains faillibles. Ils pourraient très bien appuyer sur un bouton et entraîner un conflit mondial où tous seraient perdants. D’autre part, utilisée comme une nouvelle énergie de consommation produite dans les centrales, elle pouvait tout aussi bien devenir malgré tout une vraie bombe à retardement. Car une fois cette énergie en activité, il est impossible de l’arrêter et il faut des budgets colossaux pour entretenir ces centrales et traiter les déchets radioactifs qu’elles génèrent.

Et même avec beaucoup de dépenses, il y a des conséquences écologiques, car l’eau de refroidissement des réacteurs s’écoule dans les rivières puis dans les mers. Tout l’environnement proche et la population vivant près de ces centrales sont mis en danger et peuvent être irradiés si il y a des fuites. Quand de tels accidents surviennent, les enfants et les animaux naissent avec des difformités telles que celles des monstres présentés dans les foires. Les cancers de la thyroïde se multiplient. Des algues jusque là inconnues des spécialistes font leur apparition et gagnent toutes les côtes, prolifèrent à grande vitesse, détruisant la faune et la flore et toutes les espèces de poissons existant dans ces eaux-là. Ainsi, d’importants essais nucléaires qui ont eu lieu à l’air libre toutes ces dernières années ont eu des conséquences atmosphériques importantes. Le cours des saisons en a été changé, les moyennes climatiques ne sont plus respectées.

La pollution radioactive a entraîné des maladies respiratoires graves. Comme des protestations se faisaient entendre par le biais d’associations de défense de la planète, les essais n’ont plus été fait en surface mais sous terre. Quand ces essais jusqu’alors tenus secrets, seront dévoilés au grand public, on comprendra que les conséquences ne sont pas visibles à l’oeil nu mais bien perceptibles par les chercheurs, au même titre que les tremblements de terre, allant jusqu’à sept sur l’échelle de Richter. Ils devront avouer alors que des séismes, des cataclysmes, des tremblements de terre, des raz de marée, des éruptions de volcan de ces dernières années n’étaient pas du tout des catastrophes naturelles. Elles ne provenaient pas non plus d’une vengeance du divin pour nous punir, contrairement aux informations diffusées par les médias. Mais c’était bel et bien la punition de l’homme par lui-même. En d’autres mots, vous ici présents, vous devez savoir que nos mers sont devenues radioactives, les poissons contaminés et tous les autochtones auront à plus ou moins brève échéance des cancers de toutes sortes. Et ce, même si tout cela a bien entendu été démenti par nos gouvernements depuis toujours ».

A la fin de ce discours plus qu’alarmant, la stupeur règne dans la salle. Tous commencent à comprendre ce qui vient d’être annoncé. On clôture la séance afin de permettre à tous les participants de prendre du recul. Chaque responsable se retire dans sa cabine pour avoir un entretien avec ses conseillers sur le sujet de cette journée historique, à tous points de vue. Puis, conscients de ce qui les attend le lendemain, ils décident d’aller se coucher tôt.

Le lendemain matin, quand ils se réveillent, un soleil magnifique brille sur une mer aux reflets d’un bleu intense. On voit certains d’entre eux savourer ces instants empreints de beauté et de calme, comme si ils voulaient oublier la réunion de la veille. Pourtant ils ne vont pas tarder à devoir se rendre à l’évidence, la réalité est bien loin de cette mer d’huile et de ce temps sublime. Après un petit-déjeuner réconfortant, ils reprennent au grand complet le chemin de la salle de conférence et s’installent à la place qui leur a été attribuée la veille.

On fait entrer les responsables de la deuxième puissance mondiale tirée au sort, et qui elle est située à l’Ouest. C’est en fait la première dans l’esprit de beaucoup de gens. Le général des armées qui gère la force de frappe nucléaire de ce pays prend la parole. A son tour, il projette des diapositives, montrant également un nombre impressionnant de centrales nucléaires et d’engins conçus pour se protéger des autres nations du globe. Il fait une synthèse presque identique à celle de son homologue de l’est : il est désormais impossible de penser un jour maîtriser cette force qui va à brève échéance détruire le monde, au lieu de le protéger ! Il avoue alors que sa nation a perdu, très peu de temps auparavant, trois sous-marins nucléaires dans une fosse du Pacifique. Ces engins détiennent une puissance de feu mille fois supérieure à la dernière bombe atomique. Ils sont conçus pour résister à des pressions hors du commun. Mais personne ne peut les garantir dans le temps, et s’ils explosent, ils vont déclencher un cataclysme sans précédent.

Au fur et à mesure de la réunion, les participants sont de plus en plus perplexes et inquiets devant cette grave réalité : l’homme ne maîtrise plus ce qu’il a créé pour soi disant dormir tranquille.

C’est au tour des chercheurs scientifiques de cette puissance de l’Ouest d’intervenir. Comme leurs homologues de l’Est, ils ont malheureusement constaté les mêmes phénomènes d’irradiations avec leurs conséquences en  maladies et naissances anormales. Leurs rivières et mers ont, elles aussi, été contaminées par les déchets nucléaires jetés sciemment. Ils ont envoyé des reporters, munis de protections plus que rudimentaires, avec des caméras pour filmer les centrales concernées. Ils ont pu ainsi constater avec effroi que plusieurs d’entre elles avaient explosé en laissant échapper leur contenu dans un rayon important de kilomètres. Les analyses montrent que l’eau, la faune et la flore sont irradiées. Mais rien de tout cela n’a été ébruité et les pêcheurs inconscients continuent de pêcher dans ces eaux-là. Pire, les chercheurs avouent qu’ils n’ont rien divulgué de leurs constatations, avec l’accord des hauts responsables. Ils expliquent même qu’ils devaient laisser construire de plus en plus de centrales – avec la création ainsi de plus en plus de déchets, sans aucune solution de recyclage possible car c’est la seule solution pour répondre aux besoins de plus en plus importants en énergie !

Avec ce second discours, les déclarations de ces deux plus grandes puissances mondiales ne laissent plus aucun doute sur l’échec du système. C’est alors le tour des petites nations de prendre la parole.

La première à parler possède elle aussi l’arme absolue ainsi que des centrales. Elle est  représentative de la dérive de cette planète car bien qu’elle soit petite, elle représente les valeurs et la protection des droits de l’homme. C’est une terre d’accueil pour les réfugiés politiques qui risquent la peine de mort dans leurs pays car ils sont contre le régime en vigueur dans leur pays, bien souvent des dictatures. On fait donc entrer sa délégation, et le premier à s’exprimer est le général des armées qui a la lourde tache de gérer la force nucléaire de ce pays. Comme ces deux précédents homologues, lui aussi, expose, à l’aide de diapositives, les problèmes engendrés par les centrales. Il fait passer des photos de déchets radioactifs. Il démontre comment, à la sortie d’une simple tuyauterie, on peut envoyer la mort sans aucun panneau de signalisation. Il montre aussi des photos de décharges publiques où sont entassés des containers de déchets radioactifs, qui parfois proviennent même de pays voisins. Voilà ses commentaires : «  Ces déchets sont jetés par des gens peu scrupuleux qui, pour de l’argent, viennent vider leurs déchets radioactifs en toute impunité puisqu’il n’y a pas ou très peu de contrôle aux frontières. Cela a entraîné la contamination des nappes phréatiques qui sont devenus radioactives. Les cultures maraîchères ainsi arrosées ont été irradiées, aggravant le risque de cancers dans la population sans que personne ne s’en inquiète. Bien s» r, d’autres boucs émissaires ont été donnés aux populations comme raison de ces cancers. Quant aux armes nucléaires, elles ont été disséminées aux quatre coins du pays. Des sous-marins et des avions de combat en sont également équipés. Ainsi, notre nation a tout de même une force de frappe considérable. Mais comme elle ne pouvait pas faire d’essais sur son territoire, elle a procédé à des essais à l’air libre dans ses territoires d’outre-mer. Les pays voisins ayant porté plainte auprès des organismes internationaux, les essais sont devenus souterrains. Finalement, même cet endroit, au départ paradisiaque, a connu le même enfer que les autres, contre quelques maigres compensations financières. Par exemple, le taux de stérilité a augmenté aussi bien chez l’homme que chez la femme. Pour masquer ces problèmes, il a suffi d’implanter sur le site, un lancement de fusées et le tour a été joué pour calmer l’opinion publique. Pour être tout à fait honnête, je dois vous avouer que ma nation aussi a envoyé un satellite avec une bombe dont on a perdu la trace et le contrôle depuis plusieurs mois mais nous «  espérons «  bien rétablir le contact dans les plus brefs délais ! «

A leur tour, des scientifiques de cette nation tiennent les mêmes propos que ceux des deux grandes nations : «  Il deviendra vraiment impossible de contrôler la force nucléaire dans les années à venir. Même si nous essayons de tout mettre en oeuvre pour retarder l’échéance ; nos craintes concernent les pays en développement qui ont acheté nos centrales «  clés en main «  et qui ont soi-disant promis de ne pas se servir des produits de ces centrales pour construire leur propre bombe atomique. Nous le craignons d’ailleurs à tel point que nous ne leur avons fourni qu’une partie des plans pour éviter qu’ils n’en soient capables ! C’est d’ailleurs en suivant cette même logique que nous leur aurons vendu les armements de haute technologie. Nous les avons installés avec un champ d’action limité afin d’éviter que ces pays puissent les retourner contre notre pays «.

Mais surtout ces scientifiques abordent un nouveau sujet, les recherches d’armes biologiques qui ont déjà pu être expérimentées sur des animaux et même, des êtres humains, à leur insu : «  Pour les animaux, les expériences ont eu lieu sur des animaux enlevés car un grand nombre d’associations prennent la défense des animaux et interdisent ce type d’expérience. Pour les essais sur les humains, le corps médical a fait signer des décharges aux gens qui acceptaient des protocoles d’essais de médicaments, ce qui les lavaient de tout soupçon et ils ne risquaient pas d’être incriminés dans quoi que ce soit. Ainsi nos recherches sur les techniques du 21ème siècle ont avancé à grands pas : alimentation de synthèse, produits transgéniques, produits chimiques.

Grâce à cette recherche médicale, nous avons mis au point des rayons laser qui permettent de résoudre certains problèmes de santé mais surtout qui provoquent des brûlures comparables aux brûlures radioactives, à plus ou moins grande échelle. Ceci nous a donc permis de tester la résistance humaine aux brûlures engendrées par la radioactivité et de faire des progrès sur leur traitement en cas de fuites radioactives. En fait, ces mêmes rayons, bien dosés dans leur impact, ont des propriétés curatives mais aussi destructives.

Grâce à ces expériences, nous sommes sur le point de déterminer combien de temps l’homme doit rester dans un abri anti-nucléaire avant de pouvoir revenir à l’air libre sans être contaminé. D’ailleurs nous recevons déjà de nombreuses demandes de particuliers fortunés qui ne veulent pas prendre de risques. Pour l’instant, les abris construits sont surtout de grands abris à des fins militaires et afin surtout de protéger les responsables politiques du moment «.

Pour finir, les scientifiques insistent à nouveau sur les dangers que représentent les autres nations dont les technologies sont plus ou moins avancées : «  Elles sont parfois encore plus dangereuses car dans ce domaine, il y a des apprentis sorciers. Nos espions disséminés dans ces pays avaient pu constater de nombreux accidents lors de telles expériences qui avaient entraîné la mort des personnes irradiées. Et même si les grandes nations essayent d’interdire la vente des matériaux pour construire les centrales, des marchés parallèles se sont installés malgré leur surveillance. Les risques d’accident n’ont jamais été aussi grands «

L’exposé de cette nation s’achève sur ces déclarations. Les hauts responsables se retirent alors pour faire le point avec tous les éléments mis à leur disposition. Il faut trouver une solution rapide au problème et d’un commun accord, ils convoquent de nouveau tous les généraux et les chercheurs scientifiques. Vu l’ampleur de la situation, ils leur donnent un an pour leur présenter les solutions possibles pour pallier à la catastrophe, et pour ce faire, ils leur accordent les budgets nécessaires, sans restriction. La conférence est terminée.

La valse des hélicoptères recommence et chacun regagne son pays d’origine avec une terrible sensation de froid dans le dos qui persiste, il y a d’ailleurs de quoi. Chaque nation se met alors au travail afin d’établir une stratégie pour pallier aux problèmes. Un délai d’un an, c’est à la fois trop long et trop court. Mais tous sont conscients qu’il est plus qu’urgent de trouver une solution. Bref ils sont devant le mur : fini de manger son pain blanc, maintenant il va falloir en payer le prix !

 

2.2      La seconde conférence

 

L’année accordée à la délégation s’étant achevée, une nouvelle conférence au sommet est organisée. Comme il ne faut surtout pas réveiller l’opinion, il s’agit d’abord de trouver une excuse valable pour une telle réunion ainsi qu’un nouveau lieu. La décision est vite prise : la réunion aura donc lieu à bord d’un sous-marin nucléaire, issu de la dernière invention technologique et logistique, indécelable sous l’eau, rendant ainsi les fuites impossibles. Comme ils ne peuvent pas être superstitieux à un tel niveau, ils choisissent une date, le 13, et ce, toujours dans les eaux internationales, pour éviter tout incident diplomatique. Reste à trouver le prétexte de cette conférence : ce sera l’intrusion d’un pays chez son voisin, en Orient.

C’est ainsi qu’un jour «  13 «, les hélicoptères de chaque pays se posent sur une plate-forme prévue à cet effet. Chaque chef d’état pénètre à l’intérieur, escorté par un marin qui le conduit dans sa cabine, digne des suites luxueuses dont il est habitué dans les palaces. En revanche, il n’y a aucun moyen de télécommunication afin d’éviter d’être capté par les réseaux d’espionnage habituels. La date a été choisie en fonction d’un long week-end de fête et des séances de travail très denses sont prévues, qui pourront durer de 10 à 15 heures, de façon à réduire l’absence des chefs d’état, qui ont donc pris cinq jours de congés et délégué leur sosie. Ceux-ci sont donc partis à leur place dans leur résidence secondaire pour tromper les journalistes. Après avoir pris un repas léger dans leur cabine, ils se retrouvent tous dans une immense salle, une sorte d’hémicycle reconstitué. Chaque chef d’état dispose d’un siège confortable, Equipé d’un matériel ultra sophistiqué qui lui permet de projeter de sa place, sur un écran géant, tous les éléments qu’il a reçus de ses propres généraux et de ses responsables scientifiques.

Le premier chef d’état tiré au sort commence son exposé qu’il souligne à l’aide d’un crayon laser et s’adresse à l’assemblée en ces termes : « Vous savez que ma nation à été la première à concevoir et envoyer une station orbitale habitée dans l’espace, au cas où nous ne pourrions plus vivre sur la planète Terre. Ces expériences nous ont permis d’étudier les manières d’y survivre. Malheureusement tous les chercheurs de tous bords sont unanimes, les conclusions que je vais vous donner maintenant sont des plus alarmantes et surtout irréversibles dans le temps.

Tout d’abord, nos centrales sont encore à peu près fiables mais nous observons des fuites incessantes de radioactivité autour des cités et dans les rivières, les mers et les nappes phréatiques. Nos sous-marins nucléaires deviennent vétustes, nous n’avons pas les budgets pour les remplacer, nous avons tout juste les moyens de les entretenir comme tels, en les repeignant pour donner l’illusion du neuf et rendre crédible notre force de frappe. Ils ont pourtant des fissures importantes, invisibles à l’oeil nu, qui ne leur permettent plus d’atteindre de grandes profondeurs et d’y rester longtemps, sous peine d’être perdu avec leurs membres d’équipage. Ce qui rend également impossible le contrôle des ogives nucléaires et ce, sur des centaines d’appareils.

De plus, nos économistes et nos ministres prévoient, à brève échéance, le déclin de notre société. Ceci entraînerait l’éclatement de notre pays et éparpillerait notre force nucléaire dans plusieurs états. Nous serions à la merci des gens incontrôlables et nous subirions une perte financière considérable. Cela fait des années que nous sacrifions nos finances pour l’armement. Nous avons donc fabriqué des armes en surnombre sans penser aux frais d’entretien et de maintenance très onéreux et au besoin en personnel militaire formé à cet effet. Si nous avions engagé des spécialistes venant d’autres pays, nous aurions pris le risque dangereux de montrer notre incapacité au monde entier et détruit ainsi toute notre crédibilité. D’ailleurs, à la suite de notre dernier essai nucléaire souterrain, l’une de nos usines a été ensevelie à cause de l’onde de choc mal maîtrisée et cette catastrophe a entraîné des milliers de morts. Nous avons fait donc croire que c’était un coup de grisou qui avait entraîné le drame. Cependant ce n’est pas à cause de cet accident que nous avons arrêté les essais, mais à cause du manque de budget car notre économie est au bord de la faillite, et même nos stations orbitales commencent à montrer des signes de faiblesse «. Au fur et à mesure qu’il parle, il fait défiler toutes ces hécatombes sur l’écran «  Voilé, Messieurs, je vous prie d’accepter nos excuses, mais aujourd’hui, il est trop tard, il n’y a plus rien à faire, c’est vraiment irréversible ».

Il a les larmes aux yeux en prononçant ces derniers mots. Puis, il propose un marché qu’il pense équitable et indispensable pour l’avenir proche et qui pourrait résoudre tous ces problèmes. Bien que ce ne soit pas à l’ordre du jour, mais en raison de la gravité de ses révélations, on le prie donc d’expliquer sa proposition. Alors, il tient ce discours : «  Etant donné que la situation est dramatique dans mon pays et qu’elle peut entraîner la division pour l’avenir du monde, j’ai besoin que vous m’appuyez lors des prochaines élections car je pense pouvoir obtenir la majorité des voix pour changer le régime de dictature où nous évoluons afin de créer une démocratie, ce qui est faisable mais seulement avec votre appui, sinon rien ne sera possible ».

Pour délibérer de cette question, l’assemblée décide de faire sortir le président, qui s’exécute tout de suite en leur lançant un regard qui en dit long sur son désir de voir aboutir son projet. Tous les participants n’en reviennent pas et s’observent mutuellement, sans mot dire : Qui aurait pu envisager une telle situation quelques jours auparavant ?

Finalement, le dirigeant d’un des plus grands pays de l’Ouest  prend la parole avec l’assentiment de tous, soulagés de ne pas avoir à le faire. Il commence son exposé en disant qu’il connaissait déjà la situation de cette nation Grâce à son réseau d’espionnage. Bien qu’il ne veuille pas ou qu’il n’espérait pas y croire, il se doutait que la situation était inextricable. Il allait cependant leur expliquer comment il voyait les choses. Il fallait agir sur trois plans : économique, militaire et humain. « Voyons d’abord le plan économique qui nous concerne tous, car nos économies respectives sont en pleine expansion mais elles sont fragiles, nous avons exploité toutes les possibilités de vendre nos productions  puisqu’il y avait pénurie dans tous les domaines. Prenons par exemple, la voiture. Elle est considérée comme un produit de luxe auquel une seule catégorie de gens pouvait prétendre. Elle est devenue populaire d’année en année, car nous avons fait en sorte qu’elle soit abordable pour tout le monde. Maintenant, chaque foyer doit en acheter deux. Cependant le marché s’essouffle, nous devons donc trouver rapidement une solution. Nous aurions ainsi une belle opportunité pour vendre nos nouvelles technologies car une nation notamment possède des richesses inexploitées et un potentiel humain qui représente plus d’un milliard de personnes pauvres certes, mais des futurs consommateurs. Si nous décidons de les aider, il faudrait qu’elle ouvre les portes du marché économique de son pays, en faisant des échanges de matières premières que nous ne possédons pas. Alors, Messieurs qu’en pensez-vous ? »

On fait un tour de table, plusieurs personnes émettent des interrogations très différentes telles que : comment pourrons-nous répartir le marché en fonction de nos technologies et de nos débouchés respectifs, y serons-nous tous gagnants ? Comment pourrons-nous assumer en échange les besoins financiers pour relever ce pays ? Si nous l’aidons à se relever, avec son potentiel, elle deviendra l’une des nations les plus fortes du globe et devrons-nous à nouveau les craindre ?

Le chef d’état reprend la parole pour répondre à ces interrogations : «  Je peux vous répondre, dans la mesure où nos services ont déjà envisagé l’éventualité d’aide à cette nation. Si le régime en place s’écroule, et s’il est remplacé par une démocratie, il faudra laisser le dirigeant se débrouiller seul, sans aide financière. Ce revirement entraînera le chaos et nous mettrons en place quelqu’un d’autre à la tête du régime qui nous servira de contact. Nous pourrons ainsi faire du commerce sans être inquiétés. Etant déstructurée, elle n’aura plus aucune force et ainsi nous éliminerions l’une de nos plus grandes rivales, sans faire de guerre et sans aucun autre risque. Bien sûr, ce n’est qu’une suggestion que nous pourrions voter plus tard. Mais le plan militaire est beaucoup moins réjouissant car il faudrait prendre en charge aussi bien les hommes que le matériel et l’entretien, même sommaire, de ses infrastructures. Sinon, nous serions condamnés à brève échéance. D’autre part, je pense qu’en nous faisant cette proposition cet homme avait déjà mesuré les risques encourus par l’un et l’autre, et qu’il est prêt à jouer le jeu puisqu’ils sont perdus de toute façon. Sur le plan humain, il faut savoir que cette nation était assistée depuis des siècles. Elle a toujours manqué de tout, les magasins sont presque vides à longueur d’année, avec des files d’attentes qui durent plusieurs jours pour n’obtenir pratiquement rien à manger. La vie est très rude, la délation monnaie courante. La mafia est très puissante, elle fait la pluie et le beau temps. Vu l’ouverture capitaliste que cette opportunité produirait, elle aurait la main mise sur tous les marchés. Le jeu en valait-il la chandelle, le risque était grand, mais en même temps avait-on le choix ? C’est vrai que je m’écarte un peu de notre sujet. Mais en même temps, tout cela en fait partie. Alors je vous propose de voter la proposition à main levée ».

Pendant le vote, tout le monde l’approuve à l’unanimité. Ensuite, les visages se détendent, c’est comme s’ils venaient de faire une belle affaire ou comme s’ils venaient de signer un contrat mirobolant. Ils demandent alors au président des pays de l’Ouest de négocier les règles du jeu avec son homologue de l’Est. Puis on fait une pause, tout le monde quitte la salle et va se détendre quelques instants. Puis, les deux présidents de l’Est et de l’Ouest s’installent, à l’écart de la salle immense autour d’une petite table, dressée à cet effet, afin de créer un climat d’intimité entre eux. Le président à qui on a donné les pleins pouvoirs pour négocier, annonce à son homologue que toute l’assistance a envisagée favorablement sa requête mais qu’il faut cependant éclaircir certains points.

La valse des questions commence : «  Comment espérez-vous que votre peuple réagisse à l’écroulement de votre régime et vous suive dans la démocratie ? «  L’autre président répond : «  J’ai bien réfléchi à tout cela, voyez-vous. Tout d’abord, depuis un certain nombre d’années, de plus en plus de gens de notre pays voyagent soit pour des compétitions sportives ou artistiques internationales soit pour leurs vacances. Ils ont pu se rendre compte comment les pays étrangers vivaient sous des régimes démocratiques, en toute liberté. Lorsqu’ils rentrent chez nous, ils sèment une petite graine de liberté, certains reçoivent même des chaînes de télévisions étrangères chez eux. Ils continuent ainsi de voir l’évolution du monde et tout cela crée un climat propice surtout chez les jeunes, appuyés par les gens âgés rêvant de liberté. Alors, voici mon plan, vous savez que nous sommes intervenus récemment, tout prés de chez nous, dans un pays sous notre tutelle dont une partie avait nos convictions et qui était séparé de l’autre par un grand mur. Cette moitié était abandonnée et vivait dans une misère bien plus grande que la nôtre. Nous avons donc infiltré des hommes de chez nous pour organiser une révolte et faire tomber ce mur de la honte. Comme cet emblème, témoin de notre suprématie, s’est écroulé, nous pourrions de notre côté faire tomber le rideau rouge et faire place à la démocratie et aux échanges avec notre pays qui a du retard sur bien des plans. Bien entendu, je suis conscient des risques que nous encourrons car sans l’aide des pays capitalistes, rien ne sera possible et nous irions à la catastrophe puisque jusqu’à maintenant notre peuple a toujours été assisté, opprimé et a toujours manqué de tout. Il sera incapable de vivre en liberté si on ne lui donne pas les bases élémentaires pour la gérer. Voilà ce qu’il en est, mais peut être, voulez-vous consulter à nouveau vos homologues ? »

« Non, cela ne sera pas nécessaire. J’ai les pleins pouvoirs pour négocier avec vous ».

Comme ils pensent tous deux avoir fait le tour de la question, ils se serrent la main, scellant ainsi un pacte qui plus tard se révélera comme la plus grande erreur de jugement que les hommes aient pu faire. Cet accord contribuera à accélérer la naissance de l’ère nucléaire, mais je t’expliquerai cela en temps voulu.

La séance reprend après cette entrevue entre les deux présidents qui reprennent chacun leur place respective dans la salle. Ils annoncent, avec un sourire vainqueur, la fin des derniers bastions de l’époque rouge pour les proches années à venir. A ces mots, toute l’assemblée se lève et applaudit à tout rompre cette décision qui doit changer la face du monde.

Suivant l’ordre du jour, un chef d’état représentant les pays des droits de l’homme prend la parole au nom d’une petite nation qui a néanmoins une certaine force de frappe nucléaire : «  Je dois reconnaître que mon pays ainsi que tous ceux qui sont rassemblés dans notre communauté, n’ont pas les moyens d’enrayer la progression des centrales nucléaires car nos besoins en énergie sont de plus en plus importants, non pas pour nous, mais pour la revente aux pays voisins qui n’en ont pas assez, ce qui représente une rentrée de devises importantes chez nous. Pourtant la facture risque d’être encore plus lourde car elles produisent de plus en plus de déchets. C’est vrai aussi que pour rassurer l’opinion, nous avons construit un centre de recyclage de ces déchets mais pour le rentabiliser, nous devons recycler les déchets nucléaires des centrales que nous vendons clés en main aux pays voisins. Nous devons alors envoyer nos propres déchets, stockés en containers, dans les pays sous-développés afin de les entreposer sur des sites inexploités, tout cela sous le couvert de convois d’aides humanitaires internationales qui ravitaillent ces pays. LÀ, des hélicoptères viennent les récupérer et vont les jeter dans les fosses naturelles de villages inaccessibles et ils sont ensuite recouverts par la végétation luxuriante en ces lieux. Mais comme nous ne contrôlons pas ces transferts, on trouve des traces de radioactivité à des centaines de kilomètres à la ronde. Evidemment nous n’en sommes pas fiers, mais hélas, nous ne pouvons pas faire autrement. En contrepartie, nous leur offrons une l’aide technologique et financière, nous leur devons bien cela. D’autre part, nous maintenons en état notre force de frappe nucléaire tant que nos finances nous le permettrons, mais nous ne pourrions plus l’assumer si un krak financier survenait. Bien entendu, ce serait dramatique pour les populations où qu’elles se trouvent. Par ailleurs, nous n’avons toujours pas retrouvé la trace du satellite dont nous vous avions déjà parlé mais nous espérons bien y parvenir avant qu’une terrible collision intersidérale se produise. Malheureusement je dois également vous confirmer et ce, aux dires de tous les pays que je représente : notre planète est vouée à disparaître d’ici quelques décennies dans un monstrueux cataclysme nucléaire, c’est irréversible ! »

La conférence a alors repris une tournure dramatique. Personne n’a voulu se rendre à l’évidence, pourtant la réalité est là. A son tour, le président du plus grand pays de l’Ouest prend la parole, l’air grave et affligé : «  Voilà donc le bilan désastreux de notre aventure nucléaire. Nous détenions au départ une arme absolue qui pouvait à elle seule régler les conflits mondiaux, tout en sachant qu’elle était inutilisable car incontrôlable et elle aurait fait périr des milliers d’innocents. Souvenons-nous que la seule bombe que nous avions lancée a engendré des conséquences horribles quelques décennies après. Beaucoup de personnes ont vécu des souffrances horribles. Bien s» r cette arme nouvelle évitait des guerres technologiques, mais elle faisait naître des guérillas dans le monde entier encore bien plus difficiles à gérer, massacrant des milliers d’innocents. C’est ainsi qu’est né le terrorisme international incontrôlable, tout du moins en totalité. D’autre part, nous aussi, nous sommes obligés de nous débarrasser de nos déchets dans des lieux tenus secret, mais à hauts risques pour tous les gens qui les manipulent. Beaucoup de gens sont morts, soit à cause des effets toxiques, soit à cause des radiations, malgré le port de combinaisons qui leur garantissaient la sécurité. Le coût de ces protections devenant trop onéreux, la sécurité a été relâchée et les problèmes sont apparus. C’est pour cela que devant l’ampleur du problème je peux l’affirmer aussi, nous sommes dans l’impossibilité de contrôler le nucléaire à tous les niveaux. Nous espérons toujours trouver une meilleure solution pour nous débarrasser de ces déchets sans créer trop de dégâts. Quant aux essais nucléaires tenus secrets, ils ont déclenché des cataclysmes importants sur des centaines voire des milliers de kilomètre, créant des raz de marées, des tremblements de terre dépassant souvent la côte maximum sur l’échelle de Richter. Il faut dire que nous nous débarrassions de nos déchets dans les puits pensant que c’était plus économique et moins risqué pour les populations. Mais lors d’un essai mal contrôlé sur l’une des côtes habitées par des personnalités très connues du monde du spectacle, il y a eu de fréquents petits séismes. L’un d’entre eux, de force 6 sur l’échelle de Richter, a provoqué de gros dégâts matériels et humains. Depuis cet accident regrettable, nous avons du stocker les déchets nucléaires dans les failles naturelles de parcs nationaux pourtant créés pour protéger la nature. Je vous avoue que je n’en suis pas fier pour autant. Maintenant, si personne n’a rien à ajouter, nous allons voir quelles solutions nous devrons appliquer pour sauver ce qui peut encore l’être. Nous devons être tout à fait conscients que si notre planète court à sa perte, c’est à cause de nous les êtres humains et non pas à cause du créateur. Il faut prendre des mesures immédiates pour essayer de sauver une partie de la civilisation du cataclysme futur. Il faudrait créer un lieu de survie pour faire perdurer notre civilisation, une sorte, si je puis me permettre, d’arche de Noé, façon 21ème siècle. Nous avons vu d’après tous les exposés présentés par les chercheurs scientifiques qu’il est impensable d’aller vivre sur une autre planète dans un avenir proche, comme nous l’avions tous plus ou moins envisagé. Cette solution nous reviendrait trop cher et serait trop risquée pour l’homme. Nous ne pouvons pas non plus retenir la solution de vivre en station orbitale, sur le modèle de celles qui existent déjà depuis des années car les problèmes techniques sont légion et elles sont peu fiables sans une aide logistique, sur terre. D’autres hypothèses, plus ou moins futuristes, nous ont été proposées mais elles sont trop farfelues pour que nous les retenions. Le moment est donc venu de vous présenter la solution qui a fait l’unanimité auprès de toutes les hautes instances politiques et de tous les chercheurs scientifiques. Pour cela je vais donner la parole à quelqu’un qui tient à rester anonyme, c’est d’ailleurs pour cela que vous ne le verrez pas. Il restera dans cette petite cabine que vous voyez tout en haut de l’hémicycle. Vous pourrez, si vous le désirez, lui poser des questions à tout moment «.

Une belle voix grave s’éleva alors, impressionnant l’auditoire : «  Messieurs, je vous remercie de m’accueillir parmi vous de cette manière. Je vais donc vous exposer mon projet qui n’aurait pas pu voir le jour sans la confiance que vos dirigeants m’ont accordée. Il est vrai qu’au départ, ce projet aurait pu passer pour de la science-fiction mais j’ai pu, Grâce à eux le réaliser. Je suis parti du fait qu’il fallait trouver une solution pour permettre au plus grand nombre de personnes d’avoir le maximum de chances de survivre pendant des décennies sans risque d’irradiation. Je devais donc trouver sur notre terre un endroit capable de résister à la destruction nucléaire, sachant que les abris antinucléaires ont une espérance de vie de quelques mois, au mieux quelques années. Je ne pouvais donc pas m’en servir. J’ai donc fait de multiples expériences avant d’arriver à ce que je vais vous présenter aujourd’hui. Nous savons tous que seuls les rats arrivent à vivre autour et dans les centrales nucléaires sans être contaminés, ni changer de gène et d’ADN. Je me suis donc penché sur leurs capacités de survie dans un contexte hautement radioactif. J’ai constaté que lorsque les radiations augmentaient de façon anormale, leurs corps se refroidissaient de façon prodigieuse au point d’en arriver à la limite de la congélation et ainsi ils absorbaient jusqu’à quatre-vingt-dix fois moins d’oxygène, donc de radiations. Ils restaient au seuil toléré par une matière vivante. A ce jour, j’ai mis en oeuvre mon plan de survie à un tel cataclysme mais ce, pour un nombre limité de personnes ».

Un membre de l’auditoire prend la parole : «  D’après vous, combien de personnes pourrions-nous sauver, Grâce à votre découverte ? » « Eh bien, je vous répondrais, en étant raisonnable et responsable, et cela même avec des moyens importants, exactement, trois cents personnes. Pourquoi trois cents, me direz-vous, c’est un chiffre qui m’est apparu au même moment que l’idée du projet que je suis en train de vous exposer. J’ai eu une intuition divine qui m’a traversé l’esprit. Elle me disait qu’il fallait s’en tenir à ce chiffre, sans quoi, le projet serait irréalisable. Donc, j’ai tout calculé en fonction de ces données qui m’ont été envoyées du ciel. Avec nos technologies modernes et des moyens financiers suffisants, ce sera la partie la plus facile à réaliser. Le comble, c’est que la matière qui nous aura détruits nous aidera à survivre. Pour cela, il faudra donc trois sous-marins d’une capacité de cent personnes chacun, pas une de plus ni une de moins. Il y en va de la réussite du projet entier d’après mon guide spirituel ».

« Donc, Monsieur X, d’après vos dires, votre projet serait né, non pas de vous-même, mais bien de quelqu’un d’autre, il nous faut des précisions au sujet de votre guide ? Pourquoi vous a t-il choisi vous plutôt qu’un autre ? » « Monsieur, je dois vous dire que cela s’est fait tout à fait par hasard, bien que mon guide pense qu’il n’y ait jamais de hasard. A ce moment-là, j’étais malade et je n’arrivais pas à guérir par la médecine officielle. Sur les conseils d’un ami, je suis allé voir un magnétiseur. Tout en me soignant, il m’a parlé de la réincarnation et me décrivit un monde auquel je n’avais jamais pensé. Au fil des séances, il m’a expliqué les failles de l’humanité, l’aveuglement de nos sociétés depuis des siècles. Il m’a dit que si personne ne bougeait d’ici l’an 2000, la fin de notre monde serait proche. Très peu de gens survivraient et cela seulement Grâce à la communion entre la recherche scientifique et la spiritualité. Je lui ai demandé pourquoi il me révélait tout cela, il me répondit : «  vous ne le savez peut être pas, mais Grâce à vos recherches, vous serez le seul à pouvoir être entendu par les dignitaires de ce monde qui vous croiront car ils n’auront pas le choix. Il faut donc continuer vos recherches. Mais soyez très vigilant car il ne faudra pas commettre l’erreur de la civilisation qui avait construit des pyramides pour se protéger des forces du mal. Des siècles plus tard, ces momies inertes sont toujours là. Combien de morts pour garder l’éternité en forme de statue, alors que l’inventeur de l’entonnoir, avait découvert sans le savoir, le secret : on ne doit pas se protéger du divin mais s’ouvrir à lui pour recevoir et redistribuer ce que l’on nous a donné. Ainsi vous allez parfaire votre découverte mais l’un sans l’autre notre monde disparaîtra à jamais. Aujourd’hui tout cela vous paraîtra peut être incohérent, mais croyez-moi, au moment opportun, vous vous souviendrez de moi. Vous ne me verrez pas, mais je serais là, ne doutez pas de vous et surtout de la vie qui elle, est éternelle. Peut être si le créateur en a décidé ainsi nous nous rencontrerons de nouveau. J’ai continué ainsi mes recherches en pensant à ce qu’il m’avait dit. Un jour, pourquoi celui-là ? J’ai compris le sens de ces paroles et tout m’est apparu sans aucune difficulté ni crainte. C’est ainsi que le projet qui va apparaître sur l’écran a vu le jour dans les moindres détails. Les essais ont été réalisés, à une échelle réduite au minimum, dans un bassin artificiel créé pour la circonstance dans un hangar attribué par mon gouvernement qui m’a suivi dans les recherches que je vais vous présenter aujourd’hui « .

L’assemblée voit alors apparaître sur l’écran, une masse plongée dans l’eau comme un glaçon ayant la forme d’une pyramide à l’envers avec un sous-marin miniature accroché de chaque côté, un troisième étant placé dessous la masse. Au vu de ces images, l’assistance devient moins perplexe et commence à s’intéresser à cette découverte. Puis le concepteur explique le fonctionnement externe du projet : « Ce bloc de glace n’est rien d’autre qu’un iceberg situé sous la calotte glacière. Il devra être le plus profond possible et devra être taillé par la main de l’homme aux dimensions de la pyramide de Kheops. Mais en étant inversé, la tête en bas, selon le principe du fameux entonnoir. Mais pour tenir au plus profond de l’océan, il faut accrocher à ses flancs, comme on le voit sur la maquette, des sous-marins qui serviraient de lest, en fonction des besoins de la future base, pendant sa construction. Le troisième sous-marin servirait de navette entre la base et la civilisation jusqu’à l’évacuation des gens sélectionnés ».

Quand le président pose la question qu’il attendait, le responsable du projet comprend que l’assemblée est conquise : « A qui pensez-vous pour conduire l’arche, notre future base ? » « Comme je viens de vous le préciser, il y aura trois sous-marins. Le premier contiendra une centaine de personnes sélectionnées pour représenter le peuple. Et là si vous le permettez, il faudra choisir des êtres reconnus pour détenir une grande spiritualité et pas des personnes représentatives de notre société par leurs connaissances, mais plutôt par leur sagesse. Ils auront une pensée universelle qui leur permettra de cohabiter, en vase clos durant peut-être un siècle ou deux. Et pour répondre à votre question, mon guide spirituel devra conduire  ce premier sous-marin, c’est le conseil qu’il m’a donné ».

–        « Mais comment pensez-vous trouver cette catégorie de gens

–        Il y a des années, mon guide m’avait dit : « si un jour tu as besoin de moi, fais paraître une annonce dans un journal, sous forme d’un appel à concours mondial de poésie ayant pour thème, l’épée d’Excalibur et ainsi nous pourrons rassembler les cent meilleurs textes. Je pense qu’en agissant ainsi  en temps voulu, il sera possible de vivre en vase clos durant plusieurs décennies. Dans le deuxième sous-marin, il faudra mettre une centaine de clones, choisis pour leur résistance, leur soumission et leur intelligence. Nous les utiliserons pour la construction de la base au départ et pour assurer son bon fonctionnement, par la suite. Dans le troisième sous-marin, il y aura tous les grands de ce monde, choisis par vous-mêmes. Ils devront impérativement être au nombre de cent et ils pourront embarquer au tout dernier moment pour gagner la base. Ainsi l’arche serait au complet et viable pour quelques décennies jusqu’au moment où le danger des radiations sera complètement enrayé. A ce moment-là seulement, ils pourront regagner l’air libre pour recommencer une vie nouvelle sans reproduire les erreurs passées qui nous ont amenés au stade actuel ».

–        « Mais comment pourrez-vous construire la base sous l’eau et sans air ? « «  Comment viderez-vous l’eau accumulée par la fonte de la glace ? »

–        « Certains d’entre vous l’ont peut être vu au cinéma ou dans les livres d’histoire, lors de la construction des pyramides, tous les couloirs menaient à la grande salle où toute la famille et les gardes devaient être ensevelis vivants pour la plupart. Une fois qu’ils étaient à l’intérieur, on vidait du sable dans une salle réservée à cet effet. Ainsi toutes les issues se refermaient les unes après les autres et devenaient donc inaccessibles. Il faudra donc mettre au point et approfondir d’autres détails, comme la coupe des blocs de glace avec des rayons laser, mais ceci n’est qu’une supposition. La façon de construire la base doit encore être étudiée. Il faudra aussi trouver le moyen d’insuffler de l’air pour faire le vide, pour cela on s’inspirera du fonctionnement des sous-marins. Ils devront être conçus dans un acier résistant aux températures très basses car on ne pourra pas les réchauffer, l’acier casserait sous la pression de l’eau. Il faudra également prévoir des tenues spéciales en guise de vêtements. En ce qui concerne l’alimentation, les chercheurs sont sur le point d’avoir trouver la pilule qui permettra de se nourrir avec une seule prise par jour. Pour boire, on utilisera de l’eau douce qui sera bien entendu produite par la fonte de la glace et qui sera recyclée par un des sous-marins. D’autre part, il est prévu d’installer un bassin avec toutes sortes d’animaux marins car n’oubliez pas que seuls les rats peuvent survivre dans de telles conditions de froid. Voilà, Messieurs, maintenant vous connaissez tous les tenants et les aboutissants de ce projet qui est le seul viable et envisageable sans éveiller l’attention des populations ».

Le président de l’assemblée demande alors aux chercheurs et aux ingénieurs militaires de quitter la salle en les remerciant pour leur efficace collaboration. Tous les chefs d’états qui ont approuvé ce projet, se mettent alors au travail pour trouver les moyens de financement nécessaires à son exécution. Il faut prendre en compte toutes les propositions étant donné l’importance du projet. Mais comme tous les pays industrialisés y participent, la tâche sera d’autant moins lourde. En ce qui concerne les sous-marins, cela ne représente pas trop de difficultés car un sous-marin peut passer dans un plan militaire, avec les budgets des états concernés. Mais il reste à mettre en route la fabrication des clones. Ensuite, il faudra procéder à leur sélection pour la construction de la base. Par la suite, on choisira ceux qui géreront la base, en les conditionnant à la vie sous l’océan Antarctique.

Après avoir fait le tour de toutes les possibilités, ils se mettent d’accord sur une idée proposée par l’un d’entre eux. On pourra se servir des projets de vols spatiaux en cours et du matériel existant. On lancera donc de nouveaux programmes dans l’espace, en laissant penser aux gens qu’un jour prochain il sera possible d’y habiter, en cas d’une éventuelle fin du monde. On mettra donc en place des bases spatiales habitées, avec la participation financière commune des nations concernées et le tour sera joué. Cette décision va avoir des conséquences dramatiques pour l’humanité. Leur devise est d’aller tout de suite très vite, à n’importe quel prix. Ils se disent qu’il était inutile d’essayer d’améliorer la condition humaine puisque la fin du monde est proche. Alors on arrêtera l’inflation qui permettait à chacun de vivre dans l’abondance. Il faut faire marche arrière, mais comment s’y prendre sans créer un tollé général. L’un d’entre eux a l’idée de lancer un conflit pétrolier de grande envergure à l’aide de ses réseaux d’espionnage implantés partout dans le monde. Ils décident de faire envahir un pays d’Orient très riche, en prétextant une histoire de droit de passage. Cette terrible décision est adoptée par tous les membres de la conférence et confiée aux responsables militaires pour être lancée dans les mois qui vont suivre. Ainsi s’achève la conférence extraordinaire, tous les participants sont très satisfaits. Ils se séparent et promettent de se tenir mutuellement au courant de l’avancement du projet «.

Le grand-père soupire profondément, c’est comme s’il revenait de vivre ses souvenirs. Avec un regard triste, il dit alors à son petit petit-fils : « Comme tu le vois Akim, les hommes politiques de l’époque qui voyaient arriver la fin de notre civilisation par son autodestruction, quasi volontaire à force de chercher à gagner beaucoup d’argent sans penser aux générations futures, ont eu à choisir entre deux solutions afin de pallier à ce phénomène irréversible. »

La première était de partir vivre dans les stations orbitales qui tournaient dans l’espace, mais il y avait trop de risques car elles étaient trop onéreuses et trop visibles. La population ne pouvait accepter un tel sacrifice. On laissa donc ces stations orbitales trop vieilles tourner au ralenti, ce qui permettait de justifier les budgets nécessaires pour réaliser la seconde, appelée, programme C 21. Ce programme consistait à construire trois sous-marins qui pourraient contenir un grand nombre de gens, avec une grande autonomie de propulsion mais aussi de gros moyens nucléaires.

Lors de ce conseil qui eut lieu à la fin du 20ème siècle, dans un cadre top secret défense, le projet fut confié à l’élite scientifique qui comprenait de nombreux spécialistes. Il y aurait des spéléologues qui avaient une grande expérience des glaces, de grands explorateurs qui avaient fait des expéditions scientifiques dans le Grand Nord, des chimistes choisis pour mettre au point une alimentation équilibrée sous forme de cachets. Cette nouvelle façon de se nourrir éviterait ainsi le stockage de vivres et réduirait l’élimination des matières.

L’eau n’était pas un problème, l’air non plus car en passant par-dessous les glaces, il formait une cloche géante donnant de l’oxygène avec un complément fourni par les sous-marins. Des spécialistes travaillaient sur ce projet selon des plans établis par des architectes qui s’inspirèrent de la construction des pyramides. Des couloirs immenses desservaient la station de part et d’autre. De vastes pièces servaient de réserves d’oxygène. D’autres plus petites servaient d’habitacle. Elles étaient décorées par des artistes qui créaient le mobilier, véritables oeuvres d’art taillées directement dans la glace, au moyen d’un laser conçu à cet effet. Il n’y avait pas de portes, des gardes étaient postés aux abords des sites interdits. Les seules choses qui rappelaient la civilisation c’étaient les sous-marins et un aquarium géant contenant toutes les formes de vie aquatique. Il y avait surtout des phoques, leur graisse nous servirait à nourrir et protéger notre peau du froid. Nous avons eu trente ans pour mettre au point ce lieu qui devrait nous permettre de tenir au moins cent ans et vivre ainsi en vase clos jusqu’au jour où, peut-être…

En fait, la réalisation définitive de l’arche n’aura lieu que quelques années après cette conférence. D’ailleurs, certaines hypothèses de construction ne furent pas retenues.

 

2.3      Les paroles du guide

 

C’est à ce moment-là que Monsieur X m’a appelé. Tu dois bien te douter que le guide spirituel, c’était moi, bien sûr !

Il m’a donc téléphoné pour prendre un rendez-vous en urgence. Je lui ai proposé de le recevoir immédiatement.

Lorsqu’il est arrivé chez moi, je l’ai retrouvé, toujours égal à lui-même, bien que nous ne soyons pas rencontrés depuis des années. Il était très heureux que je puisse le recevoir si vite. Je l’ai invité à s’asseoir, ce qu’il accepta volontiers tout en m’avouant une immense fatigue, bien légitime, vu le surmenage qu’il avait subi ces derniers jours. Il m’expliqua en gros où en était le projet de l’arche, de l’étude des trois sous-marins et des occupants de chacun d’entre eux. Il me dit que le processus était bien enclenché, les dignitaires avaient accepté qu’il cherche les cent personnes qui seraient choisies sur la planète pour faire partie de la mission, avec mon aide. Il me précisa qu’on lui avait donné carte blanche pour tout mettre au point.

Pourtant, il était assez inquiet car le temps pressait. Je lui dis qu’il me faudrait moins de temps pour sélectionner ces personnes qu’il ne lui en faudra pour construire la base. Il s’étonna de mon propos et il me demanda quelle nouvelle intuition je pouvais bien avoir. Il est vrai qu’il me connaissait bien et il savait très bien comment je fonctionnais. Il suffisait que l’on m’expose une situation pour que je la visualise déjà terminée. Je lui dis : « Tu as moins de temps que tu ne le penses, il te faudra d’ailleurs convaincre tes supérieurs que le temps presse. L’apocalypse est prévue pour l’an 2012, très exactement, le 13 juillet à 13 heures. Elle sera déclenchée par une femme prénommée Djamila. Cependant s’ils veulent bien t’écouter, l’arche serait fonctionnelle quelques mois avant cette ultime catastrophe «

Il était effaré. » Mais c’est impossible ! Comment peut-on envisager cela alors que le programme des clones n’est même pas encore mis en route «

Je l’interrompis : « là, tu te trompes, les clones existent déjà. Tes responsables ne t’ont pas tout dit. Ecoute-moi bien, depuis des années, dans chaque centre d’insémination artificielle, on a cloné les embryons de certaines femmes stériles, inséminées. Le jour de l’accouchement, on leur a montré un nouveau-né mort et on a ainsi pu leur subtiliser le clone de cet enfant. Ce processus a d’ailleurs été instauré dans tous les pays industrialisés. Il faut que tu rencontres très vite le professeur Durant qui est le cerveau de cette opération « «  Mais comment peux-tu savoir cela ? » « Un jour, j’ai soigné une personne impliquée dans cette affaire. Je l’avais mis sous hypnose pour un sevrage de tabac. Lors d’une séance, il s’est mis à parler. Il a soudain dévoilé le secret du clonage. D’après ses dires, il y en aurait un millier qui a déjà atteint l’âge adulte. Ces clones sont, de ce fait conditionnés pour obéir à leur maître. Surtout ne parle pas de ces révélations. Mets tes responsables au pied du mur, c’est eux qui t’avoueront tout lorsque tu leur diras d’abandonner le projet de clonage «.

Le temps passait et la décadence progressait dans les pays comme les chefs d’état l’avaient redouté mais ils ne s’en inquiétaient pas plus que ça pour autant ! Les laboratoires continuaient leurs recherches dans l’optique qui leur avait été confiée. La priorité, c’était de trouver le clone idéal, de le former et de l’utiliser pour la construction de l’arche. Cependant, la première chose à faire était d’établir les plans des futurs sous-marins pour les mettre en chantier car il faudrait quelques années pour achever leur construction. Les ingénieurs de chaque pays se rencontrèrent avec le créateur du projet afin d’étudier les besoins et établir l’utilité de chaque sous-marin sur des critères bien précis.

Monsieur X leur précisa que c’était un projet défense ultra secret et que chacune des personnes présentes devrait se rendre sur la base prévue à cet effet et y rester le temps nécessaire pour édifier les plans. Ils ne devraient pas quitter ces lieux, ni avoir de contacts avec l’extérieur avant d’avoir terminé. Ensuite, ils subiraient un lavage de cerveau, sous hypnose car il ne fallait pas qu’ils divulguent les résultats de leurs travaux. Après l’énoncé de ces contraintes, ceux qui ne seraient pas d’accord avaient encore le droit de refuser, mais s’ils les acceptaient, ils ne pourraient plus revenir en arrière. Mais ils rendraient un grand service à leur pays respectif et ils seraient décorés et reconnus par tous.

Après quelques jours de réflexion, l’équipe se rendit sur les lieux. Ils avaient à leur disposition toutes les technologies de pointe. En premier lieu, ils devaient établir les besoins de chaque sous-marin. Ils étudièrent les derniers sous-marins nucléaires mis en service dans leurs pays respectifs. Malgré les technologies déjà avancées, les plans fournis par leurs ambassades respectives comportaient encore beaucoup de lacunes. Il faudrait les traiter les unes après les autres. Un travail minutieux et novateur allait être demandé à tous les intervenants dans leurs domaines respectifs. Lors de la première réunion de travail, Monsieur X commença la séance en leur proposant d’examiner les besoins tout en leur précisant qu’ils n’auraient aucun droit à l’erreur. Mais pour une fois, il n’y aurait aucune restriction budgétaire, donc, ils pouvaient et devraient innover. Ils pourraient également faire des suggestions s’ils le désiraient.

Il s’exprima en ces termes : «  Messieurs, le projet qui nous réunit aujourd’hui est considéré comme l’invention technologique du 21ème siècle. Nous sommes ici pour servir nos pays respectifs mais aussi et surtout pour assurer l’avenir de l’humanité. Il s’agit donc de travailler sur la construction de trois sous-marins à énergie nucléaire. Vous me direz sûrement que nous en avons déjà. Et bien, non, pas du tout car ceux dont je vous parle, seront autonomes en immersion, pendant plusieurs décennies, voir quelques siècles. A ce jour, on n’a jamais rien envisagé dans ce sens et ce sera la tâche de certains d’entre vous, spécialistes dans ce domaine ».

Puis il mit en marche un rétroprojecteur et leur présenta l’organigramme de l’équipe : «  Donc les travaux de recherche seront dirigés par Paul Gearin. D’ailleurs, nous pourrions nous appeler par nos prénoms, mais si vous le permettez, je vous demanderais de ne pas nous tutoyer et de garder le vouvoiement, ceci dans un souci de respect mutuel. Je dois peut être vous paraître vieux jeu, mais c’est un détail auquel je tiens beaucoup.

La construction des sas d’immersion sera dirigée par Pierre Kilim. Son groupe étudiera également l’immersion d’une masse de plusieurs milliers de tonnes réparties sur deux sous-marins, mais j’y reviendrai plus tard. Il faudra calculer la longueur des sous-marins en fonction de leur besoin d’immersion ou d’une autre possibilité qui vous viendrait à l’esprit lors de vos recherches. La partie emménagement incombera à Charles Roumanoff. Il faudra prévoir dans cet espace réduit, le maximum d’innovations techniques indispensables à la survie de l’arche, son fonctionnement dépend de nous dans ses moindres détails. Quant aux structures médicalisées, elles seront sous la surveillance du professeur Jacob West. D’ailleurs je verrai avec lui le projet que j’ai établi, non pas sur le plan médical ou chirurgical, mais en terme de besoins pour les futurs habitants de l’arche. Le composite de la structure des sous-marins incombera à Bill Grant, spécialiste en la matière. Toute la logistique informatique sera dirigée par Gilles Smell qui assurera la coordination de toute l’installation des sous-marins et de leur liaison. Pierre Dupeystan, chef de laboratoire travaillera sur des produits de substitution afin de trouver une alimentation adaptée.

A présent, je vais vous donner le plan d’ensemble des besoins logistiques des sous-marins. Le premier sera celui qui fera la navette pour transporter tous les dignitaires choisis pour regagner l’arche, il sera le plus simple à réaliser. Nous devrons mettre l’accent sur la propulsion, en cas de besoin de remorquage de la base pendant sa construction ou pendant sa période d’immersion. Nous devrons agencer des appartements particuliers pour chaque famille, avec tout le confort, variable selon l’importance des dignitaires. Il faudra également prévoir des salles pour les réunions de travail, d’autres pour les moments de détente, des salles de classe et des aires de jeux pour les enfants, une salle informatique avec des ordinateurs de grande capacité pour stocker le maximum d’informations sur le savoir acquis depuis la création de la terre, et qui seront capables d’assurer la liaison avec les satellites lancés dans le cadre de notre mission, une salle d’opérations, une salle de radiologie, des chambres stériles pour toutes les transplantations d’organes prélevés sur les clones. Cette mission délicate sera accomplie par les plus grands chirurgiens et anesthésistes du moment. Mais il faut savoir qu’ils n’habiteront pas sur l’arche, ils auront leurs quartiers à bord du sous-marin, d’où l’importance de l’aménagement de celui-ci et de ses besoins d’autonomie. Il faudra prévoir aussi un moyen d’accès direct à l’arche par l’intermédiaire d’un autre sous-marin.

Jean demanda la parole : « Monsieur, si j’ai bien compris, ce sous-marin sera donc complètement indépendant, autonome et pourra se suffire à lui-même ».

« Oui, Jean, ce sont les ordres qui m’ont été donnés, il devra être en rapport constant avec le reste du projet. Sa structure sera très grande et devra donc être compartimentée de façon à limiter les risques au maximum, en cas d’anomalie. Quant à la construction de l’arche, il faut que tu utilises les sous-marins existants. En ce qui concerne la main-d’œuvre, tu pourras utiliser tous les clones dont tu auras besoin car ils ont été éduqués dans tous les domaines. Tu devras prendre des travailleurs manuels, des intellectuels, des informaticiens, des médecins, des chimistes. Mais surtout respecte-les, car ce sont avant tout des êtres humains ». Il conclut ainsi la réunion : « Messieurs, toutes vos recherches devront aller dans ce sens. Je me tiens à votre entière disposition pour répondre à vos éventuelles questions sur l’élaboration de vos plans ».

 

2.4      Le concours

 

Monsieur X informa très vite tous les dignitaires concernés par le projet au moyen du téléphone rouge afin de provoquer une réunion immédiate où il leur fit part de l’urgence de la situation en leur donnant la date butoir précise, que je lui avais indiqué ! Lorsqu’il leur fit cette révélation, l’assistance resta un instant médusée. Il y eut un temps mort, puis la discussion reprit.

Alors ma prédiction se réalisa. Les chefs d’état lui répétèrent, mot pour mot, ce que je lui avais révélé pendant nos séances. Il joua le jeu, fit l’étonné, mais au fond de lui, il était très heureux d’entendre cet aveu, bien qu’il n’ait jamais douté un instant de moi. Il leur présenta donc le projet que nous avions établi ensemble. Ils furent tous d’accord pour le mettre en route dans les jours qui suivirent et ils lui dirent que je pouvais tout organiser. Monsieur X s’empressa de me téléphoner pour me dire que j’avais vu juste et il me demanda de prendre mes dispositions pour me libérer au plus vite.

Mais il ne s’agissait pas seulement de mettre au point le lieu, il fallait aussi trouver les personnes qui allaient avoir le privilège de survivre à la catastrophe en participant à ce programme. J’ai donc fait paraître l’annonce d’un concours de poésie dans tous les grands journaux de la planète. Il était demandé d’écrire un poème sur le thème de l’épée d’Excalibur. Le premier prix offrait un gain très important. Les concurrents devaient impérativement répondre avant dix jours, au-delà de cette date, ils étaient disqualifiés. En fait, nous avions convenu qu’il ne fallait surtout pas jeter les lettres qui arriveraient après la clôture du concours.

Ensuite, il a fallu trouver un lieu identique à la future arche pour y initier ces personnes et les clones sélectionnés à leur nouvelle vie pour l’arche. S’ils le désiraient, les dignitaires pourraient aussi faire parti du voyage. Le responsable de la mission avait été très clair sur la nécessité de cette préparation, sinon très peu de gens auraient survécu à cette expérience. Tu verras plus tard, je t’expliquerai en temps voulu ce que nous en avons fait.

Donc, dés le lendemain, on lança le concours dans tous les journaux, à la radio, à la télévision, avec un premier prix de 100 000 dollars avec une date butoir, dix jours plus tard. Il ne restait plus qu’à attendre bien sagement le courrier. Un centre de tri avait été aménagé à cet effet. Un comité de lecture avait reçu les instructions nécessaires pour sélectionner le gagnant.

Ensuite, Monsieur X regagna la base militaire où le projet était en cours et il convoqua tous les responsables dans la grande salle pour se rendre compte de l’évolution des travaux. Il leur expliqua les changements intervenus pendant son absence et ils firent le point sur leurs recherches. Les chercheurs lui rendirent compte, un par un, de l’avancement de leurs travaux. Il trouva qu’ils avaient tous des propositions très positives et réalisables dans un laps de temps très court. Il les remercia vivement et les encouragea à persévérer dans cette voie. Ils quittèrent la salle et se rendirent au bar prendre une collation. Des haut-parleurs distillaient en fond sonore, un classique de Mozart, invitant tout le monde à la détente. Certains lisaient une revue, d’autres échangeaient sur leurs travaux dans un climat très convivial. Un peu plus tard, ils regagnèrent leur lieu de travail respectif. Le lendemain, la nouvelle équipe recrutée par Monsieur X arriva. Il les reçut dans la grande salle de conférence et les remercia d’avoir accepté sa proposition en leur précisant de nouveau qu’ils ne pourraient plus faire marche arrière et qu’ils ne devraient divulguer à quiconque la teneur de leurs travaux. On les fit jurer sous serment, ce qu’ils firent avec fierté et honneur.

Monsieur X présenta l’équipe en précisant les  fonctions respectives de ses membres : « Voilà Monsieur Edouard Bezond, éminent archéologue, spécialiste des pyramides égyptiennes, Monsieur Chris Morton, architecte d’intérieur, spécialiste de l’art au laser, Monsieur Prosper Lamin, ingénieur, spécialiste dans les pompages en immersion, Monsieur Yvan Klystron, grand explorateur des régions polaires, Monsieur Youri Ivanovich, ethnologue qui a fait une thèse sur la survie de l’homme en milieu polaire et dans les pays de l’Est. Par la suite, je vous présenterai à l’équipe qui s’occupe de la construction des sous-marins indispensables pour la survie de l’arche. Donc je vais vous expliquer les grandes lignes du projet afin que vous puissiez organiser vos plans en fonction du projet initial. Le but, c’est de construire une base sous l’antarctique, dénommée l’arche. Elle pourra héberger deux groupes de cent personnes pour quelques décennies. Elle sera en immersion totale dans les eaux glacées et devra avoir la forme d’une pyramide inversée, construite à même la glace. L’arche sera assistée pour les besoins énergétiques ainsi que pour l’air, l’eau, la logistique informatique, l’immersion et la mobilité par deux sous-marins qui devront être rattachés à celle-ci par un moyen qui reste encore à déterminer. Donc c’est à vous de me présenter des propositions de crédibilité, car nous devons ramener le risque à zéro. Tous les moyens tant technologiques que financiers seront mis à votre disposition. Vous recevrez tous un chèque en blanc pour votre mission mais en contrepartie, vous n’aurez pas droit à l’erreur. Je vous donne rendez-vous ici même dans quinze jours pour étudier vos premières propositions. Sachez surtout que nous devrons faire vite ! «

Il leur proposa une collation dans le sous-marin aménagé pour la circonstance. Ils apprécièrent le lieu et en profitèrent pour faire plus ample connaissance, en trinquant à la réussite du projet. Puis chacun regagna le lieu de travail qui lui avait été attribué. Le projet prenait de plus en plus corps. Les plus grandes têtes chercheuses de l’époque allaient matérialiser une idée irréalisable en temps normal, sauf peut être en imagination.

Pendant ce temps, le concours lancé sur le thème de l’épée d’Excalibur venait de se terminer. On avait demandé aux participants : « Si vous la possédiez, qu’en feriez-vous? » Des milliers de poèmes nous parvinrent, le comité de lecture mis en place pour la circonstance, travailla jour et nuit pour décerner le prix. J’avais donné l’ordre de choisir la poésie, non pas la plus spirituelle, mais la plus baroque et elle devrait correspondre à la mentalité de l’époque. Au bout de quelques jours, on désigna le gagnant.

Je me souviens encore de son poème qui disait : « Si je te possède, je deviendrai invincible, je pourrai être riche et me venger de ceux qui m’ont humilié. Grâce à Toi, je serai respecté, honoré. Je pourrai commander, exiger que l’on fasse tous mes caprices. Je serais le maître absolu et incontesté de tous. Grâce à Toi, je réaliserai tous mes désirs. Merci, épée, de me donner le pouvoir ».

Et je peux t’assurer Akim, que ce poème retraçait en gros les milliers que nous avions reçus. Grâce à ce poème, le lauréat allait devenir riche, mais quelle pauvreté intérieure ! Quelle décadence ! Que reste-t-il du mythe de Merlin l’enchanteur, du Roi Arthur et des chevaliers de la table ronde ? Avaient-ils vraiment existé ? Le rêve de quelques utopistes avait disparu ? Je ne le pensais pas, j’étais sûr que sur la terre il y avait encore des êtres différents, j’en étais convaincu. J’attendais pour cela les poèmes des retardataires qui allaient me prouver que j’avais raison.

Quelques jours plus tard, j’ai reçu un sac postal contenant quelques centaines de lettres que j’ai lues avec la plus grande attention. Mon instinct ne m’avait pas trompé, les poèmes étaient aussi beaux les uns que les autres, pleins de sagesse. Il me fallait pourtant en éliminer pour n’en garder que cent. Mais je ne pouvais me décider sans avoir vu les auteurs. Pour cela j’écrivis moi-même un poème sur le sujet que j’enverrais aux auteurs. Leur appréciation me permettrait de sélectionner les cent personnes ».

Akim demande à son grand-père de lui réciter. Le grand-père s’exécute avec grand plaisir : « Je suis ta force, Tu peux m’utiliser pour tuer. Là est ta faiblesse. Le jour où tu me mettras dans un écrin, où tu m’admireras tel un joyau, tu auras trouvé ta vraie force. Tu n’auras plus besoin de moi car tu n’auras plus peur de toi. Alors la paix sera dans ton cœur.

 

 

3         Le tour du Monde (1960-1970)

 

 

Une fois cette sélection achevée, j’allai prendre mon bâton de pèlerin et partir à la rencontre des élus de l’arche. Quelle responsabilité ! Accepteraient-ils cette éventualité? Seraient-ils prêts à me suivre ?

Pourtant, à ce moment-là encore, j’avais la conviction que si tous ces grands responsables du monde le voulaient, on pourrait sauver la planète autrement. Mais pour cela, il faudrait que tous reconnaissent les erreurs passées et présentes. Il faudrait se remettre en question, accepter, respecter la vie, et vouloir léguer à ses enfants un patrimoine beau et propre pour la continuité de la vie. Au lieu de fuir la vie et de décider son déclin, on pourrait sauver la terre et tous ses habitants. Mais à cette époque, si on s’exprimait ainsi on était considéré comme illuminé ou utopiste. Pourtant, ne faut-il pas rêver ? Car le rêve disparu, la vie disparaît.

Avant de partir, j’appelais Monsieur X et lui demandai de joindre les hauts responsables. Il leur rapporta mes propos mais on lui rit au nez, en lui disant que les plus grandes sommités avaient toutes été unanimes. On ne pouvait plus reculer, le projet devait suivre son cours le plus rapidement possible. Mais au passage, les responsables lui dirent : «  Remercie vivement ton guide pour sa sagesse et la foi qu’il a dans la vie «.

Je ne pouvais donc plus rien contre cette terrible évidence : l’être humain ne voulait plus vivre, c’est lui qui avait décidé de courir à sa perte, car il avait perdu son âme. Je demandai donc à rencontrer le chef d’état qui avait dirigé la fameuse conférence lorsqu’il aurait choisi les dignitaires qui l’accompagneraient sur l’arche.

Je lui ai envoyé une poésie, intitulée à La Terre », pour le remercier de m’avoir toutefois écouté. Elle est comme beaucoup d’autres, gravée à jamais dans ma mémoire. Là voici : « J’ai créé la Terre pour vous l’offrir. Je vous ai créé afin que vous y viviez en paix, en l’aimant et en la respectant, en vous la partageant et non pas en vous l’appropriant. Elle est à toutes et à tous, sans exception. Pour vous enrichir ou pour vous imposer, vous avez convoité le morceau de terre de votre voisin. Ainsi, vous avez abîmé ce que je vous avais offert. J’aurais dû  vous donner un mode d’emploi, mais étant votre créateur, j’étais sûr de votre intelligence et de votre cœur. La terre n’appartient à personne. Vous n’appartenez à personne. Vous devez respecter le lieu où vous vous trouvez, il vous apportera la connaissance et l’amour. Si vous êtes le plus fort, aidez le plus faible. Si vous êtes le plus faible, dites-vous que vous faites sa force. Dites-vous que la force la plus grande, c’est l’humilité. Alors tous, vous renaîtrez comme je vous ai créé ».

Tu vois, je pensais qu’en lisant ce texte, il réfléchirait et peut être changerait-il d’avis. Comme on disait à cette époque : « l’espoir fait vivre ! »

Pourquoi vouloir détruire une telle merveille, tout cela parce que l’on n’a plus le courage de lutter, parce que l’on a baissé les bras. Il m’adressa une grande lettre dans les jours qui suivirent dans laquelle il me remerciait pour la foi que j’avais en la vie et le respect de notre mère, la Terre. Sa lettre disait en gros : « Qu’avons-nous fait de ce joyau que l’on nous avait confié. Aujourd’hui, Grâce à vous, j’ai pris conscience, avec horreur, de notre inconscience. J’aurais dû  vous rencontrer plutôt. Ainsi au lieu de vous demander de trouver comment préserver l’espèce humaine du cataclysme nucléaire, j’aurai pu avec mes homologues envisager la reconstruction d’un monde nouveau sans être obligé de détruire celui-là. J’ai lu dans l’un de vos ouvrages que vous aviez adressé une lettre ouverte au peuple Hopi. Elle aurait dû m’ouvrir les yeux mais comme j’étais en partie responsable de l’extinction de cette civilisation, je ne pouvais pas l’accepter ».

Akim demande alors à son grand-père de lui lire cette fameuse lettre, Le grand-père très ému lui récite par cœur : « Cher peuple HOPI, lorsque j’ai découvert vos prophéties, j’ai pleuré. Au plus profond de mon être, j’ai ressenti la souffrance que les hommes blancs vous ont fait subir au fil du temps. Pourtant, vous n’avez jamais douté qu’un jour, tous les peuples se respecteraient et vivraient en harmonie sans prétendre être l’homme blanc venu de l’Est, je viens, en mon nom et en celui de beaucoup d’autres, vous présenter nos excuses. Nous avons toujours voulu vous détruire car vous représentiez l’anti matière, les vraies valeurs. Vous étiez les gardiens du savoir, de la nature, des animaux et de la famille. Nous vous prenions pour des sauvages, alors que c’était nous, les blancs qui étaient des barbares. Moi qui suis blanc de peau, mon cœur est avec vous, je respecte vos valeurs, votre savoir, transmis de génération en génération. Grâce à vous, il existe encore des terres et des êtres purs, merci pour tout cela. Je ne sais pas si un jour, j’aurai l’honneur de vous rencontrer, mais veuillez accorder à certains d’entre nous, le pardon pour les humiliations que vous avez subies, partagées d’ailleurs par beaucoup de vos frères blancs. Ainsi votre souffrance devient ainsi la nôtre et la compassion, réciproque. Si vous acceptez ce modeste témoignage d’une poignée de blancs, vous nous rendrez notre dignité et vous nous laverez du crime et de la honte. J’espère qu’un jour prochain, nos forces spirituelles se rejoindront afin que nos enfants puissent vivre en paix et que nos âmes aient droit au repos éternel «.

Puis le grand-père continue de lire la lettre du Chef d’état : «  Il est trop tard pour leur redonner l’honneur que nous leur avons volé en les massacrant ou en les parquant dans des réserves où la drogue, l’alcool et la violence ont prit le dessus sur leur sagesse. J’ai pris conscience que nous détruisons tout ce que nous touchons au nom de l’évolution industrielle sans penser à notre éveil spirituel. Il me tarde de vous rencontrer pour que nous parlions de tout cela. Veuillez recevoir mes sincères salutations pour ne pas dire ma sincère amitié, peut être un jour, pourrez-vous me pardonner? »

 

3.1      Les êtres  choisis

 

 

«  Tu vois, Akim, ces propos me rendirent encore plus confiant et je me mis à réfléchir aux objectifs de ma mission. Dans ce monde où évoluaient des milliards d’êtres humains, il me fallait donc en trouver seulement cent, moi y compris, qui échapperaient au conditionnement de cette société matérialiste qui avait perdu son âme. Ce serait donc des êtres, hommes, femmes, enfants, qui auraient gardé leur âme enfouie au plus profond d’eux même sans le savoir, mais qui auraient respecté la vie en toute modestie sans avoir la prétention d’être ou de ne pas être spirituel. Des êtres qui ne seraient reconnus par personne et plutôt rejetés par la majeure partie de la société car ils étaient le reflet de ce que les autres ne pourraient jamais devenir ».

« Mais, grand-père comment as-tu fait pour les reconnaître ? »

« Mon petit, une âme qui rencontre une autre âme ne peut pas se tromper. Celui qui a la chance de posséder son âme, a offert son corps et son esprit, et donc sa vie ».

« Donc ces êtres sont protégés et ne subissent aucune souffrance et aucun problème? »

« Non, mon petit, ce n’est pas aussi simple que cela. Bien souvent, les êtres réincarnés sont choisis, non pas dans l’élite des sociétés, mais plutôt dans des familles modestes, démunies, sans différencier la couleur de la peau, la religion, le lieu de naissance de celui qui a été choisi. Dès leur conception, leur chemin spirituel est jonché d’épreuves qui, pour le commun des mortels, sont insupportables. Alors que pour un être réincarné, c’est ce qui lui permet de grandir. Il apprend ainsi l’humilité, l’abnégation. Il écrase son amour-propre, son instinct de possession, ses passions, ses pulsions. Il apprend le pardon. Pour ce faire, les épreuves se succéderont jusqu’à la fin de sa vie ».

« Je ne comprends pas ce que tu veux dire ! »

« Je vais te donner des exemples correspondant à des personnes vivant dans des lieux et dans des milieux différents. Elles ont subi des épreuves qui leur ont ouvert les portes de la connaissance divine. Tout cela ne peut pas se transmettre mais s’acquiert au travers de sa propre quête spirituelle. Toi-même, qui es une vieille âme, malgré ta jeunesse, tu vas comprendre comme toutes les âmes de la terre l’auraient compris si on leur avait expliqué. Prenons par exemple, des enfants qui ont subi des sévices dès leur naissance. Certains subissaient des brûlures de cigarettes ou bien on leur arrachait les ongles. D’autres avaient les os brisés sous les coups. D’autres encore, plus âgés, étaient enfermés dans des placards ou des caves, avec juste un peu de pain rassis et de l’eau, et vivaient ainsi, sans aucune hygiène, dans leurs excréments. D’autres étaient victimes d’actes pédophiles et cela même dans des milieux huppés. Ces actes odieux pouvaient aller jusqu’à l’inceste commis par le père ou la mère ou encore l’oncle, en toute impunité. Ces petits êtres étaient détruits pour le restant de leur vie. Certains se suicidaient, d’autres devenaient boulimiques et d’autres anorexiques. Ceux qui possédaient une âme, dans ces mêmes situations, étaient donc protégés par celle-ci. Elle ne leur permettait pas d’éviter l’acte odieux qu’ils subissaient, mais leur mental restait pur. Ils subissaient pour survivre et en aucun cas, ils ne ressentaient de haine et ils pouvaient pardonner immédiatement. Acte que leur agresseur ne supportait pas et bien souvent, il redoublait de méchanceté ou de violence.

C’est dans la douleur et l’humiliation que se construit le futur initié, il y a en lui une force au dessus de toutes les explications scientifiques, cartésiennes. Elle l’aide à supporter le fardeau de l’humanité. Il n’est pas dominé par son ego mais par son âme. Sans le savoir, il prête son corps, son esprit, à la flamme qui brûle en lui. Il refuse d’être fondu dans la masse et de s’identifier à autrui. Plus il grandit, plus il est rejeté par la société, mais plus il retrouve son âme. Dès sa naissance, il est autodidacte, il a un don d’observation exacerbé, il possède la lucidité qui lui permet d’avoir une vision immédiate de l’Evénement. Mais c’est insoutenable pour l’adulte qui a, en revanche, perdue cette vision, et qui n’a pour but que de le castrer.

Lorsque j’étais jeune je me battais contre l’injustice et malgré cela, je n’ai rien pu faire pour empêcher le monde de souffrir. Pour lutter, il faut être armé contre les forces du mal, il ne faut pas nuire à son prochain, même s’il n’est le plus fort physiquement et surtout pas avec une arme. Ces enfants martyrs ne se révoltent pas contre l’injustice, mais au contraire ils pardonnent. Leur âme leur donne la force et la sagesse du pardon qui sont innées chez les être réincarnés. Plus ils subissent des épreuves, plus ils évoluent rapidement. Bien souvent, s’ils veulent vivre ils font semblant d’accepter les règles de la société et ce, dans le contexte du lieu où ils se trouvent. A cause de leur protection divine, ils refusent toute implication dans une structure quelle qu’elle soit. Ils trouvent au travers d’autrui les clés dont ils ont besoin pour évoluer dans leur quête spirituelle.

Il faut que tu saches que tous les écrits on été créés par l’homme pour dominer l’homme et non pas pour le faire évoluer. Un initié va trouver sa route tout seul. Aucune route ne se ressemble.

Au départ, l’être humain a été éduqué selon des dogmes religieux différents selon le lieu où il se trouvait, ce qui lui ouvre les portes du spirituel. Tant qu’il est conditionné ainsi, sans avoir de regard sur le reste du monde, il est porté par cette aspiration. La foi profonde, d’où qu’elle vienne, porte celui qui la vit vers le haut, elle apaise ses souffrances. Si la foi avait été universelle, la terre aurait pu être l’Eden.

Mais dans chaque pays, on avait plusieurs façons de s’approprier la foi et Dieu, tout en lui donnant une image différente en créant des hiérarchies. L’un de ces pays s’est proclamé l’élu de Dieu et il a mit en place toute une structure autour de lui. Il a construit des édifices souvent démesurés, devenant ainsi marchand du temple. Chacun étant pris dans son conditionnement, devint intolérant vis à vis des autres dogmes, recréant les guerres de religion et l’intégrisme qui entraînaient des milliers de morts depuis des siècles au nom de leurs dieux respectifs. Pourtant, tous ces pays savaient qu’il n’y avait qu’un seul Dieu. Mais, s’ils avaient reconnu ce fait, ils auraient perdu tous leurs privilèges, ce que personne ne voulait. C’est ainsi que des ordres religieux de moindre importance se sont créés, imitant leurs aînés. Ils furent rejetés et catalogués de sectes, je t’en ai déjà parlé.

Tout ceci prouvait bien que l’homme pouvait être conditionné par des beaux parleurs et qu’il croyait en l’homme et non en Dieu. Cependant, dans chaque pays, des êtres exceptionnels sortaient du lot. Ils étaient bien souvent de condition modeste. Ils faisaient le bien autour d’eux et leur façon de vivre attirait des gens venant de tous horizons. Certains accomplissaient de vrais miracles alors que les hauts dignitaires investis du pouvoir en étaient incapables. Beaucoup étaient rejetés, reniés, voire jugés et condamnés pour avoir pactisé avec le diable. Ils étaient abandonnés par les gens qu’ils avaient guéris, cela sous la pression des responsables. Pourtant ils ne reniaient pas leur foi en Dieu pour autant, quelle leçon d’humilité, de pardon envers ceux-là même qui les avaient condamnés.

D’ailleurs, moi-même, j’ai fait mes premiers pas dans la foi au travers de l’une de ces structures. Plus tard, j’avais même souhaité devenir l’un des leurs. Mais, lorsque ma mère est décédée, écrasée par un camion semi-remorque, on m’a confié à un homme âgé qui m’a fait entrevoir la foi autrement. J’ai côtoyé des gens qui avaient une culture différente. A l’école, j’ai appris au cours des leçons d’histoire, que pour faire admettre le dieu que l’on m’avait fait connaître et aimer et renier les autres, on avait tué des milliers de gens et brûlé de nombreux pays. Je me suis rendu compte qu’il y avait peu de différence entre leur foi et la mienne.

C’est de cette époque-là que j’ai pris conscience que l’on nous cachait la vérité sur le seul et unique Dieu. Les portes de la foi et de la vraie vie spirituelle s’ouvraient à moi tout du moins celles qui allaient conduire mon destin et la vie qui m’avait été confiée. J’ai mis des années à me débarrasser du poids de l’éducation que j’avais reçue et ce, dans n’importe quel domaine que ce soit. J’ai compris à quel point nous étions tous manipulés. Mais que pouvait bien faire une âme solitaire contre ses structures établies qui faisaient la pluie et le beau temps sur la planète.

Tous ces groupes dits spirituels abusaient de jeunes âmes sans défense, confiées à des adultes responsables de leur éducation. Certains de ces êtres en mourraient, d’autres continuaient à vivre, conscients du fait que leurs souffrances les aideraient plus tard à mieux comprendre et aimer davantage leurs semblables. Combien de gens se sont retrouvés dans des situations terribles et ont assumé malgré tout leur vie dans l’abnégation, en n’éprouvant pas de haine. Grâce à leurs bourreaux, ils avaient perçu leur âme. Ces êtres marqués par leur enfance, se demandaient s’ils allaient faire face à leurs responsabilités d’adultes.

Aucun de ces êtres ne pouvait savoir qui il était vraiment, pris dans l’étau de l’éducation, il ne pouvait laisser paraître le reflet de son âme. Il s’identifiait à la société pour essayer de lui ressembler, il aimait le travail bien fait par lequel il essayait de se valoriser. Il se mariait ou non, mais il n’arrivait pas à se résoudre à mentir tout le temps, à tricher avec la société. Par contre, il ne pouvait pas tricher avec lui-même, au risque de se perdre à tout jamais et de passer à coté de la route qui lui était destinée. A l’écoute de tous, il donnait sans jamais trop recevoir. C’est un peu comme un chauffeur de car, il conduit, mais il ne peut pas être en même temps passager. C’est un choix de vie qui nous est attribué afin de pouvoir aider autrui par le biais d’activités diverses.

Certains se rencontrent, d’autres pas, car une âme suit sa route et l’assume sans avoir besoin de prouver son existence. Elle n’attend pas de reconnaissance, et bien souvent elle meurt dans l’oubli le plus total. Tu vois comme il est difficile d’identifier une âme, une vraie, car elle n’est pas visible. Il faut arriver à discerner les bonnes des mauvaises, car l’apparence est souvent trompeuse. Il y a certaines personnes qui ont une certaine aisance dans le verbe. Ces êtres ont reçu une initiation. Ils sont pris en charge dés leur naissance par des notables qui leur enseignent leur savoir et les vénèrent comme des dieux qu’ils ont créé à leur image et ces êtres sont alors adorés par toute la population. Alors que l’âme vraie se cherche au travers de sa propre vie ; elle refuse toute aide et toute implication dans un groupe quel qu’il soit vivant en solitaire et recherchant l’harmonie avec elle-même.

« Mais comment faire pour trouver le chemin qui nous permet de la rencontrer, grand-père ? »

« A force de chercher, un jour j’ai compris ce que l’on nous cachait depuis des siècles : notre âme est enfouie au plus profond de notre être. Mais à cause de notre comportement erroné, elle ne peut pas exister. C’est comme une citerne pleine d’eau dont le robinet est entartré. Il coule alors goutte à goutte, il faut donc le nettoyer. Pour les êtres humains, ce travail de détartrage consiste à écraser l’amour-propre, à oublier les rancœurs, la haine, les passions, les pulsions et les émotions. Le plus difficile, c’est d’accepter de devenir soi-même un robinet, et de donner notre vie à notre âme pour qu’elle puisse accomplir son destin. Mais pour qu’elle puisse exister, il faut qu’elle se serve de notre corps et de notre esprit. Il faut qu’elle s’exprime par le verbe, le regard et par notre vécu qui nous permet de comprendre l’époque dans laquelle nous vivons. C’est ainsi que toutes les portes qui restaient fermées jusque-là s’ouvrent enfin.

Tout ce que nous désirons le plus est à notre portée : l’argent facile, les relations multiples, les possibilités d’abuser des plus faibles. Pourtant, nous sommes fiers de ne pas succomber à la tentation et à la facilité. Jour après jour, on est en osmose avec son âme et on est fier de la servir. On comprend au fur et à mesure, ce que veulent dire la modestie, le don de soi pour aider autrui, mais il faut qu’il soit demandeur. Si les gens ne le demandent pas, on ne leur rend pas service, on les assiste et ils le font payer un jour ou l’autre.

Une fois que l’on a compris cela et que l’on applique ces principes à chaque instant, notre lucidité dérange les autres et ils essaient de nous détruire. Il faut donc apprendre à se mettre à la portée des êtres pour ne pas les humilier et ainsi, il est possible de les aider à évoluer dans leur vie de tous les jours. Beaucoup de gens pensent que la spiritualité passe par la prière, la méditation et les mettent en pratique pour obtenir une reconnaissance. Ils vivent tout autrement dans leur vie personnelle, bien souvent au détriment d’autrui. Alors que le chemin qui mène à l’âme se trouve dans l’accomplissement d’actes au quotidien qui permettent d’affiner la modestie qui est l’une des règles d’or pour ne pas tomber dans le piège de la vanité. C’est par exemple : tenir la porte à son voisin, lui dire bonjour, ne pas jeter des papiers par terre, respecter la priorité, les feux de signalisation, aussi bien à pied qu’en voiture, ne pas faire de bruit chez soi pour respecter la vie en collectivité.

Tous ces actes sont à la portée de tous et ne coûtent rien. Ils rendraient la vie plus agréable et harmonieuse et laisseraient la place à la bonne humeur. Mais les choses n’étaient pas ainsi, loin s’en faut. Chacun se disait : Moi je le ferai quand les autres commenceront à le faire. On pouvait toujours attendre ! Et partant de ce principe, les dégradations de toutes sortes allaient bon train. Les gens ne respectaient plus rien, ils s’insultaient entre eux et faisaient du tapage diurne et nocturne. Ils laissaient leurs chiens faire leurs besoins partout, ce qui empestait l’atmosphère et on risquait sans arrêt de se casser un membre. Alors on dépensait des fortunes pour que, chaque jour, des motos crottes ramassent ces tonnes d’excréments. Des graffitis pullulaient sur tous les murs des immeubles et dans les métros. Chaque année, on s’évertuait à effacer toutes ces soi-disant œuvres d’artistes qui réapparaissaient aussitôt sur les façades. Tout cela coûtait encore beaucoup d’argent à la collectivité. Il fallait être tolérant pour ne pas subir la pression de toutes ces nuisances quotidiennes, c’était très difficile de garder son calme. Mais cela permettait d’avoir des repères et ainsi d’évoluer chaque jour vers l’harmonie. Si un jour tu as la chance de revoir notre Terre et que la vie retrouve ses droits, tu dois bien te rappeler tout ce que je te dis là car ce sont les bases de la spiritualité.

 

3.2      Le voyage

 

 

Fort de mes convictions et conscient de la lourde tâche qui m’était confiée, je décidai de partir sur les routes du monde. Je choisis d’aller tout d’abord sur le nouveau continent, budget oblige. Tout avait été mis en œuvre pour me permettre d’aller très vite car le temps était compté. J’ai reçu un aller-retour pour le nouveau monde, c’était mon premier voyage sur ce continent. On m’avait réservé une place en première classe dans l’un des plus beaux avions de l’époque. C’était le Concorde, il avait l’apparence d’un grand oiseau blanc au long bec. Il mettait deux heures pour arriver à destination alors que les autres avions mettaient beaucoup plus de temps. L’avion décolla dans la nuit. Je regardai les lumières de la capitale scintiller juste en dessous de nous.

C’était une des villes les plus connues dans le monde pour son côté créatif dans tous les domaines. Elle était réputée pour sa haute couture, ses musées et sa gastronomie. Je distinguai au loin une grande tour toute illuminée. Je me rappelais soudain qu’elle avait été édifiée à l’occasion d’une exposition universelle et aurait du être démolie juste après. Cent ans après, elle était toujours là. Une hôtesse m’apporta un plateau composé d’un souper fameux, digne d’un grand chef. Je le savourais avec plaisir «.

«  Mais alors grand-père, voilà que tu succombais au plaisir, toi !  »

«  Alors tu penses que j’étais retombé à nouveau dans la matière ? Non, pas du tout. Toute la nuance est là, mon petit, car ce n’est pas parce que l’on suit une route spirituelle que les bonnes choses nous sont interdites. On apprécie tout simplement l’instant présent, sans se faire posséder ».

Après avoir dégusté ce succulent repas, je regardai à nouveau par le hublot. Nous étions en train de survoler l’océan, la lune était pleine et rendait la nuit plus belle encore. Il y avait des milliers d’étoiles. Je les contemplais émerveillé tout en songeant à la tâche qui m’attendait. Puis je m’assoupis. La voix du commandant de bord me fit sursauter, il annonçait l’atterrissage sur le nouveau continent. J’aperçus les grattes ciel et la statue de la liberté si belle, qui dominait la baie. Quel spectacle grandiose !

L’avion se posa en douceur. Un car nous conduisit dans un des halls immenses de l’aéroport où des centaines de gens pressés arrivaient de toutes parts. Je me rendis au contrôle de l’émigration et présentais mon visa de touriste, ce qui mepermit de sortir rapidement de cet endroit si bruyant. Une limousine bleu nuit m’attendait, le chauffeur prit mes bagages et les disposa dans le coffre et m’ouvrit la portière. Je constatai avec plaisir que la voiture était très spacieuse et climatisée. J’allais donc voyager agréablement à travers ce beau pays. Je donnai l’adresse de ma première étape au chauffeur. Il m’annonça que la ville se trouvait très loin d’ici et que nous devrions nous arrêter plusieurs fois.

3.3      Le chef indien

 

 

La voiture s’engagea sur une grande route droite. Elle était bien différente de celle de mon pays, on y croisait de superbes camions aux chromes rutilants. Certains arboraient de splendides dessins sur leur remorque. Une voiture décapotable immense nous dépassa. Elle roulait à vive allure, l’autoradio hurlait de la musique rock qui se mêlait à celle des sirènes des voitures de polices qui la coursaient. Un train passa au loin.

Après quelques heures de route, nous nous sommes arrêtés pour manger un morceau dans un snack-bar. Il y avait des centaines de camions garés sur le parking. J’entrai dans le restaurant, un juke-box susurrait une romance d’Elvis Presley, chanteur mythique de ce pays. Je me glissai sur l’un des tabourets libres entre deux chauffeurs routiers qui parlaient fort dans leur langue tout en buvant une bière. La serveuse s’approcha pour prendre la commande. Le chauffeur qui venait de me rejoindre me conseilla de prendre la même chose que lui et il demanda deux hamburgers à cheval avec des frites et deux coca cola, breuvage incontournable inventé par ce continent. Nous avons ensuite repris la route jusqu’à une heure avancée. Puis nous nous sommes arrêtés dans un motel pour y passer la nuit.

Le lendemain après-midi, nous sommes enfin arrivés sur les lieux de notre première étape. Je devais y rencontrer la première personne de ma liste. Ce n’était d’ailleurs pas un hasard si je commençais ma sélection ici. Nous empruntâmes un long chemin de terre, Je regardais la poussière s’élever derrière la voiture. Nous avons roulé ainsi une bonne demi-heure avant d’arriver aux abords d’une réserve d’indiens. C’était sûrement les derniers survivants d’une race en voie d’extinction en raison de tous les massacres que ces peuples avaient subi. Je demandais au chauffeur le nom de ces hommes, il me dit qu’il s’agissait du peuple hopi. Nous roulions à faible allure car une nuée d’enfants courrait autour de la voiture.

A mesure que nous approchions, j’observais avec tristesse le spectacle qui se déroulait sous nos yeux : de jeunes gens désœuvrés jouaient aux cartes, attablés autour d’une bouteille de whisky qu’ils se passaient de l’un à l’autre. D’autres se bagarraient, certains fumaient de l’herbe, d’autres tiraient au pistolet sur des bouteilles vides. Nous avons demandé à l’un des enfants de nous conduire au chef du camp. C’était lui qui avait adressé le texte que j’avais sélectionné. Il était devant sa tente et semblait m’attendre. Je suis descendu de la voiture, demandant au chauffeur de m’attendre. Je m’approchais de cet homme à la stature impressionnante. Nos regards se croisèrent en silence mais déjà nous nous reconnaissions. Il me prit dans ses bras et me dit : «  Tu es l’homme blanc qui vient de l’Est. C’est toi qui m’a écrit il y a quelques années «. Il sortit de sa poche une lettre que je reconnus immédiatement il dit : «  Tu sais, elle ne me quitte jamais et je la relis bien souvent «.

Puis, il ouvrit sa tente et me pria d’entrer avec lui. Nous nous sommes assis à même le sol, sur une peau de bête. J’étais très ému, une larme glissa le long de ma joue. J’étais si fier de me retrouver face à celui que je respectais depuis mon plus jeune âge. Cet homme m’avait donné les clés qui m’on servi dans mon évolution. Il me dit : «  Grâce à toi, j’ai retrouvé ma dignité et j’ai pu pardonner aux blancs tout le mal qu’ils ont fait à mon peuple. Je sais pourquoi tu es là, je t’attendais. Je suis prêt à te suivre quand tu le désireras. Tu as vu en arrivant ce qu’est devenu mon peuple ! J’ai pourtant essayé, en vain, de leur montrer la route. Mais comment lutter contre la facilité, le désœuvrement, la société moderne, la drogue qui leur procure l’argent facile. Au centre du village, le totem qui était le symbole de nos ancêtres, la fierté de notre tribu est devenu aujourd’hui un objet de honte car les touristes viennent nous voir comme dans un zoo. Ils nous prennent en photo et ne respectent personne et surtout pas le lieu où nous vivons qui est notre seule ressource car nous n’avons pas de travail. Où sont donc passés les guerriers qui mourraient pour défendre leur honneur et leur terre, tout cela est bien loin ! Malgré tout, je les aime, ce sont mes enfants ! Mais assez parlé de moi, que puis-je faire pour toi ? ».

Je lui dis à quel point je regrettais tout cela et je lui expliquais : «  Au moment opportun, je te contacterai et tu choisiras dix personnes parmi les hommes, les femmes et les enfants qui ont su, tout comme toi, préserver leur âme malgré les tentations diaboliques auxquelles elles ont été confronté «.

Le chef indien acquiesça et il fit signe à une très vielle femme qui se tenait debout au fond de la tente. Elle nous apporta un plat de viande grillée. Je ne crois pas en avoir mangé d’aussi bonne auparavant, elle avait un goût subtilement parfumé. Puis nous avons fumé le calumet de la paix.

Tu ne peux pas imaginer les sensations de joie et de sérénité que m’ont procuré ces instants privilégiés ! Mais je devais continuer ma route et je pris congé à regret. Avant de nous quitter, nous avons échangé un cadeau, c’était un objet personnel auquel nous tenions tous les deux. Je retrouvais mon chauffeur et nous sommes repartis vers la deuxième étape qui était très éloignée de cet état.

 

3.4      Le chef des aztèques

 

 

Il nous a fallu plusieurs jours pour parvenir à destination, nous arrêtant de motel en motel pour nous restaurer et nous reposer. J’ai eu le temps de méditer tout au long du chemin sur la rencontre exceptionnelle avec ce chef indien. Je me demandais comment allait se passer ma deuxième visite qui aurait lieu dans un lieu hautement spirituel depuis des siècles, chez les aztèques. J’entendis la voix du chauffeur qui disait que nous arrivions. Je reconnus les temples magnifiques de mes livres d’histoire, vestige de cette civilisation, les gens étaient encore vêtus dans la tradition. Ils avaient su se protéger du monde matérialiste.

Nous approchâmes de notre destination. La voiture s’arrêta et le chauffeur alla chercher un homme qui était assis prés d’une fontaine. Il revint avec lui et me dis que j’allais devoir continuer à pied et que cet homme me servirait de guide. Je partis donc en lui recommanda d’aller se restaurer en m’attendant car je ne savais pas combien de temps il devrait m’attendre. Puis je suivis le guide, nous prîmes un petit sentier escarpé dans la montagne. Nous montâmes de plus en plus haut, croisant de temps à autre un paysan occupé à travailler dans des jardins en espalier. Ces petits lopins de terre leur permettaient de faire vivre leur famille. Ils cultivaient tout à la main, aucune machine n’était venue polluer ce lieu magique. Chacun respectait sa place et vivait sur des valeurs ancestrales. Voir tout cela me mettait du baume au coeur. La terre était respectée par l’homme et elle lui rendait au centuple.

Nous arrivâmes aux abords d’une cité austère, chargée de vibrations qui apaisent l’âme. Le guide s’arrêta devant l’entrée d’un temple et me dit : «  va, il t’attend ! » Je pénétrai dans ce lieu mystérieux, Il faisait très sombre et au fond d’une immense pièce vide, je distinguais un vieil homme méditant à la lueur dune bougie. Je m’approchai sans bruit pour ne pas le gêner, mais il releva la tête avançant la main vers moi et me dit : «  Enfin te voilà, je n’espérais plus ta visite, mais heureusement le créateur ne nous a pas oubliés ».

Lorsque j’arrivai tout prés de lui, je me rendis compte qu’il était aveugle. Au même moment, devinant ma stupéfaction, il me dit : «  Ne t’inquiète pas, cela ne m’empêche pas de percevoir ton âme tout comme tu as perçu la mienne. Je suis prêt à te suivre ! »

Très ému, je lui précisai que je le préviendrais quand le moment sera venu et lui donnai les mêmes consignes qu’au chef indien. Les dix personnes devront, comme lui et le moment venu, mettre à profit toute leur sagesse et leur spiritualité au service de notre maître à tous. Il me répondit d’une voix douce et mélodieuse : «  Je te remercie de m’honorer de ta confiance. Il me sera difficile de choisir seulement  neuf personnes et de sacrifier toutes les autres. Mais c’est notre destinée, notre karma et je l’assumerais ».

Contrairement à mon ami l’indien, il ne me proposa pas de manger, malgré la longue route que j’avais fait pour le retrouver. Il me suggéra de jeûner avec lui pendant trois jours. J’acceptais sa proposition avec une joie profonde. Le jeûne est un acte symbolique qui permet au corps de s’épurer. Ainsi, une harmonie parfaite s’installe entre les trois éléments indissociables que sont le corps, l’esprit et l’âme. Cette osmose permet une communication parfaite avec le troisième élément. Nous avons ainsi pu méditer et nous avons émis des pensées positives pour essayer d’atténuer les souffrances de l’humanité.

A la fin du troisième jour, un faisceau lumineux, tel un rayon laser de couleur bleu, illumina la salle obscure dans laquelle nous étions, donnant à ses contours la forme d’une pyramide dans ses moindres détails. Quelques minutes plus tard, une lueur blanche vint remplir le tout. C’était exactement le principe de mon projet, elle était inversée et au-dessus de celle-ci, une auréole apparut. Ce phénomène dura quelques secondes et disparut d’un seul coup nous replongeant dans l’obscurité totale. Mais nous ressentîmes au même instant un courant passer à l’intérieur de nous-mêmes. C’était une manifestation extrêmement rare qui représentait la récompense éphémère certes mais suprême qui ressource assez pour avoir le courage de continuer la route qui nous est destinée. Je remerciai chaleureusement mon nouvel ami et le quittai avec les mêmes sensations que précédemment. Dehors, c’était l’aube du quatrième jour et je retrouvai mon guide et nous fîmes le chemin en sens inverse.

 

3.5      Mère T

 

 

Les braves paysans étaient dans leurs champs. Le soleil nous brûlait la peau. En bas du village, nous avons retrouvé mon chauffeur qui m’attendait fidèlement assis sur le capot de la limousine. Il vint à ma rencontre et me dit tout excité : «  Monsieur, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire, je vous assure que je n’ai pas rêvé, j’ai vu en pleine nuit une lueur éclairer le temple où vous deviez vous trouver. Elle avait la forme d’une tornade blanche, elle est apparue puis elle a disparu dans le ciel. J’ai ressenti une paix intérieure intense et soudain je me suis endormi ! »

Je souris intérieurement et remontai dans la voiture et nous sommes repartis vers la prochaine étape que je lui indiquai. Nous avons roulé pendant plusieurs jours sur ses routes interminables tout en admirant au passage des paysages d’une beauté inoubliable. Puis nous sommes arrivés à la frontière d’un nouvel état. Les douaniers nous demandèrent de descendre de la voiture et de les suivre dans les locaux du poste frontière. Ils nous firent déshabiller pour une fouille complète. Lorsque nous sommes ressortis, nous avons constaté, stupéfaits, qu’ils avaient démonté complètement la voiture. Ils espéraient certainement y trouver de la drogue. Ils nous conseillèrent de prendre une chambre à l’hôtel et nous préviendraient lorsque la voiture serait prête.

Nous avons dû attendre deux jours interminables, sous une chaleur accablante dans un hôtel plutôt rudimentaire, c’était comme dans un mauvais western. L’un des douaniers vint nous chercher et se confondit en  excuses. Il nous rendit nos passeports et nous souhaita bonne route. Nous repartîmes sans tarder. Nous sommes entrés dans une ville immense, mais où régnait une très grande pauvreté. La chaleur devenait torride, d’énormes tas d’immondices rendait l’air irrespirable. Des enfants de tous âges suivaient la voiture et nous tendaient la main pour que l’on donne une pièce de monnaie. Ils étaient si nombreux qu’il était impossible de les contenter. Nous trouvâmes enfin l’adresse de ma troisième étape. Il n’y avait que des bidonvilles, c’était la misère totale, je n’avais jamais vu cela. Les gens les plus pauvres de mon pays auraient semblé riches comparés aux pauvres gens qui vivaient ici. Des taules ondulées servaient d’abris, des bouts de chiffons et des cartons jonchaient le sol et leur servaient de lit. Ils n’avaient pour tout univers que les tas d’immondices, la boue, les rats qui courraient de partout. Les enfants jouaient et cherchaient leur nourriture parmi les immondices. Je me demandais si je n’étais pas dans un cauchemar mais hélas, la réalité était bien là sous mes yeux. Comment était-ce possible qu’au vingtième siècle, il existe des endroits pareils. Qu’avaient bien pu faire ces pauvres gens pour mériter cela ? Pourtant les enfants jouaient entre eux en riant comme ils le font chez nous.

J’arrivai devant une vieille cabane en planches mais qui passait pour un palais, vu tous les misérables abris que je venais de voir. Je frappai à la porte. Une religieuse vint m’ouvrir. A ma grande surprise, je reconnus cette femme d’un certain âge, le visage complètement ridé par des années de rude labeur. Elle était célèbre dans le monde entier et j’étais très honoré de l’approcher. Je m’inclinais devant elle et lui embrassais les mains en la remerciant pour son oeuvre remarquable. Je me sentais bien petit à côté d’elle, toute ma quête spirituelle me paraissait ridicule. Elle me pria de me relever et me dit : «  Aucune route n’est petite, chaque graine peut, si on l’arrose, devenir une belle fleur que l’on peut offrir à son prochain lorsqu’elle arrive à son apogée «.

Elle me fit entrer dans une modeste cellule et nous nous sommes assis à même le sol en terre battue. Elle regarda par la lucarne et me dit : «  Tu vois ici, ce sont tous mes enfants, ils sont si beaux et ils m’ont tant apporté. Je leur dois une grande partie de mon évolution spirituelle. Sans eux, je n’aurais pas vu cette lumière qui brille en chacun de nous. Je savais que tu allais venir. Moi même, j’ai eu le même mauvais pressentiment, l’homme est bien en train de se détruire lui-même ainsi que tout ce qu’il touche. Tu vois, ce n’est pas parce que j’ai reçu le prix Nobel de la paix pour la mission que j’ai accompli tout au long de ma vie, que je suis pour autant complètement satisfaite. Je suis sans cesse attaquée sur le plan humain par ceux-là même qui me l’ont attribué. Ils disent qu’en apportant mon aide à tous ces pauvres gens, livrés à eux-mêmes, au milieu de ces immondices, vivant sans aucune hygiène, ni soins sauf ceux que je leur donne, je fais un exercice illégal de la médecine, c’est le comble ! La société a abandonné ce peuple à une mort lente et à une souffrance, et si quelqu’un les aide, il accomplit alors un acte illégal ! Enfin, comme l’a si bien dit quelqu’un qui m’est cher : «  pardonnons-leur car ils ne savent pas ce qu’il font «.

En mon for intérieur, je pensais que je serais moins indulgent, je dirais qu’ils le savaient au contraire bien trop, mais je me gardais bien de l’interrompre. Elle m’offrit un thé avec quelques biscuits et nous avons continué à parler de la beauté de la vie, même si elle était si dure. Puis elle me demanda ce qu’elle pouvait faire pour moi. Je lui retraçais dans les grandes lignes ce qui avait été décidé par les hauts dirigeants, responsables sur le plan mondial, et les terribles conséquences qui en découlaient puisqu’ils avaient refusé toutes les solutions de redressement de l’homme par l’homme. Je lui dis également que j’avais pourtant tenté  de leur prouver qu’ils faisaient fausse route mais en vain. Comme elle, j’étais convaincu d’une possibilité pour sauver la planète du déclin. Je terminais en lui disant qu’elle avait été choisie pour faire partie de l’arche. Mais elle refusa et m’expliqua pourquoi : «  Mon petit-fils, ma route va bientôt se terminer, j’ai accompli la mission qui m’a été confiée sur terre. Cependant, j’ai, dans cette même ville, initié une femme jeune et belle, on dirait un ange. Elle voue sa vie à son prochain. Elle a été élue maire d’un quartier les plus pauvres de notre ville faute de candidats dans un secteur où la drogue, les agressions en tout genres, les viols et les meurtres sont monnaie courante. Elle a eu le courage de se présenter et a été élue. Depuis des années, elle mène un combat pour redonner la dignité aux gens et leur transmet l’envie de lutter contre le mal. Elle progresse dans sa mission chaque jour davantage. Va la voir et donne lui ceci de ma part, elle comprendra «.

A ces mots, elle me remit un morceau de tissu où perlaient quelques gouttes de sang et reconnut que ma tâche ne serait pas facile. Comment, sur des milliards d’êtres humains, en sélectionner seulement cent tout en sachant que tous les autres allaient mourir. Je lui répondis que la vie est ainsi faite. Lorsque l’on s’aperçoit que quelqu’un a la gangrène, il faut lui couper le pied, si l’on tarde à le faire, il faut l’amputer et si on ne le fait pas en temps voulu, il meurt. Il faut donc trancher, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Puis je me relevais et lui fis mes adieux en la remerciant pour son accueil si chaleureux.

C’était la première fois que je voyais une femme, fière de l’être, et qui ne revendiquait pas d’être l’égal de l’homme, elle lui était de loin supérieure et je me suis permis de lui avouer. Elle eut un petit sourire et me dit : «  Je suis très flatté qu’un homme le reconnaisse et qui plus est, venant de vous, c’est un compliment qui me va droit au coeur «. Puis, elle me serra contre elle, me tapotant le dos de ses petites mains. J’ai ressenti au même instant ce flux d’énergie qui ressource tout le corps et redonne la paix intérieure.

 

3.6      Madame Le Maire T

 

 

Je venais de vivre des instants inoubliables. Je retrouvai mon chauffeur qui m’attendait tout prés de la cabane. Je lui indiquai l’adresse de la personne que la religieuse venait de me recommander. C’était tout prés, il emprunta une grande avenue, modeste mais propre. Il y avait un policier au carrefour. Je baissai la vitre et lui demandai où se trouvait le quartier où nous allions. Il s’approcha, nous salua et nous renseigna avec beaucoup de courtoisie. Je lui fis remarquer que je n’avais pas l’habitude de voir cela. Il me répondit : «  Mais c’est bien naturel, cher Monsieur, ma mission consiste à aider les gens en difficulté et de faire de la prévention car c’est la meilleure arme contre la violence et la délinquance. Vous savez, notre rôle est de sécuriser les gens, d’aider les personnes âgées à traverser la rue, porter leur sac ou bien d’aider les automobilistes en panne à se ranger sur le côté. C’est ainsi depuis que nous avons un nouveau maire. Nous sommes mieux considérés par la population alors qu’avant, nous avions seulement l’ordre de punir et de sanctionner, nous étions très mal vus. La mafia dirigeait le quartier et le peuple souffrait de toutes les injustices. Aujourd’hui je suis fier d’exercer mon métier. Maintenant notre ville est propre à tous points de vue et nous formons une équipe soudée au service de notre maire. Grâce à elle, tout marche mieux car sous son apparence de femme fragile, elle a une poigne de fer. Elle a surtout beaucoup de coeur et de modestie. Voilà, cher monsieur, je ne vais pas vous importuner plus longtemps, bonne route ! «.

Le chauffeur démarra au feu vert, respect des lois oblige ! Nous sommes arrivés rapidement devant la mairie. Le chauffeur se gara et je lui demandai de m’attendre en lui suggérant d’aller se restaurer au bar qui se trouvait en face si jamais j’étais retenu trop longtemps. Je me présentai sur le perron, un homme vint à ma rencontre et me demanda qui je voulais voir. Je lui dis que j’aimerais être reçue par Madame le Maire. Il me demanda si j’avais rendez-vous. J’hochais négativement la tête en lui demandant de bien vouloir lui remettre le morceau de tissu que la religieuse m’avait donné pensait ainsi qu’elle me recevrait. Il me fit entrer dans un vestibule et me pria de l’attendre. Je repensai aux instants rares que je venais de vivre en compagnie de cette soeur, encore impressionné par son charisme et par l’oeuvre remarquable qu’elle continuait malgré son grand âge. Mais l’homme revint et me dit : «  Madame le Maire vous attend, si vous voulez bien me suivre «.

Je lui emboîtai le pas et le suivit dans un dédale de couloirs immenses et sobres. Je croisai des gens qui me saluèrent en souriant. Puis, l’homme s’arrêta devant une double porte en bois verni, sans dorures, Il frappa, une voix douce nous pria d’entrer. L’endroit était lumineux, il y avait des baies vitrées tout autour de la pièce immense, ornée d’un mobilier sobre mais beau. Occupée à écrire, elle leva les yeux, se mit debout et, contournant son immense bureau, elle s’approcha de moi, remercia l’homme qui sortit sur le champ tout en la saluant. Elle me serra la main et me pria de m’asseoir. Puis défiant le protocole, elle vint s’asseoir prés de moi en signe de convivialité, je suppose. Nous nous observions en silence. Je constatais qu’elle était d’une beauté parfaite. Elle avait d’ailleurs été élue Miss Monde quelques années auparavant, mais c’est un sujet qu’elle ne souhaitait jamais aborder. Je la remerciai vivement d’avoir bien voulu me recevoir de suite. Elle sourit en me disant : «  Avec un tel laissez-passer, je ne pouvais faire autrement, je dois vous dire que la soeur qui vous a adressé à moi est mon guide spirituel. Mais vous, Monsieur, qui êtes-vous et quel est le but de votre visite ? «.

Je lui dis que ma présence était due au fait que le monde se dégradait de jour en jour, malgré des gens comme elle qui essayaient d’enrayer le processus et qui réussissaient d’ailleurs fort bien. Mais ils n’étaient pas assez nombreux et ce processus était irréversible. Je lui expliquai ensuite ma mission top secret. Elle me demanda si j’avais tenté de dissuader les dignitaires d’en arriver là. Elle croyait encore que c’était possible en raison de tout ce qu’elle avait déjà accompli dans son pays, bravant l’hostilité, la mafia, la drogue, la violence et le chômage. Grâce à sa foi, elle était en train d’enrayer tout cela et était d’un optimisme à toute épreuve. Elle avait de plus en plus de gens qui la suivait. Je comprenais d’autant sa réaction, l’ayant éprouvé également.

Je la félicitai et lui dit mon admiration pour tout ce que j’avais vu en traversant sa ville, la joie de vivre de ses administrés. Je lui dis qu’en effet, il était possible de changer les choses sur le plan humain, mais que l’on ne pouvait plus rien contre la sentence horrible qui avait amené les responsables à mettre en place ce projet. Le dérapage nucléaire irréversible et devant être programmé pour un temps assez court. Je lui précisai que la religieuse souhaitait qu’elle prenne sa place sur l’arche. Le destin l’avait choisie. Je lui demandai de sélectionner neuf personnes dans son entourage qui aient la même foi, le sens du respect, de la moralité, et de l’humilité vis à vis de la vie. Elle s’exclama : «  Quelle mission difficile vous me confiez là ! « «  Alors vous acceptez ma proposition ? « «  Je n’ai pas le choix, je crois, mais je serai fière de faire partie de l’arche. Je suppose que nous devrons y séjourner pendant plusieurs décennies, où sera t-elle située ? « «  Pour l’instant, cela doit rester un secret d’état, mais je vous en informerai dés lors qu’on m’autorisera à le faire «.

Elle se leva et me proposa de déjeuner avec elle. J’acceptai avec joie. Nous sommes sortis ensemble et tout au long des couloirs, les membres de son personnel la saluaient. Je crus voir des larmes au fond de ses yeux, elle savait maintenant que tous ces gens fidèles étaient condamnés et qu’elle ne pourrait rien pour eux. C’était le point le plus crucial de cette mission, c’était de devoir abandonner tous ces pauvres gens condamnés par une minorité et tout cela pour le profit.  Nous avons traversé la rue, une ou deux personnes l’arrêtèrent pour la remercier car elle leur avait redonné l’espoir. Nous arrivâmes ensuite aux abords d’une petite chapelle magnifique et elle me proposa d’y entrer un instant. A l’intérieur, c’était une vraie merveille ! Je m’avançais vers l’un des bénitiers, trempais mes doigts et me signai par respect du lieu où je me trouvais. J’avais dépassé ce genre de rituels, ne pratiquant plus que la foi universelle, mais je ne reniais pas pour autant mes origines qui m’avaient permis d’accéder au savoir spirituel. Il y avait des statues de vierges partout, Les rayons du soleil éclairaient l’autel et les vitraux représentant les 12 étapes du chemin de croix. Il y avait de nombreux ex-voto sur les murs. Elle me précisa qu’il y avait eu énormément de miracles dans ce pays où la seule richesse des pauvres gens était la foi. Elle alluma un cierge et s’agenouilla devant une statue. Je contemplai cette femme, son aura était d’un bleu très pur, vêtue tout de blanc, elle ressemblait à l’une de ces madones. Elle s’est mise à prier à voix basse.

Je m’agenouillai prés d’elle et je demandais à Dieu de nous pardonner de n’avoir pas su l’aimer et de ne pas avoir respecté la mission qu’il nous avait confié. Puis nous quittâmes ce lieu de paix et arrivâmes à un petit restaurant situé tout prés. Le patron vint lui même nous accueillir ; il nous installa au fond d’une grande salle superbement décorée par des artistes locaux qui avaient peints des scènes de fête, des danseurs, la plage, le rêve en quelque sorte. Il s’adressa à mon amie : «  Chère Madame, je vous prépare votre menu préféré, comme d’habitude et se tourna vers moi en déclarant : «  J’espère que vous aimez la viande, cher Monsieur ? « Je lui répondis que c’était mon met préféré. Il s’éclipsa et une serveuse nous servit alors un apéritif local avec des amuses gueules. Nous reprîmes notre conversation ; elle me parla de son enfance dorée, de son cheminement et de sa réussite.

C’est très jeune qu’elle avait eu envie d’aider les plus démunis. Grâce à son élection et à la confiance de ses administrés, elle était en train d’accomplir son rêve de jeune fille. Dans son pays, il était très dur pour une femme de se battre contre les hommes qui représentaient la majorité des dirigeants. Mais par sa ténacité et son respect des autres, elle avait su se faire des amis qui lui permirent d’accomplir sa mission. Elle ne pensait pas s’arrêter la. Dans les années à venir, elle se présenterait aux élections présidentielles de son pays, et cela, malgré les menaces de mort proférées à son encontre. Elle était encore plus déterminée du fait des révélations qu’il venait de lui faire, elle irait jusqu’au bout. Je la félicitai de nouveau pour son audace et la remerciai pour tous ses bienfaits et surtout pour l’honneur qu’elle avait su redonner aux braves gens. Sur ce, le patron arriva avec un sabre empli de viandes de différentes sortes, il nous servit des pommes de terre, de la bière et de l’eau comme je lui avais demandé. Nous savourâmes ce succulent repas, en silence. Les autres clients nous observaient, je sentais qu’ils m’enviaient d’être avec cette personne qu’ils vénéraient et ils se demandaient ce que je pouvais bien faire ici, avec elle. S’ils avaient su ! Mieux valait ne pas y penser.

Après le dessert composé de fruits du pays, un groupe de musiciens s’approcha de notre table et se mit à jouer des airs merveilleux à la trompette. C’est d’ailleurs l’un de mes instruments préférés. Ils jouaient merveilleusement bien, produisant un son que je n’avais jamais entendu dans mon pays. Elle vit ma satisfaction et me demanda si je savais jouer d’un instrument. Je lui répondis que je jouais modestement de la trompette en amateur. Elle me demanda si je voulais bien me joindre au groupe et lui interpréter  un morceau. Je lui demandai d’être indulgente car il y avait bien longtemps que je n’avais pas joué. L’un des trois trompettistes me confia son instrument et l’un d’eux qui parlait ma langue me demanda ce que je souhaitais, je lui proposai «  la paloma, adieu «. Il approuva mon choix car il connaissait bien ce morceau et il me dit : «  Commencez, nous vous suivrons «.

Je crois que je l’ai joué comme jamais je l’avais fait auparavant. Des gens se mirent à danser, un homme s’approcha de Madame le Maire qui accepta son invitation à danser. Nous avons rejoué plusieurs fois cet air pour permettre aux gens d’apprécier ces instants magiques. Puis tout le monde applaudit. Seule la musique peut procurer ces sensations. A elle seule, elle est une sorte d’espéranto, réussissant le miracle qu’aucune nation n’a jamais pu accomplir : créer un langage universel, rêve vieux comme le monde.

Mais Madame le Maire devait mettre fin à sa petite escapade. Elle prit congé, devant retrouver ses obligations. Elle m’assura qu’elle se tenait à ma disposition pour notre projet. Je lui dis qu’elle serait informée en temps voulu et je lui souhaitais bonne continuation pour son oeuvre. Je remerciai les musiciens pour m’avoir fait vivre ces instants inoubliables qui resteraient gravés dans mon coeur. Je rejoignis mon chauffeur qui m’ouvrit la porte et monta à son tour dans la limousine en me demandant où nous devions nous rendre à présent. Je lui dit : «  Nous avons terminé notre voyage, vous allez me conduire à l’aéroport et là, nos routes se sépareront «. Je pris le téléphone pour appeler l’un des responsables du projet pour qu’il prévoie le planning de mon prochain voyage qui, comme par coïncidence, allait me diriger vers l’Antarctique, futur lieu d’implantation de l’arche.

 

3.7      Le sage des glaces

 

 

A l’aéroport, un hélicoptère m’attendait, son pilote, un commandant de l’armée de l’air me salua  et prit mon modeste bagage. Il me dit que nous devrons faire quelques escales pour nous ravitailler en carburant avant d’arriver à destination. Je lui demandais un instant et me retournai vers le chauffeur de la limousine et je le remerciais pour sa gentillesse et lui dis peut être à bientôt. Je montai dans l’hélicoptère. Le moteur s’élança, les palles sifflaient au-dessus de nos têtes et nous décollâmes. C’était la première fois que je montais dans un tel appareil. C’était très beau et impressionnant à la fois. Nous survolions des endroits fabuleux, des cascades mythiques, des grands canyons, des villes et des villages. Je ressentais une immense douleur en pensant que tous ces sites magnifiques allaient disparaître dans un proche avenir. Le pilote me voyant triste me demanda si c’était le paysage qui me rendait si mélancolique. Comment pouvait-il savoir ? J’esquivai et lui dis que mes pensées étaient ailleurs. Il me rétorqua que c’était dommage. Je m’en excusai et me remis à contempler le paysage.

Au bout de quelques heures, il me dit que nous allions atterrir sur une base militaire et nous reposer jusqu’au lendemain, puis nous reprendrions notre périple avec les équipements nécessaires. Une fois à terre, un militaire vint me chercher pour me conduire à la chambre mise à ma disposition pour la nuit. Il me dit que si j’avais besoin de quoi que ce soit je pourrais le demander par téléphone en composant le 13 en espérant que je n’étais pas superstitieux. Je le rassurais et lui souhaitai bonne nuit. Il me salua et s’en alla retrouver ses quartiers. Je me retrouvai enfin seul, cela faisait une éternité que cela ne m’était pas arrivé. J’étais exténué et ne tardai pas à m’endormir en pensant à la longue journée qui allait suivre.

Aux aurores, le clairon sonna le lever du camp. Aussitôt, des images de mon service militaire dans la marine nationale me revinrent en mémoire. Je me levai, pris une douche et j’allai prendre mon petit déjeuner au mess des officiers. Je vis de loin le pilote assis seul à une table. Il me fit signe de venir m’asseoir prés de lui et m’indiqua l’entrée du self-service. J’allais prendre un plateau, composé d’un chocolat au lait, de pain, de confiture de marron, d’un bol de céréales et d’un jus d’orange. Il me félicita de ce choix en soulignant que j’avais bien raison de prendre des  forces car nous avions une longue route à faire avant notre prochaine étape. Puis, il me laissa manger tout en plaçant quelques mots par ci, par là, histoire de passer le temps. Ensuite, il se leva et me proposa de le rejoindre sur la piste lorsque j’aurais terminé ; une demi-heure plus tard, je pris place à bord de l’hélicoptère.

Le pilote et son second étaient déjà à leur poste. Ils firent tourner les moteurs. Je pris place derrière eux, accrochais ma ceinture de sécurité et installais mon casque afin de pouvoir communiquer avec les membres d’équipage. Les pales tournaient à toute vitesse au point que je ne les distinguais plus. Nous décollâmes et je ressentis des sensations bien différentes de celles vécues dans un avion. C’était un mélange de peur et d’ivresse à la fois car j’avais l’impression d’être moi-même en train de voler. Le pilote me précisa que nous étions dans un prototype top secret. C’était son premier vol avec cet appareil et la mission consistait à tester tous les équipements modernes de pointe dans la région polaire où nous allions. Le froid pouvait entraîner des températures allant jusqu’à – 80ú en dessous de zéro. Je frissonnai d’avance, n’ayant jamais vécu cela. Nous devions faire deux escales avant d’atteindre notre objectif. L’engin survola des zones désertiques durant de longues heures. La nuit tombait mais nous avons continué notre route voyant comme en plein jour grâce à des lunettes infrarouge. C’était très impressionnant de constater que nous volions à si grande vitesse dans la nuit noire. Malgré le bruit, je m’endormis comme un enfant.

Quand je me réveillai, le soleil pointait à l’horizon, c’était un spectacle magnifique, j’aperçus la base où nous allions faire escale pour faire le plein et contrôler l’appareil. L’équipage pourrait ainsi se reposer car le vol avait été éprouvant pour eux. Nous descendîmes de l’appareil et nous nous rendîmes dans un bâtiment où nous prîmes une douche et nous restaurer ; je dois dire que nous étions affamés tous les trois car nous avions seulement eu des pastilles de substitution en guise de nourriture et nous avions bu beaucoup d’eau pour ne pas nous déshydrater. Nous avons donc apprécié ce repas pourtant simple composé d’un bon steak frites et d’un morceau de fromage, le tout arrosé d’un verre de bon vin. Nous avions l’après-midi pour nous détendre et nous avons donc regagné notre chambre. Il n’y avait rien d’autre à faire car la base était installée dans une contrée désertique sur une centaine de kilomètres. En fin d’après-midi, nous nous sommes retrouvés au mess et nous avons fait quelques parties de billard avant d’aller dîner. Puis, nous avons été directement nous coucher car nous devions décoller aux aurores. Au petit matin, nous étions déjà prêts à partir. Un officier nous servit un petit-déjeuner succinct et nous avons regagné l’hélicoptère fin prêt pour le décollage. Au début, nous avons survolé des milliers d’hectares de forêts magnifiques. Puis nous sommes arrivés au-dessus d’un grand fleuve, on voyait des bateaux à roue le remonter, une épaisse fumée s’échappait de leur grande cheminée. Plus au nord, je pus voir des bateaux en bois qui descendaient le fleuve, tirés par de grands remorqueurs, transportant des milliers de troncs d’arbres que des bûcherons avaient alignés sur la rive du fleuve. Ce bois était ainsi acheminé vers les scieries situées en amont. Plus nous avancions dans notre voyage, plus des morceaux de glace descendaient le fleuve. Ils étaient de plus en plus gros. Nous étions arrivés dans les régions les plus glacées du globe. Il y avait des phoques, des otaries, des ours polaires tout le long de la banquise. Nous étions heureusement bien au chaud dans la cabine malgré le froid extérieur. Les équipements semblaient bien fonctionner. Nous approchions de la base située sur la banquise, au fin fond du pôle Nord. Le pilote contacta la base par radio pour demander l’autorisation d’atterrir. Nous nous rapprochions de plus en plus de la base, la tour de contrôle demanda au pilote de patienter quelques minutes car il fallait ouvrir le toit amovible du hangar. Une fois cette opération effectuée, nous avons pu atterrir et le toit s’est refermé aussitôt. Le responsable de la base est venu à notre rencontre et nous souhaita la bienvenue. Aussitôt, des techniciens s’occupèrent de notre appareil. Puis un officier nous escorta jusqu’au lieu de notre séjour et nous nous sommes reposés quelques heures.

Le soir même, le commandant de la base nous invita à sa table et on nous servit des mets qui ne nous étaient pas familiers, un vrai régal ! Nous avons parlé du but de notre visite, Les pilotes évoquèrent leur programme d’essais avec de nouvelles technologies permettant de résister au froid. Quant à moi, je devais continuer ma mission secrète et rencontrer au plus tôt une personne qui vivait dans cette région polaire. Il m’assura que dés le lendemain matin, un guide esquimau m’accompagnerait en traîneau tiré par un attelage de chiens pour continuer mon périple. Il me précisa que c’était le seul moyen de locomotion possible puisque jusqu’à ce jour, aucun homme ne pouvait s’aventurer sans risques sauf les gens nés dans ces contrées. On me donnerait, pour faire ce voyage et pour la suite de ma mission une combinaison révolutionnaire pour lutter contre le froid et une balise argos pour que l’hélicoptère puisse me repérer et venir me rechercher. A de si basses températures, on ne pouvait pas arrêter les moteurs ne fusse que quelques minutes, ils pourraient ne pas redémarrer. Il tomberait dans l’Antarctique et serait perdu. Nous le savions et tout avait été prévu pour tester de nouvelles technologies qui devraient nous servir pour la construction de l’arche.

Au lever du jour, du moins c’est ce que je pus vérifier sur une pendule, car il faisait nuit noire, je me rendis dans une pièce où deux militaires m’aidèrent à endosser la fameuse combinaison. Elle ressemblait fort à celle des cosmonautes. Mais la différence était dans son autonomie, il n’y avait pas besoin de bouteille pour respirer. Elle était équipée d’une poche ventrale qui recyclait l’oxygène en brûlant l’oxyde de carbone, comme pour les nageurs de combat. C’est ce qui évitait de faire des bulles sous l’eau et d’être repérés par d’éventuels ennemis. Puis on m’expliqua comment la mettre et la retirer seul. On m’installa un micro à puce pour que je puisse communiquer avec la base et les appeler pour que l’on vienne me rechercher. Puis j’ai pris quelques affaires personnelles et surtout des cadeaux pour offrir à mes hôtes car c’était la coutume dans ce pays.

On chargea le traîneau, je fis connaissance avec les treize chiens qui aboyaient de joie à l’idée de partir. Ils étaient fiers et impatients d’accomplir leur travail. Le guide me salua et m’installa sur le traîneau. Il me recouvrit avec d’épaisses fourrures d’ours pour me protéger du vent et de la glace. Il me dit que nous avions environ six jours de voyage avant d’arriver à destination. Nous étions prêts à partir pour cette nouvelle aventure. Tous les membres de la base s’étaient approchés pour nous dire au revoir et nous souhaiter bonne chance dans notre mission. Je serrai la main aux deux pilotes qui m’avaient accompagné jusqu’ici et le traîneau s’élança dans un nuage de glace poudreuse. Au bout de quelques minutes, je me retournai et je constatai que l’on ne voyait déjà plus la base.

A l’horizon, il n’y avait que de la glace et un vent glacial soufflait tout du moins je le supposais car la combinaison dont j’étais affublé fonctionnait à merveille. La visière me permettait de bien voir en permanence car il n’y avait pas de buée sur mes lunettes à infrarouge et je pouvais voir très loin comme en plein jour. Heureusement que mon guide portait le même équipement que moi car traverser ces grandes étendues glacées, toujours identiques, aurait pu me donner le cafard. Nous pouvions donc communiquer tous les deux.

Cet homme était très cultivé, doué d’une intuition très développée et il avait un sens de l’orientation hors du commun. Il me demanda pourquoi le sage vers qui nous nous rendions avait accepté de me recevoir car depuis des années, personne n’avait pu l’approcher. Je lui répondis que je l’avais déjà rencontré dans une autre vie. Nous ne nous connaissions pas en tant qu’hommes, mais nos âmes s’étaient déjà rencontrées. Il resta silencieux pendant un moment puis il me dit : «  Je vous envie et je suis fier de vous accompagner vers celui que je considère comme mon maître, car c’est lui qui m’a appris la sagesse et l’humilité «.

La journée touchait à sa fin, le traîneau s’arrêta et le guide me dit que nous allions camper ici. Il monta la tente fournie et conçue par l’armée, ce qui évitait d’avoir à construire un igloo. Je le vis prendre une sorte de boîte, cela ressemblait à une grenade Il enleva la goupille et une flamme jaillit. Il fit de même avec deux autres boîtes en me précisant que c’était pour éloigner les ours ou tout autre prédateur. Ensuite, il détela les chiens qui s’ébrouèrent joyeusement et gambadèrent autour de nous. Il leur donna à manger appelant gentiment chaque bête par son nom et il prit le temps de leur parler et de soigner les pattes des deux plus jeunes. Puis nous nous sommes installés au chaud et nous avons partagé notre repas constitué d’une nourriture de survie. Epuisé, je me suis glissé dans mon sac de couchage et je ne tardais pas à m’endormir.

A mon réveil, je constatai que le guide n’était plus là ; j’ouvris la tente et je vis qu’il avait déjà attelé les chiens et préparé le café. Il m’en proposa une tasse que j’acceptais avec grand plaisir. Puis, je l’aidai à ranger le matériel et je m’installai dans le traîneau. Les chiens me saluèrent d’un aboiement joyeux ravis de repartir. De temps à autre, j’apercevais de beaux ours blancs et des phoques. La nuit perpétuelle rendait l’atmosphère pesante mais je m’y habituais petit à petit. Nous avons voyagé ainsi jusqu’au sixième jour.

Ce matin-là, j’ai eu une vision étrange : le vieux sage était là devant moi, alors que le traîneau continuait sa route, Je demandais au guide s’il apercevait quelque chose, il me répondit que non. C’est alors qu’il apparut de nouveau, comme pour m’enlever le doute et là il s’adressa à moi en disant : «  Je t’attends depuis si longtemps que je suis venu à ta rencontre « et il disparut.

Je croyais avoir tout vu jusqu’à maintenant mais je m’étais trompé : le spirituel n’avait pas de limites sauf celles qu’on lui donne en faisant obstruction à la foi. Les chiens avaient été les premiers à sentir que nous arrivions à destination, ce que le guide ne tarda pas à me confirmer. Au travers de mes lunettes, je distinguais une multitude d’igloos et des traîneaux attelés, en attente de partir sur la glace. Nous nous sommes arrêtés devant un homme qui semblait attendre. Je reconnus le vieux sage tel qu’il m’était apparu quelques minutes plus tôt. Il me tendit la main et me fit signe d’entrer dans sa demeure.

A l’intérieur de l’igloo, il me demanda d’ôter mon équipement afin qu’il puisse mieux me voir. Il me regarda longuement et me dit : «  Tu es exactement comme tu m’est apparu avant ton arrivée «. J’étais sidéré, je venais de comprendre que nous avions eu notre vision en même temps. Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre comme de vieux amis, en riant aux éclats. Il me pria de m’asseoir et m’offrit une boisson chaude. Il m’expliqua qu’après avoir vécu avec sa tribu, il vivait maintenant seul pour assumer son chemin spirituel sans impliquer quiconque sur sa route si belle mais si dure. Il avait autour de lui des adeptes. Il leur avait appris à suivre la même route que lui dans la foi universelle en solitaire. Il me dit qu’il était heureux de me rencontrer, mais vivant retiré du monde dit civilisé, il n’avait d’autres repères que sa propre route. Il n’avait jamais pu la partager avec quiconque. Il n’avait pu avoir des repères qui lui auraient permis d’évoluer encore davantage. Chose étonnante pour moi dans un tel contexte. Il y avait un trou au sommet de son igloo, et juste en dessous un feu brûlait. Il avait été allumé avec de la graisse de phoque et diffusait une chaleur agréable.

Il me proposa de méditer avec lui, et me dit auparavant, que nous devions d’abord nous dégager des ondes impures qui nous entouraient ou qui auraient pu nous habiter. Il  s’approcha du feu et se déshabilla, je fis de même. Il arrosa de grosses pierres avec de l’eau, aussitôt de la vapeur s’en dégagea. En quelques minutes, l’igloo était devenu un vrai sauna. Je découvrais  cette technique que je n’avais jamais pratiquée. La vapeur envahit l’igloo et elle était tellement dense que je distinguais à peine mon nouvel ami. Il ferma ses yeux, me demanda d’en faire de même, de faire le vide et de méditer chacun à sa manière.

Au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, une énergie nouvelle pénétra mon corps et je découvris des sensations que je n’avais jamais ressenti jusque là. A cet instant, je pensai qu’il fallait vraiment peu de choses pour être en paix avec soi-même. J’eus alors des pensées pour les gens qui souffraient, tout en me disant que la route que j’avais accomplie jusque là avait fait de moi un être privilégié et à cause de cela, j’étais prêt à assumer ma tâche jusqu’au bout quitte à y laisser ma vie. Mais ce n’était pas le moment, au bout d’un temps que je ne pourrais pas déterminer exactement, nous retrouvâmes nos esprits. Le vieil homme me dit : «  viens avec moi, ne te pose pas de questions, n’aie pas peur «.

Et là, il me revint à l’esprit un texte que j’avais écrit quelques temps plus tôt : «  J’ai peur d’avoir peur, donc je me fais peur. De par le doute que j’ai en moi, j’ai peur de ne pas vivre ma vie, que ce qui m’entoure m’empêche de la vivre. A cause de ma peur et du manque de confiance qu’elle engendre en moi, je détruis tout autour de moi et je fais peur à autrui et à mes proches pour masquer ma propre peur qui grandit de jour en jour. J’ai peur de perdre mon travail, je doute. Je ne suis plus moi-même, je le perds. J’ai peur de perdre ma femme, je doute, je ne suis plus moi-même, je la perds. Dans tout cela, j’ai oublié ou on m’a fait oublier que c’est moi-même qui m’enferme dans ma peur et dans la vôtre, en doutant de la vie et de la mort, en voulant posséder, en ne voulant pas me remettre en question et accepter mes erreurs. Ainsi, en n’ayant plus de lucidité, on se fait peur les uns les autres et on se donne des raisons d’avoir peur. Reprenons confiance, la peur n’existe que dans notre mental. Retrouvons la foi profonde et la peur disparaîtra à jamais. Nous retrouverons la place qui est la nôtre dans ce monde merveilleux qu’est la vie.

Me remémorer ce texte me donna la force de le suivre sans me poser de questions. Il sortit le premier de l’igloo, je le suivis et nous nous retrouvâmes dehors, nus au milieu de l’immensité glacée. Il me dit : «  Après cette séance de transpiration, tu es vidé de ton eau et de toutes les impuretés de ton corps et de ton âme. Maintenant je vais te mettre à l’épreuve. Il prit un pic et fit un trou dans la glace comme s’il voulait pêcher un poisson. Mais non, il plongea dedans et me demanda d’en faire autant, je m’exécutais sur le champs. Une fois sous l’eau, il me prit par les mains et me fixa droit dans les yeux alors plus rien n’exista, que la paix, le vide absolu où l’on ne sent plus rien, où l’esprit domine tout. Puis, il me fit signe de remonter et nous avons regagné l’igloo et nous avons de nouveau médité quelques minutes ; il me demanda de me rhabiller et fit de même. Il me dit : «  Tu es mon frère, tu peux à présent me dire le but de ta venue, car si tu n’avais pas franchi cette épreuve, je n’aurais pas pu t’écouter «. Alors je lui fis part de la gravité de la situation et du projet de l’arche et pourquoi les responsables de nos pays industrialisés en avaient décidé ainsi. Il me répondit : «  je te fais confiance et je te crois sur parole, mais comment ont-ils pu en arriver là ! Si tu as besoin de moi, fais-moi signe et je serais là «.

Je lui demandai, comme aux autres, de choisir neuf de ses congénères pour l’accompagner. Il me rétorqua que c’était impossible. Je lui demandai pourquoi et il m’expliqua : «  Depuis des siècles, notre civilisation vit retirée du monde, en vase clos, ce qui veut dire que nous procréons entre frères et soeurs, oncles et tantes, cousins germains. C’est pourquoi si peu survivent, entraînant la raréfaction de population dans nos régions. Il y a quelques siècles, un sage avait institué entre autre une coutume qui voulait que lorsqu’un étranger passait chez nous, il devait honorer notre maison en couchant avec la femme de son hôte, c’est ce qui a sauvé notre peuple de l’extinction, à longue échéance. En venant chez moi tu es passé au travers de cette règle sans nous manquer de respect «. «  Mais si je ne suis pas indiscret, pourquoi ne veux tu pas que des gens de ta tribu viennent avec toi faire ce grand voyage ? «.

«  Je vais t’avouer à toi, mon ami, ce que je n’ai jamais osé leur dire : c’est ma faute, il y a quelques années, un prêtre voyageur m’a mis en garde contre le mal du siècle qui sévissait partout dans le monde et qui été transmis par l’acte sexuel. Je ne l’ai pas écouté, car je croyais que du fait qu’en vivant retirés du monde, nous étions protégés et j’ai oublié ses recommandations ainsi que la boîte de préservatifs qu’il m’avait donnée. Quelques temps plus tard, deux inconnus sont passés par chez nous, on leur a offert l’hospitalité. Ils étaient très polis et très propres. Ils sont restés plus longtemps que prévu, j’aurais dû me méfier. Ils passaient d’un igloo à l’autre. Quelle aubaine pour nos femmes et nous-mêmes. Elles se sont toutes retrouvées enceintes. J’ai compris trop tard qu’elles avaient contracté la maladie et l’avaient transmis à leur mari et à leur enfant. Il y en déjà plusieurs qui sont décédées, d’autres vont suivre. Je suis le seul coupable et je suis le seul à avoir été épargné. C’est l’ironie du sort, mais si tu veux toujours de moi, je suis ton homme «.

L’heure de mon départ approchait. Je lui dis que l’on allait venir me chercher et que je devais activer la balise argos pour signaler ma présence par satellite à la base afin que l’on revienne me chercher. Je lui proposai de demander des médicaments pour ses compatriotes mais il refusa, prétextant qu’il fallait respecter la punition divine et payer le prix du péché de chair. Je le remerciai pour sa franchise et avec son accord j’activai la balise.

J’avais environ deux heures devant moi pour me préparer et lui dire au revoir. Pour le réconforter, je lui dis que la mort par cette maladie n’était rien à coté de celle qui nous attendait dans les années à venir lors du cataclysme nucléaire. Il me regarda et me dit : «  Dieu a sauvé ainsi ses enfants d’une fin terrible, donc il ne nous a pas abandonné, je le remercie ! «. Soudain, j’entendis l’hélicoptère qui arrivait vers nous. Il me serra fort dans ses bras et me dit : «  à bientôt et merci pour ton aide, après ton départ, nous lèverons le camp pour ne pas être repérés par des étrangers, tu comprends maintenant pourquoi «. Je montais à bord et lui dit au revoir d’un geste de la main. Nous avons pris de l’altitude et regagné la base après deux heures de vol. Nos missions respectives avaient réussies.

 

3.8      Le retour à la base

 

 

Une fois de retour à la base, le commandant me dit qu’il avait été inquiet pour moi car mon absence avait duré trois semaines. Après quelques jours de repos qui devaient permettre d’effectuer tous les contrôles sur l’appareil, on me conduirait à ma prochaine destination. J’en profitai pour visiter la base, son radar géant, ses appareils de mesure. Le temps passa assez vite et j’appris des tas de choses intéressantes. Ce soir-là, ils sont venu me prévenir de notre départ pour le lendemain matin. Je préparai mes affaires. La nuit était calme, je m’endormis serein, rêvant de ma prochaine destination. Au petit jour, un officier frappa à ma porte. Je me levais aussitôt pris une douche afin d’être en forme pour le voyage et je suis descendu prendre mon petit déjeuner avec l’équipage. Le commandant de la base me demanda si j’avais été satisfait de mon séjour. Je le rassurai et le remerciai pour les attentions qu’il avait eues à mon égard. Puis, nous sommes repartis en sens inverse. Le voyage se passa sans encombre et ils me déposèrent à l’aéroport.

Je retrouvais le bel oiseau blanc, je montais à bord. L’hôtesse me reconnut et me demanda si mon séjour s’était bien déroulé ; je lui demandai en retour, si toute sa petite famille allait bien car elle m’avait montré la photo de ses enfants et de son mari, pilote de ligne. Je la félicitais. De mon hublot, je contemplais l’océan dans toute sa splendeur et je m’assoupis. Lorsque l’hôtesse nous demanda d’attacher nos ceintures et d’éteindre nos cigarettes ; je reconnus, de mon hublot, la plus belle capitale du monde à mes yeux car elle m’a ouvert les bras depuis de nombreuses années ainsi qu’a des milliers de gens qui ont émigré en son sein venant de tout horizon, de toute culture.

D’ailleurs, j’avais fait paraître une réflexion à ce sujet sur ma vision de la capitale et de ses répercussions du mondialisme, à l’aube du troisième millénaire. Je te la livre telle que je l’avais présentée à l’époque : «  Que sera notre beau pays dans ce nouveau millénaire ? Le voile de l’avenir s’assombrit jour après jour. Le patriotisme cède le pas au mondialisme. L’immigration que nous prétendons découvrir existe déjà depuis des siècles. Qui peu prétendre de ses souches aujourd’hui ?

Du fait des guerres et des regroupements de provinces, nous avons tous des gènes italiens, espagnols ou musulmans. Alors, en quoi tous ces gens venus d’Afrique ou d’Asie que bien souvent nous sommes allés chercher pour regonfler notre démographie, sont-ils différents de nous ? Dans quelques siècles, ils seront là, à part entière, à leur tour. Dans ce pays des droits de l’homme, on nous dit racistes pour nous manipuler. L’exclusion n’est qu’une invention pour nous faire croire que ces gens volent notre pain alors qu’ils effectuent le travail que nous refusons d’accomplir. Alors, comme nos enfants qui jouent ensemble à l’école, qui partagent leurs joies et leurs peines, sans animosité ni haine, ouvrons-leur les bras, acceptons leurs différences.

Soyons le pays test pour le mondialisme croissant. Echangeons et mélangeons nos cultures, nos savoirs et nos valeurs. Pour cela, il faut de la tolérance et de la rigueur, sauvegarde contre le laxisme destructeur. Gardons chacun nos coutumes et nos religions mais respectons ces règles dignes d’un monde d’harmonie : le respect de soi et celui d’autrui. Alors notre pays pourra relever la tête et sera fier d’être le premier pays mondialiste, dans le partage des valeurs morales, physiques et intellectuelles. Notre invité devra donc respecter nos lois et nos règlementations, nos coutumes et nos valeurs, comme nous respecterons les siennes. Notre choix démocratique n’est pas un symptôme de faiblesse, mais révèle en nous des êtres humains.

Ainsi le proverbe : «  quand tu es le lion, je suis le mouton, quand tu es le mouton, je suis le lion deviendra dans ce monde nouveau : «  Quand je serai le lion, je défendrai le mouton, quand je serai le mouton, je défendrai le lion «. Alors la société nouvelle naîtra, et nous, ses fils et ses filles, nous vivrons en paix sans aucune exception «. Tu vois l’espoir de changer le monde brûlait toujours en moi comme en des milliers d’autres personnes qui voulaient le bonheur de leurs enfants.

Tout le monde disait que nous étions des utopistes alors que nous aurions pu être l’avant-garde d’une société nouvelle où tout le monde aurait eu sa place et où un partage équitable des richesses matérielles et spirituelles n’aurait pas été une utopie mais une réalité.

Le bel oiseau se posa sur une piste immense et un minicar me conduisit aux abords du hall de l’aéroport. Un chauffeur m’attendait ; je passai les contrôles habituels et le rejoignit. Il prit ma valise et me dit qu’il était à ma disposition pendant toute la durée de mon séjour. Je devais contacter Monsieur X avant mon départ afin qu’il organise en temps et en heure ma prochaine destination. Il me ferait parvenir un courrier la veille de mon départ avec toutes les instructions.

«  Mais grand père, pourquoi tant de précautions ? »

«  Tu comprendras quand je te raconterai la suite du voyage ».

 

3.9      L’Algérie

 

 

Quelques jours plus tard, Monsieur X m’a fait parvenir une enveloppe. Il y avait mon passeport avec les visas de touriste pour toutes les destinations à venir. A l’aéroport, j’allai au guichet chercher le billet qui avait été réservé à mon attention. On annonça le vol et je me rendis à la porte d’embarquement. Je montais dans un Boeing 347, je m’installai à ma place et attendis le décollage imminent. L’hôtesse nous fit les recommandations d’usage. Les réacteurs s’activèrent et la piste se mit à défiler rapidement  sous mes yeux. En un instant, nous avons survolé la capitale.

Une heure plus tard, j’admirais déjà la mer Méditerranée si belle et si tourmentée parfois. Des souvenirs me revenaient en mémoire car dans ma jeunesse, j’avais été navigateur et j’avais fait des escales dans tous les ports de cette région qui était alors colonisée.

Depuis, elle avait retrouvé son indépendance, belle époque pour certains, triste pour d’autres. D’ailleurs dans cet avion, j’étais un étranger et je me fis tout petit sur mon siége pour ne pas déranger. Le pilote annonça notre arrivée et la température du pays. D’en haut, je distinguai la ville blanche, située en bord de la mer, si belle sous le soleil et je  reconnus le port où jadis je fis escale. Un car nous conduisit dans le hall pour accomplir les contrôles en vigueur dans ce pays. Un nouveau chauffeur était venu m’attendre ; il m’ouvrit la porte d’une vieille Mercedes et me conduisit à l’hôtel où une chambre m’était réservée. J’allai chercher la clé de ma chambre auprès du concierge. C’était comme par hasard le numéro 13, clin d’oeil de Monsieur X qui savait que c’était mon chiffre fétiche. J’ouvris la porte de ma chambre qui était illuminée par le soleil et la porte-fenêtre et je profitai ainsi de la vue magnifique sur la rade où trônaient paquebots et cargos pétroliers. Il régnait une animation intense dans cette ville. Le téléphone sonna. C’était la réception qui m’annonçait qu’un homme me demandait en bas. Je leur dis que j’allais descendre le rejoindre au bar.

Quelques minutes plus tard, je retrouvais mon nouveau compagnon de route. C’était un très bel homme qui était vêtu d’une djellaba blanche qui faisait ressortir son teint basané et ses yeux clairs et il portait des babouches. Il me salua, je lui proposai de boire quelque chose, il demanda un thé à la menthe, je l’imitai. Nous nous sommes installés à une table tranquille au fond de la salle et il me dit : «  Si vous le voulez bien, nous partirons demain à l’aube. Je vous ai apporté ce sac où vous trouverez des vêtements à votre taille car vous devez impérativement être habillé comme moi pour aller où vous le souhaitez. Ces précautions sont nécessaires sinon il y aurait trop de risques pour votre vie. Mais ne vous inquiétez pas, le voyage a été préparé par notre hôte, nous ne risquons rien «.

Puis il se leva,  me salua en me serrant la main et il la posa ensuite sur son coeur. Il me proposa d’en faire de même. Je trouvais l’attention très délicate. Puis je remontai dans ma chambre et commandais mon dîner par téléphone afin de ne pas me faire remarquer. Au petit matin, on m’apporta mon petit déjeuner que je pris sur le balcon en contemplant le lever de soleil sur cette magnifique baie.

La réception m’avertit que mon guide était déjà là. Je me dépêchai de revêtir mon costume local et je le rejoignis dans le hall. Il me salua et me donna ses recommandations : «  Nous arriverons ce soir chez notre hôte ; d’ici là, tu n’adresses la parole à personne, tu me laisses faire, il en va de notre sécurité «. Il faut dire que ce pays était en pleine effervescence. Il y avait deux clans, l’un qui restait fidèle aux valeurs ancestrales et l’autre qui était pour l’évolution vers le modernisme. Ce qui entraînait de violents conflits. On se méfiait d’autant plus des étrangers dans ces régions.

Nous avons pris la route, à pied, jusqu’à la sortie de la ville où un homme nous attendait avec deux ânes, mon guide le paya et il s’en alla. Mon compagnon m’aida à grimper sur l’un d’eux et nous sommes partis tranquillement vers notre destination. Je retrouvai le paysage de ma région natale, des collines, avec des oliviers, puis nous traversâmes une sorte de maquis où nous croisâmes quelques chèvres qui broutaient les rares buissons. Les bergers et leurs chiens les faisaient se détourner à notre passage. Le soleil cognait de plus en plus fort sur nos têtes mais grâce à nos vêtements, nous étions protégés de la chaleur torride.

La journée s’avançait et au loin, on apercevait un groupe d’hommes qui nous guettaient, je me demandais si c’était des amis ou des ennemis. Je pense qu’ils étaient là pour nous protéger. La nuit tombait sur la colline. Mon guide me dit que nous arrivions et me proposa de descendre de l’âne afin de nous dégourdir un peu les jambes. Nous avons continué à pied. J’entendais les cigales et les grillons chanter à tue-tête, cela me rappela mon enfance. La chaleur remontait des cailloux qui jonchaient le chemin. Nous sommes arrivés à l’entrée du village composé de petites maisons construites avec des pierres et de l’argile. De cet endroit paisible émanaient d’excellentes vibrations et pourtant, il semblait désert. Il n’y avait personne dehors, à l’exception d’un chien qui vint gentiment nous dire bonjour en sautillant autour des ânes. Le guide s’arrêta devant une bâtisse et me dit : «  voilà, c’est ici. Tu peux entrer, il t’attend «.

Je m’approchai ; en guise de porte, un rideau de tissu, aux couleurs chaudes flottait sous l’effet de la brise, laissant entrer l’air. Je l’entrouvris, c’est alors qu’une belle voix chaude, pleine d’amour me pria d’entrer. Je vis un homme, qui paraissait avoir la quarantaine, assis sur un tabouret. Il était attablé devant un morceau de pain et un verre d’eau. Une femme voilée se tenait debout derrière lui. J’admirais ses yeux noirs qui scintillaient à la lueur d’une bougie. A  lui seul, son regard franc imposait le respect. J’avançais dans leur direction et je constatais que l’homme qui avait gardé la tête baissée jusque-là, était aveugle. Il tendit sa main dans le vide, je la saisis et je m’inclinai devant lui. Il me pria de m’asseoir prés de lui. Je saluai d’un signe de tête son épouse qui en fit de même. Je m’assis en face de lui, il prit ma main dans les siennes et me dit : «  J’apprécie beaucoup ta discrétion, je n’en attendais pas moins de ta part. Oui, je suis aveugle depuis le jour où mon pays a retrouvé son indépendance. J’ai sauté sur une mine antipersonnelle, je n’y vois plus mais mon coeur et mon âme ont retrouvé la lumière ce jour-là. Pour toi, la route a dû être longue. Si tu veux bien accepter l’hospitalité de ma modeste demeure, tu peux dormir ici. J’acceptai avec plaisir, son épouse me servit un dîner composé de légumes et de fruits. Puis elle me fit signe d’entrer dans une autre pièce vide et je compris que j’allais dormir là, sur une natte posée à même le sol. Harassé de fatigue, je me suis allongé  et je me suis endormi bercé par le chant des cigales en songeant au parcours de cet homme à l’âme si belle et si pure ayant vécu dans la souffrance «.

Au lever du soleil, j’entendis des bruits furtifs dans la maison. Je me suis levé rapidement et je suis entré dans la pièce principale. La femme me salua et sortit rapidement de la pièce. Aurai-je commis une indélicatesse sans le savoir ? Les coutumes changent d’un pays à un autre.

Quelques instants plus tard, elle revint accompagnée de son mari qui lui tenait le bras. Il me tendit la main, je la saisis et instinctivement la posa sur mon coeur, comme l’avait fait mon guide, la veille. Il en fût très touché. Nous avons pris le petit déjeuner, du pain grillé et du thé, servi par la maîtresse de maison qui resta toujours debout. Puis il suggéra d’aller marcher tous les deux sur les sentiers qui longeaient le village. Il saisit une canne accrochée dans l’entrée et me prit le bras. Il me dit : «  Prends le premier chemin à droite. Tu sais, ta visite me fait plaisir. C’est un grand honneur pour moi. Ma femme m’a lu le recueil de poèmes que tu m’as envoyé. Il est plein de sagesse. C’est pour cette raison que j’ai accepté de te recevoir. Maintenant que nous sommes seuls, tu peux me dévoiler le but de ta visite «.

Nous avons continué à marcher ; il faisait un temps magnifique, une petite brise nous caressait les joues. Il me donna son accord pour m’accompagner, avec neuf de ses congénères, sur l’arche tout en me disant que le choix serait difficile. Il me demanda s’il pourrait prendre des femmes et des enfants. Je lui dis que c’était même recommandé dans la mesure où le but de l’arche était de sauvegarder la vie dans tous les sens du terme.

Puis je lui demandai si je pouvais lui poser une question personnelle tout en lui précisant qu’il n’était pas obligé de me répondre. Il accepta mais me demanda de le tutoyer car dans leur culture le vous n’existait pas. Pour moi, le vous était synonyme de respect, cela me gênait de le tutoyer, lui qui était le chef reconnu de son village. Pourtant  je m’exécutais: «  Peux-tu m’expliquer pourquoi ce retour aux sources de vos traditions ancestrales qui, aux yeux de nos sociétés matérialistes, sont rétrogrades et inhumaines ? «

«  Si tu le permets, arrêtons-nous ici et reposons-nous un peu au pied de cet olivier où je venais jouer lorsque j’étais jeune «.

Il s’est assis sur une pierre où il avait, on le sentait, l’habitude de venir souvent. Puis,  il reprit :  Comment ces gens osent-ils nous juger et de quel droit ? Depuis des millénaires, notre civilisation vit à travers le monde dans la ligne de nos écritures et elle représente environ 80% de la population mondiale. Partout dans le monde, à la même heure, on se recueille tous, orientés vers le soleil pour remercier notre Dieu de ses bontés et de nous avoir donné la vie. Avant la venue des colons dans notre pays, nous vivions sur des valeurs immuables, saines, dures, car si l’on dit aimer, on est forcément dur. Le respect est la clé de notre civilisation. Ce qui m’a plu dans ton ouvrage, c’est ta vision de la femme, de la mère, seule dignité au monde. Nous les hommes, nous sommes des être impurs. Elle seule peut procréer et notre devoir est de la protéger, non pas parce qu’elle est faible mais par notre labeur et notre force physique, nous lui apportons la protection. Ainsi, elle peut féconder en toute tranquillité et assurer la continuité de la vie. Chez nous, d’après les écritures, l’homme a le droit d’avoir quatre épouses, en toute légalité et c’est la femme qui doit apporter la dot. C’est, je pense, suite aux guerres successives où des milliers d’homme sont morts que les femmes se sont retrouvées en majorité et pour ne pas les laisser seules et pour reconstruire notre peuple, les écritures ont été appliquées. La femme doit se donner, vierge, à son époux, elle doit lui rester fidèle et lui donner beaucoup d’enfants.

Elle ne reçoit pas de subventions, ni d’aides car chez nous, c’est le devoir qui prime. Le seul droit que nous ayons c’est celui d’accomplir ses devoirs. Peut être que cela peut te paraître excessif ? C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on nous dit intégristes, pourtant ce mot vient d’intègre et je suis fier de l’être. Dans mon pays, nos femmes, mères, grand mères sont respectées par leurs fils et elles vivent jusqu’à leur dernier jour sous le toit familial. Si le père décède, le fils aîné prend la relève et assume les responsabilités du chef de famille et si c’est la mère qui meurt, c’est l’aînée des filles qui élève ses frères et soeurs. Quelle fierté d’avoir une famille unie dans la joie comme dans la peine, dans la richesse comme dans la pauvreté ! Les femmes ne se mêlent pas aux hommes et ce, depuis des siècles.

Cependant, depuis les colonisations et l’arrivée du matérialisme, nous avons perdu tout cela. Malgré notre indépendance, les traces de Satan sont toujours là car nous sommes sous la tutelle des pays industrialisés. Nous revendiquons notre identité car nous refusons celle que les civilisations matérialistes nous proposent. Comment pourrions-nous éduquer nos enfants avec nos valeurs, dans le laxisme, l’assistanat, l’abandon de la famille. A cause de son émancipation, la femme refuse son identité de mère au profit de son identité de femme. Elle refuse d’être une épouse fidèle, fière de son mari, de ses enfants, en les protégeant et les éduquant dans nos valeurs ancestrales alors que chez vous, la femme vous a rejeté, humiliée, a renié votre identité, votre raison d’exister. Sauf, je le reconnais, à quelques exceptions prés dont vous pouvez être fier. D’ailleurs, à ce propos, tu l’as dénoncé dans ton livre dans lequel, si je me rappelle bien, tu disais ceci : «  Chers parents, j’ai grandi à travers vous. Je viens de prendre conscience à mon tour qu’être parent, est une tâche difficile car elle représente la perte de l’adolescence donc de l’insouciance. On devient responsable des valeurs que vous nous avez transmises, des droits que nous avions mais nous avons occulté nos devoirs. Je viens m’en excuser auprès de vous. Enfant, j’ai admiré le fait que vous vous soyez occupé de vos parents jusqu’à l’aube de leur mort, alors que moi, je vous ai considéré comme une charge, un fardeau. Votre vieillesse me fait peur car elle reflète ce que je serai plus tard. Je n’ai pas eu la force que vous aviez, on me l’a enlevée. La société m’a fait oublier mes devoirs en me faisant croire qu’elle vous prendrait en charge. Je vous ai abandonné à elle, dans ces lieux lugubres appelés mouroirs où je n’ose même plus venir vous voir alors qu’après, j’aurai le courage d’aller sur votre tombe. Maintenant que je suis devenu adulte, je prends conscience de mes actes et je vous demande pardon pour vous avoir méprisés, oublié. Je vous ai perdu à jamais et avec vous, mes enfants. J’ai oublié mes devoirs envers eux. S’il n’est pas trop tard, je vais oublier mes droits pour accomplir enfin mes devoirs, et un jour je les retrouverai de nouveau ».

Tu vois, beaucoup de nos enfants nous on rejetés pour aller vers la facilité fictive de vos pays, vous les avez abusés dans des travaux pénibles, mal payés, parqués dans des tours vétustes. Ensuite, comme ils n’avaient plus de travail, vous les avez assistés, et gardés chez vous pour augmenter votre démographie décadente. Vous leur avez enlevé leurs repères, soit disant au nom de la démocratie et des droits de l’homme. Vous leur avez proposé le laxisme et le mensonge. Vous avez fermé les yeux sur leur délinquance n’ayant rien d’autre à leur proposer. Vous avez mis la drogue à leur disposition pour qu’ils puissent nourrir leur famille. Vous vous êtes servis d’eux pour vous enrichir en leur mettant toutes vos erreurs sur le dos. A présent, nos hommes ne trouvent plus d’épouses dignes de ce nom car elles ne sont plus vierges. Elles ont perdu leur instinct et leur fierté d’être mère, et au nom de quoi ! J’en oublie certainement. Moi, je suis là pour redonner à mon pays les valeurs qu’on lui a volées. Mieux vaut l’intégrisme que le laxisme qui emmène tôt ou tard au déclin et à la perversion d’un peuple.

Il y a quelques années, je suis allé voir un de mes cousins qui réside dans un pays proche du mien et qui avait la même culture que le nôtre au départ. Mais ce pays a également subi le colonialisme sous couvert d’une royauté. De riches bâtisses côtoyaient les bidonvilles de la périphérie où habitaient les laissés pour compte d’une société décadente qui envahissait la ville, violant les femmes, les égorgeant, pillant les magasins, brûlant des voitures, pillant et détruisant les maisons. Je me suis trouvé dans la capitale un 20 juin. Ce jour-là, il y a eu beaucoup de morts. L’armée a détruit toutes ces maisons de carton et résorbé la répression en mettant les gens en prison. Personne n’était au courant sauf les gens présents ce jour là. Ils avaient tort mais comment mélanger la richesse et la misère à quelques mètres d’intervalle. Comme dit le proverbe : «  Quand le loup a faim, il attaque le troupeau «, sans se soucier s’il va mourir car il est déjà condamné à mort. Je suis rentré chez moi, convaincu de l’urgence de mon combat. Vu le tableau que tu viens de me dépeindre pour le futur, cela prouve que j’ai raison. Mais comme on dit si bien «  la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure «. Tu vois, le soleil se couche, nous devrions rentrer «.

En chemin, il me demanda de lui dire le texte qui l’avait le plus marqué, celui où je parlais de la foi en me précisant que malgré sa culture, il était ouvert à une telle éventualité. Je m’exécutai avec grand plaisir : «  Depuis la nuit des temps, la foi est synonyme de conflits, de guerres, de manipulations, de controverses au nom de Dieu. Certes, il y en a un, mais à qui appartient-il. Puisque dans chaque culte respectable, on prêche l’amour de son prochain, la bonté, la charité et le pardon. Si tout cela était vrai, pourquoi vouloir convaincre l’autre que son Dieu est le vrai, le gentil et l’unique ? Nous sommes tous une particule de vie, la foi est en chacun de nous pour partager, aimer, pardonner, non pas aux autres, mais à soi-même. Laissons-là les querelles de clocher et ses convictions personnelles, propres à chaque homme. Tous ensemble, mettons-les en pratique sans vouloir convaincre l’autre par la force mais par la foi véritable en étant tous complémentaires au travers de la foi basée sur la tolérance, l’amour, la foi universelle, face à face avec Dieu qui est amour pour tous ses enfants, sans exception. Elle est synonyme de paix et de partage «.

Il me remercia chaleureusement. Nous arrivions à la porte de sa maison. Je le guidai vers son épouse qui nous attendait. Elle m’invita à m’asseoir tout en le débarrassant de sa canne. Puis elle nous a servi un thé chaud et nous avons pris notre dernier repas ensemble. Le lendemain matin, mon guide était là qui m’attendait avec les deux ânes ; nous nous sommes dit au revoir et je lui ai dit que je le contacterais en temps voulu. J’ai refais le chemin en sens inverse.

Lorsque je suis arrivé à l’hôtel, j’ai pris une douche et je me suis rendu dans la grande salle à manger où j’ai dîné rapidement d’un plat local délicieux. Le lendemain matin j’embarquai dans l’avion qui devait m’emmener vers ma nouvelle destination. Nous fîmes une courte escale sur un aéroport du vieux continent où nous avons changé d’appareil. Je ne me lassais pas d’admirer les merveilleux paysages durant ces longues heures de vol. Puis le commandant annonça l’atterrissage ; je retrouvais la sensation étrange lorsque les roues de l’avion crissèrent sur la piste. La porte de l’avion s’ouvrit, je m’apprêtai à descendre, la chaleur torride me surprit et je ressentis immédiatement une moiteur collante dans tout le corps. Je me dirigeai vers les contrôles douaniers.

A la sortie, je vis un homme qui tenait devant lui un panneau à mon nom. Je m’approchais de lui et lui tendis la main. Il me fit un grand sourire et m’invita à le suivre de nouveau sur la piste où nous attendait l’un de ces vieux coucous, sorte de petit avion à moteur car dans ce pays, l’avion reste un des seuls moyens de transport efficace. Les routes sont rares et souvent impraticables sauf en 4×4, voiture à quatre roues motrices.

 

3.10Le chef africain

 

 

Le pilote, en tenue décontractée, s’avança et nous salua courtoisement et nous invita à monter à bord. Il demanda l’autorisation de décoller et s’engagea sur la piste qu’on lui avait attribuée. La tour de contrôle nous souhaita un bon voyage. très vite, l’avion survola la brousse nous offrant un nouveau paysage : je pouvais voir des girafes, des zèbres, des rhinocéros, des lions ainsi que des oiseaux multicolores qui frôlaient l’appareil. Le pilote me dit que ces oiseaux représentaient un vrai danger pour les avions et qu’il fallait les éviter à tout prix sinon c’était la catastrophe, pour eux comme pour nous. Heureusement, il connaissait bien leurs habitudes et les évita adroitement. Je m’extasiais au fur et à mesure que nous avancions. Le pilote m’approuva et me dit que lorsqu’on découvre ce pays, on ne peut plus l’oublier et on souhaite toujours y revenir.

Au bout de 3 heures de vol, il demanda l’autorisation de se poser. J’aperçus le village où nous allions et je reconnus les huttes de mes livres d’histoire, mais aucune piste à l’horizon. Je m’en étonnais mais le pilote me dit que nous étions dans la jungle et que tout irait bien. Il se posa en douceur sur la terre ferme et roula ainsi jusqu’au village.

Aussitôt une foule d’enfants se regroupa autour de nous, joyeux et pleins de vie. Puis les hommes s’approchèrent à leur tour car le pilote leur apportait les provisions de la semaine. Mon guide me conduisit jusqu’à la hutte du chef du village. Il m’attendait devant, il me serra dans ses bras en me tapant amicalement dans le dos, en signe d’amitié. Puis il me fit entrer et m’invita à me désaltérer. La chaleur toujours aussi torride nous brûlait la peau. Il y avait des mouches et des moustiques par centaines. Heureusement, je supportais bien ces contraintes, étant originaire d’un pays chaud. L’homme me dit : «  Je suis très heureux de te rencontrer, je t’attendais avec impatience depuis que j’ai reçu ta lettre. Tout comme toi, je suis conscient de la gravité de la situation de notre monde et je suis prêt à t’aider dans ta mission «.

Je l’en remerciais et lui demandais de me parler de la vie des habitants de son pays que je ne connaissais pas. Il me répondit : «  j’apprécie le fait que toi, homme blanc que je ne connais pas, me pose cette question. C’est la première fois qu’un étranger essaye de nous connaître avant de porter un jugement sur notre civilisation. Je vais essayer de te répondre avec impartialité. D’après nos sages, certains historiens et autres scientifiques, nous aurions été les premiers hommes sur la planète. La terre sur laquelle nous vivons est l’une des plus riches grâce aux richesses du sous-sol ; nous avons de l’or, de l’argent, du diamant et du pétrole sans pour autant les exploiter. Depuis des siècles, nous vivons en harmonie avec la terre et elle nous l’a toujours rendue. Il n’y avait aucune frontière d’établie sur aucune carte et pour cause, nous n’en avions pas. Chaque village avait un sage qui nous guidait dans notre vie spirituelle. Il y avait aussi deux sorciers, un pour faire le bien, l’autre pour faire le mal mais il y avait un équilibre. Il arrivait qu’un village voisin essaye de s’accaparer notre territoire, mais cela se passait d’hommes à hommes, à la loyale, avec des lances ou des flèches. Mais tout rentrait vite dans l’ordre car notre terre est assez grande pour y loger tous ses fils. Très jeunes, les hommes apprenaient à chasser et à devenir des guerriers  pour nourrir leur famille et la protéger, cela nous suffisait et nous étions heureux. Les animaux que nous chassions nous permettaient à la fois de manger et de nous habiller et aussi d’orner nos demeures. Nous avions, il est vrai, beaucoup d’enfants et plusieurs épouses mais l’écosystème gardait les meilleurs d’entre nous. Seul Dieu en décidait et nous l’avons toujours respecté. Tout se passait bien jusqu’au jour où les blancs sont arrivés pour soi disant nous sauver mais de quoi, je me le demande toujours. Ils ont voulu que nous adorions leur dieu et que nous reniions le nôtre. Ils disaient que nous étions des barbares primaires, et qu’ils allaient faire notre bonheur. Pourtant, ils ont violé nos femmes, massacré les hommes et les enfants pour nous obliger à penser comme eux. Ils avaient une vision matérialiste des choses et une culture plus évoluée que la nôtre alors que chez nous, elle était essentiellement spirituelle. Ils hissèrent le drapeau de leur pays décrétant qu’ils étaient chez eux. Ils nommèrent un chef à la place du sage et lui donnèrent tous les pouvoirs. Ils se basèrent sur sa cruauté plutôt que sur sa sagesse, exploitant notre force physique, mais surtout notre naïveté. Ils ont fait de nous des esclaves. Ils instaurèrent ainsi le commerce dit du bois d’ébène, cela n’était autre que de l’esclavage. On enchaîna au pied nos hommes les plus robustes et les entassèrent sur des bateaux afin d’aller les vendre sur les marchés aux esclaves sur toute la planète. Les plus chanceux furent vendus aux colonisateurs, qui les assurèrent de leur protection mais ces hommes violaient nos femmes et nos filles.

Durant plusieurs siècles, ils nous firent exploiter nos propres richesses dans les mines sans nous payer. C’est ainsi qu’ils s’enrichirent en nous dévalisant ; Ils nous imposèrent des frontières, nous séparant ainsi de nos frères et nous interdisant notre propre culture. Certains ont voulu résister mais ils sont tous morts. Il était impossible de lutter et de vaincre avec des flèches contre les armes à feu et l’instinct diabolique de l’homme blanc. Nous n’avons jamais retrouvé notre identité car même après avoir retrouvé notre indépendance, nous sommes restés sous la tutelle d’un pays étranger qui mit en place l’un des nôtres en lui donnant des milliards qu’il ne redistribua jamais à son peuple. Il se fit construire des palais et sacrer empereur. Il invita tous les responsables de notre malheur à inaugurer la reproduction d’un lieu sacré de leur pays pour qu’ils l’entretiennent à vie alors que la misère régnait en maître. Ils ont même construit une ville, en pleine brousse, avec un système d’adduction d’eau, et une installation électrique sophistiquée. Pourtant, elle n’a jamais été habitée et pour cause, il n’y avait aucune possibilité d’alimentation en énergie, à des centaines de kilomètres à la ronde. Tu comprends maintenant comment notre civilisation a été bafouée depuis des siècles.

Il y a quelques temps, dans un pays voisin, une révolte a eu lieu, organisée par un pays étranger qui a armé un groupe ethnique et l’a soutenu en lui envoyant mille hommes armés, en civil, mais qui étaient malgré tout des soldats, en fait, des mercenaires. En échange, ils continueraient à exploiter ce pays. Pourtant, rien ne se passa comme ils l’avaient prévu. Il y eu des milliers de morts, nos frères se déchiraient pour avoir le pouvoir, d’un côté avec des armes de pointe et de l’autre, avec des machettes ; ce fut un vrai carnage : des milliers de gens quittèrent le pays, le camps des hommes aux machettes l’emporta et le pays qui avait soutenu les rebelles vit son armée illégale prise au piége et il profita de l’exode des réfugiés pour organiser, sous le couvert d’une aide humanitaire immédiate, des secours amenés par des organismes et des casques bleus, couverts par leur immunité et soutenus par d’autres pays. Une fois sur place, ils donnaient des habits légaux à tous les mercenaires et repartaient aussitôt chez eux, en laissant des milliers de gens aux mains de leurs bourreaux. Puisque nous regorgions de richesses enfouies dans notre sous-sol, lorsqu’un pays était renié, un autre se présentait et armait des dictateurs pour nous diriger et continuer de nous exploiter.

D’autre part, soi disant pour nous instruire et nous protéger, les blancs ont organisés des campagnes sanitaires d’intégration et d’alphabétisation alors qu’ils nous détruisaient chaque jour davantage. S’ils avaient vraiment voulu notre bien, il fallait nous rendre notre liberté et nos terres. Nous n’avions nul besoin d’eux, ils sont le diable en personne. Depuis l’invasion de l’homme blanc, nous avons tout perdu et au lieu de nous aider, maintenant dans les villages les plus retirés, ils font venir des armes de pointe, de la drogue et de l’alcool.  Ils font chasser l’éléphant par les braconniers sacrifiant les femelles et les petits pour nous prendre l’ivoire et en faire un commerce fructueux. De ce fait, les éléphants sont en voie de disparition chez nous. Dans les grandes villes, c’est la misère et la perdition qui règnent. Pour vivre, bien des femmes se livrent à la prostitution propageant la maladie du siècle qui est en train de détruire toute notre civilisation, transmise, non seulement par la voie sexuelle comme on nous le fait croire mais également par les moustiques, comme ils le font déjà pour le paludisme. Ainsi, nul n’y échappe, enfants, personnes âgées et animaux compris. Les chercheurs scientifiques le savent très bien mais ils se taisent pour ne pas affoler les populations et surtout les touristes qui viennent chez nous pour assister à des safaris dans la jungle ou encore pour assouvir leurs vices «.

J’étais effondré par tout ce que je venais d’apprendre et je lui dis : «  Monsieur, votre témoignage me bouleverse au plus haut point, je comprends tout à fait que vous soyez plus qu’indigné de notre comportement. Je sais que cela ne changera pas les choses, mais je tiens à vous demander pardon, au nom de mes compatriotes «. Je vis une larme perler au coin de ses yeux, il me prit les mains et les serra très fort  en me disant qu’ainsi je le lui redonnais l’espoir au fond du coeur. Puis il me demanda la vraie raison de ma venue. Je lui relatais la situation actuelle et le projet de réalisation de l’arche. Puis, je lui demandais comme aux autres de choisir les neuf autres qui l’accompagneraient. Il me dit : «  comment des êtres peuvent condamner ainsi des milliards de leurs semblables et cela à cause de leur incompétence et de leur ignorance dans la vie spirituelle. Ne crois-tu pas que même si nous devions revenir à l’Age de pierre pour sauver nos frères, il faudrait le tenter ? « Je lui répondis : «  Toi, tu vois cela en tant qu’être spirituel pur ne vivant pas dans le matériel. Mais nous sommes trop peu nombreux à penser ainsi. Ce phénomène est irréversible et si cela se savait, les gens seraient si paniqués qu’ils se détruiraient entre eux, avant l’heure. Ce serait encore plus grave car bien peu de gens ont su garder leur lucidité et le sens du devoir mais il faut espérer que le miracle se produira. Pour l’instant, je ne peux pas envisager d’autre solution «.

Il médita quelques instants, me donna son accord,  m’offrit l’hospitalité et il m’annonça qu’il donnerait une grande fête en mon honneur le lendemain. Puis il sortit avec moi, la nuit était tombée, il m’accompagna jusqu’à la hutte réservée aux hôtes de marque. Je ne tardai pas à m’endormir. Le lendemain matin, il est venu me chercher et nous nous somme installés autour d’un grand feu où ses frères, déjà assis, formaient un grand cercle. Il fit signe au sorcier de commencer la fête. Les joueurs de tam-tams entamèrent un morceau endiablé faisant vibrer tout mon corps. Les danseurs, des guerriers je suppose, avaient revêtu leur costume d’apparat, le visage et le corps peints. Le feu crépitait, des étincelles volaient au vent, à six mètre de haut au moins. Toute sa tribu venait tour à tour saluer le sage et moi même. J’étais très honoré de ce geste, mon hôte me précisa que cela faisait plusieurs années qu’il n’avait reçu d’homme blanc. Puis le festin commença, les danses reprirent de plus belle et la fête s’acheva très tard.

Le chef se leva et vint m’offrir une chaîne avec un très beau médaillon. Il me la passa autour du cou en me disant qu’il me protégerait du mauvais oeil. Pris au dépourvu, je lui offris en retour le seul bien que j’avais avec moi et auquel je tenais énormément. C’était une trompette en or que l’on m’avait offerte lorsque j’étais très jeune. Le chef, très ému, me remercia et nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Je suis allé me coucher le coeur et la tête pleine de souvenirs inoubliables à jamais gravés dans ma mémoire.

 

3.11Le chef russe

 

 

Le lendemain matin, je quittai mon nouvel ami en lui promettant de l’avertir dés que nous serions prêts à partir sur l’arche.  J’entendis le moteur du petit avion qui était en train de se poser à l’entrée du village. Je retrouvai le pilote qui me ramena à l’aéroport où je devais prendre un vol pour ma nouvelle destination, vers un pays de l’Est, sur le vieux continent. D’ailleurs, il n’y a pas encore très longtemps, un avion civil avec deux cent personnes à bord, qui s’y était égaré, a été abattu. Jusque là, aucun avion civil ou militaire n’avait osé violer leur espace aérien. Il n’y avait pas eu de représailles de la part du pays concerné, qui avait présenté des excuses, consterné. Mais aujourd’hui, je pouvais m’y rendre en toute tranquillité car le pouvoir avait changé, ce pays était devenu démocrate. Le vol se déroula sans histoire.

A l’aéroport, un service d’ordre assez impressionnant attendait les voyageurs. On passa à la fouille et on contrôla nos visas. Un chauffeur, portant casquette et gants blancs, m’invita à le suivre et prit ma valise. Nous avons traversé le hall et nous nous sommes retrouvés sur une grande avenue. LÀ, il me fit monter dans une grande berline semblable à celle d’un de mes précédents voyages. Elle était toute blanche avec des vitres fumées. Le chauffeur me précisa qu’elle était blindée et pouvait résister aux armes de gros calibre. Je commençais à me demander où il allait m’emmener et s’il ne s’était pas tromper de passager. Il s’installa au volant, alluma la télévision, mit une cassette dans le magnétoscope et démarra. Je vis apparaître sur l’écran le visage d’un vieil homme où se lisait une grande souffrance mais qui était empreint de sérénité : il semblait habité par une grande paix intérieure. Il se mit à parler : «  lorsque vous verrez ces images, je ne serais plus de ce monde, c’est mon fils unique qui vous recevra. Moi, j’ai compris trop tard, notre monde a évolué si vite que nos générations n’ont pu le suivre. J’ai été déporté dans un camp de travail dans les mines à cause de mes convictions spirituelles, j’y mourrai en paix mais je n’ai pu aider personne ni léguer mon savoir jusqu’au jour où mon fils m’a parlé, écoutez-le bien, peut-être saura-t-il vous convaincre. Je vous en remercie par avance «. Il eut un sourire qui en disait long  et fit un signe de la main en guise d’adieu. L’image disparut et l’écran se brouilla.

Soudain, la voiture ralentit et s’arrêta devant un portail en fer forgé qui s’ouvrit automatiquement. La limousine monta une belle allée bordée d’arbres centenaires. Il faisait très froid mais dans le ciel bleu, un pâle soleil tentait de réchauffer l’atmosphère. Le chauffeur m’ouvrit la porte et m’accompagna jusqu’aux marches d’un perron immense. J’admirai la demeure semblable aux maisons bourgeoises de mon pays. Le hall était illuminé par des lustres taillés dans un cristal très pur. L’escalier intérieur était orné d’un tapis de maître ; à ses pieds se trouvait le personnel au grand complet qui me salua comme un hôte de marque. Je ne me sentais pas très à l’aise.

Un des majordomes m’invita à le suivre et en haut de l’escalier, deux hommes vêtus de noir ouvrirent une double porte. Je me retrouvai dans un salon immense semblable à une salle de musée avec ses meubles d’époque et ses tableaux de maître ; je reconnus Degas, Picasso, Velazquez. Un homme grand et beau apparut comme par enchantement, je ne l’avais pas en effet entendu arriver. Il semblait échappé d’un film d’espionnage. Il portait un costume gris clair, des chaussures de marque noir et blanc. Il avait de la classe mais semblait assez superficiel. Je remarquais sa montre en or et sa chevalière incrustée de diamants. J’étais surpris de la différence entre lui et son père. Effectivement, celui-ci avait raison, il fallait que j’approfondisse. Mais cette apparence ne me gênait pas, dans mon pays, tous les mafiosi avaient cette allure.

Il me salua et me remercia d’être venu jusqu’à lui. Il me fit asseoir dans un fauteuil et il prit place derrière son bureau. Il me proposa un cigare que je refusai en lui disant qu’il y avait bien longtemps que j’avais arrêter mais que la fumée ne me gênait pas. Il prit alors un gros havane et l’alluma dans les règles de l’art. Il coupa l’une des extrémités avec une pince en argent, prévue à cet effet, ensuite il alluma une allumette et le chauffa d’un bout à l’autre et l’alluma enfin, observant ainsi le rituel connu des vrais amateurs de cigares. Il me dit : «  Avant de mourir mon père m’a demandé de vous recevoir. J’ignore le but de votre visite mais je présume qu’elle a un rapport avec votre appartenance spirituelle. Vous avez dû être surpris en arrivant chez moi, il y a de quoi d’ailleurs. Mais vous le savez bien, il ne faut pas se fier aux apparences. Je dois vous expliquer, comme mon père l’a souhaité, comment j’en suis arrivé là aujourd’hui et pourquoi le pardon de celui que je respectais le plus au monde car je lui devais d’être de ce monde. Ma mère est morte quand j’étais très jeune. Elle avait été enlevée par l’armée et déportée dans un camp. De santé très fragile, elle n’a pu survivre au rythme de travail imposé sans cesse dans le froid glacial.

Notre pays a vécu pendant des siècles sous des régimes féodaux. Au 19éme siècle, s’est instauré un régime totalitaire d’assistanat total, l’armée régnait en maître absolu. La peur faisait partie de notre vie et à chaque instant, les gens qui résistaient risquaient d’être dénoncés soit par des voisins soit par des membres de sa propre famille. Ils étaient déportés du jour au lendemain, sans preuve. Si un responsable voulait s’approprier vos biens, il vous dénonçait et le tour était joué. Les magasins étaient vides, et dés lors qu’il y avait un arrivage de nourriture, il fallait faire la queue des journées entières sans être sûr d’avoir quelque chose quand votre tour arrivait. A l’école, on endoctrinait les enfants contre l’humanité ; en revanche ils se présentaient comme nos sauveurs.

Dés mon plus jeune age, mes parents m’ont éduqué dans une vraie quête spirituelle et ils pardonnaient à nos bourreaux. A cette époque, mon père occupait un poste à responsabilité à l’étranger et faisait partie des dignitaires. Nous étions privilégiés. Notre pays assurait un protectorat dans certains pays d’un autre continent, non pas sous la forme de colonisation, c’était beaucoup plus subtil, il leur fournissait des armes, bien souvent périmées et en échange, s’appropriait toutes leurs richesses minérales, en exploitant la main d’oeuvre de ces pays devenus ses esclaves et cela dure depuis plusieurs siècles ».

Je l’interrompis : «  Mais pourquoi ? Vous possédiez déjà toutes ces richesses dans le sol et le sous-sol de votre propre pays ! »

«  C’est exact mais le climat est trop rude et aucune machine ne résiste au froid qui va jusqu’à –- 60ú. C’est d’ailleurs pour cela qu’il existe ces camps de travail car il n’y a que l’homme qui résiste au froid certes mais au péril de sa vie. On déporte la population pour un oui ou pour un non. La main d’oeuvre ne revenait pas cher chez nous, c’est vrai. Cependant cela coûtait beaucoup moins cher de l’exploiter dans les autres pays. Mon père a voulu  améliorer la vie de ces esclaves en les traitant comme des hommes à part entière et en leur laissant leur dignité. Il les a aidés à organiser une révolte en formant des autochtones mais elle a échoué. C’est pour cette raison que mes parents ont été déportés. Pour me sauver, mon père m’a obligé à les renier publiquement devant une cour de justice afin que je sois épargné, j’avais alors 16 ans. Ce n’était pas facile mais je l’ai fait et j’ai vécu ainsi dans cet horrible système. J’ai ensuite rencontré un dirigeant de la mafia qui était à contre courant de mon éducation mais j’ai vu, à ses côtés, les failles de la société. J’avais compris qu’il me faudrait énormément d’argent pour sauver des milliers de gens de la famine et cet homme pouvait m’en donner les moyens. J’ai donc vécu auprès de lui ; il faisait du trafic en tous genres, femmes, drogue, objets d’art par des voies parallèles.

Adulte, je suis devenu autonome et protégé mais mon but était de servir mes semblables. J’ai fait plusieurs voyages dans les pays industrialisés et ainsi, j’ai trouvé le moyen de faire de l’argent facile sans tuer ni violer ni faire ces odieux trafics. C’est la bourse qui m’a permis de réaliser mes rêves. J’ai acheté sans aucune difficulté des parts importantes dans beaucoup d’entreprises nationales ou internationales avec les finances de la mafia créant des sociétés holding dans les paradis fiscaux. J’ai blanchi des milliards d’argent sale provenant de tous les trafics de la mafia. Je suis devenu l’un des hommes les plus puissants de la planète et respecté par les plus grands de ce monde. J’ai des actions partout dans le monde, je fabrique de l’argent avec des O. P. A. sur toutes les places boursières avec l’aide de mes agents de change et ce en toute légalité. Par le biais des structures de la communauté, je peux obtenir des milliards de subventions par le truchement de mes sociétés. Je peux faire élire ou destituer des hommes de pouvoir dans tous les pays où je suis implanté. Ils me sont tous plus ou moins redevables de leur place, ayant financé, sans qu’ils en soient conscients, leur campagne électorale. La drogue circule partout dans le monde en toute impunité car nous fournissons de l’héroïne pure à tous les dignitaires qui en désirent. Pour contenter les puritains, nous leur permettons d’en intercepter des quantités plus ou moins importantes, et ce, grâce aux informations de nos propres trafiquants, tout cela est un jeu d’enfant «.

«  Mais, cher Monsieur, comment pouvez-vous suivre votre chemin spirituel malgré toutes ces malversations ? «

«  C’est une bonne question, grâce a mon implantation dans les grosses sociétés du monde entier, lors des conseils d’administration, je maintiens l’équilibre de millions d’emplois qui, sans mon intervention, n’existeraient plus et plongeraient les employés dans le chômage, la pauvreté et la déchéance morale. Car les dirigeants sont prêts à sacrifier des milliers d’emplois pour gagner des millions de dollars. Etant actionnaire majoritaire de leurs entreprises, je tire les ficelles et j’essaye de créer un équilibre dans le déséquilibre, mais pas seulement sur le plan financier car il y a plus grave.

Au milieu du 20éme siècle en effet, une centrale nucléaire a explosé créant un nuage radioactif qui a survolé plusieurs pays. L’air lui n’a pas de frontière. Personne ne l’a su puisqu’à l’époque, il y avait le fameux rideau de fer. Des milliers de gens en sont morts. Une autre conséquence, la naissance d’enfants et d’animaux difformes ont servi aux chercheurs pour des expériences scientifiques. Au-delà des frontières, des milliers de gens on été irradiés sans le savoir. Il y a eu une recrudescence de cancers de la thyroïde  un peu partout ; Dans vos pays, on a mis cela sur le dos du stress de la vie moderne et de la pollution des grandes villes comme les gaz d’échappement des voitures par exemple. Quelques décennies plus tard, notre pays, déjà ruiné par son inertie et sa mauvaise gestion subit l’explosion d’une nouvelle centrale. Mais cette fois, l’information a filtré. On a essayé de la minimiser en faisant croire aux pays avoisinants que le nuage s’était arrêté aux frontières. Cela a marché un certain temps, puis l’information s’est propagée dans les pays voisins qui ont pris conscience de la gravité de la situation. Notre pays ne pouvait pas assumer financièrement et au niveau technologique la réparation voire limiter les dégâts. Nous ne pouvions l’arrêter sans faire mourir des milliers de gens de froid. De ce fait, les pays voisins durent en assumer la responsabilité pour se protéger des conséquences des fuites radioactives, ce qui allait d’ailleurs leur servir de terrain d’expérimentation pour trouver des solutions au cas où cela arriverait chez eux.

Malheureusement, ce n’était que le commencement du cauchemar car des centaines d’autres centrales ainsi que nos sous-marins nucléaires allaient exploser dans les années à venir.

L’Etat ne pouvait assumer les salaires pourtant modestes des fonctionnaires et plus grave encore, la solde de notre armée, les soldats devaient pour se nourrir, se vendre au plus offrant. Ils vendaient leurs armes de service à des prix dérisoires. Vous verrez, dans peu de temps, notre pays sera en plein déclin et s’adonnera à tous les trafics allant jusqu’à tuer pour survivre. Certains iront peut être, au delà de nos frontières, voler dans les grandes villes pour manger car il n’auront plus rien à perdre. Je mets tout en oeuvre pour tenter d’éviter le pire à mes compatriotes afin qu’ils puissent garder la dignité qu’on leur a volée. L’évolution a fait que nous, les truands, n’avons plus besoin de sortir de chez nous car le portable nous suffit alors que la délinquance a pris le relais sur nos anciennes activités avec moins d’élégance, je trouve, je plaisante, donc voilà en gros pourquoi j’ai dû emprunter cette route «.

«  Monsieur, effectivement votre cheminement peut paraître incohérent avec votre quête spirituelle, mais j’admire votre courage car le choix de votre destin permet à des milliers de gens de vivre encore dans ce monde alors que, sans votre intervention positive, les dignitaires auraient eu moins de scrupules vis à vis des pauvres gens. Alors, à la guerre comme à la guerre, tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins puisque les responsables de tout bord vous ont donné la marche à suivre et vous l’avez suivie. Je pense qu’il vous a fallu beaucoup de courage pour avoir choisi cette voix plutôt que celle de votre père qui est aussi la mienne, plus modeste peut être mais plus dans les normes spirituelles mais dépassée cependant dans l’action dont les faibles subissent les conséquences en cette fin de siècle «.

«  Je pense qu’il est temps que vous me disiez pourquoi vous veniez voir mon père qui m’a demandé juste avant de mourir de vous aider dans votre démarche «.

«  Justement, Cher Monsieur, le but de ma visite est la conséquence directe de tout ce que vous venez de me raconter. Vous ferez donc partie, à la place de votre père, des personnes sélectionnées pour un projet encore top secret défense, si vous l’acceptez. Vous êtes le mieux placé pour comprendre que le cataclysme nucléaire est imminent et irréversible. Je vous donne donc les grandes lignes, nous avons mis en place un projet de construction d’une arche moderne pour sauvegarder la race humaine dans un lieu tenu secret. Je vous contacterais au moment opportun pour vous donner la marche à suivre. Mais pour l’instant, je vous engage à poursuivre votre destinée, continuez de sauver de la famine des milliers de famille «.

Il était bien sûr d’accord pour nous suivre dans ce projet et il me dit qu’il se tenait à ma disposition. Puis il se leva et me proposa d’aller dîner. Il me précéda dans un vaste corridor qui débouchait sur une salle à manger magnifique où une table ronde était dressée pour deux. Nous avons longuement conversé sur la vie spirituelle comparant nos deux routes personnelles qui avaient en fait la même finalité : suivre notre âme. Il me suggéra de rester chez lui quelques jours puis il me conduisit jusqu’à mes appartements, somptueux, je dois le dire. Je le remerciai chaleureusement et le quittais là en lui souhaitant bonne nuit.

Au petit matin, le majordome vint frapper à la porte, je le priai d’entrer ; il m’apportait le petit déjeuner sur un plateau d’argent qu’il posa sur une table prés de la fenêtre ; il ouvrit les doubles rideaux laissant filtrer un pâle rayon de soleil dans la chambre. Il me souhaita bon appétit et s’éclipsa. Je me levai et m’approchai de la grande baie. Je vis une grande avenue qui s’animait dans le petit matin : les gens marchaient vite, emmitouflés de lourds manteaux et coiffés de toques, un marchand de journaux battait la semelle, leur tendant l’édition du matin. J’admirai un bâtiment superbe et je vis la cérémonie de relève de la garde. Tout semblait vivre dans une belle harmonie et pourtant. Je m’installai pour savourer un café délicieux. J’appréciai la délicate attention de mon hôte : il y avait exactement tout ce qui compose le petit déjeuner de mon pays. Puis, j’allai prendre une bonne douche bien chaude avant de retourner affronter ce froid terrible. Mon hôte vint me retrouver et me réitéra son invitation mais je la déclinai ayant encore tant à faire. Il me dit alors que je pourrai profiter de sa voiture pour me rendre à l’aéroport et me pria de le rejoindre quelques minutes plus tard.

Sa belle limousine nous attendait, prête à partir, le chauffeur nous ouvrit les portières. Une belle musique douce envahit tout mon être et me fit oublier quelques instants le froid sibérien qui nous glaçait les os. J’admirai le paysage enneigé en songeant à cet univers que je ne reverrais certainement plus jamais.

 

3.12Le chef chinois

 

 

Après les contrôles d’usage en ces lieux, je montais à bord d’un avion immense et j’allais m’asseoir à ma place, prés du hublot, comme d’habitude. Les hôtesses étaient nombreuses et toutes très attentionnées nous proposant des boissons chaudes et des journaux. Mais je préférais regarder le paysage, j’observais une fameuse muraille au dessous de nous qui s’étendait sur des kilomètres et séparait deux pays. C’était une véritable oeuvre d’art construite de la main de l’homme, au détriment de milliers de vies humaines. Tous les vestiges du temps passé on été construis avec la peine des peuples où que ce soit dans ce bas monde.

Au bout de quelques heures, nous survolions déjà l’aéroport, l’atterrissage était imminent. Après les dernières formalités, des militaires sont venus me chercher car par mesure de précaution, mes dirigeants avaient prévenu les autorités de mon arrivée. Cela ne les empêcha pas de fouiller ma modeste valise, on ne sait jamais. Puis, ils m’ont confié à un guide qui allait me servir d’interprète mais je pense plutôt  qu’il était là pour me surveiller pendant mon séjour. J’étais, disaient-ils, leur hôte et ils me commandaient de les suivre. Nous nous sommes dirigés vers un hélicoptère de l’armée. Un pilote, du moins je le supposais car ils étaient tous habillés pareil, nous attendait prés de l’appareil. Il nous fit monter à bord. J’attachai ma  ceinture et je mis mon casque sans qu’on me le dise, car j’étais maintenant habitué à ce genre de préparatifs. Les moteurs se mirent en route et nous avons survolé la ville grouillant de monde, avec des embouteillages comme dans toutes les grandes capitales du monde. Nous avons ensuite survolé des rizières sur des milliers d’hectares. Les paysans nous saluaient au passage, y étaient-ils obligés ou est-ce que cela venait d’eux mêmes ?

Puis l’appareil ralentit, je présumai que l’on était presque arrivé. Au loin, un village apparaissait et correspondait à ceux que j’avais pu voir au cinéma. Le pilote confirma notre arrivée par radio. Il atterrit dans un champ à proximité du village. Les gens s’affairaient dehors, je suppose que cela ne devait pas leur arriver tous les jours. Le guide descendit le premier, je le suivis et l’hélicoptère repartit aussitôt.

Des enfants et quelques adultes sons venus à notre rencontre, l’un d’entre se précipita sur ma valise que j’hésitai à lui confier mais il insista. Ils m’accompagnèrent jusqu’à la dernière habitation du village, un vieil homme m’attendait visiblement. Il me tendit la main en me saluant dans ma langue. Alors je compris que mon intuition était juste, mon guide était bien là pour me surveiller et non pour me servir d’interprète comme on me l’avait laisser supposer. Mais ce n’était pas important, j’étais arrivé à destination et j’allais pouvoir découvrir un univers que je ne connaissais pas sinon au travers des reportages télévisuels de mon pays. Ils présentaient ses dirigeants comme des tortionnaires ne respectant pas les droits de l’homme et pourtant tous les chefs d’état défilaient depuis plusieurs années chez eux pour faire du commerce et vendre des technologies de pointe. Si vraiment ils étaient convaincus de cette tyrannie, pourquoi allaient-ils chez eux mais comme disait le proverbe : «  l’argent n’a pas d’odeur «.  Pour faire bonne figure, ils relâchent de temps en temps quelques prisonniers politiques et ainsi l’opinion publique internationale avait bonne conscience.

L’homme m’invita à entrer et me présenta un bol de riz avec des baguettes, qui remplaçaient les couverts de nos pays industrialisés. Il apprécia beaucoup le fait que je sache m’en servir avec dextérité. Puis, il m’offrit un thé très vert mais qui n’avait pas le goût de menthe. Je me sentais bien auprès de cet homme empli de sagesse et de paix. Dans sa langue, il demanda au guide de nous laisser seuls. Je sentis qu’il y était réticent, mais au bout d’un moment, il accepta et sortit. Mon hôte me dit : «  Il y a des années que je n’avais vu d’occidental, ta présence m’honore. J’ai lu avec grand plaisir les livres de poèmes que tu m’as fait parvenir. Ils retracent bien ta sagesse et tes convictions qui sont en partie les miennes. Deux d’entre eux mon profondément touché, je les connais par coeur et il me récita le premier qui s’intitulait les cents coups. Ils sont passés inaperçus excepté pour quelques personnes qui ont eu le courage de dénoncer cet acte odieux. Pourtant, alors qu’elle avait fait le scoop de la une des journaux, nous avons laissé cet enfant aux mains de ses bourreaux montrant ainsi l’impuissance de notre société confrontée aux moeurs ancestrales qui excluent la femme du monde des vivants. Là, elle n’a pas droit au respect, elle doit accomplir les tâches les plus ingrates et doit surtout subir le viol et l’inceste, ou être victime du droit de cuissage. Voilà encore une histoire de vie mise au panier ! Nous, les blancs civilisés, nous sommes outrés, nous organisons pourtant des voyages dans des pays où règne la misère pour acheter à bas prix la virginité d’enfants qui ne sont pas contaminés par nos virus. A qui faudrait-il donner les cents coups et quel cas faisons-nous de la morale ? Il serait prétentieux de dire que l’homme descend du singe car au vu de son attitude, il descend tout droit de ses excréments ! Dans ce monde, peu de gens ont le droit d’être reconnus comme des personnes responsables et dignes de l’être. Moi-même, j’ai honte de mon impuissance devant la déchéance humaine. Mon seul espoir est que nous ne nous réveillions pas trop tard et qu’au lieu de chercher à expliquer l’inexplicable, quête facile et anodine, les scientifiques ouvrent les yeux des dignitaires sur la seule explication possible : le respect et la dignité de l’être. Alors peut être que ces cents coups auraient servi à quelque chose. Cela me rappela le pourquoi de mes écrits une jeune fille fut esclave d’un être qui l’avait prise a son service, et qui avait abusée d’elle ; ne supportant plus d’être violer, elle l’avait tuée et la femme n’ayant aucun droit dans ses contrées fut condamnée à mort. La presse ayant ébruitée l’affaire, les pressions internationale réussirent  à faire minimiser la sentence mais cela a été insuffisant bien q’elle eu la vie sauve.

Puis il me récita le second qui relatait le fait de naître du sexe féminin à notre époque : «  Je vous ai créé égaux et complémentaires. Mais vous avez décidé que le sexe féminin serait faible. Vous avez transformé les femmes en esclaves, vous les avez exclues des héritages dés la naissance. Vous leur avez imposé le mariage où elles perdaient leur nom pour s’identifier à un autre. Aujourd’hui, vous regrettez ce temps d’asservissement. Mais pourquoi ? De quel droit ? Du droit de cuissage ordonné par certains. Moi, la femme, savez-vous réellement qui je suis ? Vous me salissez chaque fois que vous prononcez mon nom, j’ai honte et je me sens humiliée. Ce n’est pas en tuant les enfants de sexe féminin que vous deviendrez supérieurs mais en leur redonnant leur vraie place dans ce monde qui est aussi le leur. Souvenez-vous surtout que sans moi, vous n’existeriez pas.

Je soupirai : «  Tout cela est beau sur le papier mais peu de gens le lisent et surtout combien d’hommes l’ont-ils mis en pratique. Voir la femme d’égal à égal, au travers de son âme qui est semblable à la nôtre car en tant que matière, nous sommes complémentaires et nous avons le devoir de le rester «.

Il me précisa que tout cela concernait fortement son peuple car ici, la femme est encore moins considérée qu’un animal. Comme il y avait une population trop importante, on avait limité les naissances imposant un seul garçon par famille, ce qui avait donné lieu à des aberrations de la part des parents qui devaient abandonner les filles dans des orphelinats en les posant devant la porte, sans avoir le courage de la franchir et d’assumer leur acte. Parfois certains les tuaient à leur naissance ne gardant que les garçons seul à avoir le droit d’exister.

Il m’expliqua encore : «  A l’époque, j’étais un dignitaire reconnu de mes pairs, je croyais grâce à mon cheminement spirituel pouvoir faire évoluer les choses vers la reconnaissance de l’être quel qu’il soit, homme, femme, enfant, riche, pauvre, beau ou laid. Mais on m’a remis en place plusieurs fois, je n’ai pas voulu les écouter et ils m’ont exilé ici en me retirant tous mes privilèges et mes biens. Avec ma famille, j’ai construis ce village et des paysans se sont joints à nous et nous vivons ainsi dans l’harmonie, retirés du monde sous la surveillance accrue du gouvernement depuis un certain printemps «.

Il eut un temps d’arrêt et une larme glissa le long de sa joue. Il me dit : «  Je vais t’expliquer ce que je n’ai jamais confié à personne : j’avais un fils, beau et intelligent, comme diraient tous les parents à l’égard de leur fils. Je l’ai éduqué dans le sens du devoir qui consiste à suivre la route qui nous a été confiée. Etant un ancien dignitaire, j’ai cru en notre politique malgré ses carences dans bien des domaines. Tu dois savoir que sur notre planète, nous somme la civilisation la plus importante, actuellement nous sommes environ un milliard deux cent millions d’êtres humains «.

Mon pays me sembla soudain bien petit avec à peine 60 millions d’êtres. Il reprit : «  Lorsque je suis arrivé ici, j’ai eu une vision bien différente de mon pays. Comme j’étais déjà trop vieux, j’ai incité mon fils à la révolte, l’éduquant à la mode occidentale car j’avais beaucoup voyagé et j’avais été aveuglé par la poudre de perlimpinpin. Je lui ai prôné la liberté tout du moins je le pensais à cette époque pour apporter aux futures générations, le droit au respect, à la liberté des droits de l’homme que vous prônez si bien dans vos pays sans forcement l’appliquer à vous même. Au fil des années, il s’était bien mis dans la peau de son personnage et avait convaincu beaucoup de ses amis en faculté et un beau jour, ce qui devait arriver arriva, se croyant soutenu par des pays extérieurs ayant eu vent de se qui se préparait, il commanda la révolte de ce fameux printemps sous les caméras des télévisions occidentales, les journalistes les poussant à persévérer rien que par leur présence. C’était inconscient de leur part, ils étaient là pour informer mais aux yeux des insurgés, ils pensaient être soutenus par les pays dont ils étaient les représentants, même l’armée refusait de suivre les ordres de leur supérieurs. Les jeunes gens s’étaient enchaînés les uns aux autres se couchant devant les chars envoyés par les dignitaires.

La pression dura plusieurs jours, les télévisions du monde entier relataient l’événement et tout le monde y croyait ou tout du moins voulait y croire. Les dirigeants, devant l’ampleur du phénomène, prirent peur et virent que le régime était en grand danger ; ils prirent les mesures qui s’imposaient à leurs yeux. Des étudiants s’immolaient par le feu afin d’ouvrir les yeux du monde entier mais c’était sans compter sur la force de nos dirigeants qui allaient mater la rébellion dans tout le pays lançant les chars sur leurs propres enfants. Tout fût réglé en un éclair, chacun rentra chez soi mais les pertes étaient lourdes : plus de cinq millions de mort dont mon cher fils unique. Tout comme moi, il avait eu la liberté mais l’être humain peut-il être libre ?

Ce jour-là, au lieu de leur en vouloir, je compris leur démarche et je regrettai amèrement d’avoir impliqué mon fils dans une démarche suicidaire qui aurait pu le détruire si cela avait réussi : tout un peuple livré à lui-même sans avoir eu le mode d’emploi. J’ai vu, dans les médias, comment cela s’était passé dans un pays voisin, après l’euphorie de la liberté. Ils se sont retrouvés face à eux-mêmes, incapables de se gérer, voulant devenir riches tout de suite et posséder. C’est comme cela que tous les mauvais côtés de la liberté vécue dans le matérialisme ont fait leur apparition entraînant la famine et le déclin de la société. Que de désillusions et de malheur pour n’avoir pas su préparer ces hommes à la liberté. Fini l’assistanat, la lobotomie du cerveau rendant les gens inconscients de leur état et surtout incapables de réfléchir par eux-mêmes sauf dans le négatif en les vouant à leur propre perte. Il vaut mieux une dictature d’où qu’elle vienne et donner peu à chacun et bien sûr beaucoup aux responsables plutôt que tout aux responsables et rien au peuple car il sera toujours le dindon de la farce.

Tous vos pays dits civilisés et laxistes ont perdu le sens des valeurs et du respect et n’ont aucune leçon de morale à nous faire. Sous couvert de la liberté, il est interdit d’interdire or c’est précisément l’effondrement du respect fondamental de la vie. Chez nous, c’est le contraire, les gens se respectent malgré l’oppression. Comme ils ne connaissent rien d’autre, ils sont heureux. Dans vos cultures, vous connaissez tous les tenants et aboutissants et pourtant, vous n’arrivez plus à maîtriser le mal du bien. Les minorités machiavéliques vous empêchent de vivre dans l’harmonie. Vous avez inversé toutes vos valeurs qui ne son vraies que sur le papier. Le mal est devenu le bien et vice versa. Aussi, aujourd’hui, je suis convaincu que la mort de mon fils m’a ouvert les yeux.

Il faudrait apprendre progressivement aux enfants à oublier la haine, la passion, les pulsions, la possession, à retrouver l’humilité et la sagesse qu’il y a en chaque être humain. On pourrait alors espérer une vie meilleure pour les générations futures. Il y a un demi siècle, nous étions prés d’un milliard sur la planète et les scientifiques affirmaient que si on dépassait ce chiffre, elle ne pourrait pas les nourrir tous. Aujourd’hui, nous somme environ six milliards, nous sommes toujours là même si les répartitions sont mal faites. Ils ont récidivé en affirmant qu’en 2010, nous serions dix milliards et que nous ne pourrions survivre. Il y aurait la famine alors que des milliers d’hectares sont inexploités, c’est encore une question de partage «. Je suivais ses propos avec le plus grand intérêt, quelle lucidité et quel espoir dans l’avenir ! Aurai-je le courage de lui dire pourquoi j’étais là ? Comment allait-il le prendre ?

Il continua en disant que son pays s’ouvrait au modernisme mais qu’un de ses dirigeants avait eu la sagesse de dire qu’il n’autoriserait qu’un quota permettant de sauvegarder du travail pour tous et que l’évolution serait un soulagement pour son peuple et non un fardeau supplémentaire. Vu leur potentiel, toutes les propositions de marchés affluaient donnant même à terme des brevets en cadeau. Les grandes villes s’équipèrent d’hôpitaux avec toutes les technologies modernes aussi bien au niveau de la recherche sur les maladies que sur les traitements chimiques. Il me dit qu’il n’était pas d’accord sur ce point car ils étaient en train de perdre leur savoir ancestral sur le pouvoir des plantes et des méthodes basées sur la guérison du corps par le corps. Tout cela était dirigé de main de maître par des spécialistes sur les énergies naturelles. La seule évolution positive était au niveau de la chirurgie qui était mécanique et qui était réglée par les mains de l’homme alors que l’organique fait partie de la quête spirituelle basée sur le respect absolu de celle-ci et se révoltant au moindre écart physique ou d’ordre spirituel, psychique, psychologique nous permettant au fur et à mesure de nous rapprocher de notre âme.

Il me demanda enfin pourquoi j’étais venu jusqu’à lui et je recommençai mon discours ; à mon grand étonnement, il n’hésita pas une seconde et me donna son accord immédiat avec un sourire qui en disait long. Il me dit qu’il comprenait mieux pourquoi ses dirigeants m’avaient laissé venir le voir car on leur avait certainement proposé une place dans le sous-marin prévu pour tout le gratin. Je lui fis mes adieux en lui disant qu’il aurait bientôt de mes nouvelles. L’hélicoptère venait de se poser. Je rejoignis mon guide dehors et nous sommes remontés à bord pour une autre destination. C’était un lieu tabou pour les orientaux et tenu secret pour des raisons militaires mais ils firent une dérogation tout en me faisant promettre de ne pas semer la révolte par ma présence en raison du but de ma visite. D’ailleurs, j’ai dû revêtir une tenue militaire pour ne pas porter préjudice à mon prochain hôte mais encore et surtout pour pouvoir me surveiller. Ils m’ont posé un micro pour suivre nos conversations. J’étais obligé d’accepter leurs conditions pour obtenir cette entrevue.

Notre hélicoptère survola le toit du monde. Nous arrivions au-dessus d’une ville perchée sur une montagne, point stratégique pour les militaires et lieu de sagesse d’une des plus belles philosophies sur notre planète. Elle avait été envahie il y a quelques décennies par ses voisins qui avaient tout détruits ne laissant aucune trace de cette religion. Les grands maîtres réussirent à s’enfuir et à trouver refuge dans un pays voisin où ils regroupèrent leur communauté. Ils demandèrent à une partie de leur peuple de rester sur place pour garder ce lieu sacré. C’est à l’un d’entre eux que j’allais rendre visite. Nous survolions des paysages fantastiques, une végétation abondante et des sites incomparables. J’aperçus soudain le rocher où l’on ne pouvait accéder que par des marches taillées dans la pierre ou par un treuil actionné par la main de l’homme. Nous avions choisi le plus simple moyen qui leur avait servi pour occuper les lieux. Malgré la destruction d’une grande partie de la cité, ce lieu était incomparable. Nous avons atterri sur la place et des soldats sont venus de suite, armes au poing, encercler notre appareil. Lorsqu’ils virent le pilote qui était un grand général de l’armée, ils se mirent au garde-à-vous et le saluèrent comme il se doit. Il arrêta les moteurs et nous descendîmes de l’appareil.

 

3.13Le dalaï-lama

 

 

Les militaires déchargèrent les denrées que nous avions apporté : munitions, produits pharmaceutiques, nourriture. Le général me conduisit dans la ville. A notre passage, les gens rentraient rapidement chez eux. Nous sommes arrivés devant une modeste demeure. Il frappa à la porte, un homme vint ouvrir et me fit entrer. Le général me quitta et mis deux gardes armées en faction en me disant de l’envoyer chercher lorsque j’aurai terminé. Mon hôte referma la porte, il y avait une table, éclairée par une bougie et de l’encens brûlait dans un brûle-parfum. Je connaissais bien cette odeur ; on se servait d’encens pour méditer. Tout en parlant de futilités, je lui fis signe que j’étais équipé d’un micro. C’était comme si nos âmes s’étaient déjà rencontrées, il me parla donc dans le langage des signes utilisé pour les sourds et muets. Par chance, je connaissais bien ce langage car j’avais un ami dans ce cas qui m’avait appris ce langage codé. Nous avons pu ainsi, tout en parlant de la pluie et du beau temps, communiquer vraiment sans crainte d’être entendu par les militaires.

Puis, il me proposa une séance de méditation pour purifier notre âme. J’acceptais en insistant sur le fait que chez moi, je pouvais rester des heures à méditer sans me déconcentrer. Bientôt ce fût le silence absolu, c’est ainsi que pour nous deux seulement allait commencer un dialogue de sourds dans le bon sens du terme. Il m’invita d’abord à une minute de silence pour tous les gens qui souffrent où qu’ils soient. Puis, il commença l’histoire de son chemin de vie dans cet univers, je lui demandais d’aller doucement car il y avait fort longtemps que je n’avais utilisé cette façon de communiquer. Il acquiesça en ayant un sourire et m’avoua qu’il en était de même pour lui.

Il me dit : «  Je suis né ici sur ce rocher, lieu privilégié sur cette terre où cette philosophie de pensée nous a permis pendant plusieurs siècles de vivre en paix et en harmonie totale entre le ciel et la terre. De par notre culture, nous vénérions le maître de ces lieux, choisi dés sa naissance par les gardiens de notre civilisation et cela par des critères bien établis par eux-mêmes, ne voyant rien d’autre et surtout ce qui se passe dans le monde n’ayant pas su partager notre savoir et adapter notre philosophie à chaque civilisation. Nous étions voués à la punition suprême, car tout joyau est la convoitise un jour ou l’autre du voleur. Il est vrai que nous avions accumulé des richesses qu’ils ont pu détruire ou nous prendre. Cependant, la seule vraie richesse était en nous et cela personne ne pouvait nous le voler.

Un beau jour, nous avons été envahis, et nous n’avons pu résister. Notre maître s’est enfui avec les dignitaires, cela faisait partie de notre code d’éducation en cas d’invasion. Il devait se sauver et nous le peuple devions rester au péril de notre vie pour garder le lieu sacré. Les femmes et les jeunes filles furent violées et les enfants mâles tués pour ne plus avoir de successeur spirituel possible. Les filles qui restaient étaient opérées afin qu’elles ne puissent plus avoir d’enfants. Il a fallu faire semblant de se reconvertir pour avoir la vie sauve… Nous avons vécu des années de souffrance dans l’espoir d’être libéré par notre maître spirituel. Mais ne voyant rien venir, un jour j’ai décidé d’aller le rejoindre en exil au péril de ma vie. J’ai réussi après des mois de souffrance, à travers le pays ennemi, ne pouvant compter sur personne ; seules quelques âmes charitables dans des contrées reculées, n’ayant aucune information, m’ont donné l’hospitalité. Puis je suis enfin arrivé jusqu’à lui et je lui ai demandé audience.

C’était un lieu bien différent de l’image que j’avais de l’exil. On avait reconstruit des temples dans un village aussi beau si ce n’est plus que de celui d’où je venais. Je me suis demandé s’il ne préparait pas notre fuite afin que nous puissions le rejoindre ici. Il m’a reçu immédiatement, il m’écouta silencieusement et compatit à nos souffrances. Je lui dis que nous étions enfin délivrés de l’oppresseur. A ma grande stupéfaction, il me dit : «  Repose toi, car dés demain, tu devras retourner là-bas pour continuer la lutte. En effet, s’il ne reste personne sur la montagne, nous ne pourrons pas continuer notre lutte auprès des nations industrielles, matérialistes et des grands de ce monde pourront nous soutenir dans notre lutte pour que l’on nous rende notre rocher. Il est à  nous depuis des siècles et fait partie de notre patrimoine, donc dit leur bien que nous les soutenons et que nous avons bon espoir dans les années de pouvoir venir le récupérer et ainsi de vous délivrer de l’occupant «. Plus il parlait, plus je croyais entendre les êtres matérialistes de ce monde. OÙ était passée notre philosophie ? A cet instant, je compris qu’il ne viendrait jamais nous délivrer. Il nous avait trahis, mais sans nous il perdait le but de ses richesses. Plus il me parlait, plus je rentrais comme dans un brouillard épais car notre philosophie est en nous, dans notre façon de vivre, de respecter la vie, notre prochain, l’humilité, l’abnégation, de passer presque inaperçu, d’être en harmonie avec notre âme, notre karma. Je venais donc de comprendre à cet instant, qu’ayant en nous notre propre liberté, où que nous nous trouvions, nous pouvions transmettre notre savoir par notre attitude de vie et non par la représentation matérielle de celle-ci qui n’était autre que l’anti-thèse de notre recherche. Il termina en me tapant sur l’épaule en guise d’amitié mais, à cet instant, je venais de perdre celui qui était mon repère jusqu’à ce jour.

Cependant, tout mon savoir vient de lui et pour cela je l’en remercie car notre savoir n’appartient qu’à nous et il suffit de le vivre à chaque instant de sa vie sans être représentatif ou impliqué dans une structure gangrenée par une hiérarchie montée de toute pièce. Je me retirais en le saluant par respect pour ce qu’il m’avait appris pendant mon initiation mais surtout, à cet instant, il venait de me permettre de me retrouver et de me donner la marche à suivre pour mon avenir. Et pour cela, je lui devais une reconnaissance éternelle «.

Une fois sorti de ce lieu où seuls les grands dignitaires nommés par eux-mêmes avaient le droit de rester, je rejoignis mes camarades dans une salle commune de recueillement où l’on pouvait échanger nos découvertes faites au jour le jour. Après m’être changé et après avoir revêtu la robe représentant mon rang dans cette communauté, je pus dialoguer avec un de mes semblables. Ne sachant pas d’où je venais, il me confia ses secrets. Je l’écoutai attentivement. Il me dit : «  J’arrive d’Occident où j’ai accompagné notre maître à tous dans toutes les grandes capitales de ce monde où je ne me reconnais pas. Mais s’il agit ainsi, il doit avoir ses raisons. Moi modeste servant, je ne peux juger mais toi qui est supérieur à moi peut-être pourras-tu m’éclairer «.

Et il me décrivit leur voyage et ce que j’allais découvrir aller lever le peu de doute qui me restait sur ce que je venais de découvrir moi-même. Il commença : «  Cela fait des années depuis notre exil que nous voyageons à travers le monde pour essayer de sauver la terre de nos ancêtres et notre culture. Nous avons été reçus par les plus grands de la planète, leur façon de faire m’a paru étrange car nous étions reçus comme des hauts dignitaires. Tout le monde voulait nous accaparer, nous approprier ; nous passions à la télé entourés de tous les notables qui finançaient, à gros sous, des dons pour notre cause en échange de notre savoir mais surtout pour leur présence à coté du maître. Pour recruter (rallier) plus de gens à notre cause ils organisaient eux-mêmes des séminaires dans des lieus prestigieux à prix d’or, même nous les plus humbles nous faisions des conférences pour les castes basses.

Au début, je pensais que nous allions refaire le monde, un monde meilleur où les gens nous respecteraient et apprendraient vite. Mais plus ils apprenaient le fonctionnement de l’âme plus ils s’enrichissaient au détriment des pauvres qui n’avaient aucune connaissance dans ce domaine. Ainsi les politiques, les artistes de renommée mondiale, les intellectuels, les scientifiques, tous voulaient apparaître à coté du maître soit à la télé soit sur des magasines ;  ils ont même tourné des films sur notre philosophie reproduisant dans des studios ou ici même notre façon de vivre ainsi que nos temples et ainsi il en fleurit un peu partout. Des gens de tous pays se sont convertis et ont eux-mêmes ouvert leurs propres temples. Mais étant une forme de pensée, nous n’avons pu l’empêcher et, les années passant, ils sont arrivés à nous intégrer comme une religion appelant le maître ‘Sa Sainteté’. Alors toi qui n’a pas voyagé avec nous (et pour cause s’il savait), qu’en penses-tu ? «

«  Tu sais, le monde est ainsi fait, avec l’argent et cela même pour une cause juste, tu vends ton âme. Le savoir que l’on nous a confié se vit et ne peut, dans aucun des cas, s’acheter «.

Je le saluai et me retirai pour me reposer. Je pense avoir dormi plus que de mesure cet après-midi là. Le jour se levant et la nuit portant conseil, je décidai de repartir rejoindre mes frères et soeurs restés sur place comme me l’avait suggéré le maître mais pas pour les mêmes raisons : j’allai prendre congé de mes hôtes pensant que j’avais compris et accepté la mission qu’il m’avait confiée ; ils me firent pleins d’éloges sur mon courage et la mission karmique qui m’était attribuée. Ils disaient qu’ils m’enviaient mais que leurs tâches les obligeaient à rester ici. Je partis ayant revêtu mes oripeaux dans lesquels j’étais arrivé quelques jours auparavant. Ils m’ont salué, j’en fis de même par correction mais le coeur n’y était pas.

A compter de cet instant, mon seul désir était de revenir au point de départ. Les difficultés allaient être aussi grandes que celles de mon évasion pour retourner vers mes bourreaux. La mort m’attendait à chaque détour des chemins mais seul notre destin en décide et si cela est le cas, je m’en remets à lui. La pluie, le vent, le froid, la faim furent mes seuls compagnons de route, je dormais la journée caché dans les buissons et la nuit je pouvais évoluer à travers les champs, les villages avec plus de sécurité. La lune étant montante, je pouvais voir sans trop de difficulté mon chemin, là je pouvais apprécier à sa juste valeur la beauté de la nature, l’odeur des fleurs, des feuilles, de la terre, la rosé du matin, la pluie, les oiseaux et tous les animaux croisant mon chemin, (ou plutôt c’est le mien qui s’était mis au travers du leur).

Une nuit où les nuages avaient recouvert les étoiles, il faisait presque nuit noire, une moiteur se faisait sentir annonçant l’arrivée imminente d’un orage, les éclairs, le tonnerre omniprésent,  se rapprochaient de moi de plus en plus, le vent tournait en rafale. Cela à été éprouvant et beau à la fois les éclairs illuminaient les rizières alors une  intuition très forte me traversa, il allait se passer quelque chose, je ne pouvais l’expliquer mais c’était sûr, il se préparait quelque chose d’important, je m’assis à même le sol en position du lotus et me mis à méditer prêt à  toute éventualité. Je fermai les yeux, mis les mains ouvertes, la paume vers le ciel.

Quand au bout de quelques minutes une pluie violente fit rage, je sentis qu’on posait dans ma mains gauche une masse glacée, j’ouvris les yeux et aperçus un grêlon de la grosseur d’un pamplemousse, identique à une boule de cristal ; je le pris entre mes deux mains et l’observai de plus prés quand un éclair éclata et la boule s’illumina : apparurent des images se succédant les unes aux autres, au début c’était diffus comme un film en accéléré puis cela devint de plus en plus clair, je vis des sortes de champignons qui s’élevaient dans le ciel et ceci à plusieurs reprises. Il me demanda si je voyais ce que cela pouvait être, je lui répondis malheureusement que oui.

C’étaient des explosions nucléaires en série et il continua voyant des inondations avec des villes englouties sous les eaux, des gens qui couraient  partout montant sur les toit des maisons pour essayer de vivre, plusieurs volcans se mettaient en éruption détruisant tout sur leur passage et à nouveau des milliers de gens et de maisons ensevelis sous la lave en fusion, des cyclones emportant tout sur leur passage et au bout de tout cela, j’ai vu comme une pyramide ensevelie sous l’eau comme si cela été un iceberg géant qui dérivait sous l’océan et pour finir un soleil irradiait la terre comme si rien de cela ne s’était produit et à une date précise, le 13 janvier 2012, la boule à fondu et dans les secondes qui suivirent, je repris le chemin qui me dirigeait vers mes bourreaux, quelques jours plus tard j’étais arrivé à destination, les militaires m’ont arrêté  dés mon arrivée et mis au secret ne voulant pas que j’en informe le peu de sages qui restaient ici. C’est pour cela que je suis enfermé depuis mon arrivée sans avoir eu de contact avec les miens ; quand ils m’ont annoncé votre venue, j’étais étonné que l’on m’autorise à voir quelqu’un de l’extérieur et, qui plus est, un occidental, ce qui me fit penser à un passage du livre de pensées que vous m’aviez fait parvenir, je viens d’en avoir l’explication. Je lui demandai duquel il s’agissait et il me dit celui sur le nucléaire inconnu de moi mais le dessin qui l’accompagnait correspondait  à la vision du champignon que j’avais vu dans le grêlon : «  LE NUCLÜAIRE, tu crois te protéger, régner en maître, éviter la guerre ; mais afin que les générations futures puissent dormir tranquilles, il te faudra mille ans pour détruire ce que tu as construis. Pas besoin de nucléaire pour te protéger, si tu te respectes toi-même, si tu respectes ton prochain,  la vie et si tu enseignes ce respect à ton peuple. Le monde devient cosmopolite. Tu dois respecter le lieu où tu te trouves : Si tu es l’invité, respecte ton hôte, tu es l’hôte, respecte ton invité. Laisse tes rancoeurs et ta haine,  ton orgueil et ta jalousie. Sans ton voisin, tu n’existes pas, sans toi, il n’existe pas. Donne-lui ton amour, il te le rendra. Partage ton pain, il ne te le prendra pas. Ainsi tu offriras une terre propre, une maison propre, une ville propre et un être pur à tes descendants. L’an 3000, c’est loin et c’est très prés.

Je comprend mieux aujourd’hui le message que tu as voulu transmettre aux peuples imbus de pouvoir mais pour le comprendre, il faut avoir rencontré son âme car ta vision correspond à la mienne, c’est pour cela que l’on m’a mis sur ta route et je suis prêt à te suivre «.

Vu les événements je lui proposai de l’emmener avec moi tout de suite. Il me dit : «  Je ne peux partir sans les âmes présentes ici «.  Je lui demandai combien ils étaient, il me répondit : «  Moi compris, 12 «.

Je lui dis que j’allais faire le nécessaire pour les emmener tous ensemble préparer la vie qui allait nous attendre sur l’arche avec tout nos compagnons. Je crois que jamais autant de vieilles âmes ne se seront rencontrées dans un même lieu en même temps. Nous prîmes de grandes respirations et nous réprimes notre dialogue sur la spiritualité pour rendre crédible notre entrevue. Finalement, il  m’offrit un thé puis nous nous sommes séparés.

 

 

4         Le rêve prémonitoire (1970)

 

 

Au petit matin, un chauffeur m’attendait devant la porte. Il descendit m’ouvrir la porte arrière et je m’installai. Pendant la durée du trajet comme c’est mon habitude, je me mis à méditer sur la marche à  suivre pour recruter les personnes de mon pays qui devront m’accompagner sur l’arche. Pendant que la voiture roulait sur l’autoroute, je m’assoupis et me mis à  rêver ou plus exactement à faire des rêves prémonitoires comme cela m’arrive bien souvent à ces moments-là. Cela ressemblait à quelque chose que j’avais déjà vu au cinéma dans Tintin et Milou, une éclipse de soleil totale ! Je la voyais se dérouler devant moi : la lune progressivement mangeait la lumière du soleil jusqu’à sa disparition totale. Et là je perçus une lueur bleuâtre tout autour une vrai merveille, mais au même instant apparut un froid inhabituel que je ressens auprès d’un défunt, le souffle de la mort qui passe. Ensuite plein d’images flashs se mirent à défiler devant mes yeux, je me mis à voir des gens qui criaient et courraient. Des maisons et immeubles s’effondraient. Cela ressemblait à un tremblement de terre – a priori dans une région d’Afrique du nord par rapport à la tenue vestimentaire des personnes. Des milliers de gens étaient sous les décombres. Il y avait de la pluie, du vent. Cela était très dur à soutenir du regard. D’autres images défilaient devant mes yeux aussi éprouvantes. Des révoltes dans plusieurs régions de l’Orient et du Moyen-Orient, les gens se molestaient les uns contre les autres allant même jusqu’à s’entre-tuer. Dans les pays de l’Est, l’armée envahissait des contrées pour mater les rebellions : le pot de terre contre le pot de fer sans aucune pitié pour les femmes et les enfants ! Il y avait aussi un volcan en éruption dévastant tout sur son passage. Les gens courraient pour essayer d’y échapper mais en vain. Les villages et villes toutes proches étaient ensevelis sous la lave. Puis apparaissaient des navires de guerre, porte-avions proches des côtes qui ressemblaient à la Méditerranée,

Une attaque était imminente, des avions se mettaient à déverser des missiles sur des villes et des villages. Les gens fuyaient par milliers. Je ne voyais que femmes et enfants en pleurs. Des hommes tuaient pour ne pas dire assassinaient d’autres hommes par centaines et les enterraient comme pour cacher leur actes abominables. Les pays n’hésitaient pas à faire des essais nucléaires à l’air libre pour pouvoir montrer leur force aux autres nations. Je voyais des hommes, des femmes, des enfants tous nus vendre leur corps, se prostituer. Il y avait le mélange entre les sexes : l’échangisme. Que restait-il de l’être humain là-dedans ? La mer gagnait sur les terres, les rivières et les lacs étaient asséchés. Les incendies se multipliaient dévastant des milliers d’hectares. Un cyclone détruisait tout sur son passage. Les gens s’entre-tuaient car différents de couleur ou de religion. Des épidémies de peste, de choléra se propageaient même dans des pays industrialisés.

A la vue de toutes ses abominations, je sursautai et me réveillai tout trempé de sueur froide comme si la mort venait de s’abattre sur moi. Je revins à la réalité le chauffeur me demanda gentiment «  Monsieur y a-t-il un problème ? « Je lui fis un sourire et lui dis : «  Non, juste un mauvais rêve «.  Je ne pouvais lui dire la vérité. Je lui demandai de s’arrêter un moment sur l’aire d’autoroute qui se présentait à nous pour prendre une collation et retrouver mes esprits. Il mit le clignotant pris la bretelle et en profita pour faire le plein d’essence puis se gara au snack-bar. Il m’ouvrit la porte, je lui proposai de m’accompagner mais il refusa ; j’insistai et il finit par venir avec moi il prit un café ; quant à moi je pris un lait grenadine en souvenir de mon enfance, il me dit : «  Monsieur, si je peux me permettre, quand vous étiez assoupi un instant, j’ai eu la sensation que vous étiez mort. Un froid inhabituel a envahi la voiture. Cela m’a fait peur puis tout est redevenu normal. Vous avez soupiré, cela m’a rassuré et j’ai continué la route «.

 

 

5         La construction de l’arche (1970-2005)

 

5.1      Le retour à la base

 

 

Arrivé à l’aéroport, un avion militaire m’attendait pour ne pas prendre le risque d’être repéré par les journalistes ou autres. J’ai demandé un entretien au général pour mettre au point mon départ avec celui des personnalités que j’allais emmener avec moi. Après lui avoir fait part de mes intentions, il eut un sourire radieux. Il allait enfin prendre possession du lieu sans avoir à lutter contre les âmes influençant la population par leur présence. Se sentant abandonnés par le dalaï, ils allaient forcément capituler. Il me donna donc le feu vert, et l’on prépara l’expédition dans le plus grand secret. Rien ne devait filtrer, cela faisait partie du secret défense international.

En deux jours, tout était arrangé pour notre départ et pour notre réception sur la base ou l’on préparait la construction de la future arche et des sous-marins. Nous embarquâmes tous dans l’hélicoptère qui décolla vite. Mes invités avaient tous bien plus qu’un pincement au coeur en abandonnant leur pays et les leurs. Cela voulait dire qu’il n’y avait plus d’espoir, mais pouvait-il en être autrement ?

Nous voilà donc en route vers la base où nous allions préparer ensemble une nouvelle conception de la vie dans un monde nouveau. L’intendance avait tout prévu et nous avions de quoi nous vêtir tous en survêtement ; on aurait pu croire une équipe de basket en déplacement. Ensuite nous regagnâmes nos places et l’on nous servit un copieux déjeuner. La vue par les hublots était magnifique, nous étions dans les nuages puis chacun, pris par la fatigue, sommeilla.

Quant à  moi, je m’évadai dans mes pensées. Je repensais à mon voyage autour du monde pour recruter les futurs habitants de l’arche. Ma mission de recrutement s’achevait. Je pensais que j’avais fait les bons choix car une fois dans l’arche, il faudrait pouvoir vivre en vase clos et cela pendant des années si ce n’était pas pendant des décennies voire des siècles !

Maintenant il fallait préparer la mission et pour cela je devais élaborer un plan. Mais pris par la fatigue, je m’endormis moi aussi. Le commandant de bord nous réveilla pour nous annoncer l’approche de la base. Il nous demanda d’attacher nos ceintures, ce que nous fîmes sur le champ. Le soleil pointait à l’horizon, nous survolions l’océan, des navires cheminaient sur l’eau. Tous mes nouveaux compagnons de route étaient émerveillés par le spectacle qui se déroulait sous leurs yeux. La terre se rapprochait de plus en plus à nos yeux et à l’approche de la piste, l’avion amorça sa descente. Des hublots, nous admirions les compétences de l’équipage et surtout du pilote qui nous posa avec la souplesse d’un oiseau. A l’arrivée, au bout de notre voyage, en fin de piste, un bus nous attendait pour nous conduire au lieu où allait se dérouler notre entraînement. Il y avait des patrouilles militaires qui sillonnaient la base qui elle était entourée de barbelés et de miradors.

Monsieur X vint nous attendre, il me demanda si tout s’était passé comme je l’avais prévu. Je lui dit que cela avait été au delà de mes espérances, mais vu l’urgence, j’avais ramené avec moi dix des futurs occupants de l’arche et ainsi, nous allions pouvoir commencer à expérimenter la façon de nous comporter dans le contexte futur. Il me dit qu’à ce sujet, pendant mon absence il avait fait construire sous un hangar une partie qui reproduisait à l’identique les conditions que nous aurions à supporter sous l’Antarctique. Il me le ferait visiter le lendemain matin et ainsi nous pouvions nous installer tranquillement dans les locaux qu’il nous avait réservés et nous détendre de notre voyage. Les lieux qui nous étaient attribués étaient simples mais éclairés et très propres. Des douches toutes neuves avaient été installées ainsi qu’un réfectoire car pour notre expérience, nous devions rester ensemble sans contact avec l’extérieur, pas de télé, journaux, poste radio mais vu le chemin spirituel accompli par les futurs habitants, il n’y avait aucun souci à se faire, car à l’écart du monde où nous vivons sans le matraquage d’informations négatives pour démotiver l’ardeur de tout un chacun, nous allions pouvoir méditer sur le futur et voir comment l’être humain pourrait ne pas reproduire les erreurs perpétuelles transmises de génération en génération. Après quelques heures, nous étions installés et nous nous retrouvions dans le réfectoire.

Pour la première fois, j’étais conscient de l’importance de la mission qui m’avait été confiée et du travail que j’avais accompli tout au long de ses derniers mois. Une fois installés nous observions une minute de silence par pudeur et pour les gens qui souffrent dans ce monde sans coeur, un cuisinier  nous avait été affecté ainsi qu’un serveur, à notre demande la nourriture devait être modeste et la plus naturelle possible, ce que fut notre premier repas en commun : salade, riz, poisson, fromage blanc et comme boisson, de l’eau plate. Pendant le repas, tous prirent conscience qu’ils avaient retrouvé leur liberté ; dans la pièce, il régnait une sérénité que l’on ne peut ressentir que lorsque il y a une harmonie parfaite, ainsi chacun se salua et prit congé pour aller se coucher. On regagna notre chambre une pièce de quatre mètres carrés environ, une petite ouverture vers l’extérieur, un lit tout simple, une chaise, un lavabo, un placard, les murs étaient tout blancs et une petite table de nuit. Je déposai ma valise sur le lit et sortis mes affaires. Malgré le projet en cours qui ne laissait envisager aucun espoir, je voulais quand même y croire, peut-être y aurait il un miracle et sur ces pensées je m’endormis.

Au petit matin, on se réveilla tous aux aurores, cela fait partie intégrante de notre chemin de vie.  En fait, on peut dormir seulement  environ entre cinq et six heures par jour et cela sans aucun effort. Après une douche, nous nous sommes retrouvés au réfectoire pour prendre une collation avant de commencer la journée. Monsieur X est arrivé comme convenu et nous a demandé de le suivre, ce que nous fîmes. Après avoir traversé une partie du camp, nous nous retrouvâmes devant un hangar qui, en son temps, abritait des avions. Des gardes étaient devant la porte ils nous saluèrent, et nous firent entrer à l’intérieur. Ils avaient construit à échelle réduite une pyramide inversée à laquelle étaient raccrochés deux sous-marins de poche de la marine hors service pour avoir une approche des plus réalistes comme il était prévu dans le projet initial. Les conditions de vie étaient les plus proches de la réalité : froid, isolement, pièces communes. Il me dit : «  Comme vous pouvez le voir, notre équipe a beaucoup avancé sur le projet pendant votre absence. Tous les techniciens sont sur le point d’aboutir à une ébauche proche du but que l’on s’était fixé et cela même au delà de nos espérances «.

La maquette pour nos essais était à l’échelle de dix pour cent de la réalité mais déjà quelle merveille ! Cela aurait pût sortir d’un film de science fiction des plus futuristes. Je l’imaginais sous l’eau glacée de l’Antarctique. On monta sur une passerelle qui nous conduisit au sas d’entrée d’un des deux sous-marins. Monsieur X passa devant moi pour me montrer le chemin, nous avons longé les coursives qui desservent les locaux du sous-marin, et nous sommes arrivés au sas aménagé pour relier le sous-marin à l’arche. Il m’expliqua que par cet axe ils pourraient alimenter les besoins de celle-ci.

Ensuite, nous avons pénétré dans un couloir car pour l’instant, les plans d’aménagement n’étaient pas terminés. Cela ne correspondait donc pas à la future réalité. On arriva dans une pièce la seule pour l’instant mais qui allait nous permettre de préparer les futurs habitants de celle-ci, par les composites employés, cela donnait la transparence opaque pouvant ressembler à celle que l’on pourrait voir dans la réalité. Cela me donna froid dans le dos pensant que l’on ne verrait plus le ciel, les arbres, les oiseaux, mais la pénombre. C’est à ce moment-là que je réalisai pleinement la gravité de notre mission. Il me dit : «  Grâce à votre présence et vos informations, nous pourrons ainsi faire évoluer le projet et il me montra des appareils avec des capteurs que nous devions chacun mettre pour voir comment nos organismes réagissaient à cet environnement plus ou moins étrange pour ne pas dire hostile. Il me dit : «  Maintenant,  c’est à vous de jouer bonne chance, sachez que je me tiens à votre disposition si vous avez besoin de quoi que ce soit faîtes-moi signe «.

Puis, nous fîmes le chemin en sens inverse et nous revoilà au point de départ, mes hôtes m’attendaient, je pris la décision de ne pas les faire pénétrer dans l’arche tout de suite ; je devais d’abord les préparer et leur indiquer le but recherché. Ils furent déçus mais comprirent le bien fondé de ma démarche.  Comme c’était l’heure du déjeuner, nous avons regagné nos quartiers, je leur dis que je leur ferais une conférence l’après-midi même.

Comme convenu, nous avons regagné la salle de conférence que l’on nous avait attribuée. Chacun pris une place au hasard sur les chaises placées autour d’une table en forme de fer à cheval, quant à moi je pris place face à eux où se trouvait un bureau, une chaise, un tableau avec des papiers jetables, des feutres de couleur, ainsi que des bouteilles d’eau car lors de ces réunions, on se déshydrate beaucoup. On pût ainsi commencer à travailler, ah j’oubliais de te dire à chaque place se trouvait un casque pour la traduction simultanée, pour pouvoir ainsi communiquer dans toutes les langues !

Je commençai la séance qui allait être la première pierre d’un des projets les plus difficiles que j’avais eu à régler jusque-là, mais je partais confiant et comme à chaque conférence, je me laissai porter par ma force intérieure, guider par mon intuition. Je les saluai et les remerciai de leurs présences et de la confiance qu’ils m’avaient témoignée. Je leur signalai que sur les tables ils avaient à  leur disposition des feuilles vierges et des stylos et que s’ils le désiraient ils pouvaient prendre des notes sur les points qui leur paraîtraient intéressants et qu’ils pourraient me poser les questions qui leur viendraient à  l’esprit à  tout moment. Je pris un feutre rouge et sur une grande feuille vierge, je dessinai l’arche et les deux sous-marins avant de commencer la séance, histoire de visualiser pendant tout ce temps ce qui nous servirait de demeure pendant plusieurs décennies et peut-être des siècles.

Je leur expliquai qu’ils représentaient un dixième des gens que j’avais sélectionné et qu’avant de nous réunir tous ensemble, nous allions servir d’avant garde pour étudier la façon de vivre que nous allions devoir adopter dans ce lieu qui était inverse dans tous les sens du terme car à  l’époque, il

devait protéger les morts des mauvais esprits et des voleurs et à  ce jour, il devait héberger un noyau de gens pour sauver la civilisation en les protégeant du cataclysme qui devait tous nous anéantir. Certains ont demandé la parole voulant des explications plus approfondies pour savoir où je voulais en venir. Je leur expliquai toutes les démarches qu’il y avait eu jusque-là et la décision sans espoir de tous les dirigeants de ce monde sans possibilité de revenir en arrière, d’où la raison de notre présence en ce lieu.

Je leur signalai que la mission qui nous était confiée relevait de la quête spirituelle que nous avions parcourue chacun à notre niveau car nous allions être emmurés vivant sans aucune certitude dans le futur et que la réussite de notre mission allait dépendre de sa préparation d’où l’importance de ne négliger aucun détail. L’important était donc de définir quel mode de vie nous devions adopter pour ne pas nous déchirer entre nous mais évoluer et construire entre nous une harmonie, une complémentarité, une solidarité tout en gardant notre identité et construire une valeur sûre pour l’avenir basée sur la pensée universelle et non unique car l’une construit l’être et la deuxième lui enlève toute sa personnalité, en quelque sorte un légume, pour tout cela la question est de savoir si l’on doit se servir des données qui seront en mémoire dans les ordinateurs accouplés à l’arche ou vivre en vase clos, le tout basé sur l’humilité, l’abnégation, la recherche de son âme en complétant ses découvertes avec celles des autres pour évoluer non pas en tant qu’homme, femme, enfant mais en temps qu’être humain à part entière fait de partage.

Voilà l’optique que nous devrions avoir pour trouver la solution en tant qu’être puis voir comment aménager notre espace où nous allons vivre. Savoir si la pièce devrait être ronde, carrée ou si homme et femme seront mélangés, si les familles devraient être regroupées, si l’on pouvait ou devrait utiliser les technologies comme la télé, radio, baladeurs et si cela est le cas, dans quelles conditions devront nous répondre à toutes ses questions cruciales pour l’équilibre du lieu. «  Voilà Messieurs, la mission qui nous est confiée pour les mois et les années à venir. Dés demain matin, je vous conduirai à  la base ainsi les recherches pourront commencer, je serai obligé de vous laisser seuls quelques temps pour aller recruter les neuf personnes de ma délégation et ensuite je vous rejoindrai pour travailler avec vous. Si vous avez besoin de me contacter vous pourrez me joindre sur mon portable à toute heure du jour ou de la nuit «. Ainsi la journée se termina, et nous sommes allés dîner et chacun a regagné sa chambre après s’être donné rendez-vous au petit matin.

Nous fûmes réveillés au son du clairon, il était cinq heures du matin. Au travers des carreaux, l’on pouvait voir le soleil pointer le bout de son nez. Je pris une douche, me rasa et rejoignis mes compagnons dans la salle des repas, où l’on se salua cordialement les uns et les autres. Etant donné la journée qui m’attendait, je décidai de prendre un petit déjeuner à la fourchette comme le faisait jadis mon grand père : oeuf à la poêle, steak saignant, fromage et un succulent pain de campagne avec une seule différence, il buvait du vin moi pas. Mes compagnons me dévisageaient d’un air d’admiration et de découverte car eux prenaient du thé accompagné d’un bol de riz. On se regarda et l’on éclata de rire. Une fois terminé comme convenu, on regagna la base, les militaires en faction qui regardèrent nos badges et nous laissèrent passer les uns après les autres, sécurité oblige.

En redécouvrant pour la deuxième fois l’arche et les deux sous-marins, cela m’en donna des frissons. Mes amis l’observaient avec la plus grande attention. Ils me suivaient pas à pas ; on rentra en file indienne à bord d’un des sous-marins nous permettant l’accès à l’intérieur de l’arche par le sas de connexion, une fois à  l’intérieur, instinctivement, ils formèrent un cercle et je me joignis à eux. Ils s’étaient assis dans la position du lotus, celle qui permet la méditation et la concentration et nous allions en avoir un grand besoin.

Je les rejoignis et les imitai en me mettant dans la même position et je me mis moi-même à méditer. Je fermai les yeux et je pris de grandes respirations, je sentis mon corps devenir léger et mon esprit se mit à  évoluer dans des sphères que seule la méditation profonde permet d’obtenir. Ainsi je me mis à vagabonder dans mes idées au sujet du projet et des milliers d’informations défilaient dans ma tête ; cela était magique comme si un film plein de flash se déroulait devant moi. Je prêtai toute mon attention à  ce que je voyais étant conscient que la réponse que je cherchai se trouvait sûrement là au travers de chacun d’entre nous. La journée touchait  à  sa fin et nous avons regagné nos quartiers. Pendant le dîner, nous avons partagé nos premières impressions ; c’était plus que prometteur pour l’avenir. Je leur donnai mes dernières instructions avant de partir faire ma tournée pour trouver mes futurs compagnons.

Avant de partir, je suis allez voir monsieur X pour voir de part et d’autre l’évolution de nos recherches, il me reçut sur le champ. Je lui donnai les premières impressions de ce que j’avais perçu la veille avec mes compagnons dans le prototype mis à  notre disposition. Il me demanda mes impressions, je lui dit que, grâce à la confiance qu’il m’avait témoignée pour le choix d’une partie des futurs occupants de l’arche, on pouvait envisager une possibilité d’harmonie de vie pendant un temps indéterminé grâce au chemin spirituel de chacun des futurs occupants et de leur neutralité et que dés mon retour, je pourrais lui donner une idée de l’agencement des lieux et de la façon d’y vivre, quant à  lui, il était content de la tournure des recherches tout azimut de ses équipes de techniciens.  «  Car le temps presse « me dit-il. Nous sommes dans la dernière décennie avant la fin de ce siècle et les ordres sont formels il nous faut avoir terminé l’étude et rendre viable notre mission avant le deuxième millénaire pour pouvoir mettre en oeuvre sa réalisation et la concrétiser au plus tard en 2005 «. Il me demanda de faire au plus vite et ainsi je pris congé de lui.

 

 

5.2      Le hangar

 

 

Dans le hangar, on avait aménagé une salle à cet effet dans un sous-marin désaffecté, placé dans le bassin géant réfrigéré, là où l’on disposerait la maquette, à échelle réduite, de la future arche et des deux sous-marins qui y seront accolés. Chacun s’observait à la dérobée car personne ne se connaissait. Ils prirent un verre et l’un d’entre eux porta un toast à la réussite du projet. Ils levèrent leurs verres comme pour sceller une amitié, une sorte de complicité entre eux. Ces brefs instants eurent un effet magique, ils prenaient conscience qu’ils étaient maintenant responsables de la survie de l’humanité.

C’est alors que l’un d’entre eux demanda des glaçons. Le serveur les mit dans son verre et soudain le groupe des chercheurs se mit à rire. Ils venaient de comprendre le clin d’oeil : les glaçons avaient la forme d’une pyramide, la pointe vers le bas, comme par hasard ! Ils pouvaient ainsi observer les prémices du projet, en miniature. Puis Monsieur X leur demanda de regagner la salle d’études. Il leur dit : «  Nous allons maintenant aborder les besoins des deux autres sous-marins. Ils devront faire corps avec l’arche, sachant que l’un sera destiné aux clones, et l’autre aux êtres humains sélectionnés par mon guide spirituel, mais j’y reviendrai plus tard. Les besoins de ces sous-marins ne seront pas du tout les mêmes que ceux du premier. Cependant, ils devront avoir également une salle d’ordinateurs avec les mêmes données dans chaque sous-marin avec autant de moyens logistiques, ainsi que d’autres pour la sauvegarde du patrimoine mondial dans tous les domaines. Ils seront les témoins de l’évolution et du déclin de notre civilisation. Ces sous-marins auront besoin de plus d’énergie car c’est eux qui vont alimenter l’arche en air, en électricité et en pompes. Ils devront assurer la protection contre un éventuel réchauffement de l’eau qui entraînerait la fonte de l’arche. Il faudra prévoir des soutes de délestage pour régler l’immersion de l’arche si jamais il fallait la déplacer. Il y aura aussi une salle de radiologie et un bloc opératoire dans chacun d’eux. Il faudra utiliser un acier ou un composite capable de supporter des températures très basses et ce pour une durée indéterminée. Il y aura aussi une soute pour stocker le matériel nécessaire pour la survie dans l’arche : nourriture de substitution, vêtements, pièces de rechange pour faire toutes les réparations sur place.

«  Mais Monsieur, lança Pierre Kilim, cela va demander beaucoup de place ! «. «  Bien sûr, tout devra être prévu pour le transport des clones et des humains. Le voyage se fera dans une soute que l’on aménagera de manière confortable avec la possibilité d’être immergée car aucun des deux sous-marins ne sera habité, une fois sur place. Tous ces gens auront leur résidence dans un lieu prévu pour chacun sur l’arche. Seul le personnel assurant la logistique et le fonctionnement de l’arche restera à bord. Trois équipes seront nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de l’arche par des clones. Voilà les grandes lignes sont tracées. Messieurs, au travail, je suis à votre disposition pour toutes les informations dont vous aurez besoin pendant le déroulement de vos travaux. Comme vous le savez, le temps presse. Vous avez trois mois pour élaborer vos plans, alors bonne chance à tous. Au fait, je vous précise, que les horaires de travail sont libres, vous pourrez travailler à votre convenance, le jour ou la nuit. D’autre part, vous êtes prioritaires sur toutes les banques de données reçues par satellite dans le monde. Je serais absent durant quelques jours mais vous pourrez me joindre sur mon portable à toute heure du jour et de la nuit «.

Le lendemain matin, un hélicoptère vint chercher Monsieur X. Il devait rencontrer une équipe de plusieurs personnes qui réaliserait la construction de l’arche. Il avait recruté un architecte, spécialiste en construction de pyramides, un décorateur, spécialiste de l’art au laser, un ingénieur travaillant sur les pompages en immersion, un chercheur scientifique, spécialiste du froid, ainsi qu’un professeur qui avait fait des recherches sur la survie de l’homme dans l’Antarctique. Il avait organisé une réunion qui se déroula le lendemain. Il leur donna également une semaine de réflexion pour donner leur réponse, car ensuite, secret défense oblige, ils ne pourraient plus faire marche arrière.

Pendant ce temps-là, je partais à la rencontre des dix derniers habitants de l’arche.

Le jour se levait et les bouchons commençaient à faire leur apparition. Je demandais au chauffeur de sortir de l’autoroute et de prendre le chemin des écoliers, ce qu’il fit tout de suite tout heureux de découvrir l’arrière pays encore épargné par les capitalistes, qui se concentraient sur les grandes villes ; c’était du moins ce que je voulais espérer car la réalité était tout autre comme je te le raconterai tout à l’heure. Nous voilà sur la nationale traversant les petit villages ayant gardé leur charme, leur clocher, leur place où les vieux sont assis sur les bancs regardant les joueurs de pétanques. L’heure du déjeuner arriva et il me proposa que l’on s’arrête dans une auberge signalée par un panneau au bord de la route à quelques kilomètres de là, je lui fis signe de mon approbation par un mouvement de tête et en attendant, j’en profitai pour admirer le paysage si beau en cette période d’automne. Au passage, j’admirai un superbe château juché sur les hauteurs, entouré d’un parc immense. Je me dis que l’on avait beaucoup de chance de posséder un tel patrimoine et d’avoir pu le conserver au travers des civilisations. A chaque virage, le paysage changeait comme dans un film enchanteur, une pancarte nous indiqua que le restaurant était à quelques kilomètres de là et nous voilà enfin arrivés à une grille en fer forgée qui ornait l’entrée du parking pour ne pas dire du parc.

Au bout de l’allée, une bâtisse ancienne avec une âme se présentait à nous. Nous avons garé la voiture à l’emplacement réservé à cet usage et avons regagné l’entre. Une dame d’un certain âge nous fit entrer et nous installa à une table prés du bar où étaient assis sur des siéges hauts des habitués. A voir leur façon de se vêtir, cela ne faisait aucune ambiguïté, c’étaient des gens du terroir, marqués par les années de labeur dans les champs. Le maître d’hôtel nous apporta la carte des menus, nous en prîmes connaissance et nous passâmes la commande : salade composée en entrée, poisson avec du riz en plat et fromage en dessert ; le garçon nous proposa une côte de boeuf car il nous dit que c’était un produit régional et que sur le terroir il n’y avait aucun risque de contamination de la maladie de la vache folle. Les vaches étaient élevées à l’ancienne dans les pâturages sans aucun apport de farine animale comme cela était malheureusement le cas dans beaucoup d’autres régions. Je le remerciai de sa gentillesse à notre égard mais nous restions sur notre première intuition en nous en excusant auprès de lui.

C’est alors qu’un des paysans s’approchât de notre table et sa détresse se lisait dans son regard. Il nous demanda s’il pouvait s’asseoir à notre table, et je l’invitai à venir s’asseoir prés de moi pensant qu’il avait des choses à nous apprendre. Je lui demandai ce qu’il voulait boire, il commanda un verre de vin d’une propriété de la région et il nous fit part de sa détresse : «  Je suis paysan et depuis plusieurs générations, nous nous transmettons le savoir-faire aussi bien du travail de la terre que des animaux. Tout allait pour le mieux jusqu’au jour où les technocrates se sont occupés de la façon d’exploiter nos terres et nos animaux, un vrai désastre mais si nous voulions toucher des subventions, c’était le prix à payer, nous les protecteurs de la nature, nous avions vendu notre âme à Satan. Les pesticides que nous employons pour avoir du rendement s’infiltrent dans la terre et polluent toutes les nappes phréatiques, allant parfois jusqu’à l’interdiction de boire l’eau des sources. Même les abeilles en subissent les conséquences en raison des nouveaux produits fabriqués par les lobbies financiers couverts par les gouvernements. Elles ont perdu le sens de l’orientation et ne retrouvent plus leurs ruches mais le plus grave reste à venir pour les années futures. La pollinisation pourrait s’arrêter si les abeilles viennent à disparaître. Toute la corporation bovine, les bons comme les mauvais éleveurs, en clair ceux qui avaient donné les farines animales comme ceux qui avaient continué leurs élevages avec du fourrage ou dans les prés furent condamner car les gens n’avaient plus confiance même dans les scientifiques car ceux-ci se contredisaient les uns les autres. Les ventes chutèrent de soixante à soixante dix pour cent, la commission du vieux continent pour éviter une révolution de notre part sachant notre détermination nous indemnisa des pertes occasionnées par ce fléau qu’ils avaient eux-mêmes provoqué. Mais ils ne pourraient jamais nous indemniser de la perte de nos bêtes que nous avions élevées pour certaines d’entre elles au biberon, mis à bas, veillées des nuits entières. Elles étaient notre vie, nous les aimions comme nos propres enfants, elles nous avaient fait confiance et nous les avons trahies, abandonnées à ces gens irresponsables, que nous avons cru intelligents car ils gouvernaient notre pays. Et aujourd’hui nous voilà ruinés ! S’il est encore temps, nous allons essayer de tout faire pour retrouver le savoir de nos ancêtres et leur faire honneur.

Le déjeuner arrivait à sa fin, je commandais deux cafés et l’addition. A ce moment-là, un vieux monsieur entra et nous salua au passage soulevant légèrement son chapeau comme l’on faisait en son temps. Il alla s’asseoir au bar à côté du paysan avec qui nous nous étions entretenus. Je prêtai l’oreille discrètement suivant mon intuition et non pour être indiscret. Et comme d’habitude, mon intuition ne m’avait pas trompé : il lui parlait d’étranges personnes venues s’installer au pays, dans une ferme abandonnée. Au dire de ce monsieur, ce serait des squatters, des personnes occupant sans autorisation des lieux inoccupés, ils seraient une dizaine d’hommes et de femmes refusant la société de consommation au détriment des valeurs. Ils vivraient sans aucun confort, ni lumière électrique, ni eau courante, ni chauffage Ils cultiveraient leur potager, quelques poules, quelques lapins pour survivre. Certains seraient des marginaux. Mais pour tous, c’était surtout la volonté de vivre en harmonie.

Je me permis alors de demander à ce brave homme s’il voulait bien m’indiquer leur adresse ou mieux encore, comment m’y rendre. Il me dit qu’il habitait non loin de là et que, s’il y avait de la place dans la voiture, il nous y conduirait volontiers. J’offrais une tournée générale en remerciement comme cela se fait dans ces régions. Ils apprécièrent et on trinqua tous à notre santé réciproque. Je demandai l’addition, je réglai la note et nous regagnâmes la voiture. Le chauffeur fit monter le vieux monsieur à l’avant pour nous indiquer le chemin à prendre.

A la sortie du parking, il nous fit tourner à droite sur la départementale bordée d’arbres centenaires. Nous avons ainsi roulé plusieurs kilomètres puis il nous indiqua un petit chemin vicinal non goudronné et demanda au chauffeur d’être prudent car il y avaient des ornières et cela pendant plusieurs kilomètres. Ensuite il nous demanda de nous arrêter prés d’un chêne majestueux où plusieurs chemins se croisaient. Il nous indiqua la route à suivre et nous salua en nous remerciant de l’avoir raccompagné. Il descendit et nous salua d’un geste amical avec la main, j’en fis de même et au bout du chemin, on aperçut la bâtisse. La fumée sortait tout droit de la cheminée et une odeur de bois brûlé venait jusqu’à nous. Un chien vint à notre rencontre en remuant la queue, son maître le suivait de quelques enjambées derrière lui. C’était un homme d’une quarantaine d’années environ, les cheveux blonds, surpris de nous voir arrivés. Je me présentai à lui en m’excusant de mon intrusion. Il me demanda l’objet de notre visite et comment nous avions eu son adresse. Je lui expliquai notre entrevue au restaurant  avec les gens du terroir. Il a eu alors un regard qui en disait long sur l’opinion qu’il avait d’eux. Mais le débat n’était pas là. Il n’était pas question pour moi de dévoiler le sujet de ma visite sans les connaître plus en profondeur. Donc je lui expliquai le but de ma visite : j’étais en train de faire une thèse sur le devenir de notre civilisation et donc fort intéressé par leurs expériences personnelles qui pourraient par un échange de nos cheminements personnels certainement nous apporter un plus aux uns et aux autres. Mon approche  excita sa curiosité et il me pria de le suivre. Le chauffeur étant fatigué, il me demanda s’il pouvait se reposer en m’attendant. Je lui esquissai un oui en hochant la tête et suivait la personne qui nous avait reçus.

Nous prîmes ensemble un chemin de terre longeant la grande bâtisse, cela sentait bon car des rosiers grimpants  longeaient les murs. Nous arrivâmes ainsi devant une grande baie vitrée servant de porte d’entrée. Il ouvrit la porte et me fit passer le premier. Il s’approcha d’une cloche fixée contre le mur de pierre et la fit sonner (comme un code qu’ils avaient dû établir ente eux pour signaler la venue d’une personne étrangère à leur groupe). Quelques minutes plus tard, sont arrivés les occupants qu’il me présenta les uns après les autres.

 

5.3      Le docteur : Bernard

 

 

Le premier, un docteur qui malgré son jeune âge, environ la trentaine avait décidé de rendre son diplôme à l’ordre des médecins. Je lui demandai si il voulait bien m’en donner la raison. Il y eut un silence puis il se mit à me raconter son chemin et le pourquoi de son acte. Il avait fait son doctorat à Paris, rempli de conviction sur le don de soi et qu’il pourrait ainsi soulager autrui de ses souffrances. Les deux premières années s’étaient passées pour le mieux, il s’en était sorti avec mention. La troisième année, il commença comme interne dans un grand hôpital de la capitale et au vu de ses résultats, il fut rattaché en chirurgie, spécialité à laquelle il aspirait depuis les premiers temps. Il fut émerveillé par la dextérité du chirurgien et les résultats obtenus sur les patients. Mais au fil des mois, il vit les greffés mourir les uns après les autres suite aux dires du corps médical à des rejets. Contrarié par cela, il fit une petite enquête de son coté, car jeune et fougueux, il ne voulait pas s’avouer vaincu. Ainsi, au travers de ses investigations, il découvrit avec horreur que, manquant de donneurs d’organe, ont prélevait les-dits organes sains sur des morts atteints du sida et cela sans aucun remords. Il demanda sa mutation en prétextant qu’il ne supportait pas le bloc opératoire. On le muta alors en pédiatrie. Il fut mis en service d’accouchement et il apprit beaucoup. Mais toujours curieux de nature, pendant son service de nuit, il regarda les registres des naissances des dernières années et il vit un nombre important de décès par césarienne et cela avec le même praticien. Les autres médecins du même service en dénombraient un tiers de moins. Soucieux, il poursuivit ses recherches et resta vigilant lors de ses services avec ce professeur. Il s’aperçut ainsi qu’une chambre seule était réservée aux gens de la haute société et qu’ils bénéficiaient d’un service tout particulier alors que le service manquait de personnel ! Il était attribué à ces privilégiés une infirmière personnelle, et nul autre ne pouvait entrer dans leur chambre. Poussé par sa curiosité, il se mit donc à surveiller les allers et venues autour de cette chambre. Une nouvelle venue arriva : «  bcbg «, une silhouette de rêve, un ventre à peine marqué, en pleine forme. Quelques heures, une autre femme arriva. Cette fois-ci sur un brancard, il vit une jeune femme de vingt cinq ans environ, prête à accoucher. Il fit préparer le bloc en urgence, et demanda de préparer la jeune bcbg dans la salle d’accouchement qui était comme par hasard attenante au bloc opératoire. Il fit une césarienne à la première et, d’après le jeune médecin, tout se passa bien. Il met l’enfant dans la pièce à coté pour le préparer comme à l’habitude et laissa la sage-femme s’en occuper. Pendant ce temps, le professeur était allé accoucher seul, à sa demande, sous prétexte que la jeune femme voulait garder son intimité. Comme quoi l’argent permet certaines faveurs et au delà comme vous allez le voir par la suite. Au bout d’une demi-heure environ, le jeune docteur entendit un bébé pleurer et le professeur arriva en souriant demandant à l’infirmière attitrée de la jeune bcbg de la ramener avec son bébé dans sa chambre. C’est alors qu’il alla voir celle qui avait eu une césarienne pour lui annoncer la mauvaise nouvelle : son bébé était mort-né ! Celle-ci tomba anéantie par la nouvelle car à son arrivée, malgré ses souffrances, elle le sentait bien bouger. Elle demanda alors à le voir. Il s’y refusa prétextant un traumatisme pour elle. Ayant de gros soupçons sur le tour de passe-passe, le jeune docteur s’est alors arrangé pour faire un test et contrôler l’ADN du nouveau-né de la princesse avec celui de la mère dont l’enfant était mort. Comme il s’en doutait, un transfert avait eu lieu ni vu ni connu. A ce moment-là du récit, le docteur dut s’arrêter car les souvenirs évoqués lui faisaient revivre des moments de vie qu’il pensait avoir dépassés.

 

5.4      Le professeur de philosophie : Henri

 

 

La seconde personne qui me fut présentée était un homme d’une cinquantaine d’années. Il  s’avança vers nous et il me fut présenté à son tour comme un professeur de lettres et de philosophie à la Sorbonne. Il s’appelait Henri et, à son grand désespoir, devait avouer son impuissance contre le nivellement tout azimut vers le bas ordonné par les ministères de l’éducation nationale. Il les accusait de rédiger des directives officielles voulant faire valoir le retour du civisme par le respect de l’éducation pour tout le monde. Par téléphone, ils appelaient les directeurs d’établissement pour leur dire de ne pas en tenir compte pour éviter l’exclusion, les différences et ainsi faire en sorte de refréner les bons vers le bas, de baisser les niveaux au plus bas. Ainsi les taux de réussite atteignaient dans tous les établissements au moins quatre vingt pour cent ! D’année en année, ils étaient surtout parvenus à ce qu’au vingt-et-unième siècle, l’illettrisme refasse son apparition. Au moins vingt pour cent des élèves arrivaient en sixième sans savoir ni lire ni écrire : un comble !

OÙ était l’erreur ? La responsabilité était rejetée des uns sur les autres mais tous étaient responsables : du plus grand au plus petit. Par cette irresponsabilité face à l’humanité, les viols, les drogues, la pédophilie, le harcèlement moral étaient de plus en plus fréquents dans les écoles même les plus huppées. Un ministre voulut changer cela avec des propositions que tout être normal aurait accepté en étant fier de participer au retour des valeurs et de la véritable éducation. Mais, au lieu de cela, il y eut des grèves générales. Et comme toujours dans ces cas, il dû sauter » car il ne fallait pas faire de vagues Et c’est ainsi que le professeur expliqua sa présence dans ce lieu.

 

5.5      L’institutrice : Chantal

 

 

La troisième personne était une institutrice nommée Chantal. Elle était entièrement d’accord avec les propos tenus par monsieur Henri. Et ce qu’elle avait à dire, venait de la base de toute civilisation car elle avait la lourde responsabilité des premiers pas de la vie de nos enfants, là où toute formation marque l’avenir en positif ou en négatif pour la société. Je lui demandai ce qui l’avait marquée le plus. Elle nous expliqua qu’elle avait vécu le règne de l’enfant roi. Les ordres venus d’en haut étaient formels : il fallait à tout prix satisfaire les parents car ils étaient des électeurs en puissance dont la voix était amplifiée par les associations de parents d’élèves. De plus, ces enfants devaient être malléables à merci pour accepter d’être les futurs chômeurs de demain. Elle nous cita quelques exemples représentatifs : des enfants qui arrivaient en pleurant donnant des coups de pied à leur mère ou leur père et les parent qui cédaient. Les petits faisaient de même en classe : à quatre ou cinq ans, ils rackettaient déjà leurs camarades. Certains osaient déjà des attouchements sur les petites filles à plusieurs cela faisait rire leurs parents, ils disaient que c’était bien pour leur éducation, cela éveillait leur sexualité future et qu’ils n’avaient rien à redire à cela ! A la maison,  certains enfants racontaient que leurs parents les laissaient regarder la télé à leur guise, à toute heure, pour ne pas être dérangés. Ils avaient même une télé dans leur chambre ! Alors, effectivement leur esprit était éveillé au monde mais beaucoup trop tôt. Leur vision d’enfant ne percevait pas l’information comme un adulte, et les enfants normaux faisaient figure de marginaux. L’institutrice insista sur le fait qu’elle n’avait qu’un pouvoir limité car il lui était impossible de sévir ou de punir un enfant sans avoir les foudres de l’inspection académique. Les inspecteurs avaient eux aussi des ordres. Bref, elle aurait pu continuer à en raconter encore long, mais au fond, tout allait dans le même sens «  insensé « et elle avait préféré se retirer.

 

5.6      Le garagiste : Paul

 

 

Le quatrième qui se présenta à moi était un garagiste d’une grande concession automobile de la capitale. Il se prénommait monsieur Paul. Il avait la quarantaine et avait repris la succession de son père. Ainsi, depuis son plus jeune âge, il avait suivi l’aventure de l’automobile, avec ses bons et mauvais côtés. Il voyait ce dernier plutôt du coté humain que technologique. En effet, au début, l’industrie automobile fut une découverte révolutionnaire. Elle permit une évolution de la façon de travailler dans les usines. Avec la production à la chaîne, chacun put profiter des nouvelles technologies et avoir la fierté d’avoir participé à ce grand boom économique des années trente.

Mais cela fut de courte durée car les dirigeants et les pouvoirs de l’époque virent les profits qu’ils pouvaient en tirer. Ainsi, ils se remplirent les poches mais surtout des comptes en Suisse. Les premiers syndicats firent leur apparition et avec eux, les premières grèves. Elles furent sévères car aucune rétribution n’étaient allouées aux grévistes, et on envoya les forces armées pour casser les mouvements. Mais rien n’y fit et ils arrivèrent ainsi à obtenir des congés payés, la sécurité sociale, la retraite, les heures supplémentaires. Que de victoires obtenues à la force du poignet ! Ainsi les jours de prospérité firent leur apparition et les progrès étaient complémentaires dans les deux sens car la technologie tenait compte de la valeur acquise par le travail. Les recherches allaient vers un équilibre qui permettrait à l’ouvrier de s’exprimer, d’être reconnu, respecté car il représentait la force vive de la nation. Mais les ouvriers en voulaient toujours plus voyant les profits réalisés par les riches, ils voulaient une part du gâteau de plus en plus grande.

Ce fut là une erreur quand tout se mit à basculer très vite. Les patrons commencèrent à robotiser leurs usines, car un robot n’était pas taxé par les charges sociales. Puis, par un seul robot, ils purent remplacer des dizaines d’hommes ou de femmes. Ils cherchèrent des ouvriers de plus en plus qualifiés. Alors certains arrivaient à se recycler mais une grande partie ne put suivre. Ce fut alors la découverte du chômage, avec au départ, pour aveugler et calmer les gens, une rémunération égale à celle de celui qui travaille. Alors le basculement se précipita car de ce fait, le travail qui représentait la dignité, vira au rouge n’étant plus ou presque une source de revenu. La bourse ayant pris le pas sur lui, l’amour du travail accompli fit place au «  je-m’en-foutisme «, au travail bâclé, à l’absentéisme, au droit à la médiocrité, au non-respect de la parole donnée. Les grèves de cette nouvelle société n’étaient alors pas fondées sur le sens du devoir mais la revendication de droits comme, par exemple, celui de se faire payer les jours de grève ! Un comble quand on sait les pertes causées par celle-ci, pertes aussi bien financières que celle des acquis sociaux si chèrement obtenues par leurs pairs.

D’où les fermetures de beaucoup d’entreprises pour les ouvriers dans les pays pauvres exploitant la misère, d’où l’esclavagisme moderne, les coûts de production de moins en moins chers pour un prix de vente de plus en plus élevé, pour une qualité inférieure. Paul  aurait pu nous parler encore longtemps du déclin du monde ouvrier dans un pays où il en avait été la fierté.

 

5.7      Le policier : Jean

 

 

Quant au cinquième qui se présenta, c’était un jeune retraité de la police qui avait été commissaire principal dans la capitale. Il se fit un grand plaisir de nous raconter ses débuts dans la police au siècle dernier : la fierté de servir son pays, de protéger les faibles et les opprimés, de faire respecter la loi, d’assurer la tranquillité des gens, d’éviter le tapage nocturne, que chacun puisse se promener dans les rue les soirs d’été sans être agressé. A l’époque, rien que de voir les forces de l’ordre, on se sentait en sécurité. Ils étaient respectés et souvent honorés pour leur courage et leur bravoure face à des situations difficiles, on les remerciait de «  secourir la veuve et l’orphelin « terme employé à cette époque. Même les voyous, le grand banditisme étaient presque des gens respectables si l’on peut dire car ils ne s’attaquaient que très rarement aux gens modestes. Ils visaient surtout la fortune des riches et les agressions physiques étaient très rares. Parfois même, ils devenaient des héros populaires comme un couple de voleurs célèbres à cette époque : «  Bonnie et Clyde «. Les graffitis étaient sévèrement réprimandés avec de fortes sanctions, les biens d’autrui étaient respectés par la majorité des gens, le vandalisme gratuit n’était pas de mise. Il n’y avait pas ces dégradations que nous subissons sans aucune raison juste, pour le plaisir de nuire ou par jalousie.

A cette époque, le travail était presque facile car quatre vingt dix pour cent de la population respectait les règles de la société. Les années passant, les besoins de main-d’oeuvre devenant  grandissant, on fit appel à l’émigration qui, on peut le dire, n’était ni plus ni moins que de l’esclavage moderne. Au fil des ans, arriva ce qui devait arriver : la révolte des enfants nés entre deux cultures et prenant conscience de l’exploitation de leur parents, qui avaient tout quitté pour un «  eldorado « promis mais qui vivaient un enfer. Alors, leur violence apparue, graffitis sur tous les supports : murs, trains, camions. Rien ne pouvait enrayer le phénomène qui coûtait des millions par an à la collectivité.

Le ministère de la culture de cette époque eut l’idée de décréter que c’était de l’art moderne et d’ailleurs, certains de leurs auteurs devinrent célèbres. On créa aussi des produits pour limiter les dégâts. Tout cela ne les arrêta pas pour autant. Ils trouvèrent la parade avec des cutters, des pointes de diamant avec lesquels ils gravèrent sur les vitres et les carrosseries. Et là, plus rien ne pouvait les arrêter : ils laceraient les siéges dans les transports publics, découpaient les sacs, même les «  bananes « qui servaient à transporter les papiers sur soi sur son ventre. Et comme cela ne suffisait pas, pour passer le temps, ils se mirent à brûler les voitures. Comme les médias parlaient de leurs méfaits, ils leur faisaient de la pub gratuite.

C’est alors que les chiffres de ses actes gratuits ont escaladé très vite, pouvant atteindre des centaines dans une soirée. Pourtant, les ordres que le commissaire recevait d’en haut étaient : laisser faire, les assurances paieront. Bientôt, les drogues furent en vente libre dans la rue, les «  rave parties « firent leur apparition avec la bénédiction des pouvoirs publics trop lâches pour intervenir. Tout ce qui fut fait, c’est de mettre à disposition police secours, la croix rouge, des psys pendant les parties. Ce fut donné gratuitement alors que des comités de fêtes de villages étaient contrôlés, voire condamnés si les règles de sécurité n’étaient pas respectées Drôle d’égalité de traitement ! A cause de toute cette explosion de la violence urbaine, les voitures furent de plus en plus protégées par des alarmes sophistiquées. Alors, les voleurs trouvèrent des solutions radicales, l’une d’entre elles consistait à vous tamponner à un feu rouge l’arrière de votre voiture. Cela vous obligeait à descendre pour constater les dégâts. Un complice pouvait alors monter dans votre voiture et partir en toute tranquillité car souvent le moteur en route était resté en marche, bien entendu. Pour les voitures de prestige, ils allaient dans les banlieues riches, visaient les châteaux ou maisons de maître avec parc. Ils y rentraient pendant que les occupants dormaient et les réveillaient en sursaut pour leur demander leurs clés, codes, papiers du véhicule. Ils  repartaient ensuite en toute tranquillité. Parfois, en ville, ils pouvaient embarquer des voitures directement en utilisant des camions d’enlèvement volés eux aussi et cela en plein jour, aux yeux de tous.

Bien sûr, les gens avaient de plus en plus peur dans ce climat d’insécurité permanente. Les tapages nocturnes n’étaient plus une infraction, les vols à la tire se multipliaient blessant gravement des personnes âgées qui avaient voulu protéger leur sac. Au feu rouge, ils se servaient dans les voitures et si les portières étaient fermées, ils cassaient la vitre aux yeux de tout le monde et se volatilisaient sur une moto complice. Dans les trains couchettes, les gens étaient dévalisés en toute impunité, les contrôleurs ne réprimandant que les bons citoyens, les seuls solvables à merci et ayant peur de l’autorité. Des quartiers de non droit poussèrent comme des champignons dans tout le pays. Médecins, pompiers, policiers ne pouvaient y entrer. Les habitants mettaient le feu à des voitures, poubelles, des caves et appelaient les pompiers pour les attaquer avec des projectiles de tout acabit, allant même jusqu’à détruire leur véhicule avec des engins de chantier – volés,  bien entendu. Et la collectivité payait, toujours sans rien dire, de peur que cela ne soit encore plus grave. Laxisme, lâcheté de la part des donneurs d’ordre, ils firent de notre démocratie une poubelle où seuls les gens honnêtes, ayant un sens du devoir et du respect, respectaient la loi, les autres n’ayant ni foi ni loi.

L’ancien commissaire aurait pu nous citer encore d’avantage d’exemples, mais il nous dit «  à quoi bon ! « Tout allait dans le sens d’un nivellement vers le bas. Ainsi la police perdit de sa popularité car elle ne protégeait plus les citoyens des délinquants, mais au contraire d’où ma révolte contre cette hypocrisie du pouvoir de donner aux citoyens l’impression de vouloir remettre de l’ordre alors que le principal était d’éviter les vagues.

 

5.8      La mère de famille

 

 

La sixième personne qui se présenta à nous était une femme d’une cinquantaine d’années. Elle était une mère de famille ayant fini d’élever ses enfants. Elle était venue se retirer en ce lieu déçue par les comportements de la société vis-à-vis des femmes au foyer et du non-respect des enfants vis-à-vis de celles qui leur avaient donné la vie. A ces quelques phrases, elle eut les larmes au yeux et préféra prendre congé.

 

5.9      L’homme politique

 

 

Quant au septième, il me sembla le reconnaître et pour cause, il fut un personnage politique haut placé des années auparavant. Il se présenta à nous avec une simplicité hors du commun, la classe ! Il nous révéla le pourquoi de sa présence en ses lieux. Le machiavélisme des politiques dans ce monde le vouait à sa perte, le mondialisme étant là, les pays n’étaient plus dirigés par les élus du peuple mais par une poignée de gens haut placés, richissimes dirigeant en coulisse le monde matérialiste où l’être humain n’avait pas sa place. Dix pour cent de l’humanité suffisait à faire fonctionner le monde, le restant étant des êtres inutiles, des bouches à nourrir, d’où l’assistanat pour éviter les révoltes, mais quel gâchis ! Alors que certains gagnaient jusqu’à des millions de franc par jour d’autres gagnaient cinq à six milles franc par mois de dur labeur. Les responsables disaient qu’ils avaient trop de revenus, le comble ! Les détournements de milliards par des rouages bien rodés, des organisations mondiales, pour la faim, la santé, la génétique, le sida, le tiers monde, les parties politiques, les religions, les impôts, de plus en plus lourds, directs ou indirects etc. Il était sorti du système car seuls les voyous respectant les hiérarchies pouvaient prétendre être un jour responsables à leur tour, sinon ils risquaient leur vie comme certains écrasés ou pendus dans leur cellules ou se suicidant de plusieurs balles, bizarre non ? Et il se retira ne voulant en dire plus, nous saluant d’un geste amical de la main.

 

5.10Le paysan : Louis

 

 

Le huitième, un paysan du terroir, le visage buriné par le soleil, se présenta à nous. «  Bonjour, je m’appelle Louis et si je suis ici, c’est que depuis quelques décennies, je me suis aperçu que nous les paysans nous étions les protecteurs de la nature mais nous avons été manipulés par la politique commune. Elle nous a assisté et a finalement dirigé la façon de cultiver notre terre, que nous avons détruites par les pesticides, engrais etc. Les aliments des bovins étaient subventionnés quand ils étaient conçus avec des farines animales mais pas ceux qui les nourrissaient avec du fourrage, cherchez l’erreur ! J’ai honte de m’être caché la vérité à moi-même c’est pour tout cela que je suis parmi vous aujourd’hui et si je peux réparer mes erreurs, je le ferai pour mes enfants «.

 

5.11Le biologiste : Mathieu

 

 

Quant au neuvième, il se prénomme Mathieu et il était biologiste dans la recherche au niveau national. Il tient le même discours que ses camarades. Il dénonce tous les détournements de fonds liés à la soi-disant recherche contre les maladies dites génétiques alors que quatre vingt pour cent de ces maladies sont créés par l’homme et servent bien souvent à créer des armes chimiques, biologiques. Si l’homme respectait la nature et la vie, nul besoin de recherche car toutes ces maladies disparaîtraient d’elles-mêmes, mais cela ne rapporterait alors plus d’argent à ses oiseaux de mort que sont les laboratoires et leurs financiers.

 

5.12L’informaticien : Yuan

 

 

Le dixième à se présenter le fit sous le nom d’Yuan. Il était informaticien et lui aussi avait perçu le potentiel bénéfique de l’informatique mais malheureusement l’homme le détourna à des fins machiavéliques. Il s’en servit pour fausser les sondages et les résultats d’élection nationale. Il fut alors facile de faire élire non plus l’élu du peuple mais un pantin au service des gens qui dirigent le monde sans morale ni coeur sauf celui de l’argent, maître absolu de ce monde en pleine décadence. Il se dit prêt à mettre son savoir au service du bien et de l’avenir du monde pour aller vers un monde meilleur il s’excusa à son tour et se retira à son tour.

 

5.13L’invitation sur l’arche

 

 

Après avoir entendu tous ces témoignages pleins de bon sens, je savais que tous ces gens correspondaient à mon projet. Aussi leur demandais-je à tous s’ils voulaient bien venir écouter le but de ma présence ici et le pourquoi de toutes ces interrogations à leur égard. Ils s’installèrent autour de la table de la salle à manger, immense, en chêne massif tout comme les chaises. Par correction, je me mis debout et me présentai à mon tour leur expliquant le but de ma visite et pourquoi je souhaitai leur participation et leur présence dans la future arche. Ils avaient jusqu’au matin pour me donner leurs réponses, mais s’ils ne voulaient pas m’accompagner, je leur demandai de garder le silence sur mes intentions car tout cela devait rester top secret et pour cause ! Je m’excusai et me retirai à mon tour dans ma chambre confiant dans ma démarche et de la réponse de tous ces gens.

Quand le coq se mit à chanter annonçant le lever du jour, je me levai, pris une douche, et m’habillai pour rejoindre la salle du petit déjeuner où se trouvaient déjà tous mes nouveaux compagnons. Celui qui m’avait reçu quelques jours auparavant et qui avait organisé toutes ces rencontres prit la parole au nom de tous ses camarades. Il esquissa un petit sourire et m’annonça la bonne nouvelle : ils étaient prêts pour le grand voyage et seraient à ma disposition dés que je leur demanderai de venir me rejoindre. Je les remerciai pour la confiance qu’ils me témoignaient et leur demandai de prendre congé.

 

5.14Le retour au chantier de l’arche

 

 

Le chauffeur m’attendait devant la porte, il m’ouvrit la portière, je montai à l’arrière comme à l’accoutumée. Nous avions repris le chemin du retour mais cette fois-ci les choses sérieuses et concrètes allaient commencer. Nous rejoignîmes la base où toute l’équipe nous attendait. Ils avaient du beaucoup avancer dans l’étude et la mise en application de l’arche.

La nuit tombait et il restait encore beaucoup de kilomètres à parcourir. Je m’installai confortablement sur mon siége et fermais les yeux  en pensant à tout ce chemin parcouru pour réunir tous ces gens qui formeront la chaîne de vie future dans l’arche. J’étais assez satisfait de tous ces efforts pour les trouver et surtout émerveillé par la beauté intérieure et spirituelle de tous ces gens avides d’un monde nouveau. Ils étaient parvenus à passer au travers de la pollution, du «  lavage de cerveau « de ce monde moderne, matérialiste, sans coeur, sans âme dans lequel nous vivons. Et sur ces belles images, je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, le soleil se levait à l’horizon, les arbres étaient magnifiques. Comment se douter à cet instant que les hommes étaient en train d’anéantir cette terre si belle et ne demandant pourtant pas grand chose pour rester pure et belle ?  Mais comme le disait tous mes amis, j’étais un rêveur, un utopiste et pourtant je suis sûr que s’ils avaient pris conscience de la simplicité, du respect, de l’équilibre de la vie, nous n’en serions pas là aujourd’hui, obligés à créer l’arche du troisième millénaire.

Nous arrivâmes à destination à la base que nous avions destinée à cet effet. Les soldats, après vérification de notre identité, nous ont laissés passer. Après avoir longé les bâtiments militaires sur des kilomètres, nous arrivâmes aux abords du bâtiment qui nous avait été confié pour nos travaux de recherche. Cela faisait déjà des mois que j’avais vu cet endroit pour la première fois et réuni les gens pour créer l’arche. Il me semblait que c’était la veille.

Le chauffeur me déposa devant le bâtiment où se situait ma chambre. Je pris ma valise et suis allé m’installer dans ce qui allait être mon campement pendant un certain temps. Pendant que je me faisais couler un bain pour me délasser de mon voyage et affronter les choses sérieuses, comme je n’avais pas écouté les informations depuis plusieurs semaines, j’allumai le poste de télévision, mis une chaîne d’information permanente sur satellite et je m’installai dans un fauteuil. Par chance, le présentateur annonça une émission spéciale sur les événements depuis le début du troisième millénaire. Cela tombait à point car j’avais perdu le fil des informations depuis pas mal de temps et j’allais pouvoir m’informer sur l’évolution du monde.

Alors que les sociétés allaient dans le sens du mondialisme, ce qui aurait dû rapprocher les pays et leurs habitants, répartir les richesses, harmoniser les monnaies. Au lieu de cela, les gens essayaient de plus en plus de retrouver leur racine, parler leur patois ou leurs langues d’origine. L’exclusion des gens différents empira encore ; l’intégrisme prit une ampleur considérable et ce dans tous les cultes confondus – même si certains plus que d’autres. Et ainsi sous le couvert des religions, de leurs dieux, ils semèrent la terreur dans le monde entier contre les «  infidèles « (ceux qui à leurs yeux, l’étaient devant leur dieu). Cela n’aurait pas pu avoir lieu sans la misère et la famine dans le tiers monde où tous les oiseaux de mauvais augure recrutaient les futurs kamikazes qui allaient semer la terreur en mourant pour leur dieu. Ils pensaient ainsi être reçus droit au paradis et que leur famille serait reconnue grâce au sacrifice de leur fils devenu un héros. La misère et le chômage prenaient de l’ampleur de jour en jour et des familles entières se retrouvaient sans domicile fixe dépendant de l’aumône distribuée par les états.

Partout où il y avait des conflits ethniques, les pays industrialisés allaient faire l’arbitre sous le couvert d’organismes créés par eux. Ainsi, ils mettaient en place un chef ou un président qui dépendait de leur bon vouloir. Pendant les tractations, selon la participation militaire des états, ils se partageaient les droits de reconstruction de territoires qu’ils avaient auparavant détruit volontairement. Ainsi, ces messieurs capitalistes s’en mettaient plein les poches. Comment douter qu’un jour ces pauvres gens allaient se révolter contre l’oppresseur qui se disait être leur protecteur alors qu’il était leur bourreau. Les conflits éclataient partout. Ainsi les marchands d’armes s’en donnaient à coeur joie, essayant sur ces populations toutes les technologies nouvelles de plus en plus meurtrières. Des femmes et des enfants en étaient mutilés pour leur vie entière. OÙ était l’humain, le respect des êtres de chair qui ont commis pour toute faute de pas être nés au bon endroit, au bon moment ?

Ainsi, ce qui devait arriver, arriva. La bêtise humaine ne respectant pas les règles logiques et simples de la vie, le respect de notre terre à tous sans exception aucune, de lieu, couleur, culture etc.  Des catastrophes naturelles sont arrivées par notre comportement, par la pollution de plus en plus importante détruisant la couche d’ozone et ainsi réchauffant la planète. Il n’y avait plus de saison ; des tornades et des ouragans de plus en plus forts se déchaînaient dans des régions qui étaient épargnées jusque-là. Des tremblements de terre partout dans le monde, les volcans se mettaient en éruption détruisant tout sur leur passage, les mauvaises langues disaient que Dieu était le diable alors que l’homme lui-même allait à sa perte sans vouloir le voir ni l’admettre. Il lui était facile comme à son habitude de mettre la faute sur un bouc émissaire et qui plus est Dieu en personne. A ce moment-là, il aurait été possible de faire marche arrière mais avec beaucoup de sacrifice, d’humilité, de sagesse, de respect de la vie pour remettre, au fil des siècles, notre mère la terre en état de nous faire vivre et de nourrir nos propres enfants. Mais nous étions en train de la tuer de notre propre main, les armes chimiques proliféraient de jour en jour et étaient stockées dans des silos géants, jusqu’à quand seraient-ils fiables ? Les centrales nucléaires ainsi que les bombes atomiques devenaient monnaie courante, plus ou moins sophistiquées mais, du moment qu’on la possédait, on devenait respectable et on pouvait négocier à la table des grands même si l’on était petit.

Quel gâchis, que d’argent, que de vies humaines sacrifiées pour quelques fous prétentieux, voulant être les maîtres du monde et prêts pour cela à exterminer des milliers d’innocents ! Des milliardaires allaient pouvoir ainsi semer la terreur dans le monde entier et cela avec simplement une poignée d’hommes déterminés à mourir pour leur dieu. Pendant des années, ils installèrent des taupes en place dans tous les secteurs de pointe et vitaux de chaque pays concerné et le comble, leur chef avait été formé par ses propres ennemis et adulés par ceux-là même qui voulaient sa peau. Il sema la terreur en organisant de l’intérieur un plan diabolique mais orchestré de main d’expert. Il prit en otage des avions de lignes régulières venant de décoller donc pleins de kérosène : de vraies bombes volantes. Après avoir égorgé tous les passagers, ils purent entrer dans le cockpit  et assassiner les pilotes pour ensuite prendre les commandes et se diriger vers des lieux stratégiques représentant le prestige de la nation concernée. La bourse, les services secrets, l’état créant ainsi la terreur psychologique sur toute la planète car filmé en direct par un amateur sur place. Les kamikazes ont percuté avec leurs bombes volantes des tours et des bâtiments faisant le prestige et la fierté du nouveau monde. Il y eut des milliers de morts ensevelis sous les décombres. Certains se sont jetés du haut des tours tombant dans le vide comme des pantins, les télés du monde entier diffusaient les images en boucle créant une panique générale.

D’un seul coup, tous ses gens se croyant à l’abri de toutes possibilités d’intrusion sur leur territoire par leur armement sophistiqué et leur police secrète, virent leur incapacité d’agir devant cette nouvelle forme de guerre faite par des fanatiques  donc incontrôlables et insaisissables. Tous ces gens qui se croyaient protégés chez eux, avaient fermé les yeux sur les milliers de gens qui meurent dans le monde chaque jour sous la torture, les viols, les mines anti-personnelles, la famine, le sida etc. Et là comme cela le touchait de prés, tous étaient en émoi prêts à faire la guerre, contre qui contre quoi, se sont-ils posés la question, la bonne ? Ils ont armé une partie des peuples contre l’autre pour faire la guerre à leur place et ainsi les gagnant c’est eux ! Car ils avaient la main mise sur les nouveaux dirigeants mais les problèmes internes du pays restaient entiers. Cela allait devenir tôt ou tard une guerre entre les ethnies pour prendre le pouvoir comme ce fut le cas dans les Balkans. Les armes chimiques commencèrent à faire leur apparition sous des formes au départ simples mais efficaces sur le plan de la terreur : des lettres avec de la poudre mortelle.

A nouveau les médias en parlèrent pendant plusieurs semaines oubliant les vrais problèmes de société. Personne ne voulait remonter à la source pour voir où était l’erreur, le dérapage de notre civilisation. Nous allions droit à la fin de notre civilisation et personne ne voulait voir la réalité en face : la pollution des océans servant de poubelle, le dégazage de pétrolier, la décharge de produits toxiques, chimiques le produit à irradiation nucléaire etc. Les pécheurs qui, par appât du gain, raclaient le fond des mers sans pitié anéantissant toute possibilité de reproduction des fonds marins pour les générations futures. Dans tous les pays industrialisés, l’afflux des émigrés grandissait de jour en jour pour essayer de survivre à la misère. Ainsi, ils comblaient la main d’oeuvre à bon marché, mais augmentaient les inégalités entre les gens et créaient un racisme de part et d’autre rendant impossible tout rapprochement ou intégration entre les peuples. Tous les continents étaient touchés par l’appât de l’argent facile d’où la destruction de la vie des hommes mais aussi des forêts, des animaux, de l’eau, de l’air.

Le présentateur prit congé, cela me permit en peu de temps de réaliser que le projet que nous avions mis en oeuvre était d’une importance capitale pour la survie, la sauvegarde de la vie, car l’issue fatale était à mes yeux, inévitable. J’éteins la télévision, ferma la lumière et m’endormit.

Au petit matin, un rayon de soleil vint me caresser le visage et sa chaleur me réveilla. Je me levai pensant à la journée qui m’attendait, je pris une douche, m’habillai pour rejoindre la salle de petit déjeuner. A ma grande satisfaction, ils étaient tous là et me voyant arrivé, ils se levèrent et applaudirent ma venue parmi eux. J’en fus très honoré et touché. Je pris place à côté de mon chauffeur pour le remercier de m’avoir accompagné tout au long de mes voyages, je pris un café sans sucre avec des tartines beurrées comme à mon habitude. Les uns après les autres ils regagnèrent leur lieu de travail, j’en fis de même une fois terminé.

Une fois dans mon bureau qui m’était attribué, je fis venir le chef de projet, il entra dans le bureau je le fis asseoir en face de moi. Je lui demanda si, pendant mon absence, ils avaient avancé dans les recherches, il me dit un oui qui voulait en dire long sur l’avancement du projet. Il me proposa d’aller dans la salle de conférence où il avait convié tous les participants au projet. Ils étaient tous là, installés sur leur fauteuil avec leur table de travail, avec un microphone et un casque pour permettre la traduction simultanée parmi tous les participants. On nous installa lui et moi au bureau réservé aux conférenciers. Le chef du projet prit la parole, il me présenta car plusieurs des intervenants ne me connaissaient pas. Sur tout le travail effectué pour élaborer l’arche, seules trois des propositions avaient été retenues. Elles furent  présentées au vote et seule l’une d’entre elles a obtenu la majorité des voix. Il demanda à son créateur de venir nous la présenter, il se leva et s’approcha du tableau.

Au départ, il dessina une boule grosse comme un ballon géant. Il expliqua que la réalisation de son projet tenait dans cette énorme boule conçue comme les bateaux de sauvetage : en tirant sur une manette,  s’ouvrant à l’air comprimé, on la déployait entièrement. Et elle pouvait  prendre la forme lui étant destinée. A côté, il dessina la future arche conçue à ma demande sous la forme d’une pyramide inversée. Pour son fonctionnement, toutes les recherches avaient été faites par cet ingénieur et son équipe. Il expliqua que son fonctionnement était simple et complexe à la fois. Le principe était d’élaborer en sorte comme une carcasse en fibre optique pour faire fonctionner à partir des sous-marins toute l’alimentation électronique de ce complexe hors du commun, tout cela recouvert de composant résistant au froid qui régnait sous l’Antarctique. En effet, une fois déployée sous les glaces et retenue au-dessous par deux des trois submersibles, elle serait recouverte par des mètres de glace qui recouvriraient les fibres optiques comme des murs et l’isoleraient ainsi de toute radiation atomique. Ainsi, une fois recouverte, il suffirait de mettre en route les résistances pour faire fondre la glace à l’intérieur et pour former ainsi toutes les salles prévues pour loger matériel, femmes, hommes, enfants, animaux, clones etc.  Il suffirait ensuite de pomper l’eau par aspiration toujours avec l’aide des sous-marins et le tour serait joué. Ensuite on relierait l’alimentation aux piles nucléaires pouvant alimenter l’arche pendant au moins un siècle. Grosso modo, voilà le but à “     atteindre ! «.

Il nous salua et d’un seul élan, tout le monde se leva et l’applaudit pendant plusieurs minutes pour le féliciter de son travail. J’allais vers lui et lui fit une accolade pour le féliciter de cet excellent travail qu’il avait accompli lui et son équipe. Je remerciai aussi tous les gens qui avaient travaillé sur les autres projets, entre autre sur la nourriture, les vêtements, les aménagements des salles et toute la haute technologie. Ensuite, un amiral fut convié à venir nous parler de l’évolution dans la construction des trois sous-marins.

En haut lieu, la décision avait été prise de choisir les nations les plus avancées en ce domaine, le nouveau monde avait déjà mis en construction celui des chefs d’état accompagnés de leur staff. Il mesurait trois cent mètres de long sur quarante de large et vingt mètres de hauteur car d’après les exigences de ces messieurs, ils voulaient tout leur confort : suite comme dans les plus grands hôtels, bureau présidentiel, bloc opératoire, chirurgien, professeur,  biologiste, piscine, sauna, golf miniature, tennis, salle de cinéma, sport, massage, locaux pour le personnel navigant, sécurité, personnel de maison, gouvernante etc. Ils avaient demandé d’être indépendant de l’arche, une autonomie qui leur permettait de venir sur l’arche en fonction de leur désir ou de rester dans leur sous-marin, reliés avec celle-ci par des écrans géants pouvant tout superviser et surveiller à leur guise. Je me demandais au fond de moi s’ils avaient vraiment compris  les erreurs qu’ils avaient faites auparavant. Je ne le pense pas, mais il en était ainsi ! On me précisa que tout l’aménagement mais aussi les fonctions vitales de marche et de réalisation avaient été faites par des clones. Je me permis de lui poser la question, si donc ils étaient bien réels ! Pour moi, cela avait été jusque là plus une supposition. Mais non, ils avaient réussi à créer des robots humains à la seule différence qu’ils ne pouvaient se reproduire entre eux. Mais ils avaient été sélectionnés dans l’élite de la beauté, du savoir,  de l’intelligence, de l’obéissance, dans tous les domaines.

D’ailleurs, un des sous-marins était en construction pour eux afin qu’ils puissent installer l’arche et la rendre fonctionnelle dans les plus brefs délais et dans le plus grand des secrets. Il précisa que celui-ci était en construction dans l’ancien empire communiste, qu’il posséderait toutes les dernières technologies informatiques pour pouvoir stocker tout le savoir en mémoire dans les bibliothèques, musées, les documents top secret défense, tous les logiciels de pointe créés pour le fonctionnement de l’arche. Ils étaient une pièce maîtresse faisant le lien entre les chefs d’état et nous terriens, les derniers représentants de notre civilisation. Quant à notre arche, elle était en construction dans la vieille Europe, avec en plus de ceux des clones, une salle d’accouchement pour les enfants qui naîtraient dans l’arche, et dans ces deux derniers avaient été prévus deux sas pour venir se rattacher avec l’arche pour permettre la liaison et en fournir l’alimentation en électricité, eau de mer recyclée, évacuation des eaux usées et de l’air pollué. Les deux sas ainsi reliés à l’arche pourraient lui permettre de se déplacer au besoin sous les glaces de l’Antarctique.

Ainsi, le projet le plus périlleux de tous les temps fut lancé, et la réunion fut clôturée, la mise en place fut longue et difficile mais le fil conducteur allait nous permettre de réaliser le projet.

Les mois passaient, le monde continuait à bouger et malheureusement dans le mauvais sens : les révoltes, les guerres de religion fratricides, la prostitution, la drogue, l’alcool, les dérapages en tout genre ne cessaient de grandir sans qu’aucune autorité ne puisse intervenir avec efficacité.

La pollution ne cessait d’empirer : l’eau commençait à manquer et les moyens pour la rendre potable devenaient de moins en moins efficaces et de plus en plus onéreux. Les maladies, malgré les progrès de la science, ne cessaient de croître, de nouveaux virus et maladies naissaient chaque jour (sans parler de la mutation des virus existants et résistant à toutes les thérapies déjà sur le marché). Devant cet afflux de malades, tous les systèmes existants se sont effondrés entraînant une mortalité jamais égalée jusque là. La misère grandissait ainsi que le chômage et la faillite individuelle grandissait de jour en jour. Les usines, les magasins, fermaient leurs portes les unes après les autres. La bourse s’écroula entraînant des milliers de suicides individuels et collectifs. La faillite des caisses de retraite et des fonds de pension mit fin aux retraites dorées.

Et au travers de tout cela, les réseaux de tout ordre se formaient dans tous les pays n’ayant plus rien à perdre, des camps où l’on formait des révolutionnaires, des kamikazes, et certains malades purent mettre au point des stratégies pour nuire et détruire leurs semblables pour des raisons diverses et personnelles. Les armes chimiques furent employées de plus en plus tuant des milliers d’innocents contaminant des réseaux d’eau potable entraînant des milliers de morts en quelques mois. Dans toutes les grandes villes de ce monde, la nourriture était de moins en moins comestible de par la pollution, les pesticides non assimilés par l’homme. La couche d’ozone continuait de se percer au détriment du climat de la planète, les saisons étaient complètement chamboulées, la chaleur gagnait de plus en plus les régions froides et de ce fait, transformait la nature et la façon de vivre des gens entraînant des maladies dues à la chaleur accompagnées de la misère, de la peste, du choléra, de la typhoïde etc.

Mais tout cela n’était qu’un échantillon vu les projets d’un illuminé, fanatique, milliardaire voulant créer l’apocalypse. Il s’était installé en Europe dans un château dominant la mer le tout situé sur plus de soixante hectares de pin, avec des miradors et des gardes partout, avec des surveillances vidéo, électroniques et toutes les dernières technologies du moment. Il fit venir les plus grands experts dans tous les domaines pour établir son champ de bataille, des mercenaires venus de tous pays, généraux de tous corps d’armées. Il les installa chacun dans des chambres, suites somptueuses, cela en fonction de leur importance, chacun était servi par tout un personnel digne des plus grands palaces. A ceux qui le souhaitaient, on offrait de jolies femmes de compagnie, plusieurs hélicoptères étaient à leur disposition pour rejoindre le navire ancré en haute mer pour leurs loisirs, piscine, sauna, casino, restaurant, cinéma, et j’en passe ; tout cela pour mettre au point la plus grande opération de destruction de la planète.

6         Les erreurs des civilisations

 

 

En prononçant le mot «  destruction «, le visage du grand-père s’assombrit. Il repense à toutes les erreurs commises par les civilisations avant d’en arriver là. «  Vois-tu, Akim, dans un certain sens, nous sommes privilégiés puisque nous sommes les derniers spécimens de notre race qui peuvent procréer comme l’ont fait jadis Adam et Eve. Pour que tu comprennes bien où je veux en venir, je vais devoir remonter dans le temps. Je vais te parler d’abord de la vie de mon père et ce qu’il avait appris. Il me l’a lui-même confié avant de mourir. A son origine, la terre que tu n’as pas eu la chance de connaître, ressemblait à l’Eden.

 

6.1      L’Eden

 

 

Une végétation luxuriante offrait un paysage extraordinaire avec des milliers d’arbres de toutes sortes et des fleurs à foison, aux couleurs pastel, variant selon l’intensité de la lumière. La valse des saisons amenait le vent, les tempêtes, tantôt la chaleur tantôt le froid, ponctué par le soleil ou la pluie qui faisait apparaître des arcs-en-ciel irisés sous lesquels on pouvait faire un voeu. Le jour et la nuit alternaient, donnant au ciel des couleurs magnifiques. Le soleil, la lune et les étoiles veillaient chacun leur tour sur cette terre paradisiaque où des animaux évoluaient en toute quiétude. Les mers et les fleuves regorgeaient de poissons frétillants. Des oiseaux multicolores répondaient en solistes virtuoses au concert envoûtant de cette nature inviolée où régnait l’harmonie. Les lois naturelles de la vie et de la mort étaient respectées.

Akim n’osait pas interrompre son grand-père dont les yeux brillaient de joie malgré une larme qui coulait le long de sa joue à l’évocation de ces souvenirs merveilleux.  Mais il ne pouvait comprendre ce qu’il venait d’entendre alors il lui dit : «  Tu sais, grand-père, je ne peux pas vibrer comme toi en entendant tout cela, puisque je ne l’ai jamais vu. J’aimerais tant ressentir cette émotion intense. Je pense que je saisirais d’autant mieux le message que tu veux me transmettre car jusqu’à maintenant, je n’ai jamais ressenti aucune émotion. Tout ce que je sais, c’est que je suis né dans ce lieu où les jours passent, identiques les uns aux autres. Nous vivons à côté d’un aquarium dans une zone bien définie par nos gardiens. Qui sont-ils ? Je n’en sais rien, peut-être vas-tu me le dire ? Nous sommes environ une centaine de personnes à partager ce lieu, hommes, femmes et enfants, dans une harmonie totale. Il n’y a jamais de cris, des pleurs ou de soupirs, c’est comme si le temps n’existait pas. Je sais que c’est toi qui nous as initiés à cette sagesse. Tout le monde t’écoute et te respecte. Tous les mots que tu prononces sont basés sur l’amour et la sagesse. Tu nous as appris à vivre dans l’instant, à ne pas avoir de pulsions, d’émotions, de haine, d’envie, face à nous-mêmes, par nous-mêmes en ne dépendant de personne, tout en étant complémentaires et solidaires les uns des autres. C’est toi aussi qui nous a enseigné la télépathie, la médiumnité, l’intuition ; ainsi nous pouvons anticiper les événements, les gestes, les moindres mouvements. Grâce à toi, nous savons bloquer notre respiration, arrêter notre rythme cardiaque pendant plusieurs minutes et le remettre en activité à notre guise. Ce procédé permet d’enterrer les gens en fin de vie, en les congelant dans la glace, dans l’espoir qu’ils se réveillent un jour, pour vivre une autre vie. Ainsi, nous pouvons contempler nos proches endormis dans cet endroit qui est un lieu de repos et  pas un cimetière. Certains habitants sont devenus fous, ils ne supportaient plus ce froid, cette sérénité. Je sais que tu as dû les mettre en état d’hypnose pour leur faire réintégrer leur âme et retrouver la paix. Nous t’admirons tous car sans toi que serions-nous devenus ? Tout passe par le dialogue, par l’esprit car nous n’avons aucun livre, aucun objet sur lesquels nous pourrions écrire. Tout notre savoir vient de toi seul. Nous connaissons plusieurs langues, nous savons compter, réciter des poésies et des fables. Mais je ne sais rien de ce qui était avant «. «  Approche, petit ! Reprend le grand-père, viens plus prés. Serre-moi bien la main, tu pourras ressentir tout ce que je ressens pendant que je te conterais notre histoire. Tu connaîtras également le destin des gens qui vivent au bout du tunnel et que nous apercevons de temps en temps. Surtout n’ai pas peur de  ce que tu vas entendre ou de ce que je vais te montrer par télépathie. C’est l’histoire du côté obscur de l’homme, de sa soif de pouvoir sur autrui, sur l’argent, sur la femme, l’enfant, l’animal et la végétation. Son autodestruction volontaire au détriment du savoir, de l’équilibre, de la sagesse et cela représente surtout tout ce qu’il ne faudra jamais reproduire. Tout ce que je vais te transmettre va faire de toi mon successeur et c’est de toi que dépendra le monde futur. Mais avant cela, il faut que je te raconte comment tout a commencé sur notre planète. Il y a 15 milliards d’années, à peu prés, une énorme explosion qu’on nomma le Big Bang a donné naissance simultanément au temps, à l’espace et à la matière. L’homme fit son apparition sur la terre alors que celle-ci évoluait déjà depuis des siècles. A ce moment-là, la végétation, les animaux et les mers régnaient en maître. L’écosystème régulait la vie tout en la respectant car chaque particule de vie existait grâce à une autre qui lui était complémentaire. Au fil des siècles, les espèces animales et végétales se transformaient. Depuis que l’être humain est apparu, tout a basculé, il n’a jamais su pourquoi il existait et encore moins le but de sa vie, je dirai même mieux, de ses vies. Car lors du fameux Big Bang, la molécule représentant Dieu le père a volontairement implosé. Elle s’est décomposée en milliers de particules qui furent éparpillées dans ce monde nouveau, au travers des cinq continents. Contrairement aux idées reçues, ils étaient complémentaires, par les climats et la végétation.

La métamorphose de la matière devenue homme, selon le lieu, donna des êtres de race blanche, noire, jaune, blanche ou métisse. Mais tous, sans aucune exception, reçurent une particule de Dieu. Ils devinrent ainsi, à leur insu, des êtres spirituels. Pendant des siècles, l’homme a cherché partout ailleurs un Dieu, il en a même créé à loisir, selon les pays. Le seul endroit où il n’avait jamais cherché, c’est à l’intérieur de lui-même. Cette quête a entraîné le déclin de chaque civilisation qui a reproduit toujours les mêmes erreurs, au fil des temps.

Mais n’allons pas trop vite, il faut que tu puisses bien comprendre l’erreur humaine. Dés le départ, l’homme se décréta le plus fort par rapport à la femme. Il lui confia les tâches les plus rudes en la méprisant et en l’humiliant. Pourtant c’est la femme qui était la seule à être pourvue du pouvoir divin. Il lui permettait de reproduire la vie au travers de son corps si beau, si pur, paraissant si fragile et pourtant si fort. L’homme, inconscient ou bien trop conscient de cela, a tout fait pour l’humilier, en se servant d’elle, à son gré, comme d’une marchandise. Il ne l’a jamais, au grand jamais, considérée au-delà de la ceinture. Quelle médiocrité ! Moi, en tant qu’homme, j’en ai encore honte aujourd’hui. Et si cela pouvait servir à quelque chose : au nom de tous les hommes qui ont cherché à les détruire, je demande pardon à toutes ces femmes, qui étaient les gardiennes de la vie. En procréant, les hommes ont voulu posséder au lieu de partager. Les êtres issus d’eux n’étaient pas investis de la particule de Dieu.

Inconsciemment, ils se servirent de ce pouvoir, non pas pour le communiquer ou pour les protéger, mais pour abuser d’eux. Lorsque l’un de ces êtres supérieurs mourrait, son âme se réincarnait dans un nouveau-né, sans aucune distinction de race, ni signe extérieur de richesse. Depuis des siècles, ces âmes habitent certains d’entre-nous, mais pour la trouver, il faut aller chercher au fond de soi et ainsi devenir le canal de Dieu.

Au fur et à mesure que les siècles passaient, certains hommes prirent conscience de ce phénomène. Certains l’exploitèrent afin de construire un havre de paix pour leurs peuples en intégrant leur savoir au quotidien afin que tous les êtres qui n’avaient pas eu la chance d’être réincarnés puissent vivre mieux. C’est pour cela que plus les populations augmentaient, moins il y avait des gens qui détenaient le savoir et la masse populaire s’identifiait à eux. Ceci créa les différences ethniques et religieuses dans chaque pays, malgré leur convergence et ceci prouve que tous ces maîtres spirituels étaient issus du même noyau. Mais comme l’homme ne le savait pas ou voulait l’ignorer, il a voulu, pour garder le pouvoir, prendre le dessus sur son âme.

Le temps passa, l’être humain évolua tout en méprisant son âme. Il voulut l’oublier pour pouvoir exister sans se soucier du pourquoi il avait été créé.

Depuis la création du monde, les civilisations vivent sur des critères : homme, femme, enfant, jeune, vieux, beau, laid, handicapé, noir, jaune, blanc, etc. D’où l’exclusion, le racisme, la médiocrité, le mépris de ceux qui croient savoir vis à vis de ceux qui pensent ne pas savoir. Quel gâchis dans ce monde si beau ! On y percevait que la laideur au travers des gens. Nous avait-on seulement expliqué le pourquoi de cet état actuel ? D’où le proverbe si bien pensé et appliqué : «  Diviser pour régner «. Et il nous fallait abuser le faible, le naïf, l’ignorant, alors que le chemin de la vie est tout autre que celui dans lequel nous vivons. Je vais essayer de te l’expliquer le plus simplement du monde. Chacun d’entre nous est une particule de vie, représentative de la création, notre corps qui est matière est la seule représentation de l’âme. Pour que tu arrives à vivre en harmonie, il te faut dépasser la visualisation de la matière, du corps de la femme, de l’homme, car étant différent, tu ne peux communiquer, même si tous revendiquent l’égalité. Nous en avions effectivement le droit, mais la différence est grande car ce droit d’égalité existe si nous nous regardons tous, en qualité d’être humain à part entière, d’âme à âme. Ainsi, nous représentions notre âme, tous égaux et identiques sur le chemin de la vie spirituelle car dans chaque quête, le seul chemin qui compte, c’est la vie. Il n’y a pas de haut ou de bas mais des âmes complémentaires. Le fort se mettait à la hauteur du faible pour l’aspirer vers le haut. La matière, la vision animale de l’être étant dépassées, l’humain que nous aurions pu devenir aurait pu enfin découvrir les joies de la vraie vie toutes basées sur le respect, les devoirs, la sagesse, l’humilité tout en sachant que notre âme est éternelle et que le corps qui la représente ne fait que passer. Si l’on avait respecté l’un et l’autre alors seulement la paix universelle aurait régné sur l’humain, l’humanité. Mais à cette époque, peu de gens acceptaient ou avaient entendu parler de cette forme de pensée qui aurait pu changer la suite des événements qui ont conduit l’humanité à sa perte. Tout ce que je viens de te raconter ne représente qu’une infime partie de la triste réalité de ce temps-là.

 

6.2      Les guerres sociales

 

 

Au fil des siècles, il imposa ses propres lois aux gens qu’il avait conditionnés, en leur faisant croire que sans lui, ils n’existeraient pas. C’est ainsi que furent créées les classes sociales. Les dignitaires, avec leur savoir, constituèrent une hiérarchie, une cour. Au départ, le plus fort protégeait le plus faible. En contrepartie, celui-ci devait donner une petite part de sa récolte, puis, on lui demanda de plus en plus, jusqu’à la famine qui entraîna la révolte. Il changeait alors de maître, mais le même processus se reproduisait aussi vite avec des contraintes supplémentaires. Le maître avait établi un droit de cuissage, le viol était autorisé car l’homme avait décrété qu’il avait tous les droits. Certaines femmes comprirent vite la faiblesse de l’homme et usèrent de leurs charmes pour éviter les travaux pénibles et devinrent des gourgandines. Dans les villages, le désordre créé par les révoltes entraîna les pillages. Des bandits violaient, tuaient femmes et enfants et s’emparaient des biens d’autrui.

Dans d’autres pays, certaines civilisations firent des découvertes extraordinaires. Des gens se proclamèrent dieux. Ils firent construire des châteaux, des palais, des pyramides et des villes par des esclaves. Tout cela avec une perte considérable d’êtres humains voués à mourir pour leur maître qui voulait toujours plus de pouvoir. On inventa la monnaie frappée bien souvent à l’effigie de ceux qui détenaient le pouvoir. Tout comme la vaisselle, elle était fabriquée en or, en bronze ou en argent. Plus ces hommes devenaient riches, plus la misère gagnait du terrain.

Les guerres prirent de l’ampleur, au détriment de milliers de vies humaines pour assouvir la soif de pouvoir de quelques dignitaires. Mais jusque-là, les expéditions étaient limitées aux pays d’origine ou limitrophes. Un jour, on inventa les bateaux, constructions de bois flottant sur l’eau. Pour les faire avancer, on utilisait des rames, longues barres de bois manoeuvrées par des esclaves. Ils étaient maltraités, bien souvent pour des broutilles. Les hommes purent donc affronter les mers et découvrir d’autres pays. Ils pillaient alors ces nouvelles contrées en massacrant la population. Ils se proclamaient ensuite gouverneur du pays et faisaient des hommes valides leurs esclaves. Lors de ces explorations lointaines, on découvrit que chaque pays vénérait des dieux différents. Certains avaient des coutumes païennes au départ, ils adoraient des totems pour prier le soleil, la pluie, le vent. Certaines populations priaient des statues représentant dieux et déesses, comme par exemple, Bouddha.

Les guerres devinrent de plus en plus atroces, toujours au nom d’un dieu, quel dieu ? Au vu de tout cela, certains hommes comprirent le pouvoir de la foi sur les êtres faibles. C’est ainsi que l’on fit apparaître le fils de Dieu sur une terre promise.

 

6.3      Le fils de Dieu

 

 

Il fit peur aux plus grands de ce monde. Il changea l’eau en vin, il multiplia le pain et les poissons à volonté pour nourrir les gens. Il était venu délivrer l’homme de sa vanité. Mais il fut arrêté. Il faisait tellement peur que le peuple lui préféra un voleur, un certain Barabbas. Il fut crucifié par ceux qu’il était venu sauver. A cette période, on décida que l’on venait de rentrer dans l’ère d’après Jésus-Christ. C’est ainsi que naquit le christianisme avec des gens qui se prétendirent les élus de Dieu. En son nom, ils massacrèrent tous les gens athées qui ne voulaient pas se convertir. Il y eut de plus en plus de guerres pour la religion. L’une d’entre elles dura plus de cent ans avec des milliers de morts. Chaque pays voulait apporter la bonne nouvelle et ainsi sur chaque continent, des milliers de gens mouraient pour un dieu que l’homme avait créé de toutes pièces afin d’acquérir le pouvoir en son nom.

Le colonialisme apparut et comme la couleur de peau des hommes était différente, l’homme blanc décida que l’homme noir était d’une race inférieure. Quelle infamie ! Pourtant, durant des décennies, on fit maltraiter et vendre ces êtres à prix d’or, comme du bétail. Ils devinrent des esclaves se tuant au labeur sans jamais connaître le repos. On allait les chercher chez eux en bateau, on les enchaînait les uns aux autres, sans se soucier de leur sort. Ils étaient expatriés à des milliers de kilomètres de leurs pays et devaient se convertir sinon ils mouraient. Quelle honte ! Pourtant tous ces gens résistaient pour survivre. Ils avaient en eux cette force que Dieu leur avait donnée, ils étaient ses fils, à part entière. Dans d’autres pays, les cultes étaient différents les uns des autres, soit bouddhistes soit taoïstes ou musulman, mais le malheur était partout, au nom de Dieu.

 

6.4      La guerre de 100 ans

 

 

La misère entraîna la peste, le choléra, le scorbut. Les gens habitaient dans des cabanes sans eau, ni lumière. Ils n’avaient que des bougies pour s’éclairer. Dans les rues, il y avait un caniveau central où la boue, les ordures et les excréments se mélangeaient. Les gens travaillaient dur, sans jamais avoir de repos. Ils mouraient très jeunes, entre trente et quarante ans environ, soit à la guerre soit de maladie. La mortalité enfantine était énorme, seuls les plus résistants survivaient. Que de misère en ce monde si beau ! Quelques populations vivaient en harmonie dans des lieux paradisiaques, soit sur des îles ou dans des forêts encore inconnues des gens soi-disant civilisés. Ils vivaient ainsi car leur guide spirituel ne cherchait pas à les exploiter pour s’enrichir, mais il partageait son savoir, leur enseignant le respect de soi-même et celui d’autrui.

Si l’homme, investi de dieu était sage, la vie était prospère, l’être humain vivait dans la joie et le respect mutuel, la femme était respectée. Dés sa naissance, on éduquait l’enfant en lui donnant le sens de la vraie vie, des valeurs, au travers de coutumes ancestrales et il respectait le soleil, la pluie, le vent, les rivières, les animaux. Ces peuples vivaient de troc car l’argent n’existait pas. Ils se nourrissaient de la chasse et de la pêche ; ils étaient vêtus de peaux qu’ils tannaient eux-mêmes. Ils coulaient ainsi des jours heureux jusqu’au jour où des explorateurs découvrirent ces lieux paradisiaques et leurs richesses. Ils firent des expéditions en s’appropriant leurs terres, les obligeant à renier leur culture au nom de leur dieu et en firent leurs esclaves. C’est ainsi que la colonisation des pays lointains commença. Il leur suffisait de dire : «  Au nom du roi, je déclare cette terre conquise et elle appartient désormais à la couronne, j’en suis le gouverneur et vous êtes les sujets de mon royaume «. Durant des décennies, ces conquérants massacrèrent des vies humaines pour assouvir leur soif de pouvoir et de posséder toujours plus. Certains hommes voulant s’élever contre cette barbarie mourraient à leur tour.

Puis les rois partirent en croisade, faire des guerres dites saintes et conquérir ou tout au moins essayer, les pays au-delà des mers en laissant derrière eux la misère et la famine. Des milliers d’hommes mourraient au nom de Dieu. Les siècles passaient, les technologies évoluaient mais, au lieu d’apporter la paix, elles ne faisaient qu’amplifier les atrocités. Pour des peccadilles, les pauvres étaient condamnés à des peines très lourdes. Chez certains peuples, des jeux cruels étaient organisés dans des arènes, sous l’oeil d’un peuple hystérique, assoiffé de sang. On faisait combattre entre eux des esclaves ou des condamnés à mort ou alors on lâchait des lions affamés qui les dévoraient. Dans d’autres contrées, sous couvert de dogmes religieux, on massacrait ou on torturait des pauvres gens pour leur faire avouer leur infamie ou leur pouvoir de sorcellerie. Ils étaient brûlés vifs ou écartelés par quatre chevaux ou sur une roue, avec une vis qui leur transperçaient les membres. Ces châtiments avaient lieu sur la place publique, sous les huées du peuple qui réclamait leur mort et acclamait le bourreau. Beaucoup de pauvres gens se dénonçaient les uns les autres afin d’avoir pensaient-ils, les faveurs du bourreau.

La vie, à cette époque, était très rude, il fallait travailler du lever du jour au coucher du soleil pour avoir tout juste le droit de manger car tout appartenait aux riches. L’armée qui était censée protéger la population, abusait d’elle par la violence, les meurtres, le viol, bien souvent sous les yeux horrifiés du mari et des enfants. On se demande comment l’être humain a pu résister à toutes ces atrocités.

 

6.5      Le Moyen-Age

 

 

Puis, de nouvelles armes firent leur apparition, c’était des épées, sortes de lames en fer ou en acier, bien affûtées, avec une poignée qui permettaient de transpercer un corps de part en part, de le décapiter ou de le mutiler. On inventa les arcs et les flèches, ces armes pouvaient tuer à distance. On pouvait mettre le feu à la flèche, en embrasant son extrémité avant de tirer. L’arc était constitué d’un morceau de bois, courbe, souple et rigide à la fois. On tendait une corde d’un bout à l’autre et on plaçait la flèche au milieu, tout en visant sa cible. Il suffisait de lâcher la corde, la flèche s’élançait et transperçait la cible, animale ou humaine, qui bien souvent, souffrait terriblement avant de mourir ou survivait en restant estropié. On organisait aussi des concours de tir à l’arc sur des cibles qui permettaient de s’entraîner et de montrer la maîtrise de cet art. Pour défendre les châteaux, on inventa des catapultes qui projetaient des pierres ou de l’huile bouillante sur l’ennemi.

Pendant ce temps, les seigneurs vivaient dans le luxe et l’abondance de victuailles. Il y avait de grandes fêtes où troubadours et trouvères les divertissaient. Ils mangeaient avec les doigts. Puis les seigneurs devinrent des rois. Ils portaient des perruques, des costumes en soie et de grandes bottes de cuir. A la cour, on assistait au lever, au bain et au coucher du roi. Il avait le droit d’avoir plusieurs maîtresses et bien souvent un mignon qui n’était autre qu’un jeune page innocent et pur. Pour faire partie de la cour, il suffisait aux femmes d’être belles pour devenir l’une des favorites. Le roi les anoblissait ensuite et ce bien souvent avec l’accord du mari qui, de ce fait, devenait noble à son tour. Certaines maîtresses qui ne supportaient pas d’être évincées, allaient jusqu’à supprimer leur rivale en les empoisonnant ou en faisant faire des messes noires avec des sacrifices de nouveau-nés.

Certains rois étaient plus gentils que d’autres mais ils avaient toujours un besoin avide d’argent et exploitaient de plus en plus les faibles. Ils leur prenaient toujours plus, ayant compris depuis longtemps que la pierre philosophale n’était autre que la chair humaine soit pour travailler aux champs soit pour faire la guerre. Ils pouvaient à nouveau conquérir les territoires appartenant à d’autres pays. La femme, malgré l’évolution des moeurs, voyait ses enfants mourir à l’adolescence soit de la famine soit au travail ou encore à la guerre. Si Dieu avait envisagé un seul instant cette vision de la vie, l’aurait-il conçue ? Je pense qu’il a toujours cru en l’homme et à ses vertus, mais durant tous ces siècles, seule l’apparence et le pouvoir comptaient. Et la spiritualité, où était-elle dans tout cela ?

 

6.6      L’empereur

 

 

Plus tard, une révolution mit fin à la monarchie, je ne me souviens plus du nom du roi, mais le peuple crut enfin être délivré de l’oppression. Pourtant au nom de la liberté, on accomplit encore des massacres humains pour se venger de tous ces siècles d’oppression et au nom du patriotisme. Ce mot  magique  permettait d’envoyer des hommes libres à la conquête du pouvoir, sur ordre d’un fanatique qui, par son charisme et son ambition, voulait envahir le monde.  Il se fit proclamer empereur au prix de la vie de milliers d’hommes. Ils suivaient les yeux fermés ce chef spirituel qui les a menés à la mort au lieu de leur montrer le chemin de la vraie vie, dans le respect et le partage avec son prochain. Sur les champs de bataille, devant la souffrance des soldats, des hommes ont essayé de comprendre l’anatomie pour sauver des vies. Ils trépanaient les blessés ou ils les amputaient, morts ou vifs, dans d’atroces souffrances. Ils leur faisaient boire de l’alcool, en guise d’anesthésie. Certains soldats furent sauvés, alors on cria victoire, la science moderne venait de faire son apparition.

Si on avait respecté la vie au lieu de vouloir la détruire et faire croire qu’on allait la préserver en transformant les champs de bataille en terrain d’expérimentations et de richesse matérielle. Non contents de manipuler le côté négatif de l’être humain, on fabriqua ce que les gens de l’époque appelaient «  la chair à canon «.  Des nations avancèrent plus vite que d’autres, ce qui permit aux responsables ou je dirai plutôt aux irresponsables de s’enrichir plus vite grâce aux ventes d’armes. Au 19éme siècle, le régime de la République était bien instauré, mais hélas, la misère aussi. L’esprit de guerre était toujours là.

 

6.7      Les guerres mondiales

 

 

C’est à ce moment là que la première guerre dite mondiale prit naissance, par quelques hommes qui, autour d’une table, en avaient décidé ainsi. On créa une arme chimique, un gaz à la moutarde dont on dira plus tard qu’elle a fait évoluer la science puisque la chimiothérapie en découlera. Ainsi, pour expérimenter un produit toxique, on créait une guerre pour s’enrichir par la suite en testant d’autres armes chimiques, pour aller plus loin dans l’expérimentation scientifique. Certains affirmèrent que celle-ci permit à la médecine d’accomplir des progrès.

Des milliers d’hommes moururent pour des convictions patriotiques, en laissant femmes et enfants et leurs pays anéantis par la famine, la misère et la douleur. Tout cela entraîna surtout les haines raciales, défiant toutes les lois de la vie, chez des hommes qui ne s’étaient jamais vus auparavant, au travers d’un, endoctrinement des masses si j’ose dire et ce, toujours à des fins personnelles.

Cela commençait dés l’école, par les leçons d’histoire où l’on apprenait les frontières qui délimitaient les pays et où l’on faisait croire aux enfants que toutes les autres nations étaient des ennemis. On fusillait celui qui osait défier les dirigeants comme déserteur et meneur de troubles. Seuls les dirigeants avaient le droit de décider ce qui était bon pour la population.

La famine aidant, on a ouvert la porte à la dictature, au changement de régime, en pensant qu’avec l’un cela ira mieux qu’avec l’autre. Cette guerre se passait dans des tranchées lors de siéges interminables :

Des affrontements d’homme à homme, à l’arme blanche, baïonnette au bout du fusil, encore archaïques. Il fallait les charger vers l’avant. On prenait du plomb, de la poudre, on bourrait le tout et alors seulement à ce moment-là, on pouvait tirer. Si on manquait la cible, il fallait alors foncer face à face. Quel carnage ! Que de morts inutiles ! Elles étaient toujours dues à la méconnaissance volontaire de la vraie vie.

Puis des canons plus sophistiqués firent leur apparition. Ils existaient déjà depuis plusieurs décennies. C’était de grosses pièces de fonte que l’on chargeait comme les fusils. Mais ils étaient beaucoup plus puissants et tuaient beaucoup plus de gens à la fois. Ils détruisaient les habitations qui avaient été construites par les gens, bien souvent de leurs mains, après leur journée de dur labeur.

Ainsi toute une vie de travail et d’efforts était anéantie en quelques minutes. L’intendance ne suivait pas ; les soldats restaient bien souvent plusieurs jours sans être ravitaillés en nourriture et en munitions. Le courrier, rédigé en langues différentes, selon les pays, permettait aux gens de communiquer mais son acheminement pouvait durer des semaines ou des mois. Les femmes restaient seules pour s’occuper des champs et des travaux en tout genre. Elles attendaient chaque jour des nouvelles de leurs proches qui étaient au front. Bien souvent quand la lettre arrivait enfin, elles apprenaient que leur mari ou leurs fils étaient morts au combat. Les responsables militaires leur disaient qu’elles pouvaient être fières d’eux car ils étaient morts pour la patrie. On assista encore aux massacres en toute impunité, aux pillages d’oeuvres d’art. Sur les champs de bataille, les soldats morts étaient dépouillés de leurs vêtements, de leurs bijoux et de leurs armes. Pourtant, durant cette période, que de fierté, d’honneur, de respect, de solidarité entre les soldats ! L’amour de la vie était plus fort que tout malgré cette misère et cette souffrance et l’éloignement de leur famille. Ces hommes n’avaient pas peur de la mort comme si c’était une délivrance. Ils pensaient qu’ils se battaient pour que leurs enfants aient le droit de vivre des jours heureux. Ils voulaient que leurs enfants soient fiers d’eux et puissent dire que leurs pères n’étaient pas des lâches. Lorsque l’un d’entre eux recevait un colis, il le partageait aussitôt avec ses camarades. Le soir, malgré la fatigue, chacun racontait une histoire de son pays, de sa région. Je vais t’en raconter une ou deux qui sont très belles car jusqu’à maintenant, tu dois te dire que la vie n’est que douleur et souffrance.

Un soir, une dizaine d’hommes s’étaient regroupés dans une de ces tranchées, transis de froid. Ils ne pouvaient pas faire du feu car il ne fallait pas se faire repérer. Ils se tenaient donc serrés les uns contre les autres. L’un d’entre eux leur dit : «  Vous qui êtes d’une contrée différente de la mienne, j’aimerais bien vous raconter mon histoire, si cela ne vous ennuie pas «. Tous ses camarades, ravis, acquiescèrent en choeur.

 

6.8      Le fils des pêcheurs

 

 

Il commença alors son récit : «  Ma ville natale est située au bord de la mer Méditerranée. C’est un petit port de pêche où les gens vivent dans des cabanes en bois que l’on agrandit au fil des années. Elles sont peintes en couleurs chaudes et vives comme le soleil avec l’excédent de peinture dont on se sert pour les bateaux. Il n’y a pas l’eau courante. Il faut aller dehors, à la pompe à main. Par chance, l’eau douce n’est qu’à quelques mètres, dans le sable. Dans la cabane, il y a une pièce centrale où la vie de famille se déroule. Nous mangeons tous ensemble, seule ma mère reste debout pour nous servir. Mon père est toujours servi le premier. Depuis que mon grand-père est mort, personne n’a le droit de parler sauf si notre père nous y autorise. Nous échangeons alors quelques regards complices avec mes frères et soeurs. Comme mon père est pêcheur, nous mangeons tous les jours le poisson qui n’a pu être vendu parce qu’abîmé par les filets.

Ma mère est une femme admirable. Elle se lève aux aurores pour préparer le petit-déjeuner de mon père. Nous, nous dormons encore. Au petit matin, elle vient nous réveiller avec tendresse, comme toutes les mamans, je suppose. Elle nous fait de tendres bisous dans le cou. Bien souvent, elle est obligée de venir plusieurs fois car nous sommes trop bien, au chaud sous la couette de plumes épaisse. Elle nous a préparé sur la table une  «  aigue bouillide », c’est de l’eau dans laquelle a bouilli de l’ail et où on a fait tremper du pain dur. C’est un vrai délice et lorsque nous l’avalons, une douce chaleur envahit notre corps.

Puis nous partons pour l’école, il n’y a qu’une seule classe. L’instituteur donne son savoir à tous les élèves, du cours préparatoire au certificat d’études. Nous étions environ une trentaine d’enfants et nous avions une admiration sans bornes pour cet homme de savoir. Il nous inspirait le respect et la gratitude. Bien souvent, lorsque l’un d’entre nous était absent, il s’en inquiétait et allait voir nos parents pour leur expliquer l’importance du savoir pour notre avenir. Mais la plupart des familles étaient très pauvres, il fallait que les filles aident leur mère ou que les garçons aident le père. Ce n’était pas une punition, ni de l’exploitation enfantine et nous étions fiers de pouvoir aider nos parents qui sacrifiaient leur vie pour nous élever et nous faire devenir, peut-être un «  Monsieur « plus tard, ce qui serait pour eux un grand honneur.

Autour de la maison, il y a des étangs où on va pêcher en barque, on y pose des filets le soir que l’on retire le lendemain, aux aurores. L’été, on entend le chant des cigales sous les pins parasol. C’est un vrai bonheur de les entendre. Comme nous sommes en bord de mer, nous allons nous baigner et sauter dans les vagues dans cette eau si limpide. L’air marin vient nous caresser les narines. Les mouettes crient au-dessus de nos têtes. Les flamants roses viennent se nourrir dans les étangs. Quelle merveille de les voir s’envoler au lever du soleil, on entend le bruit de leurs ailes et d’un seul coup, le ciel devient tout rose car ils sont des milliers à s’envoler. Mon père m’emmenait souvent à la chasse avec lui. Nous mettions des cuissardes, une sorte de bottes qui montent jusqu’à la taille pour marcher dans les marais. Il se sert d’un vieux fusil qui appartenait à mon grand-père. Il chasse la bécasse, les grives et les merles mais également les lapins. Il n’en rate jamais un seul, d’ailleurs, on disait qu’il était le meilleur chasseur de la région et moi, j’étais très fier de lui. Les produits de la chasse permettaient de varier les menus et nous donnaient l’opportunité de faire la fête. On invitait quelques amis, et on s’installait devant la cheminée qui servait à la fois à se chauffer mais aussi à faire la cuisine. Lorsque le temps laissait présager une tempête, nous allions sur la plage pour ramasser le bois déposé par la mer. Mon père le coupait à la hache sur un billot. Le samedi soir, les voisins venaient et on racontait tous des histoires, au coin du feu, jusqu’à une heure tardive, cela faisait passer le temps. Le village le plus proche était à six kilomètres. Nous possédions une charrette attelée d’un cheval pour tout moyen de transport. Une fois par mois, mon père allait faire les provisions pour les besoins de la maison : l’huile pour la lampe, du sucre, du sel et quelques pièces de tissu car c’était maman qui nous faisait nos vêtements. Lorsque nous étions enfants, pour notre anniversaire, nous avions droit à un nouvel habit, à un petit soldat de plomb et à une orange.

Nous recevions surtout beaucoup d’amour et d’affection de nos parents qui étaient fiers de leur progéniture.  Ce soir, je me souviens plus particulièrement de l’épisode qui m’a le plus marqué. C’était quelques jours avant mon départ pour la guerre. On allait célébrer le mariage de ma soeur. C’était le premier dans notre famille, les préparatifs avaient duré des mois. Mon père avait travaillé plus qu’à l’accoutumée pour lui offrir le plus beau jour de sa vie. Ma mère et ma soeur avaient brodé le trousseau et la robe que nous n’avions pas le droit de voir avant la cérémonie. Mais je dois vous l’avouer, nous regardions par le trou de la serrure lorsqu’elles y travaillaient. Nous assistions, ébahis, à la confection de la plus belle robe de mariée jamais vue, cousue avec amour par leurs doigts de fées.

Puis, le jour tellement attendu arriva. Par bonheur, il faisait un temps magnifique, nous avons pu installer des tables et des siéges de fortune en plein air. On disposa des planches posées sur des tréteaux sur lesquelles on avait mis de belles nappes blanches. Ma mère avait sorti la vaisselle et les couverts des grands jours, seul «  trésor « qu’elle possédait et qui se transmettait de génération en génération. Elle avait fait de très beaux bouquets composés de jonquilles, de marguerites et de fleurs d’amandier, fraîchement cueillies qui embaumaient la cour. En guise de bancs, nous avons mis des billots de bois et disposé dessus des madriers servant aux échafaudages. Ma mère et mon père s’activaient encore aux derniers préparatifs lorsque j’ai vu arriver de loin la première calèche, tirée par deux beaux chevaux camarguais.

C’était mon oncle qui arrivait, c’est un manadier qui possède un bel élevage de taureaux de Camargue. C’est un homme bon que j’aime beaucoup. Les invités arrivaient les uns après les autres, ils étaient tous habillés «  en dimanche « formant un cortége bigarré. Ce fût ensuite le tour de Monsieur le curé, puis celui de l’accordéoniste qui animerait le bal. C’était un ami d’enfance de mon père qui jouait à merveille de son instrument. Enfin le jeune marié arriva en dernier, avec ses parents, dans une superbe calèche, joliment fleurie. Il ne manquait plus personne, la cérémonie pouvait donc commencer.

Monsieur le curé s’approcha d’un autel de fortune, dressé sous le grand chêne. Tous les invités le rejoignirent et la mariée apparut au bras de mon père, très fier. L’accordéoniste entama la marche nuptiale. Le futur époux, tout ému, attendait ma soeur au pied de l’autel. Puis, le curé les unit pour le meilleur et pour le pire. Après la bénédiction, tout le monde s’installa autour de l’immense table, les femmes servirent l’apéritif. Le repas suivit ; c’était du gibier chassé par mon père, accompagné de légumes du jardin potager. Le vin avait été offert par mon oncle. La journée battait son plein et l’alcool commençait à faire son effet. Les hommes et les femmes entonnèrent des chansons, chacun leur tour, au son de l’accordéon. Ils avaient tous de belles voix ! Surtout ma tante, aux dires de tous, elle aurait pu être cantatrice. Lorsqu’elle s’est mise à chanter, on aurait pu entendre une mouche voler. Le visage des jeunes mariés irradiait de bonheur. Le repas s’achevait, mon père ouvrit le bal avec ma soeur, ils étaient superbes. Ils dansèrent une valse. Petit à petit, tout le monde les suivit et on enchaîna tangos, paso-dobles, boléros et rumbas.

Puis vint le moment tellement attendu par  tous : «  la vente aux enchères « de la jarretière. Ma soeur monta sur une table et dévoila sa jambe pour montrer le fin cordon de dentelle qui retenait son bas. Les enchères commencèrent. Le but était de faire monter ou descendre le ruban le long de la jambe, selon la somme d’argent annoncée en faisant durer les mises le plus longtemps possible. A  la fin, celui qui misait la plus grosse somme, gagnait et il avait le privilège de l’ôter en la faisant glisser, entre ses dents, jusqu’au pied de la mariée. Les jeunes époux recueillirent ainsi une somme rondelette qui leur permettrait de s’installer.

Ensuite, on apporta une superbe pièce montée. Puis, ma soeur ouvrit les cadeaux apportés par les convives. Elle découvrait, émerveillée, la vaisselle en porcelaine de Limoges, les couverts en argent, les verres en cristal qui lui permettraient de recevoir dignement toute sa vie. Ils allaient s’installer dans le village voisin, à six kilomètres de chez nous. Son mari travaillait dans les salins. Ce sont des grands plans d’eau de mer qui en séchant au soleil, produisent du sel que l’on récupère. La journée s’est terminée joyeusement et chacun s’en est retourné chez lui. Mes frères et moi avions la larme à l’oeil en allant nous coucher.

Nous venions de réaliser que ma soeur ne serait plus auprès de nous. Enfin nous nous sommes endormis, épuisés. Le lendemain matin, ma mère nous a laissé dormir plus qu’à l’accoutumée. Lorsque je me suis levé, j’ai constaté que mon père avait déjà tout rangé ; c’était comme si rien ne s’était passé. La vie avait repris son cours habituel, nous avons mangé les restes, seuls vestiges de la fête, pendant toute la semaine, car on ne laissait rien perdre. C’est seulement quelques jours plus tard que je vis ma mère rentrer à la maison en pleurant ; elle venait de recevoir la lettre de mobilisation pour mon frère et moi. Il fallait que nous partions sous quarante-huit heures rejoindre notre unité. Mon père, lui, était très fier : nous allions défendre notre patrie. Il nous embrassa en nous priant de lui faire honneur en servant notre pays. Et voilà ! C’est comme ça que je me retrouve ainsi, ce soir, auprès de vous «.

Un long silence s’installa, chacun avait replongé dans sa propre histoire de vie au récit de la sienne. Ils avaient oublié cette guerre sinistre au moins pendant quelques heures. Ils s’endormirent paisiblement en se jurant que le lendemain, l’un d’entre eux raconterait, à son tour, l’histoire de sa région. Le lendemain matin, Ils revinrent à la dure réalité de la guerre, avec ses bruits de canon et les ordres de leurs supérieurs. Le soir venu comme promis, un des soldats qui habitait dans le centre du pays commença à raconter son histoire : «  J’habite dans une ferme isolée, il n’y a pas âme qui vive à des lieues à la ronde, nous vivons avec nos grands-parents et nos parents, je suis l’aîné de sept enfants. Ici, le climat est rude, surtout l’hiver. Il tombe souvent un à deux mètres de neige et pendant quelques mois, il nous est impossible de sortir de la maison. Nous devons avoir une autonomie totale. C’est pourquoi le toit de la maison est composé de pierre et d’ardoise. Elle est construite tout en longueur et de plein pied, elle est assez large car une partie sert d’étable où vaches, volailles, chiens et chats font bon ménage. Au fond, il y a une réserve où mon père garde le fourrage qu’il cultive pendant les beaux jours. Au printemps, il attelle les boeufs à la charrue pour creuser les sillons dans les champs et ma mère sème derrière eux. Pendant la belle saison, les vaches vont paître dans les prés.

On tue le cochon pour toute la mauvaise saison. On en fait du boudin, du saucisson, du jambon et des tripes. On cultive des pommes de terre. Nous sommes entourés par les montagnes où l’on accède par des routes très étroites. Les gens de passage nous rendent quelquefois visite et nous donnent des nouvelles de la ville. Mon père y va une fois par an chercher les provisions nécessaires pour l’année, en échange des produits de la ferme. Il n’y a pas d’école à moins de vingt kilomètres, le peu que je sais, c’est ma mère qui me l’a appris. J’aide mon père aux travaux des champs et à l’étable. Lorsque l’hiver est là et que nous sommes retenus à la maison à cause de la neige, nous vivons dans l’unique pièce attenante à l’étable. C’est un grand espace rectangulaire, aménagé de placards, fabriqué par mon grand-père. Au milieu, il y a une grande table avec des chaises et deux fauteuils à bascule. Si on ouvre ces placards les uns après les autres, on peut voir tout d’abord un fourneau en fonte alimenté au bois et au charbon. On l’utilise pour faire la cuisine ou pour chauffer l’eau pour la lessive. Il y a toujours une bouilloire dessus, en permanence, ce qui permet de faire du café. Pour ce faire, on met une chaussette sur celle-ci. On moud les grains dans un moulin, puis on le met dans la chaussette et on verse l’eau chaude dessus. Il s’en dégage une savoureuse odeur qui envahit toute la pièce. Juste à côté, en tournant vers la droite, il y a un évier en pierre avec une pompe à main sur le côté qui remonte l’eau de six mètres de profondeur pour les besoins de la maison.

Chaque semaine, ma mère nous lave, chacun à notre tour, dans un grand baquet en zinc en rajoutant un peu d’eau pour chaque enfant. Sur l’évier, mon père range son couteau pour se raser, son savon à barbe et son blaireau. Une petite glace est accrochée au mur. Si on ouvre l’autre placard, on voit le lit de mes grands-parents, puis, le lit de mes frères et soeurs et celui de mes parents. Tout de suite après, il y a le placard à balais. Au bout de la pièce, une porte donne sur l’étable et quand il fait trop froid, pour économiser le bois, on la laisse ouverte, la chaleur des bêtes peut réchauffer toute la maisonnée. Le matin au réveil, on boit le lait chaud, tout frais tiré, en y trempant du pain rassis. On appelle cela «  le pesté «.

Ma mère fait du pain, une fois par semaine, dans le four à bois. Ce jour-là, c’est un vrai régal ! Chacun doit accomplir sa tâche de la journée : l’un va lever le fumier, l’autre va traire les vaches, leur donner à manger, faire la pâtée des chiens et des chats, vider la tinette qui est une sorte de seau servant de cabinet qu’il faut vider chaque jour dans une fosse prévue à cet effet, à l’extérieur. Le soir, on veille peu pour économiser la chandelle, sauf le samedi. C’est le jour où papa et grand-père nous racontent des histoires. Maman tricote dans son fauteuil à bascule, au coin du feu, savourant un repos bien mérité. Mon grand-père sculpte des cannes et des dessous de plat dans du bois, qu’il offre ensuite à ma mère. Au printemps, la neige fond jour après jour. On s’apprête à retourner aux champs et la vie se passe ainsi depuis des décennies «.

Il s’interrompit car il se rendit compte que ses camarades s’étaient endormis, éreintés par cette journée de bataille sanglante. Le lendemain, ils durent changer d’endroit car ils avaient été repérés par l’ennemi. Ils partirent au lever du jour avec leur paquetage qui pesait au moins vingt kilos, le fusil à l’épaule, aux ordres de leur capitaine. Il pleuvait dru, leurs souliers semblaient peser une tonne et prenaient l’eau. Ils ont marché jour et nuit, pendant plusieurs jours et sont arrivés sur un poste plus avancé vers l’ennemi. Pendant ce transfert, deux d’entre eux ont sauté sur des mines, l’un a eu la jambe déchiquetée. Il a fallu l’amputer sur place avec de l’alcool en guise d’anesthésique et une lame chauffée à blanc pour cautériser la plaie. Mais on réussit à le sauver. L’autre n’a pas eu autant de chance, il a été tué sur le coup, le corps déchiqueté. Combien de temps restait-il à vivre à ces pauvres soldats ? Cela faisait presque quatre années qu’ils étaient partis de chez eux en ayant reçu pour la plupart qu’une ou deux lettres de leur famille. Un jour enfin, leur capitaine leur apprit que les alliés venaient d’arriver. C’est ainsi que l’on gagna la guerre. Plusieurs milliers d’hommes sont morts ou ont été mutilés au combat, beaucoup de soldats alliés aussi. Tous furent démobilisés et purent rentrer chez eux, à pied, une grande partie du chemin, et l’autre, sur des charrettes.

Je reviens un instant sur le soldat du sud qui avait raconté son histoire. Il était parti jeune et souriant et revenait, vieilli et harassé par toutes ces épreuves. Il vit sa mère en train d’étendre du linge, des sanglots le submergeaient. Il aurait voulut crier, mais aucun son ne pouvait sortir de sa bouche. Arrivé à sa hauteur, il lui mit la main autour du cou, elle se retourna mais en le voyant, sa mère perdit connaissance. Il la prit dans ses bras jusqu’à la maison. Son père se tenait devant la porte, il se mit à pleurer et lui dit : «  Mon fils, je suis fier de toi, à présent, tu es devenu un homme, ne l’oublie jamais «. Dés le lendemain, il repartit travailler avec son père et la vie reprit son cours presque comme avant.

 

6.9      L’entre deux guerres

 

 

Une fois la guerre terminée, on se rendit compte que la plupart des hommes valides avaient été tués. On fit alors appel au premier contingent d’hommes venus d’ailleurs pour refaire le pays. C’était des Italiens, des Portugais, des Espagnols qui, d’après les dires de cette époque, étaient des immigrés. Ils étaient venus de l’autre côté des frontières. Ils arrivaient bien souvent, sans leur famille, avec pour seul bagage, un sac à dos et du courage. Il leur en fallait beaucoup car le travail était rude et ne manquait pas. Tout le pays était à reconstruire. Ils étaient tous maçons et d’excellents ouvriers. Les usines firent leur apparition avec le travail à la chaîne. Les enfants y allaient aussi. Des gens venus de l’Est s’installèrent dans les corons. Tous ces gens, y compris les gens du pays, furent exploités au maximum sans aucune protection sociale.

Ils dépendaient directement des patrons dans le respect de chacun. La misère était grande mais on gardait l’espoir.

Cette époque vit le début du grand bouleversement technologique avec l’apparition des premières voitures à moteur. Elles roulaient à trente à l’heure, sur des chemins de terre, munies de jantes et de pneus en bois. Les premiers avions furent construits. Cette époque héroïque fit naître des pionniers en tout genre ! On fit la première traversée de l’Atlantique. Ce qui fut surtout utile au service postal amenant un gain de temps considérable. Mais comme de tous temps, l’homme construisait des engins de guerre pour détruire de plus en plus de gens. On vit des chars avec des canons de plus en plus puissants. L’un d’entre eux fut surnommé «  la grosse Bertha « et on fabriqua des avions équipés de mitraillettes qui lâchaient de petites bombes.

Alors, de fil en aiguille, la machine remplaça l’homme. Les paysans vivaient avec peu d’hectares aussi bien si ce n’est mieux que dans les villes. Ils respectaient la nature, construisaient les villages toujours sur les hauteurs pour éviter les inondations. Certains ont dit que c’était pour mieux voir l’ennemi. Tous les produits étaient fabriqués en petite quantité mais c’étaient déjà de grande qualité. Toutes les terres exploitables étaient labourées permettant le remplissage des nappes phréatiques. Les fossés étaient entretenus ainsi que tous les chemins. Il n’y avait aucune barrière ni fils barbelés pour délimiter les parcelles, mais un caillou aux quatre coins de chaque terre où il y avait un puit à côté d’un cabanon, pour entreposer les outils. Ils se levaient et se couchaient au rythme du soleil et des saisons. Souvent, c’était les cloches de la mairie ou de l’église qui leur donnaient l’heure.

Le travail bien fait était la richesse de l’être, l’entraide entre les ouvriers était grande car il n’y avait toujours pas de protection sociale. C’était la misère sur le plan matériel mais sur le plan humain, les gens étaient très solidaires. Par exemple, si un ouvrier mourait, tous ses amis se cotisaient pour aider la veuve et les orphelins. A cette époque, les familles étaient nombreuses, il n’était pas rare d’avoir 16 ou 17 enfants par foyer. Chacun mettait la main à la pâte : les filles aînées épaulaient leur mère dans les travaux ménagers, elles savaient faire la cuisine, coudre, repasser, langer les frères et soeurs. En ce temps-là, les couches n’existaient pas, on emmaillotait les enfants jusqu’au bout des pieds pour qu’ils aient soi-disant les jambes droites. Les langes étaient en tissu, ce qui augmentait considérablement les travaux de lessive. Bien souvent, la plupart des familles n’avaient pas l’eau courante, mères et filles, devaient aller laver à la rivière ou au lavoir. Ces édifices étaient construits au centre du village ou des villes. Certains, de véritables oeuvres d’art par leur architecture, étaient composés de grandes charpentes en bois, couvertes de tuiles ou d’ardoise selon les régions et de deux grands bassins en pierre. Une cascade d’eau arrivait par celui du haut et s’évacuait par celui du bas. Des lavandières passaient la journée à laver leur linge et celui des autres pour une somme dérisoire. Le linge était séché sur l’herbe, au soleil, ce qui lui donnait une blancheur incomparable.

C’est ainsi que les premiers mouvements de grèves firent leur apparition. Ces périodes pouvaient durer des semaines voire des mois, sans aucun salaire, ni recours quel qu’il soit. Des piquets de grèves étaient présents, nuit et jour, épaulés par leurs femmes. Ils avaient la conviction qu’il fallait que tout cela change afin que leurs enfants aient une vie meilleure que la leur. Les patrons, aidé par le gouvernement, faisaient envoyer la police. Mais ils tinrent bon et, grèves après grèves, ils obtinrent ainsi une semaine de travail de 49 heures, des congés payés, l’assurance maladie et la retraite. Quelle évolution ! Et cela grâce à des gens modestes mais respectueux. Pour eux, ces acquis n’étaient pas un dû mais une possibilité de subsister en cas de besoin. Une vie nouvelle s’offrait à la classe ouvrière, aux artisans, aux commerçants. Ainsi naquit la petite bourgeoisie, issue de la classe ouvrière.

De nouvelles découvertes allaient changer le monde et ouvrir la porte au XX ème siècle. L’une des plus importantes, l’électricité, changea radicalement le mode de vie. Les gens pouvaient vivre la nuit presque comme le jour. On pouvait maintenant éclairer les rues avec un seul bouton alors qu’avant il fallait allumer les réverbères, un par un dans les rues. Puis on inventa  les becs de gaz, les frigidaires pour conserver la nourriture, les machines à laver le linge, l’aspirateur. La radio, petite boîte magique permettant de diffuser par la voie des airs, sans fil, donnait des informations très rapidement. Deux frères inventèrent le cinéma muet, procédé d’images projetées sur un écran, par un appareil, actionné avec une manivelle qui défilait au son d’un piano.

Dans le milieu artistique de l’époque, des peintres talentueux, mais pauvres échangeaient leurs toiles contre un repas ou le prix de leur chambre, les écrivains, les poètes, les musiciens étaient à l’apogée de leur art. Les gens allaient au bal le samedi soir, pour se distraire un moment de leurs soucis. Les plus privilégiés se rendaient au théâtre, pour voir de fameuses pièces de boulevard. L’école devint obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans, on passait alors le certificat d’études qui, une fois obtenu ouvrait les portes de la vie active. On y apprenait l’art de l’écriture avec ses pleins et ses déliés, à l’encre avec des portes plume ; le calcul mental, l’histoire, la géographie, le dessin, le civisme, le respect d’autrui, le dépassement de soi en tout, le respect des parents et le bien d’autrui. Le but de la vie, c’était fonder une famille, élever ses enfants. Le père travaillait dur, la mère aussi, l’enfant participait. On commençait à aller de l’avant, c’était le temps de l’ouverture vers la paix et la sérénité.

Cependant, un tournant tragique du destin s’amorçait dans l’ombre. Le gouvernement d’alors détournait en secret des sommes d’argent considérables. Les impôts étaient déviés de leur destination initiale. Pourtant, l’homme de la rue pensait que le pays était gouverné par des gens irréprochables, nul n’aurait pu mettre en doute leur intégrité. Ces hommes, toujours les mêmes, avides de pouvoir et de conquêtes, ont mis la science à la botte de l’armement. Ils avaient vu le potentiel que l’on pouvait tirer des avions, des chars, par les nouvelles motorisations ; des armes chimiques, de plus en plus performantes, grâce aux laboratoires de recherche, civils ou militaires se développèrent. On s’orientait de plus en plus vers l’atome, découverte récente appelée «  l’eau lourde », appellation empreinte d’ambiguïté, qui aboutira à l’anéantissement de l’humanité. Les années s’écoulaient et la misère était toujours plus présente. La vieille Europe se réveillait à nouveau non pas pour trouver l’équilibre mais pour soutenir ce qui allait être l’insoutenable pendant des années où l’homme animal dépassa les bornes. Des fanatiques voulaient rendre les gens heureux malgré eux. Ils allaient, disaient-ils, leur donner les moyens d’accéder au bonheur.

L’homme croyant au père Noël, a soutenu cette doctrine, voyant en elle le sauvetage de l’humanité.

Cela commençait à l’école, par un endoctrinement de la race élue, la supériorité vis a vis du voisin. Tout jeune enfant, il était recruté et formé pour la guerre reniant père et mère allant même jusqu’à dénoncer ses propres parents. On préparait des tortionnaires sans foi ni loi. Les pays voisins n’étaient pas prêts à une guerre car ils avaient détourné tous les fonds publics pour eux-mêmes. Il n’y avait pas de munitions pour les fusils et les canons, les chars n’avaient pas d’essence. Les camions n’avaient pas de pneus de rechange. L’armée était désorganisée. On négocia avec l’ennemi et les pays voisins furent envahis en quelques jours. Les villes furent bombardées les unes après les autres, la famine gagna les villes, on instaura le rationnement. On réquisitionna les maisons, les hôtels particuliers et les ambassades. Les musées furent dépouillés de leurs oeuvres d’art car l’envahisseur s’octroyait tous les droits. Ce n’était que pillage, viols, meurtres gratuits, réquisition de voitures, de chevaux, de récoltes, etc. Les atrocités de la guerre ne faisaient que commencer. On assista à la déportation dans des camps de concentration de toutes les personnes qui dérangeaient le régime, toutes nationalités confondues. Des milliers de gens moururent dans les chambres à gaz, C’était des douches aménagées où on les enfermait, puis à la place de l’eau, on laissait échapper des gaz mortels. Une fois ces crimes accomplis, on faisait creuser des fosses par d’autres prisonniers pour enterrer les cadavres et on les recouvrait de chaux. Quelle déchéance ! Certains, pour sauver leur vie, se ralliaient à la cause ennemie. C’était bien souvent plus atroce pour eux. Des essais en laboratoire étaient faits par des chercheurs pour faire, à leurs dires, avancer la médecine. Des prisonniers, hommes et femmes servaient de cobayes, bien souvent à vif, sans anesthésie. Ces tortionnaires faisaient subir à de pauvres femmes des accouplements avec leurs chiens de garde, afin de les humilier davantage et voir le résultat que ces actes ignobles donneraient. Des gens, malhonnêtes et sans scrupule, dénonçaient les gens recherchés. Certains leur faisaient croire qu’ils allaient leur faire franchir la frontière contre des sommes faramineuses et leur promettaient de garder leurs biens. Lorsqu’ils avaient reçu l’argent, les bijoux ou l’or, ils les perdaient dans la montagne, les laissant à la merci de l’ennemi. Beaucoup de gens se sont enrichis de la sorte, mais à quel prix !

 

6.10La 2ème guerre mondiale et l’après-guerre

 

 

Les tortionnaires ennemis voulaient fabriquer des clones humains, à partir d’hommes sélectionnés, tous jeunes, beaux, blonds aux yeux bleus et de belles jeunes femmes, intelligentes, sans aucun défaut apparent, afin de créer une race parfaite. Ils voulaient tuer tous les gens qui étaient laids, gros, malades, handicapés physiques ou mentaux. Ce dessein provoqua un tollé général chez les autres nations pourtant le programme fut mis en route. Des essais d’armes chimiques étaient expérimentés directement sur les prisonniers qui subissaient d’atroces souffrances. Quand on constata que l’armée était totalement impuissante, des groupes de résistants se formèrent dans le maquis et ils firent reculer l’ennemi. Cela entraînait des représailles sur la population à chacune de leurs interventions mais ils continuèrent et, grâce à leur courage, les alliés et l’armée se regroupèrent et la guerre pris fin sur le Vieux Continent, mais au prix de milliers de vies. Pendant ce temps, les uns s’alliaient avec les autres ou contre. En Orient, la guerre battait son plein, comme on n’en voyait pas la fin, on lâcha la première bombe atomique. Il y eut des milliers de morts, hommes, femmes et enfants sans distinction périrent dans d’horribles souffrances. La guerre s’arrêta, mais encore une fois à quel prix ! Au vu de cette réussite militaire, tout le monde, soi-disant civilisé, voulait posséder la bombe atomique, en prétextant qu’avec elle, on aurait plus peur de personne.

C’est à ce moment-là que je suis né. D’après ce qui m’a été confié, j’ai failli mourir avant de naître. Ma mère, enceinte au moment de la débâcle, circulait toujours en vélo. Un jour, un soldat a voulu lui prendre pour rentrer chez lui. Il lui a mis la baïonnette sur le ventre et moi j’étais à l’intérieur ! Heureusement un religieux qui passait par-là a réussi à la sauver. Les astres devaient être avec nous deux ce jour là. La guerre s’était terminée environ à la moitié du 20éme siècle. Les gens enterrèrent et pleurèrent leurs morts à qui on attribua des médailles à titre posthume. Que de veuves et d’orphelins ! Le pays était à feu et à sang, des règlements de comptes s’en suivirent : délations, dénonciations de gens coupables pour certains, innocents pour d’autres. Ils étaient fusillés sur-le-champ. D’autres continuaient à s’enrichir avec le marché noir. On vit des pauvres devenir riches très rapidement.  Il y avait beaucoup de pillages. Mais comme tout malheur a du bon, il y eut du travail pour tous, il fallait reconstruire le pays. Cependant, les hommes manquaient. Il y en avait beaucoup qui étaient morts au combat ou d’autres qui étaient restés mutilés. Pour compenser toutes ces pertes de vies humaines, il fallut recourir à l’immigration qui permit de trouver une main d’oeuvre qualifiée dans le secteur du bâtiment. Tous ces gens affluaient de tous horizons, ce qui entraîna un mélange de cultures qui aurait dû être positif, chacun apportant un complément à l’autre. Malheureusement, il n’en fût rien. L’intolérance allait entraîner au fur et a mesure du flux de fortes poussées de racisme. Les ouvriers pouvaient enfin profiter des acquis sociaux si difficilement obtenus. Mais ce qui aurait pu être le début d’une ère nouvelle de partage a été accaparé par les hauts dignitaires. Ils ont profité de l’ignorance et de la naïveté des gens à qui ils ont fait croire au père Noël en plein été. Ils ont créé le système du crédit, nouveau mal de ce siècle pour que les gens achètent des biens de consommation ou pour qu’ils accèdent à la propriété. Jusque là, la plupart avaient fait des économies pour s’acheter comptant le strict nécessaire. Ils travaillaient dur et ils étaient fiers justement de ne rien devoir à personne. Ceci faisait aussi leur force car ainsi ils étaient des hommes libres.

Le gouvernement supportait mal cet état de faits, les acquis obtenus devenaient lourds à gérer pour les patrons plutôt habitués à exploiter et à humilier l’ouvrier. Ils ne faisaient plus la loi et perdaient leur pouvoir. Il fallait faire en sorte de le berner sans qu’il s’en aperçoive. Les aînés pourtant usés par les guerres étaient très enthousiastes au travail. Ils étaient d’une crédibilité à toute épreuve. Ils arrivaient à l’heure au travail et bien souvent une demi-heure avant. Celui qui arrivait à l’heure dite se considérait en retard. Ils faisaient beaucoup d’heures supplémentaires et pouvaient totaliser jusqu’à 70 heures de travail par semaine. Il y avait peu d’absentéisme on allait travailler même avec 40° de fièvre.

L’entraide et la motivation étaient très fortes. Cependant la condition des femmes qui travaillaient en usine était déplorable, il y avait peu de changements pour elles. Leur salaire était médiocre, elles devaient subir le mépris des hommes et le droit de cuissage qui s’exerçait du petit chef au grand patron.

L’école, devenue obligatoire jusqu’à 14 ans, correspondait aux valeurs de cette époque : une éducation basée sur le civisme, le patriotisme et le respect d’autrui. Le niveau scolaire était élevé. Les professeurs étaient exigeants mais donnaient le meilleur d’eux-mêmes. La classe se faisait bien souvent dans de vieux locaux ou dans des bâtiments construits à la hâte, chauffées avec un poêle à bois ou à charbon. Les pièces étaient composées de petits bureaux en bois avec un encrier. On pouvait poser le porte-plume dans une rainure incrustée dans le bois. Le bureau imposant et surélevé pour le maître ou la maîtresse, un grand tableau noir et une grande armoire pour déposer les livres et les archives constituaient ainsi la salle de classe. Les classes étaient bien souvent surchargées, entre 30 ou 40 élèves par classe et pourtant, on pouvait entendre une mouche voler. Les enfants avaient une grande soif d’apprendre et par leur éducation, ils respectaient l’école. Tous portaient un tablier ou un uniforme correspondant à l’établissement dont ils faisaient partie. Ils étaient fiers de l’arborer. Tout l’enseignement était basé sur la connaissance de la langue d’origine. On y apprenait l’alphabet, l’écriture avec les liés et déliés, véritable art calligraphique, le calcul, les rédactions, les récitations, l’histoire et la géographie ainsi que les sciences, l’instruction civique, la musique, le chant et l’éducation physique. Il fallait lever le doigt pour avoir droit à la parole et on pouvait alors s’exprimer si le maître l’autorisait.

Les parents étaient fiers de leur progéniture et ils firent de grands sacrifices pour qu’elle bénéficie de l’instruction qu’ils n’avaient pas eue. A cette époque, les enfants leur rendaient bien. Les enseignants faisaient partie des dignitaires et étaient soutenus et respectés par les parents. Si un enfant avait des dispositions pour poursuivre ses études, les parents l’encourageaient par tous les moyens. Si, au contraire, il n’en avait pas parce qu’il était trop faible ou que ses parents n’avaient pas les moyens de l’aider à continuer, il quittait l’école pour entrer dans le monde du travail, à 14 ans. Le certificat d’études primaires suffisait pour entrer dans la vie active. L’enfant commençait alors son apprentissage chez un artisan ou un commerçant. Il pouvait par la suite devenir boulanger pâtissier, maçon, électricien ou mécanicien. Il commençait par les tâches les plus ingrates : balayer, faire les courses et poster les lettres. On lui disait d’ailleurs : «  Petit, si tu ne sais pas bien balayer, tu ne sauras jamais travailler ! « Il apprenait l’exactitude et à respecter le client car le client est celui qui fait vivre. Un petit détail au passage, chez un artisan pâtissier, les commis avaient le droit de manger tous les gâteaux qu’ils désiraient. Au bout de quelques jours ou semaines, ils étaient si écoeurés qu’ils n’en mangeaient plus un seul. Il y avait très peu de vols à ce moment-là car la fierté de l’être était d’acquérir des biens seulement grâce à son labeur. L’enfant qui avait la chance de poursuivre ses études pouvait devenir ingénieur. En sortant des grandes écoles, il était respecté de tous et il respectait les ouvriers car lorsqu’il avait terminé ses études, il devait suivre toute la filière des gens qu’il aurait sous ses ordres. Il pouvait mieux comprendre les revendications des gens et souvent prendre leur défense face à la direction. Comme il y avait peu d’élus, ils étaient bien payés. Leur salaire correspondait à ses années d’études alors qu’un ouvrier gagnait 200 a 300 francs par mois, lui, touchait 10 à 12 000 francs.

Le cocktail de la vieille et de la nouvelle école allait marcher à merveille pour mettre en place le plan machiavélique monté par les dirigeants des pays dits industrialisés et civilisés. Ils mirent en place des systèmes de crédit de plus en plus sophistiqués pour les nouveaux biens de consommation qui proliféraient. Ils créèrent ainsi la société de consommation. Dans les usines, le travail à la chaîne permettait une production importante qu’il fallait écouler. Le travail ne manquait pas. On pouvait si on le désirait, changer du jour au lendemain d’employeur en bénéficiant même d’une augmentation. Les plus anciens, eux, restaient fidèles au même employeur, de leur entrée jusqu’à la retraite. La famille ne faisait qu’un bloc. Plusieurs générations de parents habitaient ensemble dans la même maison et chacun avait sa place.

On faisait ainsi de belles économies car on n’avait nul besoin de personnes pour garder les enfants ou de mettre les personnes âgées dans les maisons de retraite. Nul besoin encore de systèmes d’alarme car il y avait toujours quelqu’un à la maison. On se transmettait les économies depuis des générations. A 21 ans, on était majeur et de ce fait, on pouvait quitter sa famille pour voler de ses propres ailes. On pouvait également se marier sans le consentement des parents. Avant cette limite d’âge, les fiançailles duraient très longtemps. Les fiancés devaient se rencontrer en présence des parents, ce qui laissait très peu d’intimité, on avait tout juste droit à un baiser. La jeune fille devait rester vierge jusqu’à sa nuit de noces, il ne pouvait en être autrement. La demande en mariage se faisait en costume et gants blancs. L’entretien avec le père pouvait durer des heures car il fallait connaître les intentions réelles du fiancé et voir s’il était vraiment capable d’assumer un rôle de chef de famille à son tour. Puis on fixait la date de la cérémonie et les jeunes mariés pouvaient fonder enfin une famille qui s’agrandissait très vite car, à cette époque, la pilule n’existait pas, les moyens de contraception étaient plus ou moins fiables. Il n’était donc pas rare que, neuf mois après l’union du jeune couple, la jeune femme donne naissance à son premier enfant, à la plus grande joie de toute la famille. Elle accouchait bien souvent chez elle, avec l’aide d’une sage femme et de sa propre mère. Le père attendait très anxieux en faisant les cent pas dans la pièce à côté et lorsque l’enfant naissait, il en pleurait de joie et courrait l’annoncer à tout le monde. Le bébé dormait dans la chambre des parents, dans un berceau fabriqué avec amour par les mains expertes du père. Cet événement se reproduisait bien souvent plusieurs années de suite à cause du peu d’information et d’évolution de la contraception. Les enfants arrivaient ainsi les uns après les autres, à neuf ou douze mois d’intervalle. On leur donnait plusieurs prénoms, correspondant souvent aux prénoms des grands-parents ou des parrains ou marraines puisque c’était la coutume depuis des générations.

Le travail étant pénible, les gens se couchaient très tôt car le lendemain, il fallait partir à l’aube pour aller travailler à pied. Les plus chanceux y allaient à bicyclette. La radio égayait la maison. Certains possédaient un électrophone et écoutaient des disques en vinyle. On continuait à aller danser au bal du samedi soir, au son de l’accordéon. Le dimanche était consacré au traditionnel repas de famille où toutes les générations se retrouvaient. Le patriarche décidait pour tous, il était très respecté, on célébrait les fêtes et les anniversaires des uns ou des autres. Chacun était fier d’appartenir et de respecter sa famille. Une telle soudure familiale empêchait de mettre en place le dessein matérialiste des dirigeants.

Ils allaient mettre en place les nouvelles donnes de la société, en permettant à tous d’accéder à la propriété de leur logement ou de leur maison, à des taux d’intérêts alléchants. Pour mieux appâter les gens, ils créèrent l’inflation, ce qui était inespéré pour les gens modestes. Ils allaient enfin pouvoir être propriétaire sans attendre l’héritage de leurs parents. Les premiers conflits de générations semaient la discorde. Au début, tout était idyllique, la machine se mettait en marche, il suffisait pour cela de produire et d’innover, les nouvelles technologies se succédaient créant de nouveaux besoins et de nouveaux crédits à la consommation. Pour que cela aille encore plus vite, on augmenta les salaires pour leur permettre de prendre de nouveaux crédits. C’est alors qu’arriva la télévision, une machine fabuleuse au départ mais qui devint infernale au fil des années. Elle a permis tous les abus en ce qui concerne l’information créant la désinformation. Les publicités firent leur apparition, tout cela dans un seul but : appauvrir les pauvres et enrichir encore plus ceux-là mêmes qui avaient mis en place le processus. Pour compléter le tout, on mit en place un système d’épargne en tous genres. Ils créèrent surtout la bourse grand public qui allait devenir plus tard une des plus grandes escroqueries du siècle. Au départ du système, rien ne laissait prévoir le piége infernal, on pouvait devenir riche sans travailler, de quoi en faire rêver plus d’un !

Les maisons étaient construites à l’ancienne, en dur par les corporations d’artisans, de maçons, de charpentiers, de plâtriers peintres, d’électriciens, de carreleurs. Un architecte élaborait les plans. Les prix étaient raisonnables, les taux d’intérêt étaient variables : 3 à 4% pour les plus démunis sur vingt ou vingt-cinq ans. L’inflation grimpait plus vite que les taux d’intérêt. Une maison achetée cinq millions d’anciens francs de l’époque en valait quarante, dix ans plus tard. Ceci explique l’engouement des ouvriers à accéder à la propriété. Si on revendait cette maison à ce moment-là, la nouvelle maison était gratuite, plus de crédit, on payait comptant. En parallèle, on a construit pour les plus modestes des habitations à loyers modérés. Ces immeubles, souvent en forme de tours, étaient construits à la hâte, soi-disant provisoirement. On ne tint pas compte de l’isolation phonique et thermique mais les gens avaient le respect d’autrui et arrivaient à y vivre en bonne harmonie. L’investissement dans le travail restait rentable. Car plus l’investissement était important, plus les profits étaient grands. Mais tout le monde y trouvait son compte, comme on disait si bien, l’argent appelle l’argent.

 

6.11La génération 68

 

 

En sautant une génération et allant vers l’opulence et la facilité, ils ont avancé droit dans le mur sans vouloir le voir. Tout cela, malgré la réticence de l’ancienne génération qui restait fidèle à ses convictions et qui elle, respectait la vie. Elle avait continué à faire des économies à des taux d’intérêt peu élevés, mais sûrs car ils étaient garantis par l’état. Elle investissait dans l’or, soit en lingots soit en pièces, c’était à l’époque la seule valeur refuge. Cependant, les jeunes générations oubliaient les conseils des anciens. Ils allaient jusqu’à se fâcher avec eux, en leur disant qu’ils étaient trop vieux pour comprendre, qu’il fallait évoluer avec son temps. Ainsi, une partie du piége mis en place commençait : diviser pour régner, on allait vers l’éclatement de la famille. Certains allaient jusqu’à déshériter leurs propres enfants et faire don de leurs biens à l’état, comble du comble.

L’évolution aidant, la femme commença à revendiquer sa liberté. Elle voulait être l’égal de l’homme dans la vie active car elle était beaucoup moins payée que lui. Elle n’avait même pas le droit de voter. Elle avait tout juste celui d’être derrière ses fourneaux et de faire les enfants. D’après ce que l’on m’a confié, à force de persévérance, certaines firent subir l’abstinence sexuelle à leur mari pour obtenir gain de cause. Quelques années plus tard, elles ont obtenu le droit de vote. Mais il valait mieux pour elles, au départ, qu’elles votent comme leur mari, sous peine de subir des violences de leur part. Par contre, c’était elles, qui tenaient les cordons de la bourse.

Grâce à elles, les foyers se constituaient un patrimoine car elles savaient gérer l’argent. Au fil des années, le confort s’installait dans la maison, les soulageant ainsi des besognes ingrates. Hélas, elles aussi tombèrent dans le piége de la publicité et achetèrent sans compter. Les maris commencèrent à perdre leur pouvoir à la maison et devaient  travailler dur pour rembourser les crédits de toutes sortes. Devenue plus libre, la femme se déchargea petit à petit de l’éducation des enfants, créant la nouvelle génération d’enfants rois.

L’école commençait à perdre de sa valeur. Les parents ne soutenaient plus les professeurs. Comme la main d’oeuvre manuelle ne manquait pas du fait de l’immigration, l’école devint obligatoire jusqu’à 16 ans. Les parents, sous des pressions masquées par les publicités, voulurent que tous leurs enfants fassent des études. Puis, ce fut au tour des enfants de renier les valeurs immuables de la vie. Ils voulaient abolir toutes les servitudes quelles qu’elles soient : plus de diplômes, plus de devoirs à la maison, l’accès aux grandes écoles sans concours, plus de tablier ni de tenue obligatoire pour aller à l’école, plus de cheveux courts. Finies les écoles avec les filles d’un côté et les garçons de l’autre. Ils voulaient la mixité, ainsi tout serait permis. Ils mirent le pays à feu et à sang. De ce jour, le plan mis en place prenait tournure, les fruits étaient mûrs. Les parents avaient baissé les bras. Comme il fallait un résultat, on abaissa le niveau scolaire d’année en année. Il fallait aller jusqu’au brevet, puis jusqu’au bac et par la suite, aller en faculté pour de longues années.

Les salaires étaient jusque là basés sur le travail accompli par chacun en fonction de sa valeur. On institua alors le salaire égal à la qualification, c’est ainsi que les bons travaillèrent pour les mauvais. Au début, cela a marché, mais petit à petit, les bons devinrent mauvais. Ce fut une étape irréversible de notre civilisation, le nivellement vers le bas. C’était une époque idéale, l’argent coulait à flots mais les gens «  achetaient « leurs enfants pour être tranquille au lieu de les éduquer comme leurs parents l’avaient fait. Ils disaient les aimer en leur offrant tout ce qu’ils pouvaient désirer : des vêtements au vélo, de la moto à la voiture. Les adolescents brûlaient les étapes et prônaient l’amour libre. Les filles ne savaient plus faire la cuisine, le ménage, repasser et coudre. Pourquoi apprendre puisqu’on pouvait acheter tout fait ! Les mariages ne tenaient pas, les couples se cherchaient, ne se retrouvaient plus. Il y eut de nombreux divorces.

Les prix continuaient à grimper de plus en plus vite. Les maisons furent construites en semi traditionnel puis en préfabriqué, soi-disant plus solides mais surtout plus rentables. Tout cela était créé par de grands groupes immobiliers et financiers qui prenaient tout le marché du travail. Les artisans n’ayant plus de travail, ils firent de la sous-traitance, ce qui fut leur perte. L’inflation grimpait d’année en année. Les organismes de crédit étaient de plus en plus prospères. Ils prêtaient de plus en plus d’argent ne sachant qu’en faire. Ils investissaient dans la pierre, ce qui leur servait de garantie et du même coup, ils faisaient grimper les prix. Les usines battaient leur plein ne sachant ou donner de la tête. Il fallait acheter à tout prix du neuf, une voiture puis une, deux télévisions, un lave-linge, un lave-vaisselle, un magnétoscope et surtout partir en vacances et tout cela à crédit. Les pays pétroliers qui gagnaient des milliards de dollars achetaient à prix d’or tout ce qui était à vendre, ce qui augmentait encore l’inflation. OÙ tout cela allait-il mener ? L’argent du travail rapportait de moins en moins car les entreprises augmentaient leurs capitaux. Les actions flambaient et tout le monde achetait. Et ainsi l’argent du travail ne rapportait plus rien. Les valeurs boursières, autrement dit, de l’air, du vent, avaient supplanté l’arbre de vie.

C’est environ à un peu plus de la moitié du 20éme siècle, que les dignitaires, poursuivant leur plan diabolique, ont mis en place des meneurs, vulgairement parlant : «  des fouteurs de merde « pour monter la jeunesse contre les valeurs immuables de la vie. Leur slogan était : «  il est interdit d’interdire «. Quel gâchis ! La seule richesse, protection contre l’esclavage moderne, venait de s’écrouler. Partout régnait le laxisme, la médiocrité, la délation. L’explosion des générations venait d’ouvrir la porte à ce qu’il adviendrait plus tard, le déclin d’un monde. Car cette révolution était devenue mondiale, aidée par les médias, elle avait éclaté partout comme un boulet de canon ; ainsi ils avaient gagné leur pari. Ensuite, cela ne fut qu’une question de temps. Cela avait tellement bien marché qu’ils ne savaient plus comment l’arrêter. Elle dépassa toutes leurs espérances. Les ouvriers prirent le pas sur les étudiants et les fonctionnaires. Alors que tous prétendaient que la révolution était culturelle, ils élevèrent des barricades, brûlèrent les voitures, lynchèrent les opposants, insultèrent et lancèrent des pavés sur les forces de l’ordre, pillèrent et incendièrent les magasins. On ne savait pas comment arrêter tout cela.

C’est un des dignitaires d’un grand pays de l’Est qui résolut le conflit. Il s’était infiltré partout dans le monde, avec la gratitude de tous et surtout grâce à des compensations financières comme celle d’éponger des dettes d’emprunts faites en or et qui ne restèrent que du papier vendu au marché aux puces. Les gens croyaient avoir gagné la liberté alors qu’ils venaient de la perdre. Mais à cette époque-là, l’argent coulait à flots, l’inflation galopait, on prônait la liberté sexuelle, la libération de la femme, le laxisme, tout baignait dans l’huile et ils n’y voyaient que du feu. C’était une époque où toutes les valeurs fondamentales de la vie étaient bafouées : on avait un rejet pour les institutions ancestrales. Les sociétés basculaient dans le chaos le plus total.

Les jeunes gens ne voulant plus subir leur influence, rejetèrent leurs parents. Ils les quittaient, certains cherchaient le nirvana à Katmandou. Mais c’était surtout pour fumer de la marijuana et pratiquer «  l’amour libre « car pour eux la fidélité était vécue comme une castration. Ils bannissaient le mariage et faisaient des enfants pour eux, les traitant comme des jouets bien souvent, ne sachant pas qui en était le père, cela n’avait pas d’importance pour eux. La femme au foyer était reléguée aux oubliettes. La femme a considéré qu’elle aussi avait le droit de vivre. Elle n’accomplissait plus ses devoirs de mère, ne s’occupait plus des tâches ménagères, n’accompagnait plus les enfants à l’école et elle ne s’occupait plus de faire les repas. Elle considérait tout cela déshonorant et humiliant mais en croyant se libérer, elle a tout perdu. Actuellement, la femme ne sait plus où est sa place. Depuis des siècles, elle était soumise aux lois des hommes, elle devait subir l’acte sexuel et non y participer. Alors, elle a voulu s’émanciper, se libérer. Et voilà, elle est devenue l’égal de celui qu’elle rejette, guidée non plus par son instinct maternel, mais par ses pulsions d’être humain matériel remplie de haine contre celui qui l’a méprisée. En se libérant de ses frustrations, en assouvissant ses désirs, elle est devenue sur ce plan-là, l’égal de l’homme. Quel gâchis ! Doit-on s’en réjouir ?

Dés la naissance, on a fait de l’enfant un «  enfant roi «. Rien ne lui est interdit. Il n’y a plus d’éducation, fini les repères. La génération freudienne fait son apparition. Personne n’est responsable de ses actes, c’est toujours la faute d’une tierce personne. Si on boit, c’est parce que son père buvait. Si on bat ses enfants, c’est parce qu’on était soi-même un enfant battu. Si un enfant subit un acte incestueux, il est coupable car ce jour-là, il ne portait pas de petite culotte, précisons que c’est l’histoire d’un enfant de 4 ans. Alors c’est la faute de la société, des parents, de l’école, des politiques. Cela est vrai si on part du principe que les gens se conduisaient comme des moutons et que c’est le berger qui commande notre vie, gardée par ses chiens. Alors, tout petit, l’enfant commandait à la maison, choisissait les habits qu’il voulait mettre, mangeait ce qu’il avait envie, dormait avec ses parents, regardait n’importe quoi à la télévision jusqu’aux films pornographiques.

Pendant ce temps, les parents étaient tranquilles. En levant les interdits, croyant leur donner les repères nécessaires pour avancer dans la vie, ils les lui ont enlevés, croyant ainsi les aimer, créant les générations futures avec leurs révoltes au fond de leur coeur. Je me souviens des doléances d’un enfant qui vivait à cette époque, il voulait crier à ses parents par ces mots : «  Je suis né de vous je vous en remercie car grâce à vous, j’existe. Je voudrais vous confier un secret avec tout le respect que je vous dois. Depuis que je suis né, vous voyez en moi un jouet que vous façonnez à votre image. Vous êtes-vous posé la question de savoir qui j’étais vraiment ? Je vais vous le chuchoter à l’oreille pour ne pas l’ébruiter. Depuis ma naissance, sans en avoir conscience, vous me laissez à droite, à gauche, à qui voudra bien me garder, sans penser que je suis sans défense, mais que mon cerveau, lui, fonctionne bien. J’ai une vision de la vie pure et objective que vous, parents, avez perdu. J’ai grandi tant bien que mal. Au lieu de m’expliquer les fonctionnements de la société avec ses règles, vous m’interdisez tout, vous m’empêchez de dialoguer avec vous, vous me dites que c’est vous qui savez et que quand je serais grand, je saurai à mon tour. Faux, archi-faux ! De ma vision d’enfant, je vais vous dire : laissez-moi grandir en étant moi-même, je reflète ainsi l’échec de votre société, je vous montre vos failles et vos faiblesses. Quand je me révolte, j’attends de vous des réponses vraies, alors que vous trichez tout le temps à mes yeux d’enfant. C’est insupportable ! Alors je vous agresse non pas pour vous faire du mal mais pour essayer de vous ouvrir les yeux. Et plus je les ouvrais plus vous me punissiez, jusqu’au jour où moi-même j’ai baissé les bras. Je suis entré dans vos faiblesses, vos peurs et vos mensonges. J’ai perdu ma lucidité, ma fierté. J’en suis arrivé à vous haïr, moi qui vous ai tant aimés. J’en suis devenu sourd aveugle et muet pour ne plus lutter contre vous qui m’avez donné la vie «.

On pouvait toujours rêver car ces enfants allaient devenir les hommes de demain. Mais quel gâchis ! Comme les parents n’avaient plus de contrôle, ni de repères, ils profitaient de l’euphorie financière due à l’inflation. Ils découvraient l’ivresse de la liberté, sans restriction, par l’inflation galopante, les salaires élevés et les taux d’intérêt intéressant malgré leur coût élevé. On pouvait tout acheter à crédit. Tout le monde pouvait ainsi accéder à la richesse alors pourquoi s’en priver. Les gens qui avaient pourtant connu les restrictions connaissaient la valeur de l’argent et avaient fini par tomber dans le piége du matérialisme sans s’en rendre compte ou alors en ne voulant pas le voir. Leurs chérubins allaient avoir tout ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir eux-mêmes. Ils allaient, au travers d’eux, réaliser leurs rêves. Rien n’était trop beau pour eux : vêtements de grandes marques, vélos, mobylettes, voitures, studios, cours de musique, sports, et tout cela sans aucune contrepartie. Les gens qui avaient mis ce système en place ont vite compris que tous ces chérubins n’étaient pas intelligents au point de faire de grandes études, mais que cela ne tienne ! La parade a été immédiate : on a abaissé progressivement les niveaux scolaires, d’année en année, jusqu’au niveau qu’ils pouvaient atteindre et le tour a été joué ! Tous pouvaient ainsi poursuivre leurs études. Les parents pensaient qu’ils avaient mis au monde des génies qui obtenaient des notes qui dépassaient toutes leurs espérances.

Mais pour cela, il a fallu revoir l’éducation nationale, on a placé de jeunes révolutionnaires «  baba-cool «, qui éduquaient les enfants dans l’interdiction d’interdire. Pour leur faciliter encore plus les choses, on a autorisé l’écriture phonique. Quelle évolution ! On autorisa les calculettes. Ce qui abaissa de moitié le niveau scolaire initial et le tour était  joué. Grâce à ce système ingénieux, on a fait passer un message aux enfants qui, vu leur intelligence, ne pourraient plus et ne devaient surtout pas faire les basses besognes : exercer des métiers manuels pénibles. C’est ainsi que l’on eut recours à la main-d’oeuvre étrangère pour combler cette lacune et tout le monde était d’accord. Quelle évolution pour la société ! Quelle chance pour eux, parents, de voir leurs enfants protégés à ce point ! Ils vivaient sans apercevoir le commencement de la fin, la fin du patriotisme, du respect et du travail bien fait.

On venait d’enclencher la décadence et la perte des valeurs ancestrales car l’éducation de l’un était à l’opposé de l’autre. Cependant les gouvernements qui se servaient d’eux furent obligés de faire des concessions importantes à tous les niveaux. Ils pensaient que, parce que ces gens étaient illettrés, ils pourraient les manipuler à leur guise, quelle grossière erreur ! En fait, je les en remercie car ils avaient ainsi mis en route le monde de demain, universel et sans frontière, sans différence de peau ni de culte. Les enfants de ces populations furent instruits sur les mêmes bancs que les nôtres, apprirent rapidement à parler la langue du pays, mais il faut le préciser, les valeurs étaient toujours omniprésentes. Moi-même, ayant vécu la dernière guerre de mon pays, je reconnais qu’à cette époque je voyais d’un mauvais oeil ces populations nous envahir. Pour être honnête avec moi-même, je dois dire que j’étais raciste car j’étais patriote et j’avais été éduqué sous des dogmes religieux différents. Mes propres enfants étaient à l’école avec eux et déjà leur génération les voyait différemment. Ils les respectaient car ils étaient des êtres humains à part entière. Tout cela avait donc entraîné un conflit entre les générations de la guerre et celle de l’après-guerre. Certains enfants prirent le parti de ces gens contre leurs parents entraînant des événements en chaîne dans tous les pays avec pour slogan : «  Il est interdit d’interdire «.

Ce phénomène de société avait été généré par les modes de vie d’un autre continent où naissaient toutes les modes de cette époque. Notamment le courant «  New Age « faisait des ravages au nom du même slogan et allait  engendrer une nouvelle ère spirituelle à l’aube du millénaire qui pointait le bout de son nez. On venait de supprimer tous ces repères ancestraux qui permettaient aux générations de communiquer entre elles. A la place, on a introduit des croyances à l’eau de rose telles que : «  nous sommes tous des réincarnations, il faut s’aimer les uns et les autres «.

Cela on l’avait déjà entendu, mais dans le bon sens du terme, alors que là, cela voulait dire : «  ne vous réfrénez plus, faites l’amour et pas la guerre «.  Et en plus clair, dans le langage cru de cette époque : «  baisez-vous les uns les autres «. On ne disait plus ma femme mais mes femmes. On pouvait ainsi changer de partenaire à son gré. Des communautés arguaient des théories philosophiques du genre : ton frère, ta soeur, tes enfants ne le sont pas, ce sont des êtres à part entière, donc l’adultère, l’inceste, n’étaient pas interdits, bien au contraire, ils étaient considérés comme des actes d’amour. Comment résister à un endoctrinement pareil ? Au tout début, on les trouvait sympathiques tous ces enfants et ces adolescents avec leurs cheveux longs, leurs chemises à fleur et leurs boucles d’oreilles. Puis, ils s’en allèrent à Katmandou, ils découvrirent la marijuana, herbe qu’ils fumaient pour atteindre sans effort les paradis artificiels. Comme ils n’avaient pas ou peu d’argent, ils adhéraient à la mode de la macrobiotique, une nouvelle façon de s’alimenter, peu coûteuse, donc efficace.

Certains devenaient végétariens, d’autres végétaliens. Ils avaient l’air de morts vivants, le teint livide, subissant d’énormes carences. D’autres partaient faire le tour du monde avec trois sous et, pour tout bagage, un sac à dos pour les mieux lotis et rien pour les autres. Ils ne se lavaient que les jours de pluie et remettaient leurs vêtements sales. Pour masquer toute cette crasse, ils s’aspergeaient de parfum à base de patchouli. Ils grattaient sur leurs guitares en chantant des chansons très fleur bleue, romantiques à souhait, se donnant ainsi du rêve à volonté. Heureusement, il y avait leurs «  vieux «, comme ils les appelaient, qui, entre parenthèses, n’avaient guère plus de trente ans.

Mais qui eux, respectaient l’éducation qu’ils avaient reçue et continuaient à travailler, ce qui permettait ainsi de faire vivre le pays et d’assumer l’avenir encore pour un certain temps. Pour éviter que ce conflit soit immédiat, les dignitaires ouvrirent à fond les vannes de l’argent facile, des crédits en tout genre et ils appliquèrent surtout le remède miracle : l’inflation.

Tout allait donc pour le mieux, même les ouvriers profitèrent de ces mesures, mais ils ne se doutaient pas qu’ils allaient payer l’addition à tous les niveaux car ils étaient pourvus de moyens, il faut bien le dire, illusoires. On leur fit miroiter un avenir meilleur pour leurs enfants, dignes de cette société nouvelle. Tous sont tombés dans le panneau, l’argent aidant et malgré leur éducation, le respect des institutions, des valeurs que leurs parents leur avaient données. Les gens faisaient des heures supplémentaires pour gagner beaucoup plus et permettre à leurs enfants d’accéder aux grandes écoles en continuant leurs études jusqu’à vingt voire trente ans et ainsi devenir ce qu’eux auraient souhaité. Ils ont cru à tout cela et ils se sont endettés pour vingt ou trente années afin d’acheter une maison. Ils ont travaillé dur, de quarante-neuf à soixante-dix heures de travail par semaine pour combler le temps de travail réel non accompli par les jeunes en âge de travailler. Pourtant, ceux qui n’avaient même pas le certificat d’études étaient souvent rejetés par leurs propres enfants alors que c’était grâce à leur dur labeur qu’ils avaient pu acquérir l’instruction. Ils les méprisaient car ils sentaient la sueur, la graisse, le ciment, seul leur argent les intéressaient. Ces parents avaient cru bien faire et ce, malgré l’avis contraire de leurs aînés mais en agissant ainsi, ils perdaient leurs enfants à jamais, la société de consommation avait gagné. Elle nous avait tous manipulés, avait détruit la famille et les valeurs morales. La seule valeur qui devenait primordiale, c’était l’argent.

Finalement, nous n’avons pas aimé nos enfants, nous ne leur avons pas donné les armes pour se battre dans la vie. Nous sommes rentrés dans le jeu des responsables. Nous avons acheté notre tranquillité avec des cadeaux, tout en pensant être les gentils et que nos enfants n’étaient pas reconnaissants envers nous alors qu’en fait nous étions les méchants qui les avaient donnés en pâture à cette société de consommation. Nous étions les seuls responsables par vanité et tu verras que, dans les années qui vont suivre, nous allions le payer très cher tous autant que nous étions. Quand j’en ai pris conscience, j’ai essayé de crier à tous ces mots : «  Jusqu’où ira-t-on dans le laxisme ? «.

« En ce qui concerne l’éducation, dans les institutions laïques et privées, les parents peuvent intervenir dans la façon d’instruire les enfants, pour ne pas choquer, de part et d’autre, on ferme les yeux. On a droit à la parole à condition d’être d’accord avec la masse dirigeante. Les organismes sont gérés par les écoles et n’ont qu’un pouvoir relatif. Quelle mascarade ! »

 

6.12Le mondialisme

 

 

Dans cette euphorie générale, tous les états avaient perdu les colonies qu’ils avaient acquises de force depuis des siècles. Tous ces peuples colonisés avaient réclamé leur indépendance. On assista enfin à l’abolition de l’esclavage. Les populations étaient légalement libres. Il n’y avait donc plus de chaînes visibles. Hélas, l’appât du gain entraîna les dirigeants à créer une nouvelle forme d’esclavage beaucoup plus moderne. Comme les gens croyaient que cette situation économique prospère allait durer toujours, il fallait produire de plus en plus. On créa alors des usines dans les pays sous-développés. La main d’oeuvre ne revenait pas cher, les patrons n’avaient pas de charges sociales à verser.

Dans ces pays, dirigés par des dictateurs, l’aide sociale n’existait pas. On employait en majorité des enfants qui étaient exploités dés leur plus jeune âge. C’est ainsi que des hommes, soi-disant civilisés, qui avaient libéré leurs propres enfants de ce genre de statut, cautionnaient ce système à l’étranger en fermant les yeux sur les conséquences dramatiques. Les produits en provenance de ces usines étaient exportés au prix fort. C’est ainsi qu’ils récupérèrent des milliards sur le dos de la misère.

Comme si l’exploitation par le travail ne suffisait pas, des êtres pervers créèrent des réseaux de prostitution enfantine ainsi qu’une filière de pédophiles ce qui fit prospérer l’industrie du sexe car des milliers de gens affluaient du monde entier par charters. Les gens dans la misère vendaient un de leurs enfants pour survivre. Toutes sortes de drogues firent leur apparition malgré leur interdiction et rapportaient beaucoup d’argent aux responsables des pays qui les exportaient. Le blanchiment de cet argent sale se faisait à haut niveau dans les banques et servait à financer les entreprises et les partis politiques. Tout le monde couvrait tout le monde. Par contre, on arrêtait les petits revendeurs pour montrer l’exemple mais la délinquance causée par la circulation des drogues augmentait. Par contre, on ne parlait jamais comme par hasard, des gros trafiquants qui s’infiltraient partout et achetaient tout. La seule valeur refuge était toujours l’argent qu’il soit propre ou sale. Tous les pays pauvres se mirent à cultiver légalement des champs de plantes toxiques au lieu de cultiver des pommes de terre sous couvert de la mafia.

L’armée, composée bien souvent de mercenaires à la solde du plus offrant dans certains pays, pouvait ainsi acheter des armes aux pays industrialisés. Dans l’un d’eux, on décida de mettre en place un homme, payé à prix d’or, qui  menait la grande vie dans des palais somptueux alors que son peuple mourait de faim. D’autre part, on exploitait leurs richesses minières car ces pays regorgeaient d’or, d’argent, de diamants et de plutonium. On offrait d’ailleurs volontiers des diamants ou des concessions minières à certains hauts dignitaires. En contrepartie, on leur demandait de voter pour certains pays et de les cautionner aux Nations Unies. Quel gâchis au nom du pouvoir !

C’est au nom du patriotisme, du sens de l’obéissance, au travers des partis politiques, des dogmes religieux, des sectes qu’il partait se faire tuer ou tuer ses semblables car on lui en avait donné l’ordre. Etait-il coupable et conscient ? Je ne le pense pas. Depuis des siècles, il a été conditionné par les dignitaires irresponsables imbus de pouvoir personnel, au nom de qui ? Si ce n’est d’eux-mêmes qui se cachaient derrière quelqu’un et bien souvent sous couvert du plus grand Dieu. De quel droit le fanatisme, l’intégrisme, l’intolérance fait que l’on perd toute sa lucidité, entraînant l’irrespect des gens que l’on dit aimer ? A cette époque, nous vivions cette ère matérialiste avec l’éducation reçue en héritage des anciens et, tu peux me croire, c’était le plus grand cadeau qu’ils aient pu nous offrir. Car malgré la méconnaissance de notre nature, il y avait la dignité basée sur un fonctionnement d’apparence qui permettrait de vivre en société en respectant les biens publics et ceux des personnes.

On avançait avec des convictions patriotiques. C’était l’époque où les pays perdaient leurs colonies mais plutôt que de négocier l’indépendance de celles-ci, on préférait faire la guerre en faisant croire qu’on ne céderait jamais tout en sachant que c’était perdu d’avance. Les gouvernements avaient vu venir la crise bien avant qu’elle n’arrive et ils savaient qu’ils ne pourraient assumer toutes ces populations. Après leur avoir tout pris, ils se retiraient par la grande porte en leur faisant croire qu’elles avaient gagné leur liberté. Quelle utopie ! Elles venaient de la perdre car après avoir vécu une dépendance démocratique avec une vie à peu prés respectable malgré quelques abus commis par les colons elles allaient découvrir les dictatures. Mais nous verrons cela plus tard. Pour en arriver à cela, des milliers de gens perdirent leurs biens, leur identité et leurs morts enterrés sur ces terres qu’ils quittaient. Des milliers de jeune gens servant leur pays ou pensant le servir sont mort pour rien car toutes les cartes étaient jouées d’avance. Quel gâchis ! Que de morts et de souffrances au nom d’un drapeau ! Beaucoup de gens en sont revenus détruits à vie par les atrocités dont ils avaient été témoins comme la mort de leurs compagnons de lutte, mutilés sous la torture ou déchiquetés par les mines. OÙ est l’honneur dans tout cela, comment ne pas en vouloir non pas aux responsables mais aux blancs, aux noirs, aux jaunes, aux métis, etc. On était des patriotes, donc des racistes, car au travers de toutes ces souffrances, comment ne pas en vouloir à ceux qui avaient tué notre père, notre frère ou ami. Une fois de plus, grâce à l’euphorie de l’abondance financière, on ferma les yeux sur le plan du monde futur qui allait s’ouvrir sous nos yeux. Le mondialisme venait de se mettre en place et c’était un phénomène irréversible à cause de l’inflation et des besoins de reconstruction qui prenaient corps tout azimut : routes, autoroutes, écoles, hôpitaux. La main d’oeuvre manquait et devant la prospérité, les gens du pays ne voulaient plus faire les travaux manuels.

Qu’à cela ne tienne, on allait tous les rendre intelligents et se servir de la main d’oeuvre étrangère pour faire les plus basses besognes, ce qui entraînait l’acceptation et le mépris de ces gens venus d’ailleurs. Pourtant la vérité était tout autre : les populations dites civilisées étaient en perte démographique importante et, d’après les études scientifiques dans quelques décennies, les pays n’existeraient plus par manque de population et ne seraient donc plus dominants. Ils seraient envahis par les voisins, donc par facilité, lâcheté, ils on profité de ces populations d’immigrés et, au bout d’un certain temps l’euphorie persistant, on joua sur la corde sensible de l’homme : la pitié.

On a donc fait venir leurs familles, quelle aubaine, leur calcul était juste ils arrivèrent à dix ou douze par famille. Au fil des ans, ce qui est logique, ces gens participant à la prospérité de ces pays, eurent le droit de choisir de prendre la nationalité du pays d’accueil tout en gardant celle de leur pays d’origine qui était une ancienne colonie. De ce fait, la démographie augmenta car, dans un recensement, seuls les chiffres parlent. Au début, tout se passait bien car dans l’abondance, le partage même disproportionné est facile à faire et puis, après tout, ils apportaient un plus à notre culture. Mais tous les habitants du pays qui avaient fait des guerres plus ou moins récentes et qui avaient été expulsés de chez eux, comment pouvaient-ils oublier ?

Le mondialisme était en marche, mais pour y arriver, il fallait trouver une étape intermédiaire en construisant l’Europe pour être plus fort et plus compétitif face au nouveau monde.

Pourtant, sous cet aspect mirobolant pour les peuples, les dignitaires soutenus par les chercheurs scientifiques et les économistes, prirent conscience d’un grave problème créé par l’abondance. Au niveau national, les couples cherchant leur confort et la sécurité, se limitèrent à un enfant et demi par famille réduisant ainsi la démographie et, de ce fait, la grandeur de la nation. On mit en place un processus rapide de compensation. Tous les travailleurs immigrés venus sans leur famille pour effectuer les travaux pénibles furent autorisés à faire venir femmes et enfants. Ainsi des familles entières de cinq à huit enfants furent naturalisées et elles comblèrent ainsi le déficit démographique. Au départ, vu l’abondance de biens, personne ne s’en est plaint. Les caisses des services sociaux étant pleines, il n’y avait qu’à se servir. On fixa l’accès aux droits à partir de trois enfants et plus. De ce fait, le phénomène prit une ampleur inattendue au-delà de toute espérance. Dans les écoles, le fossé se creusa encore plus à cause des différences de culture et de langues. Pour éviter l’exclusion, on abaissa de nouveau le niveau d’enseignement créant la différence entre les riches et les pauvres car ceux qui en avaient les moyens mirent leurs enfants dans des écoles privées réputées. Puis, on introduit la mixité dans les écoles, tout le monde tutoyait tout le monde. On créa des crèches pour libérer les mères de famille qui confièrent leurs bébés. Dés leur naissance, ils étaient  pris en charge par la-dite société. C’est ainsi que l’on a pu leur faire une lobotomie du cerveau en les amalgamant les uns aux autres dans une mixité de sexe et de culture.

Cela aurait pu être une bonne chose si l’on avait pris le meilleur de chacun mais hélas, on a pris le principe du nivellement vers le bas. Les ouvriers venus d’ailleurs comprirent vite l’opportunité du système et devinrent eux-mêmes prisonniers  de celui-ci, perdant leurs repères et leur identité. Leurs enfants livrés à eux-mêmes, ayant une maturité plus précoce que les autres la mirent à profit, en entrant tout doucement dans la délinquance. Ils commirent des vols, du chantage ; ils faisaient pression sur les enseignants qui prirent peur et baissèrent les bras. On ne dispensa plus de cours d’éducation civique et de morale. La scolarité étant obligatoire, elle pénalisa les bons éléments. Le mot d’ordre était surtout de ne pas faire de vagues. Certains eurent droit aux cours particuliers, d’autres eurent droit à des cours du soir et pour les plus mal lotis, il ne restait que la rue. C’est alors que la drogue, jusque-là réservée à une catégorie de gens aisés à cause de son prix, fit son apparition dans les écoles.

Au début, elle a été introduite sous forme de bonbons ou de cigarettes, qu’on offrait à la sortie, gratuitement. Certains connurent la dépendance et devinrent des revendeurs pour assouvir leur vice. L’apparition de la pilule avait rendu la sexualité de plus en plus précoce. On la donnait bien souvent sans l’autorisation des parents. Il arrivait bien souvent que des filles âgées de 12 ou 13 ans eurent recours à l’avortement clandestin dans des conditions plus que précaires.

Dans certains pays, la décadence suivait sa route au nom de la liberté et les repères s’effritaient les uns après les autres. C’était l’explosion de la famille, on allait même jusqu’à insulter, mépriser, humilier et renier ses propres parents. La seule chose que l’on acceptait d’eux, ce n’était pas leurs conseils mais leur argent si durement gagné pour beaucoup d’entre eux. Certains furent ruinés par leurs propres enfants et ensuite rejetés. Ceux-ci s’habillaient de loques pour se donner un genre pauvre mais seulement en apparence car leurs vêtements valaient aussi chers que ceux des grands couturiers. Les garçons se laissaient pousser les cheveux, de dos, on les prenait pour des filles, on les sifflait dans la rue. Leur comportement changea, de «  mec macho « ils devinrent  des «  gonzesses « comme on disait dans ma région, ni homme ni femme, ils n’avaient aucune personnalité. Ils se mirent à faire la vaisselle, le ménage, allèrent chercher les enfants à l’école, interdisant au corps enseignant de toucher à leur progéniture. Ainsi la décadence de cette société fut rapide, l’absence de repères créa un conflit de générations, les uns reniant les autres, le fautif étant toujours l’autre, tout ce qui avait été fait jusque là à bannir. Pourquoi se lever le matin pour aller travailler, ils revenaient habiter chez ceux-là mêmes qu’ils rejetaient en prétextant qu’ils les avaient mis au monde et que de ce fait ils devaient les assumer. La drogue, l’alcool, le tabac, la délinquance, la perversion se propageaient comme la gangrène.

Tous les médias de l’époque, voyant le potentiel financier de cette jeunesse avide de brûler les étapes, continuèrent à les encourager dans ce sens, privilégiant les loisirs plutôt que le travail. On continua à pratiquer le nivellement vers le bas dans des domaines tels que l’école, la musique, la peinture, la création en tout genre. Comme on était plus capable de créer du beau, on créa l’art moderne sous toutes ses formes proférant que c’était génial, les nuls triomphaient des prodiges, quelle revanche ! Plus on était nul, plus on était reconnu. On oubliait Michel-Ange, Monet, Vivaldi pour laisser la place à cet art dit moderne. Par exemple, on collait du papier toilette avec des oeufs, de la ficelle sur des cartons, on ajoutait quelques touches de peinture à l’acrylique, la peinture à l’huile était périmée et le tour était joué ! Ainsi, certains fils à papa purent exploiter leur médiocrité. C’était la même chose dans la musique, on s’est mis à parler sur des airs de tam-tam, ce qui simplifiait la composition incitant les jeunes à la révolte contre la société. Ils arboraient des tatouages sur tout le corps et ils portaient des anneaux dans le nez, plusieurs dans les oreilles et dans le nombril. On avait aboli la hiérarchie, tout le monde se tutoyait et s’appelait par le prénom. On donnait des noms pompeux à des métiers dits dévalorisants. Les enfants de cette époque ont été conduits à leur perte par les adultes qui avaient oublié ce que leurs parents leur avaient inculqué. Je me rappelle que ce même enfant dont je t’ai déjà parlé, m’avait confié ses sentiments sur le respect de la vie.

Il m’avait dit : «  Moi, l’enfant, si on me montrait la route, la vraie, celle du devoir, des valeurs du respect de moi-même et d’autrui, je serais fier d’être responsable de mes actes et de mes devoirs. Si seulement je savais qui je suis, comment mon être fonctionne ! Vis à vis de vous, je me sens décalé. Chaque jour, je découvre émerveillé, la vie si belle, les fleurs, le soleil et la pluie. Je vous vois, vous, non pas au travers d’une glace, avec votre haine, votre passion et votre rancoeur et votre mépris vis à vis d’autrui, quel gâchis ! Moi, avec mes yeux d’enfant, je perçois votre âme, si belle, si pure, sans passion, ni haine, ni violence, mais humble et généreuse. Je ne comprends pas la différence entre le corps et l’esprit. Pourquoi votre corps ne rayonne-t-il pas comme votre âme ? S’aimer, aimer, offrir le don de soi à autrui, ne rien attendre de personne que de soi-même, c’est ainsi que l’on commence à percevoir son âme. Nous, enfants, nous aspirons à la paix universelle. Laissez-nous vous montrer la route vers le bonheur de l’âme. Laissez-nous vous la faire rencontrer. Ainsi, au lieu de nous parler d’hommes à hommes, nous communiquerons d’âmes à âmes «.

Ainsi, les jeunes à l’école, sous l’influence de leurs parents ou grands-parents avaient une tendance raciste plus ou moins forte selon leur ouverture d’esprit et leur éducation. Mais qui dit intégration, dit reconnaissance et droits. Comme ces immigrés travaillaient dans ce contexte, ils ont eu droit aux avantages en vigueur dans le pays. Les caisses étant pleines, où était le problème ? Mais consciemment ou inconsciemment, on s’acheminait vers le déclin de tous les systèmes mis en place qui venait de commencer. Dans le court terme on naviguait à vue sans voir plus loin que le bout de son nez.

 

6.13La médecine «  moderne »

 

 

A cette même époque, on vit les premiers pas de ce qui allait devenir la médecine moderne élaborée par des humanistes, altruistes qui avaient mis à profit le savoir acquis pendant les guerres. La médecine du 20éme siècle naissait grâce au système social mis en place. Il allait permettre aux technologies modernes de faire un bond en avant. Mais les études étaient longues et difficiles et les médecins généralistes devaient traiter toutes les maladies avec très peu de moyens car les laboratoires venaient seulement de faire leur apparition. Des savants, des chercheurs scientifiques, mirent au point des vaccins, les premiers antibiotiques et la radiologie. Ils sauvèrent ainsi des milliers de gens. De nouvelles mesures d’hygiène améliorèrent la qualité de la vie. Les hôpitaux, quoique modestes, étaient bien tenus, souvent par des religieuses respectées par tous, qui se vouaient corps et âme à leur prochain. Les malades qui subissaient des opérations restaient à l’hôpital tant qu’ils n’étaient pas guéris. Il y avait un respect total du corps médical vis a vis du patient. On respectait la vie, aussi bien que la mort, en ne passant pas au-dessus de la loi divine. Leur doctrine était belle et respectée de tous : se mettre au service de son prochain, riche ou pauvre, sans exception, blanc ou noir. On devait assistance à toute personne en danger. Les progrès de la science grâce aux laboratoires de recherche et le respect de la vie permirent pendant au moins une décennie de sauver des milliers de vies humaines. Les gens avaient une foi absolue dans le corps médical qui était vénéré comme un dieu.

Mais le système social mis en place laissa entrevoir par certains le potentiel financier que l’on pouvait en tirer. Ils se prirent pour Dieu le père et firent croire au gens qu’ils pouvaient ne plus respecter la vie et que malgré cela, la médecine les sauverait et qu’ils vivraient très vieux. Ainsi, la vie et la mort n’étant plus respectées, un déséquilibre mondial s’installait. Les premières transplantations d’organes furent tentées avec succès : coeur, foie, poumons, yeux. Au départ, tout le monde trouva ces progrès miraculeux. Mais de nouveau, certains mesurèrent bien l’aspect de profit financier de cette évolution. Les gens riches ne voulaient plus mourir et ils étaient prêts à payer n’importe quel prix pour être guéris.

Il restait cependant un problème important à résoudre : où trouver les organes nécessaires ? Les mentalités et l’éthique n’étaient pas prêtes. Alors des trafics ignobles commencèrent dans les pays pauvres, dits sous-développés. On paya très cher des gens sans scrupule pour récupérer des yeux, des reins ou un foie sur des enfants et cela au nom de la vie, quelle vie ? Comment dormir tranquille après cela ? Dans certains pays orientaux, on jetait les morts dans les fleuves alors tout le monde ferma les yeux, les corps furent récupérés et furent vendus des millions de francs dans les pays dits civilisés. Toutes les transplantations étaient remboursées par les services sociaux. Tous ces milliards enrichirent les chirurgiens, les hôpitaux et les laboratoires. Ainsi, ce qui était parti d’un bon sentiment devint un des plus grands scandales du 20éme siècle. Malheureusement, ce qui devait arriver, arriva. Les caisses se vidèrent au fil des années et de ce fait, les pauvres ne pouvaient plus se faire soigner ou si peu. Les riches continuaient à payer leurs cures de jouvence à prix d’or.

Puis, on transfusa les gens avec du sang contaminé ; des milliers de gens moururent alors que les transfusions auraient du les sauver. Les pouvoirs publics, au courant depuis le début, décidèrent de passer outre et cela en toute impunité. Ils intentèrent un procès truqué à quelques boucs émissaires pour calmer l’opinion publique. Les scandales continuaient, on faisait de faux diagnostics et des analyses volontairement truquées afin de pratiquer des opérations très onéreuses voire de la chirurgie esthétique, remboursées sous prétexte de nodules douteux, avec convalescence dans les lieux de cures. Les règles d’hygiène élémentaires n’étaient même plus respectées dans les hôpitaux comme se laver les mains entre chaque malade ; on transmettait donc très facilement toutes sortes de  virus. Il y avait environ dix mille décès par an, dus à des négligences et toujours en toute impunité. Les années passaient, mais tous ces médicaments miracles n’eurent bientôt plus d’effet sur les malades car en voulant tout gérer avec des substances chimiques, le corps n’arrivait plus à lutter contre le mal mais contre son plus grand ennemi : la chimie. On ne voulait pas l’admettre, on alla au contraire de plus en plus loin dans la recherche fabriquant des produits de plus en plus toxiques.

Des maladies nouvelles apparaissaient chaque jour et ainsi l’équilibre naturel bascula. Des mouvements se créèrent pour lutter contre les expériences faites sur les animaux sans que les gens en soient choqués et les trafics d’animaux continuaient. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensaient, les expériences humaines étaient beaucoup plus répandues et pratiquées au grand jour, en toute impunité. Le comble, elles étaient remboursées par les organismes sociaux sous la couverture de nouveaux protocoles. On faisait signer des décharges aux malades en leur disant qu’ils allaient tester de nouveaux médicaments. On leur précisait qu’ils avaient la chance d’en bénéficier mais qu’il y avait des risques et qu’ils devraient en tant que malades en assumer la responsabilité. Ainsi, les gens signaient bien souvent leur arrêt de mort et leur famille n’avait aucun recours par la suite. Toutes les thérapies lourdes telles que la chimiothérapie, les corticoïdes, les transplantations étaient pratiquées et réglées par les structures sociales et les mutuelles, même si le patient décédait. Les praticiens devenaient des dieux, tout au moins le pensaient-ils. Le détournement d’argent pénalisa les soins normaux de départ qui, eux, étaient pratiqués au rabais. On donnait un lit seulement aux gens qui subissaient des interventions coûteuses. On les renvoyait ensuite chez eux dés l’acte chirurgical terminé et ils recevaient des soins à domicile plus ou moins bien dispensés. On pratiquait aussi l’acharnement thérapeutique pour prolonger la vie à tout prix au-delà des lois naturelles. Les malades étaient donc soit prolongés artificiellement « en vie » après leur mort naturelle soit ils subissaient des douleurs atroces jusqu’à la fin. Ils suppliaient alors ceux qui tentaient de les sauver de les aider à mourir, leur vie étant devenue un calvaire «.

 

6.14L’oubli de la nature

 

 

Le grand-père s’arrête dans sa description. Sa mémoire est si bonne qu’il souffre de revivre la folie de l’ancien monde. Pourtant, il doit transmettre à son petit-fils ce qui s’est passé. Alors il reprend :

«  En cette fin de siècle, la nature montra le bout de son nez pour rappeler à l’homme son impuissance devant les éléments. Certains ont osé prétendre que Dieu nous punissait de nos fautes. Cela nous aurait bien arrangé qu’il en fût ainsi ! Mais Dieu n’est qu’amour. Il nous a confié notre destin et d’aucune façon, il n’est là pour nous punir car il n’est autre que nous-même ! Nous seuls, nous nous infligeons la vengeance des éléments que nous n’avons pas su respecter. Des incendies se multipliaient sur le continent du «  nouveau monde «, incontrôlables par l’homme sauf pour les allumer. Il fallait attendre l’hiver pour que la nature les arrête.

Sur ce même continent, les trafics d’organes prenaient une ampleur hors du commun, commandités par des gens ayant l’argent et ne voulant pas mourir. Les sectes proliféraient ainsi que les adeptes qui s’y précipitaient pour acheter leur pardon et survivre aux cataclysmes divins. Mais dans ce pays, toutes les formes de pensées spirituelles étaient considérées comme des religions à part entière donc légales faisant des shows télévisés des entreprises multinationales au nom du divin. Grâce à leurs moyens financiers, ces sectes pouvaient, à elles seules, financer la campagne présidentielle et ainsi obtenir certains privilèges. Elles organisaient par leur pouvoir, aussi bien politique que financier, des ventes d’armes au pays sous-développés ou au terrorisme international. Lorsqu’elles devenaient trop importantes ou autonomes sans reverser leur dû au pouvoir, des organismes secrets agissant pour les gouvernements organisaient des suicides collectifs. Ainsi le tour était joué. On avait aussi rappelé la règle du jeu à ceux qui auraient oublié leur devoir envers les états.

La mode étant au produit naturel, les sectes comprirent vite les débouchés en recrutement et en financement de cet engouement. Leurs adeptes se mirent au vert dans des grandes propriétés, souvent dans des châteaux. Ils ouvrirent des magasins dans les plus beaux emplacements des grandes villes pour écouler leur marchandise et blanchir l’argent de l’ombre. Tout cela en toute légalité. Tous les gens des milieux autorisés étaient au courant mais que faire ? Donc, on laissait faire. Ils se servirent de thérapeutes qui, contre royalties, écoulaient leurs produits d’ailleurs souvent de grande qualité (l’un n’empêchant pas l’autre).

Ainsi, les systèmes mis en place gagnèrent le vieux continent à une échelle plus réduite mais quand même. C’étaient comme des succursales financées par ces structures internationales, moins bien acceptées car rognant sur un territoire où seules quelques religions bénéficiaient de la reconnaissance des gouvernements. Mais avec la corruption et certains ayant pris place en haut lieu, il était difficile de les supprimer. On utilisa donc le même système du suicide collectif en mettant le feu pour essayer de brouiller les pistes. Malgré tout cela, il devint notoire que ces nouvelles religions étaient en relation avec les gouvernements dans des sombres affaires de trafic d’arme et d’argent sale. Des gens qui, en leur temps, faisaient la pluie et le beau temps et ayant leur cour et se faisant appeler maître par tout le gratin de la capitale accouraient vers eux pour chercher leur salut, l’avaient-ils trouvé ?

C’était aussi l’époque où les astrologues et les voyants étaient consultés par les plus grands de ce monde et ainsi dirigeaient au travers d’eux les décisions importantes pour le futur. Tous y passaient du plus petit au plus grand, allant du chagrin d’amour aux signatures de contrats souvent de plusieurs milliards. Certains de ces voyants prédirent la terreur voyant descendre du ciel des fusées s’abattre sur la capitale donnant le jour et l’heure. Ainsi, le jour de la grande éclipse, tous allèrent la voir. Certains prirent le prétexte de mieux voir le phénomène pour être loin ce jour-là sans avouer leur peur, d’autres prédire la fin du monde. Le jour j passa et rien de tout cela n’arriva !

Par contre, ce qu’ils n’avaient pas prévu était au rendez-vous de cette fin de siècle : les tempêtes pour ne pas dire les ouragans déferlèrent sur notre pays de part en part arrachant tout sur leur passage. Maisons, toitures, la moitié des arbres des forêts étaient par terre. Des arbres centenaires finissaient couchés. Il y eut des inondations dignes d’une fin du monde. Une marée noire fut provoquée par le naufrage d’un pétrolier vétuste qui avait eu les autorisations dans des pays de complaisance et qui avait été affrété par des compagnies, à bas prix. Pourtant, tous étaient conscients du danger que ce bateau faisait encourir. Le  commandant fut mis aux arrêts alors qu’il avait demandé refuge dans un port signalant son état et ses doutes au capitaine du port. Ce qui devait arriver se produisit, on mit la faute sur les uns et les autres alors que pourtant, c’était à l’évidence l’arbre qui cachait la forêt.

En effet, plus de la moitié de la flotte navigant sur toutes les mers du globe était dans le même état, on ne pouvait soit disant rien faire car tous ces bateaux étaient incontrôlables. Suite au naufrage du pétrolier, des bénévoles accoururent de partout prêter main forte aux gens du coin. Ainsi des milliers de tonnes furent entreposées dans des bâches et recouvertes de terre. On disait à la population que c’était une solution provisoire et pourtant le même système qui avait été mis en place vingt ans auparavant dans un naufrage similaire et il était toujours là ! Mais dans l’urgence, que faire ?

Après quelques mois alors que les sites étaient nettoyés au trois quarts, les chercheurs apprirent aux bénévoles que les plaques de pétroles qu’ils venaient d’enlever étaient cancérigènes. La compagnie concernée promit de payer le prix pour remettre en état les lieux et indemniser le manque à gagner. Elle s’engagea à pomper les restes dans le pétrolier au fond de l’océan, ce qui fut fait. Mais alors qu’aucune augmentation du baril n’eut lieu à cet instant, la flambée des prix à la pompe fit son apparition touchant l’essence mais surtout le fioul pour le chauffage et surtout pour l’industrie. Beaucoup se mirent en grève mais cela sans résultat. Déduction facile. Les usagers allaient payer la note, alors que ces mêmes compagnies affichaient la même année des bénéfices colossaux, cherchez l’erreur…

Dans le même temps, des tremblements de terre eurent lieu faisant des milliers de mort. Des trains déraillaient suite à des actes de vandalisme. Un des avions qui était le fleuron de notre aviation prit feu au décollage faisant plus de cent morts. Malgré le courage du pilote qui évita les villes toutes proches de l’aéroport les autorités publiques profitant de la peur de l’opinion publique alors que l’avion lui-même était mis hors de cause, en profitaient pour le retirer de la circulation. Chose qui aurait été impensable quelques jours auparavant ! Du coup, les contrôles de tous les avions firent apparaître qu’eux aussi, bref la moitié de la flotte était vétuste voire même dangereuse ! Bizarre ils volaient quand même. Quelques temps plus tard, ils annoncèrent que dans les mois à venir ils serait courant voir obligatoire qu’il y ait au moins un avion par semaine qui tombe dans le monde. Ils ne croyaient pas si bien dire car de semaine en semaine, il y eut des avions qui tombèrent aux quatre coins de la planète. Mais les vols ne furent pas arrêtés pour autant, toujours à cause de l’argent. Les compagnies d’assurance ne voulaient plus les assurer donc, par économie, les compagnies aériennes s’auto assuraient ce qui voulait dire en fait qu’elles n’étaient pas assurées du tout. Et en cas d’accident, elles devaient payer elles-mêmes : impossible ! Donc plus tard ils ont institué des billets où était inclue une décharge où les passagers prenaient leur responsabilité sachant les risques encourus et le tour était joué.

 

6.15Les sous-marins nucléaires

 

 

Ce fut le tour des sous-marins, fleurons d’un pays, symbole de la peur pendant la guerre froide, chargés d’armement nucléaire, de présenter leur faiblesse. Ils auraient dû avoir une retraite bien méritée mais on leur a refusée ne pouvant les remplacer ni les entretenir faute de moyens. Certains ont été stockés avec leur équipage et leur armement à charge nucléaire aussi de forte puissance. Leur équipage restait à bord pour essayer de retarder l’inévitable moment où ils couleraient et ainsi de continuer de polluer la mer, source de vie et qui allait devenir source de mort. On cachait aux populations les degrés de radioactivité déversés par ces armements qui étaient plus dangereux à ce moment-là qu’en pleine activité car en pleine activité, ils étaient encore contrôlables par l’homme.

Mais le plus grave, c’est que certains d’entre eux écumaient le fond des océans avec, à leur bord, des hommes fiers de servir leur pays, inconscients du danger ! Comment pouvaient-ils penser un seul instant que les officiers, généraux, colonels qui étaient leurs supérieurs, pouvaient les mettre dans ce qui allait leur servir de cercueil. Un de ses sous-marins lança un appel de détresse par cent mètre de fond mais son appel fut caché car les dirigeants du pays ne voulaient pas que les pays étrangers sachent la vétusté et surtout le contenu nucléaire incontrôlable de ces submersibles. Ils refusèrent l’aide internationale qui aurait pu prêter les moyens techniques pour pouvoir accéder et peut-être les sauver. Mais même ceux qui devaient prendre les décisions étaient en congé au bord de la mer, ne se souciant pas du drame des familles, de ses hommes courageux servant leur pays avec fierté jusqu’à offrir leur vie : pour qui ? Pourquoi ? Pour calmer les esprits ! Aucun de ces gens irresponsables, démissionnaires ne s’expliqua mais ils firent dire par l’intermédiaire en chef qui une fois rentré de vacances leurs excuses au pays et aux familles, et acceptèrent, une fois la mort certaine de l’équipage et les risques d’irradiation repoussés par la submersion de celui-ci, l’aide internationale qui se garda bien de condamner cette attitude. Ils eurent droit quand même à des obsèques publiques et à une médaille posthume.

La loi des séries étant présente, une des tour les plus hautes du monde car la compétition de la connerie humaine permet tous les excès et rend les gens aveugles, était aussi vétuste faute de moyens. Elle subit le même scénario catastrophe qu’un film de cette époque : la tour infernale. A nouveau, des soldats du feu y laissèrent leur vie. La tour ayant perdu par l’échauffement du feu, la résistance des câbles de support, comme sur les ponts suspendus, s’écroula. Alors des milliers d’hectare devinrent disponibles pour la construction de logements, de pavillons ou de petits immeubles.

Comment dans ce monde devenu aveugle pouvait-on encore rêver ? Il y avait de multitudes zones de conflit, même dans la partie la plus occidentale du monde. Certaines provinces luttaient contre des états totalitaires avec des armements dignes des musées. Par leur courage ils résistaient aux grands armés jusqu’aux dents et prêts à tuer homme, femmes, enfants, vieillards, un génocide au yeux et à la vue de tous, filmé en direct mais aucun état ne voulait s’ingérer dans ce que l’on appelait «  les affaires intérieures «.  Donc abandonnés à leur triste sort par nous tous, ils moururent exterminés, leur terre fut brûlée et ils furent les martyrs et tout cela pour avoir droit de cultiver un bout de terre et continuer leur tradition. Au lieu de leur infliger des sanctions économiques comme on l’avait fait dans certains endroits, on finança ces meurtriers qui pour arriver à leur fin, en ayant l’opinion publique pour eux, montaient par leurs propres services secrets des attentats en pleine capitale faisant des morts d’innocents. Ils condamnaient ces pauvres gens en les traitant de terroristes, d’ennemis de l’état, qui devaient donc mourir.

 

6.16Le terrorisme international

 

 

Cette époque était marquée par le terrorisme international devenu la façon reconnue et radicale de devenir un jour proche, un chef d’état. En défendant soi-disant une cause, en fait celle des riches, des hommes se servaient d’un idéal pour monter les uns contre les autres. Des pays, des régions étaient prises en otage par des groupes armés connus de tous les responsables qui pourtant n’agissaient pas. Ils laissaient s’installer la peur et la terreur chez les habitants faisait la loi du silence car celui qui osait intervenir était condamné à mort par les soi-disant libérateurs. Ils étaient armés jusqu’aux dents avec les dernières technologies mais couverts par les états qui les ravitaillaient en argent, drogues et services de tout genre.

Comment penser un seul instant que quelques individus ayant pignon sur rue, ne puissent pas être arrêtés sur le champ, alors que l’on tuait si facilement des jeunes de banlieue livrés à eux-mêmes et qui, pour survivre, volaient une voiture. Par peur du gendarme, ils forçaient un barrage et ils étaient abattus sur le champ sans sommation. Il faut dire qu’eux n’étaient pas armés et ne pouvaient en aucun cas influer sur les politiques. On sécurisait ainsi les populations leur faisant croire qu’on les protégeait et qu’ils pouvaient dormir tranquilles.

Il y eut une affaire montée de toutes pièces et que beaucoup de gens suivirent de prés à la télévision. Ils la vivaient quasiment en direct, de plein fouet en y  croyant dur comme fer. Cela se passait sur une île loin de nous, dans un secteur en guérilla déconseillé par tous les guides touristiques même si il n’était pas complètement interdit d’y aller. Ils montèrent une fiction digne des plus grands stratèges de l’époque pour financer un des partis en guerre. Cela fut fait en toute impunité devant les yeux de tous ! «.

«  Mais grand père comment les gens de ton temps pouvaient-ils être dupés  à ce point ? ».

— «  Justement, comme je te l’ai expliqué, le processus mis en place mondialement avait fonctionné à merveille. Ils avaient réussi sans opération une lobotomie quasi générale du cerveau humain. Au départ de l’histoire, rien de plus banal que d’envoyer des touristes, représentant un groupe de chaque pays concerné par le trafic financier et militaire résultant surtout de ventes d’arme. Pour certains, un couple de mariés partis en voyage de noce, pour d’autres, des touristes allant faire de la plongée sous-marine. Pour d’autres encore, des journalistes en vacances ! Mais ceux-là ne devaient rien risquer grâce à la présence des casques bleus, trois cents environ – qui étaient en exercice dans le coin. Donc pas de souci à se faire !

Et une nuit, par un beau clair de lune, une poignée d’hommes armés modestement, avec des armes qui, pour beaucoup, étaient périmées, encerclèrent et désarmèrent des soldats d’élite qui, eux, avaient des armes sophistiquées. C’est vrai qu’il faisait si chaud qu’ils dormaient et cela leur a facilité la tâche. Mais aussi les hommes de garde sommeillaient car, pourquoi s’en faire ? Etaient-ils eux aussi en vacances ? Mais ça, on ne pouvait en entendre parler qu’aux informations pour les lève tôt, bref, sans commentaire. En coulisse ont-ils fait un échange avec les preneurs d’otages, les militaires contre la poignée de civil en vacances. On pouvait mettre en pratique les négociations ; l’affaire ayant été ébruitée, des journalistes du monde entier et surtout des pays concernés. Ceux-là seuls étaient habilités à aller filmer les otages et à peu de frais avec une vidéo des plus médiocres. Il n’y avait pas de petite économie ou peut être pour faire plus sérieux, tout était minable. Une poignée d’hommes armés qui visiblement étaient des figurants, souriant à la caméra ; ils étaient conviviaux et réclamaient une rançon digne d’un couple royal : des milliards et des armes sophistiquées. L’armée régulière du pays concerné avait l’habitude de ses petits groupes et d’intervenir à peu de frais mais s’agissant de ressortissant étrangers, les ambassadeurs de tous les pays concernés leur interdirent au risque d’une crise internationale. L’armée encercla les preneurs d’otage.

Il fallait un émissaire car aucun des pays ne voulait céder aux demandes des terroristes. Un pays se proposa spontanément et cela, je te rassure n’était pas un pays des droits de l’homme, mais en son temps, un des plus grands états terroristes du siècle dernier, mais ayant un embargo et surtout beaucoup d’argent. Ouvertement, il était impossible de traiter avec lui car il armait et entraînait tous les terroristes ou presque dans le monde et organisait même les révolutions. Il fallait donc un coup d’éclat aux yeux de tous pour redorer son image et faire oublier son passé. D’autres dans des régions voisines l’avaient déjà fait et avaient été reçus ouvertement comme des chefs d’état. Donc pourquoi pas lui ? Une fois d’accord en coulisse avec les pays concernés, il envoya un émissaire officiel qui fut seul accepté comme par hasard par les terroristes. Le tour était joué et cela n’avait choqué personne. Au contraire cela marchait à merveille, il avait carte blanche pour négocier et il était devenu le sauveur aux yeux du monde.

A l’arrivée des otages sur son territoire, les médias du monde entier étaient là invités bien sûr pour couvrir l’événement afin que tout le monde puisse lui rendre grâce. Il fit une réception digne des plus grands de ce monde, on lui devait au moins ça !  Ainsi les otages furent libérés mais pour quelques vies sauvées, combien de pauvres gens allaient mourir par les armes sophistiquées livrées aux terroristes. Comme ils étaient loin de chez nous et n’intéressaient personne, ils seraient, comme le disaient certaines mauvaises langues, morts de toutes façon de faim ou de froid ou bien sous la torture. Il est vrai qu’il valait mieux mourir en recevant une balle que sous les tortures atroces pratiquées par ses barbares. Une fois l’opinion rassurée et les transactions terminées, comme à l’accoutumé, on passa à autre chose, peut-être que tous les acteurs sur place furent  assassinés à leur tour sans que personne ne s’en inquiète.

Ayant créé un corps d’armée comprenant des soldats de tous les pays industrialisés, ils s’introduirent par ce système dans tous les pays dit sous-développés sans créer de conflits ou d’ingérences dans la vie politique à leurs yeux. Car il faut que tu saches qu’auparavant, ces pays n’avaient pas de frontières réelles sauf celles instituées par les chefs de villages. Ils réglaient leurs problèmes eux-mêmes sans trop de morts et peu souvent, avec leur main ou des flèches fabriquées de leurs propres mains surtout pour chasser et nourrir leurs familles. Mais les hauts dignitaires des pays dit civilisés ont vu le potentiel qu’ils pouvaient en tirer ; ils ont sélectionné quelques chefs avides de pouvoir et leur ont fourni les armes nécessaires pour former des «  guérillas « souvent accompagnées de mercenaires qui étaient d’anciens militaires ou même qui sait, encore en activité.

A cette époque tout était possible, et ainsi ils instituaient de nouvelles frontières à leur gré, séparaient des familles, des frères de sang qui, d’un coup, devenaient les propres ennemis des leurs. Ainsi des guerres fratricides éclatèrent de toutes parts faisant des milliers de morts pour essayer de récupérer leur terre mais c’était le pot de terre contre le pot de fer.

Sur d’autres terres, il en fut de même avec des populations aborigènes, qui furent massacrées par milliers par des navigateurs au nom de leur roi ou de leur reine ; ils s’accaparaient le bien d’autrui, car ces gens-là pour eux ne valaient pas mieux et encore moins qu’un animal ; donc ils s’accaparèrent une terre qu’ils avaient soi-disant découverte et qu’aucun habitant avant eux n’avait foulée ; ils furent reçus comme des conquérants souvent nommés gouverneurs de leur propre découverte, les mains remplies de sang. Cela dura des millénaires, sans que rien ne change et même au vingtième siècle, ils n’étaient toujours pas reconnus sauf s’ils étaient des sportifs de haut niveau.

 

6.17Les sportifs criminels

 

 

Un jour pendant des jeux, une d’entre elles gagna une médaille d’or et osa arborer le drapeau de son pays : quel outrage envers les envahisseurs reconnus de tous, personne n’osa bouger et pour cause combien de pays avaient été dans cette situation, ils sont allés jusqu’à les interdire de participation aux prochains jeux s’ils osaient reproduire l’incident et cela par le comité olympique de cette époque. Quelle honte ! OÙ sont les droits de l’homme car ici tu vois il s’agit bien de cela, car les jeux cette année-là étaient sur leur territoire. C’est pour toutes ces raisons que cette fameuse armée fut créée non pas pour restituer les biens à qui de droit mais pour les protéger des envahisseurs, qui n’étaient autres que leurs pairs.

Le vieux continent n’arrivait pas à trouver ses marques et pour cause, à nos portes, ils mirent des militaires de ce corps d’armée pour servir d’arbitre et non pour protéger les gens qui avaient souffert, leur famille ayant été assassinée ou violée, leur maison brûlée. On découvrit des charniers, les gens avaient fuit par milliers, leur maison avait été brûlée ou détruite par la minorité venue d’ailleurs. Ce corps de protection leur permit, après des pilonnages à outrance par les pays voisins venus les délivrer, de rentrer chez eux. Mais une fois rentrés chez eux, ils leurs enlevèrent ou leur interdirent leurs armes, un comble et ils protégèrent celui qui les avait massacré, qui avait été considéré comme un criminel de guerre et rejeté de son peuple mais il devait être protégé pour qui pour quoi, on se le demande. Mais le problème restait entier : une fois l’arbitre parti, que deviendraient-ils ? Comment croire à ses gens qui protégent les méchants ? La haine montait et pour cause, ils avaient raison mais cela ne suffisait pas.

Le vieux continent était en train de voir sous ses yeux ce qui allait lui arriver quelques années plus tard, car partout dans chaque état, des populations venaient s’installer car il n’y avait plus de frontières et ayant peur de mettre en pratique nos propres règles devant être respectées par les gens du pays et non par les nouveaux arrivés, les surprotégèrent, les minorités prirent le dessus sur la population faisant sa loi et ne respectant aucune des nôtres. On parla de racisme alors qu’il ne s’agissait que d’inégalité. D’où les haines entre les êtres, car les niveaux étaient ramenés vers le bas dans tous les domaines, les gouvernements étaient lâches et sous le couvert des droits de l’homme, laissaient pourrir la situation sur tout le vieux continent. Nos faiblesses les rendirent de plus en plus audacieux, jusqu’au jour où ils prirent le pouvoir car on leur donna le droit de vote. Le processus se mit en route, ce qui s’était passé à nos portes n’avait pas servi de leçon et se reproduisît à l’identique chez nous, alors que l’on aurait pu l’éviter. Au lieu de vouloir intégrer les gens contre leur volonté, on aurait pu leur apprendre les rudiments de savoir-vivre, le sens du respect des devoirs les uns auprès des autres car tous ces ingrédient auraient pu nous rapprocher au lieu de nous éloigner, mais les uns et les autres avaient été manipulés, car le fameux proverbe «  diviser pour régner « était toujours d’actualité, ainsi le vieux continent se déchira, n’ayant pas voulu respecter la dignité de l’homme ni choisir entre le matérialisme et le socialisme, l’un ne peut cohabiter avec l’autre ; – les malheurs du monde de ce temps-là venaient de ces deux oppositions : le matérialisme et faire de l’argent à tout prix au détriment de l’homme car il y perdait son âme.

Certaines sociétés sont basées sur la compétence en ne rémunérant que les gens ayant un potentiel de rentabilité (cela étant bien rémunéré et cela variant selon leur rendement) et pouvant ainsi se payer leur couverture sociale ou leurs retraites, celles-ci en créant des fonds de pension engendrant des milliard injectés en bourse et ainsi en devenant propriétaires de part dans des multinationales dans le monde entier, ils avaient la main mise dans tous les conseils d’administration et influençaient ainsi les décisions et le devenir des dites sociétés. Les autres gens étant laissés pour compte, cela était l’extrême et cela paraissait inhumain mais dans un système matérialiste l’assistanat n’a pas sa place, ni la paresse, d’où des riches et des pauvres mais ils avaient le choix soit de travailler soit de l’oisiveté.

L’autre façon de voir la vie sur d’autres continents était le social à tout prix mais dans un système se disant capitaliste, mais l’un n’est pas compatible avec l’autre tout au moins dans leur vision de la chose, je vais essayer de te l’expliquer le plus simplement pour que tu comprennes bien les oppositions des systèmes et après je te donnerai ma vision personnelle avec les possibilités qu’il y aurait pu avoir en prenant le meilleur des deux systèmes. Leur fonctionnement était simple ils obligèrent par le biais des syndicats à conditionner les travailleurs les amenant dans le sens qu’ils voulaient et quand ils l’avaient décidé et cela avec l’aide des gouvernements en place, ils influençaient les ouvriers leur faisant croire au miroir aux alouettes, les 35 heures payées 39, les vacances pour tous, à travail égal salaire égal, mais à poste égal certains étaient meilleurs que d’autres mais n’étant pas reconnus à leur valeur ; ils se mettaient au niveau des autres d’où un nivellement vers le bas et une dégradation du niveau du travail, ils voulaient tellement mettre des normes de sécurité que le travail devenait hors de prix : pour changer quelques tuiles sur un toit, il fallait mettre des protections avec un filet au bord de celui-ci, une protection cent fois supérieures à la normale, oui il fallait prendre des règles de protection pour les ouvriers.

Mais trop était autant nuisible que pas assez ; il y avait la possibilité d’un juste milieu, ainsi ils avaient encouragé le travail au noir de ceux qui travaillaient sans filet d’où une grande économie pour les particuliers mais un effondrement du système social car ils ne reversaient aucune charge aux organismes sociaux. Dans ce système où était la démocratie, où se situait la liberté d’entreprendre puisqu’une entreprise privée était constamment forcée de se plier aux ordres de l’état ? Cela ressemblait plus à un système lié à une dictature mais, chose bizarre, aucun grand patron ne se révoltait contre cette situation, vu l’ampleur du phénomène ils devaient avoir des compensations qui leur permettaient de s’enrichir quand même, ils ont été bien souvent exonérés de charges sociales ce qui, pour des grandes entreprises, représente des milliards et cela au détriment des ouvriers car les caisses, maladie, retraite, chômage étaient de ce fait déficitaires. Il était bien souvent exempt d’impôt, mais de par ce phénomène pour les petits ouvriers, les professions libérales et les artisans, les charges augmentaient de plus en plus. Alors pour masquer le chômage, ils créèrent des emplois publics de plus en plus mais cela signifiait encore plus de charges pour les travailleurs, d’où un effondrement de la démocratie vers un état anarchique et non social car cela était devenu de l’assistanat à tous les niveaux ramenant encore plus la société vers le bas : la médiocrité.

Ces mêmes chefs d’entreprise reversaient des milliards aux partis politiques pour leur bon fonctionnement en contrepartie de marchés publics juteux, les prix réels étant multipliés par deux ou trois ; à nouveau les petits payaient le prix fort pour récupérer les dépenses cela était mis au grand jour mais personne ne bougeait. Pourquoi s’en priveraient-ils ? Et si cela arrivait, ils s’amnistiaient et le tour était joué, car tous les partis étaient de mèche ; il ne pouvait en être autrement,

Je pourrais en parler pendant des jours mais cela ne t’en dirait pas plus, alors que l’on aurait pu progresser avec les technologies modernes tout en gardant les meilleurs côté de la vie dite à cette époque «  rétrograde «, je vais essayer de te l’expliquer.

 

6.18Une question de génération

 

 

BLANC OU NOIR-POSITIF OU NEGATIF. Les gens de ma génération qui étaient pourtant très proches de la vôtre, ont eu tout comme vous, leurs qualités et leurs défauts. Mais la différence entre vous et nous est grande. Grâce à l’éducation que nous avons reçue, nous avons acquis une rigueur de vie, une morale, un droit au respect, qui appelle le respect. L’envie de faire des choses interdites, nous l’avions aussi mais la sanction était immédiate. Et comme tout un chacun voulait la vivre rien que le regard de l’un vers l’autre suffisait à nous remettre sur le bon chemin. Le côté pervers de l’être existait mais il était caché. On ne nous apprenait que le côté positif de la vie, la gaieté, la joie de vivre, la fierté d’aller travailler pour aider sa famille et la société, la valorisation du respect de la parole donnée, l’exactitude, à chercher à se surpasser chaque jour, respecter les élus, le maire, le curé, le gendarme, etc. Ils avaient une valeur aux yeux de tous, ils étaient les repères de la société car seul leur côté pile nous était montré, faisant naître l’envie de s’identifier à eux. Les côtoyer était un honneur. Les médias de l’époque nous relataient tous les actes héroïques et respectables de ces gens-là.  Et si jamais certains d’entre eux avaient des côtés douteux, pervers, la justice s’accomplissait dans l’ombre. De ce fait, leur moralité n’était pas entachée à nos yeux. D’ailleurs, pourquoi dénigrer un acte, beau et humain en ne dévoilant que les côtés pervers de la personne qui l’a commis pour dévaloriser ce même acte ? Qui a le droit de juger ? Par exemple, prenons le cas d’un criminel qui ayant purgé sa peine, est libéré. En sortant de prison, il vient à sauver un enfant qui allait se faire écraser par une voiture. Quelle réaction allons-nous avoir à son égard ?

Un jour, un quotidien évoqua un fait divers à la une : une dame qui se promenait sur un pont de Paris, fût témoin de la tentative de suicide d’une femme qui se jetait dans la Seine, elle courut prévenir les pompiers. Pendant ce temps,  un cycliste se précipita dans l’eau pour porter secours à la victime. Lorsque cette dame revint, la femme était allongée sur la rive, sauvée ! Mais le cycliste avait disparu. Dans le journal on pouvait lire : «  Le sauveteur devait certainement être recherché par la police «. Et si tout simplement, il avait voulu rester anonyme ?

Donc arrêtez de nous entraîner vers le côté noir de la vie de chacun car le noir entraîne le noir. Allons plutôt chercher le côté blanc et respectons-le, valorisons-le. Ainsi la motivation de nos enfants sera à nouveau basée sur le blanc. A notre époque, certains d’entre nous pouvaient faire des études, d’autres, pas. Ainsi, à 14 ans, nous étions fiers d’aller travailler,  de faire parti de la grande famille des travailleurs manuels et de devenir des hommes. Pourtant le travail était dur, pour un salaire modeste entre 50 et 300 francs par semaine, six jours sur sept, pour bien souvent 10 à 12 heures de travail quotidien. Quel bonheur de pouvoir apprendre un métier manuel et de gravir les échelons de la vie sociale, non pas en écrasant son voisin, mais grâce à ses aptitudes professionnelles. L’absentéisme n’existait presque pas. On allait travailler même avec de la fièvre pour ne pas pénaliser son équipe. Si, par hasard, on faisait la fête un soir et qu’on rentrait à six heures du matin, pas question d’aller se coucher. On remettait son bleu de travail et on partait directement au travail, fatigué, certes, mais heureux. C’était notre fierté et notre raison d’être. Celui qui avait poursuivi ses études et réussi était mieux payé et respecté. Il faisait parti de l’élite des gens que nous respections car ils nous respectaient. Aujourd’hui, le niveau des études a été abaissé afin de permettre à tous d’y accéder, mais cela c’es fait au détriment du travail manuel. Quelle erreur ! Ce qui faisait l’élite des gens de qualité est devenue une banalité et tout le monde se croit intelligent d’où le chômage grandissant, car tous les petits métiers sont méprisés et le respect du travail a disparu.

Dans les écoles, le laxisme est apparu. On n’apprend plus aux élèves à respecter les lieux où ils se trouvent, les lois, les valeurs et les devoirs. Mais à ce jour, on leur apprend leurs droits, ce qu’ils valent sur le marché du travail : entre 10 et 30. 000 francs par mois, alors qu’ils n’ont encore jamais travaillé. Le savoir ne suffit pas, la première règle, c’est l’amour du travail, par devoir pour soi-même, par amour-propre pour la société qui est la nôtre. Par cette attitude sur deux à trois générations et par les abus de part et d’autre, notre système social s’est effrité. Les jeunes commencent à travailler  de plus en plus tard car les études durent jusqu’à 25 ou 30 ans alors qu’à une époque encore toute proche, beaucoup étaient au travail dés l’âge de 14 ou 15 ans. La retraite est réclamée de plus en plus tôt, à 55 ans au lieu de 65. De 48 heures de travail par semaine, nous sommes passés à 39 heures pour arriver bientôt à 35, payées 39. Ce qui entraîne le déséquilibre de nos institutions, mais aussi de l’être humain car 55 ans, c’est l’age de la maturité,  le sommet du savoir. C’est aussi l’age où la compréhension de la vie  doit être transmise aux jeunes générations qui la refusent. Ainsi, malgré les progrès technologiques, on assiste à la disparition du savoir-faire, des valeurs, du travail, des contacts humains. Retrouvons notre dignité, au travers de la vie active, qui est l’arbre de vie des générations et l’équilibre du monde.

Mais ils avaient les yeux fermés devant la réalité de la vie et l’oisiveté mena les jeunes à se révolter de toutes parts, manipulés par les dirigeants. LÀ où avait commencé le berceau de toute les religions, des affrontements fratricides eurent lieu au départ avec des cailloux mais l’enchaînement de haine et d’antisémitisme eut lieu, profanant même les tombes sacrées sur les lieux saints, puis les armes bien réelles, ripostèrent celles-là tuant des innocents emportés par le fanatisme, chacun pensant être dans son droit. Les dirigeants eux étaient reçus par les chefs d’Etat de plusieurs pays voulant trouver une solution. Y en avait-il une ? Pour eux peut-être, mais pas pour les peuples qui n’aspiraient qu’à la vengeance car leurs différents duraient depuis des décennies voire des siècles. On en revenait aux guerres de religion car aucune d’entre elles ne voulait perdre sa place ni ses fidèles, et cela durait ainsi de par le monde depuis des siècles.

 

6.19Le manque de bon sens

 

 

Cette fin de siècle fut une mascarade gigantesque où deux mondes se côtoyaient, d’une part la haute finance où ni la raison ni le coeur n’avait de place, et les gens normaux représentant 80 pour cent de la population mondiale mais sans aucun pouvoir sauf celui de préserver ses proches et cela au jour le jour, et quand cela n’était plus possible alors seulement ils se révoltaient, mais on enlevait un dictateur pour en mettre un autre à la place, désigné non pas par le peuple mais par les classes dirigeantes mondiales seules autorisées à décider à qui ou non seraient distribués les fonds nécessaires au bon fonctionnement du pays d’où l’échec assuré pour celui qui oserait braver la règle. Et pourtant il aurait suffi de règles de bon sens pour changer cela, je vais t’en citer quelques unes :

Depuis la création du monde, les civilisations vivent sur des critères : homme, femme, enfant, jeune, vieux, beau, laid, handicapé, noir, jaune, blanc, etc. D’où l’exclusion, le racisme, la médiocrité, le mépris de ceux qui croient savoir vis à vis de ceux qui pensent ne pas savoir. Quel gâchis dans ce monde si beau ! On y percevait que la laideur au travers des gens. Nous avait-on seulement expliqué le pourquoi de cet état actuel ? D’où le proverbe si bien pensé et appliqué : «  Diviser pour régner «. Et il nous fallait abuser le faible, le naïf, l’ignorant alors que le chemin de la vie est tout autre que celui dans lequel nous vivons. Je vais essayer de te l’expliquer le plus simplement du monde. Chacun d’entre nous est une particule de vie, représentative de la création, notre corps qui est matière est la seule représentation de l’âme. Pour que tu arrives à vivre en harmonie, il te faut dépasser la visualisation de la matière, du corps de la femme, de l’homme, car étant différent, tu ne peux communiquer, même si tous revendiquent l’égalité. Nous en avions effectivement le droit, mais la différence est grande car ce droit d’égalité existe si nous nous regardons tous, en qualité d’être humain à part entière, d’âme à âme. Ainsi, nous représentions notre âme, tous égaux et identiques sur le chemin de la vie spirituelle car dans chaque quête, le seul chemin qui compte c’est la vie. Il n’y a pas de haut ou de bas mais des âmes complémentaires. Le fort se mettait à la hauteur du faible pour l’aspirer vers le haut. La matière, la vision animale de l’être étant dépassées, l’humain que nous aurions pu devenir aurait pu enfin découvrir les joies de la vraie vie toutes fondées sur le respect, les devoirs, la sagesse, l’humilité tout en sachant que notre âme est éternelle et que le corps qui la représente ne fait que passer. Si l’on s’était respecté les uns et les autres alors seulement, la paix universelle aurait régné sur l’humain, l’humanité. Mais à cette époque peu de gens acceptaient ou avaient entendu parler de cette forme de pensée qui aurait pu changer la suite des événements qui ont conduit l’humanité à sa perte.

Tout ce que je viens de te raconter ne représente qu’une infime partie de la triste réalité de ce temps-là.

 

6.20Les femmes

 

 

Les femmes étaient méprisées, aucune n’était reconnue ni acceptée, sauf les femmes nobles qui elles méprisaient encore plus les femmes du peuple. Les hommes pouvaient avoir plusieurs femmes et avoir des maîtresses. Mais si par malheur, une femme trompait son mari, elle était châtiée sur-le-champ.

Dans chaque pays, certains êtres avaient des dons exceptionnels de guérison. Ils pratiquaient la magie blanche, mais beaucoup se servaient de la magie noire pour nuire et détruire, l’une des principales préoccupations des hommes. Ils faisaient des sacrifices avec des animaux et bien souvent avec des humains pour soi-disant racheter nos fautes. Mais bien entendu, les candidats étaient choisis dans le peuple. Dans certaines religions, tous ces «  guérisseurs « dérangeaient. On les traitait d’hérétiques et on les brûlait vifs sur des bûchers ou bien on les écartelait. Ils servaient d’attraction et d’exemple pour faire peur et faire croire aux gens que si tout allait si mal, c’était de leur faute.

A cette époque, des populations entières étaient décimées par manque d’hygiène et surtout à cause des maladies vénériennes comme la syphilis. La contraception n’existait pas, les femmes se faisaient avorter de façon archaïque et les trois quarts du temps, elles en mouraient. Les hommes étaient des ivrognes qui ne les respectaient pas et les violaient très souvent L’inceste existait déjà, la pédophilie était pratiquée par les nobles qui avaient tous les droits. Les pauvres vendaient leurs filles au plus offrant. Bien souvent, elles ne connaissaient pas leur mari si ce n’est que le jour de leur mariage. C’était bien souvent un homme qui était plus âgé et qui aurait pu être leur père.

La prostitution et l’homosexualité existaient depuis la nuit des temps. Malgré l’interdiction des religions, l’homme a toujours vécu sa sexualité comme une pulsion animale, ne pouvant pas la contrôler. A-t-il voulu seulement essayer ? Lui a-t-on appris à aimer, à s’aimer ?

Bien au contraire, tout le savoir spirituel a été caché pour mieux manipuler les gens et les culpabiliser, comme dit le proverbe : «  diviser pour régner «. L’être a toujours vécu en se sentant coupable d’exister et a toujours montré sa force par la peur, l’humiliation, la torture et la mort. Cela, toujours du plus fort vers le plus faible. Pour pouvoir communiquer et se respecter, il faut se comporter autrement qu’un être sexué. Cela ne veut pas dire que l’on ne doit pas accomplir l’acte sexuel, bien au contraire. Mais au lieu de le vivre comme une pulsion, il devient un acte volontaire dans l’instant présent, dans le respect total de l’être si beau et si pur qu’est la femme.

Elle est l’unique garante de la continuité de la vie. Quel mérite et quel courage lui a-t-il fallu pour supporter toutes ces humiliations, ces abus sexuels, ces violences commis à son égard au cours des siècles. On lui arrachait ses enfants pour assouvir la soif de pouvoir de l’homme. Ces enfants martyrs allaient aux champs dés leur plus jeune âge contre un morceau de pain, ils étaient bien souvent frappés à mort ou martyrisés par un père alcoolique.

Certaines filles étaient placées, dés leur plus jeune age, comme bonne à tout faire, dans des familles bourgeoises contre le gîte et le couvert car leurs parents ne pouvaient plus les nourrir. Parfois, elles étaient considérées comme la fille adoptive de la famille chez qui elles étaient placées. Elles pouvaient alors jouer avec les autres enfants. Elles bénéficiaient de l’éducation et de l’instruction données à ces enfants privilégiés car beaucoup avaient une gouvernante et un précepteur. On leur donnait les vêtements usagés. Elles retournaient dans leur famille une fois par mois ou seulement une fois dans l’année.

Le travail était pénible, mais elles pouvaient se retirer dans la chambre qu’on leur attribuait dans la maison, bâtisse cossue, aux nombreuses pièces, ornées de meubles de style et de tableaux de maître. On y donnait de grandes réceptions auxquelles étaient conviés les notables de la ville : comtes et comtesses, derniers descendants de la noblesse, le maire, le curé, le maître d’école. Dans les salons immenses, on donnait de prestigieux concerts où se produisaient de grands artistes lyriques ou encore de grands bals où les femmes rivalisaient d’élégance. Elles passaient des heures à se préparer, elles portaient un corset qui leur affinait la taille sous de belles robes longues et vaporeuses.

A cette époque, le personnel était nombreux et très peu rémunéré. Dans certaines familles bourgeoises, il y avait une camériste, attitrée à la maîtresse des lieux. Cette employée pouvait commander les autres membres du personnel de maison. C’était souvent des hommes, appelés maîtres d’hôtel, ils portaient une livrée et des gants blancs. La vaisselle était en porcelaine rare, les couverts en argent, les verres en cristal, les nappes brodées à la main. Il y avait également un chauffeur qui s’occupait de l’entretien de la voiture et qui conduisait Madame faire ses emplettes, lui ouvrant la portière pour la faire descendre ou monter. Il conduisait aussi les enfants à l’école et Monsieur à son usine. Un palefrenier s’occupait de l’écurie de chevaux, car c’était très à la mode de monter à cheval. Des jardiniers s’occupaient des pelouses et des massifs de fleurs, renouvelés en permanence au rythme des saisons, ainsi que du jardin potager et du verger. C’est ainsi que vivait la vraie bourgeoisie avec son éducation et son cortége de bonnes manières. Elle avait un certain respect pour son personnel bien qu’elle l’exploitait le plus souvent. Car comment pouvait-on devenir riche si l’on ne créait pas la misère ?

Malheureusement, dans la majorité des cas, ces jeunes filles, placées bien souvent dés l’age de quatorze ans, étaient maltraitées et souvent violées. La maîtresse de maison ne pouvait l’ignorer car elle pouvait entendre, de sa chambre, leurs cris de souffrances, mais elle gardait lâchement le silence. Quant aux jeunes filles, elles ne pouvaient qu’accepter la situation par crainte de perdre leur travail. Elles subissaient les assauts de leur maître qui agissait en toute impunité. Si par malheur, elles tombaient enceintes, elles étaient chassées sur le champ, sans gages, déshonorées par leur statut de filles mères. Et comme si tout cela ne suffisait pas, elles étaient rejetées par la société et surtout par leur propre famille qui les avaient pourtant placées sans leur demander leur avis chez ces gens soi-disant honorables. Durant cette époque, la communication était plus que précaire.

C’était surtout la loi du silence qui primait car la justice donnait toujours raison au riche, le pauvre ne pouvait que subir, d’où les dérapages et les abus en tout genre. Mais les actes de viol, de pédophilie, d’inceste se passaient surtout chez les pauvres qui n’avaient pas les moyens de s’offrir la fille du voisin. Les enfants nés dans ces conditions-là étaient bien souvent enlevés dés leur naissance et vendus à des familles riches qui ne pouvaient pas avoir d’enfant. Personne ne savait qui en était le père même pas leur pauvre mère. L’alcoolisme gagnait beaucoup les hommes, cela leur permettait d’oublier, mais bien souvent ils avaient le vin mauvais. Dans ces moments-là, ils battaient femmes et enfants, jusqu’au sang, bien souvent avec leur ceinturon. Pendant ce temps, l’ère industrielle vivait ses prémices mais engendrait encore plus l’exploitation de la nature humaine. Les usines devenaient de plus en plus prospères mais la misère était toujours présente. Les ouvriers décidèrent alors de se regrouper entre eux afin d’obtenir plus de respect pour leur personne. Certains, ayant reçu une plus grande instruction, allaient l’utiliser pour aider leurs compagnons.

 

6.21La libéralisation de la femme

 

 

Depuis des siècles, brimée par l’homme, elle n’avait jamais pu s’exprimer. Elle subissait la vie qu’il lui avait imposée. Aucune loi ne la protégeait, son labeur était sans fin, à la maison comme au travail, aux champs ou à l’usine. Sa sexualité était inexistante, elle subissait les pires humiliations, obligée d’accomplir l’acte dit conjugal avec un être bien souvent abject et sans moralité. Pour que tu situes mieux cet homme, je vais te dire un texte que j’avais écrit à cette époque, intitulé, l’homme animal. «  Lorsque j’étais petit, l’homme auquel je devais m’identifier, axait tout sur le travail, mais surtout sur sa supériorité vis à vis de la femme. Incapable de contrôler sa sexualité animale, basée sur la pulsion, l’émotion, la passion lui donne l’illusion d’aimer, d’exister. Au moindre échec, il est perdu, sans avenir, déchu de ses droits de mâle, de cuissage. Bien souvent, la vision qu’il a de la femme ne dépasse pas la ceinture, d’où l’incompréhension, le dérapage vers l’échangisme, l’inceste, la pédophilie, etc. pour assouvir ses pulsions sexuelles, un besoin de renouveau qui lui donne l’illusion du bonheur. L’homme n’existe donc pas. C’est l’animal qui vit au travers de ce corps, envahi par des pulsions et des passions incontrôlées et qui l’amène à commettre les pires folies. A méditer.

Alors, maintenant tu peux comprendre la révolte de la femme, son désir de liberté, son besoin de s’affirmer, d’être reconnue par cet homme qui l’avait rejetée de toutes les civilisations. Le drame, c’est qu’elle allait reproduire les mêmes erreurs que l’homme en prenant sa revanche, pour ne pas dire sa vengeance, sur celui qui les faisait tant souffrir depuis des siècles. Elle a voulu mettre au panier tout ce que sa mère lui avait appris. Fini le ménage, le repassage, la vaisselle, la préparation des repas, le fait de s’occuper des enfants, de dépendre du mari. Elle voulait avoir des enfants lorsqu’elle le désirait avec ou sans mari. Elle veut vivre une ou plusieurs aventures, ce qui était jusque là le privilège de l’homme. Elle veut se mettre à boire, à fumer, se faire tatouer, se droguer. Quelle libération !

Lorsqu’elle travaillait, elle prenait son autonomie financière et voulait s’offrir tout ce que la société de consommation lui vantait pour sa beauté ou son confort dans les publicités. Tout était basé sur l’apparence, les plus belles trouvaient du travail non pas pour leurs compétences, mais pour leurs charmes. Elles l’avaient bien compris et en usèrent à outrance. Elles délaissèrent leur foyer pour vivre leur vie au détriment de l’équilibre du couple, en laissant les enfants livrés à eux-mêmes. Fini la culpabilité, la société de consommation avait gagné, la femme devenait une consommatrice en puissance. Elle avait son propre compte en banque et chacun payait sa part, plus de communauté. Elle se mit à porter des pantalons, perdant ainsi sa féminité, elle voulait s’identifier à l’homme et elle exerçait des métiers pénibles tels que routier, peintre en bâtiment, chauffeur de taxi, policier. Elle fit son service militaire, de la politique, mais tout cela n’était qu’un leurre ! Pour avoir sa voix aux élections, l’homme lui fit croire qu’elle était reconnue alors qu’il continuait à l’exploiter, exerçant bien souvent son droit de cuissage car l’homme animal de cette époque régnait en maître.

D’une complémentarité à la base, l’homme et la femme se retrouvait égal à égal, d’où le dérapage vers le côté hermaphrodite qui existe en chacun de nous. Qui est l’homme ? Qui est la femme ? Les grandes villes regorgeaient de femmes seules, soit par conviction ou soit qu’elles ne supportaient pas la domination ou le partage. Les divorces étaient monnaie courante, par facilité. Pourquoi lutter alors que tant de femmes cherchaient l’âme soeur ? Les couples se faisaient et se défaisaient. Les enfants naissaient de père différent. Les problèmes de famille étaient souvent insoutenables, des déchirements où les enfants servaient souvent pour exercer un odieux chantage. Les mères devenaient jalouses de leurs filles et vice-versa. A  cause de tous ces bouleversements, on ne savait plus trop qui était qui. L’inceste était de plus en plus fréquent. Les enfants battus étaient abandonnés à des organismes sociaux.

Les pays industrialisés devinrent les plus grands consommateurs d’antidépresseurs, les suicides augmentaient considérablement, surtout chez les jeunes qui n’avaient plus de repères. Chacun se rejetait la faute, on préférait ne pas en parler. J’avais écrit  aux mères de l’époque le texte que je vais te dire maintenant : «  Oh mères ! Sachez que pour un enfant, sa mère est toujours la plus belle, que vous soyez grosse ou maigre, grande ou petite. Il perçoit votre beauté, votre grandeur intérieure. Depuis quelques décennies, on vous enlève le droit d’être mère en vous libérant de vos obligations qui font pourtant de vous des êtres d’exception, irremplaçables. Vous qui êtes le pilier de la terre, vous sans qui la vie s’arrêterait, nous avons tant besoin de vous ! Sans votre amour maternel, nous sommes désemparés. Pour l’enfant qui deviendra père un jour, ses repères seront les vôtres. De votre attitude dépendra la sienne vis à vis des autres femmes. Alors je vous en supplie, redevenez des mères, des vraies. Qu’à vos yeux, nous soyons, non plus un fardeau qui vous empêche de vivre, mais votre fierté. N’oubliez pas que nous venons de vous, du plus profond de vos entrailles. Contrairement à ce que la société vous fait croire, nous ne déformons pas votre corps, nous l’embellissons. Vos rides, vos rondeurs et vos douleurs sont les fruits de votre amour à nous écouter respirer la nuit, à nous défendre du monde extérieur, impitoyable, à nous veiller, malades. Nous avons tant besoin de cet amour, ne nous reniez pas. Soyez fières de nous, afin que nous ne vous décevions pas, et que votre foyer devienne un havre de paix. Soyez vous-mêmes, ne changez pas. Entendez notre douleur de vous perdre aux yeux des autres, leurs regards sentencieux nous sont insupportables. De quel droit nous jugent-ils ?

Un jour, quand j’étais petit, à l’école, un grand m’a dit : «  Ta mère est une putain «. Je ne l’ai pas supporté, il était plus fort que moi, mais comme ton nom honneur était en jeu, je lui ai foncé dedans. J’ai reçu un coup de poing dans l’oeil et j’ai saigné du nez. Mais j’étais fier ! Seulement, quand je suis rentré à la maison, tu ne m’as pas laissé m’expliquer et tu m’as puni en me traitant de voyou. Le destin a voulu que très jeune, on t’enlève à moi. Jamais je n’ai su te dire combien tu m’as manqué : une caresse, un bisou, un mot de toi et le soleil resplendissait pour la journée. Plus je grandissais, plus je te trouvais belle avec tes rides, tes douleurs et ta peau marbrée par les années. Si j’avais la chance de t’avoir encore auprès de moi, je serai fier de te prendre à mon bras et de te dire : Accepte la femme que j’ai choisie, aime-la, elle ne m’enlève pas à toi. Mère, à son tour, elle t’aurait donné des petits-enfants. Tu lui aurais transmis ton amour et ta fierté maternelle pour qu’elle ait la force d’assumer sa tâche, lourde mais si belle. Oh Mères, aimez-nous ! Comment vous dire. Vous seules engendrez la vie. Oh Mères, je vous envie ! Sans vous, nous ne sommes rien. C’est peut être pourquoi l’homme que nous allons devenir vous fait tant de mal depuis des siècles. Pardon !

Avant cette époque là, la jeune fille, la femme, la mère avait le respect, la fierté d’être une femme, malgré le rejet abject, le mépris de l’homme animal se disant supérieur. Au cours des siècles, elle avait su se faire respecter de tous, ce qui ne veut pas dire qu’elle était reconnue de tous. Elle était admirable, d’un courage exemplaire dans toutes les situations. Femme et mère avant tout, elle était le bouclier, mieux le rempart des institutions non pas politiques, ni religieuses. Elle était la seule personne capable de donner la vie, donc de la respecter et de lui donner un sens. Cette vie qui était pourtant si dure depuis des siècles. Dés l’enfance, dans toutes les sociétés sans aucune exception elle était méprisée et on lui confiait les plus basses besognes.

Pour que tu aies une idée de ce que c’était, je vais te décrire les journées de celles-ci avant leur révolte à la moitié du 20ème siècle. La femme, selon le rang de sa famille ou de son mari était plus ou moins respectée. Dans les milieux modestes, les plus démunies commençaient toutes jeunes à suppléer leur mère dans le foyer car il pouvait y avoir de six à dix-neuf enfants, ce qui donnait un travail considérable. Il n’y avait aucun confort, les familles modestes ne bénéficiaient d’aucune aide. Elles ne se plaignaient jamais, par pudeur et par fierté. L’aînée des filles, au fur et à mesure des naissances, langeait ses frères et soeurs, leur donnait à manger, allait les promener, bien souvent au détriment de sa scolarité plus ou moins obligatoire, à ce moment-là.

Il arrivait fréquemment qu’elle ne sache ni lire ni écrire, mais elle avait le respect de la vie. Elle n’avait pas le droit de se plaindre. L’homme était le maître incontesté de son foyer et prenait seul toutes les décisions. Certes, il travaillait beaucoup, mais il buvait bien souvent plus que de raison. Lorsqu’il rentrait, il battait la mère ou abusait d’elle sexuellement, se conduisant pire qu’un animal, ce qui explique le nombre important de naissances. D’autre part, la contraception n’existait pas. Certaines femmes se faisaient avorter et bien souvent y laissaient leur vie car cet acte était pratiqué par des personnes sans scrupules, sans aucune hygiène et sans aucune connaissance médicale. Lorsque l’aînée atteignait ses treize ans et prenait des formes, il arrivait fréquemment que le père délaisse son épouse et abuse de sa propre fille. La mère, impuissante, fermait les yeux. Il faut dire qu’aucune loi ne les protégeait. L’homme avait tous les droits ou tout au moins, il se les octroyait.

Les logements étaient rudimentaires. Il n’y avait qu’une chambre pour tous, et bien souvent les ébats nocturnes des parents se déroulaient sans savoir si les enfants dormaient. Lorsque les familles ne pouvaient plus subvenir aux besoins de leurs aînées, elles les plaçaient chez des bourgeois ou des gens dits respectables. Lorsqu’elles arrivaient chez ces gens, elles se croyaient au paradis en voyant leur nouvel environnement. En fait, elles quittaient un enfer pour entrer dans un autre. Bien souvent, leur situation frisait l’esclavage. La maîtresse de maison les méprisait et les réprimandait tout le temps. Les mieux loties couchaient dans des chambres de bonnes, les autres dans la grange. De nouveau, elles étaient violées par le maître de maison et si par malheur elles tombaient enceintes, elles étaient rejetées et perdaient leur place. Mais elles ne pouvaient pas retourner chez leurs parents qui les auraient traitées de filles perdues, indignes de vivre sous leur toit, c’était le cas pour 80% d’entre elles. Heureusement pour les autres, tout se passait dans le respect mutuel et la bonne éducation.

Certains parents même pauvres voulaient leur donner les moyens de connaître la vraie vie et leur transmettaient le savoir pour qu’elles trouvent à leur tour le bonheur. Quelle joie de naître dans une famille comme celle-là ! La jeune fille aidait sa famille, dans la joie.

Elle était fière de seconder sa mère en s’occupant de ses frères et soeurs et en l’assistant dans les tâches ménagères. Le père respectait sa fille, il en était fier. Il se privait bien souvent pour nourrir sa famille, il ne plaçait pas ses enfants car il en connaissait les risques et ce, malgré des propositions alléchantes. D’autre part, il y avait les jeunes filles dites de bonne famille, nées de parents fortunés, donc automatiquement de bonne réputation. Dés leur naissance, elles étaient élevées par des gouvernantes qui leur apprenaient à lire et écrire ainsi que les bonnes manières. Elles étaient vêtues de jolies robes et en changeaient tous les jours. Les jours de fête, elles portaient de beaux chapeaux, des bas de soie et des souliers vernis. Leurs beaux cheveux savamment coiffés retombaient en jolies boucles sur les épaules. Toutes ces jeunes filles avaient une vraie panoplie de tenues sophistiquées qui faisaient bien des envieuses lorsqu’elles se promenaient le dimanche.

Dans ces milieux-là, les familles étaient beaucoup moins nombreuses, il n’y avait pas plus de trois ou quatre enfants et bien souvent un fils ou une fille unique. Ces filles uniques étaient d’ailleurs de vraies pestes à qui on offrait la compagnie d’une jeune fille de condition modeste qui vivait dans la famille, cela faisait bien aux yeux de la société. La pauvre enfant devenait en fait leur souffre-douleur. Chaque fois que l’enfant chérie commettait une bêtise, c’était bien entendu la jeune fille placée qui était punie. C’était ainsi dans tous les pays sans exception, et souvent plus ou moins selon la couleur de peau de chacune d’entre elles.

Dans certains pays, les jeunes filles étaient mariées d’office dés l’age de treize ans, à des hommes d’un certain age, ou on les échangeait bien souvent contre une chèvre ou un chameau. Les jeunes filles étaient sous la dépendance de leurs parents jusqu’à leur majorité, située à 21 ans à l’époque. Celles qui n’étaient pas placées, allaient travailler en usine. Certaines, afin d’être libre avant l’age prévu, se retrouvaient enceintes et obtenaient ainsi une dérogation pour se marier. Mais ce n’était pas le bonheur, loin de là car elles étaient bien souvent rejetées par leurs familles et leur mari n’était pas un prince charmant, elles vivaient alors un enfer !

Cependant, elles acceptaient cette vie médiocre, par orgueil ou pour l’enfant. Elles étaient bien souvent battues, n’avaient pas d’argent et elles devaient faire des ménages pour survivre. Celles qui arrivaient à rester chez leurs parents jusqu’à leur majorité, pouvaient enfin se marier à leur tour. Elles savaient ce qu’étaient les valeurs comme le travail, la famille, l’honneur. Elles se fiançaient et restaient pures jusqu’au soir de leurs noces. Elles étaient fières d’offrir leur vertu à leur mari. Ces jeunes couples découvraient la sexualité, l’amour passant avant la sexualité bien souvent perçue juste pour procréer. Quelle pudeur, quel respect mutuel ! La jeune femme devenait mère dans les neuf mois qui suivaient et vouait alors sa vie à sa progéniture. Elle lui transmettait à son tour le respect de la vie. D’autres refusant cette vie, allaient tenter leur chance comme jeunes filles au pair ou femme de ménage dans les grandes villes. Elles étaient ainsi des proies faciles pour des hommes sans scrupules qui jouaient les princes charmants au début de leur rencontre. Ils leur offraient une vie de rêve pendant quelques jours, mais cela ne durait pas et le bonheur faisait place à l’enfer. Peu de temps plus tard, elles arpentaient les trottoirs des capitales ou elles étaient enfermées dans des maisons closes sous la menace et les coups assénés par celui qu’elles prenaient pour leur sauveur.

Dans les usines, les chefs, du plus petit au plus grand, s’octroyaient un droit de cuissage et les pauvres femmes devaient s’y soumettre sous peine de perdre leur emploi. Elles n’étaient pas reconnues par la société en tant que personne à part entière : elles subissaient beaucoup d’injustices. Le peu d’entre elles qui étaient autonomes devaient lutter dix fois plus que les hommes pour arriver à leur but. Par contre, dans le foyer, elles géraient bien souvent le budget et malgré les difficultés de la vie, elles arrivaient à faire des économies. Ainsi la famille pouvait acheter une maison ou un appartement. Elles secondaient gracieusement leur mari et c’était toujours l’homme qui recevait les éloges. Mais elles donnaient la priorité à leurs enfants, elles assumaient leur rôle de mères, se dévouant corps et âmes pour eux. Elles ressentaient une grande fierté lorsqu’on leur faisait remarquer qu’elles avaient de beaux enfants bien élevés. Elle ne regrettait pas tous ses sacrifices. La vie s’écoulait puis les enfants quittaient la maison, elle aurait pu alors avoir un peu de répit. Mais comme si tout cela ne suffisait pas, elle devait alors prendre en charge ses parents ou ses beaux-parents, devenus vieux et qui ne pouvaient plus vivre seuls. Elles les recueillait alors dans son foyer et s’occupait d’eux par devoir jusqu’à leur dernier souffle. Malheureusement, les parents se servaient d’elles à nouveau comme souffre-douleur comme dans leur jeunesse. Pour elle, l’enfer recommençait. Ses rares moments de joie, elles les passaient avec ses petits-enfants qu’elles avait bien souvent en garde car les crèches n’existaient pas.

Cependant, malgré la dureté des ans, la famille restait soudée par le poids de l’éducation et du regard d’autrui, mais la vie était belle car au fond de soi, on avait la foi. Pendant toutes les guerres qui ont eu lieu au cours des siècles, elles ont toujours su prendre en main la vie active que ce soit en usines ou aux champs lorsque les hommes étaient au combat. Voilà pourquoi la vie a pu continuer son bonhomme de chemin grâce à elles. J’avais écrit cet hymne à la femme vraie de cette époque : «  Qui est-elle, cette femme vraie, qui accepte sa féminité et qui en est fière ? Quelle femme aurait pu s’épanouir dans ce monde moderne au travers d’une société matérialiste ? A-t-elle le droit de faire sa place à côté de l’homme, et d’être son égale malgré leurs différences ?

Si cela est son chemin, soit ! Mais, si elle décide de devenir épouse et mère, les données seront différentes. Sa fierté devra alors permettre son épanouissement tout au long de ce chemin qu’elle aura pris volontairement. En choisissant ces options-là, elle aura une lourde tâche à assumer, sa vie personnelle et celle du compagnon qu’elle aura choisi pour être mère. Donner la vie, c’est un acte qu’aucun homme ne pourra jamais accomplir «.

Mais revenons maintenant au sexe opposé. A cette époque, dés leur plus tendre enfance, on éduquait les garçons durement pour en faire de futurs hommes, bien souvent à coups de ceinturon. Ils terminaient souvent à la cave et restaient là, punis, dans le noir avec pour seule nourriture du pain sec et de l’eau. Ils participaient très tôt aux travaux de la ferme ou ils étaient placés pour rapporter un peu d’argent à la famille.

On leur confiait les plus basses besognes, il fallait qu’ils passent par où leur père était passé, voire un peu plus. S’ils désiraient aller en classe, ils devaient d’abord exécuter le travail à la ferme. L’école se trouvait à plusieurs kilomètres qu’ils parcouraient à pied. On leur donnait un maigre casse-croûte composé d’un peu de lard et un morceau de chocolat qu’ils mangeaient à midi car il n’y avait pas de cantine à l’école. Lorsqu’ils rentraient, la classe terminée, il fallait de nouveau participer aux travaux du soir à la ferme. Des parents, bien souvent illettrés, supportaient mal de voir leur progéniture lire ou écrire, alors que pour certains, c’était une fierté. Quand le père partait à la guerre, ils devaient alors prendre en charge la famille. Pour eux, la vie active commençait bien souvent dés l’age de onze ans. La société évoluant, on avait décidé que l’école serait obligatoire jusqu’à quatorze ans, on passait alors un certificat d’études primaires. Puis, c’était ensuite l’apprentissage d’un métier manuel et pour une minorité, l’entrée dans une grande école. Mais les qualités de chacun étaient basées sur le respect, la ponctualité, l’éducation, le vouvoiement, la parole donnée, l’obéissance aux parents, la reconnaissance du travail bien fait, la fierté d’aller au travail et de pouvoir nourrir sa famille.

Très tôt, le jeune garçon se prenait pour un homme. Lors de la puberté, ils ne recevaient aucune éducation sexuelle, il n’avait que l’exemple donné par le père qui lui donnait une bien piètre image de la femme ! Certains pères conduisaient leurs fils chez une prostituée, l’enfant était alors fier d’être devenu un homme. Malheureusement, c’est là qu’ils attrapaient souvent leur première maladie vénérienne, vulgairement nommée chaude-pisse. Les moins chanceux contractaient la syphilis, maladie beaucoup plus grave car elle pouvait être mortelle. Ils la transmettaient à leur épouse lorsqu’ils se mariaient, ce qui entraînait une mortalité infantile désastreuse. Certains hommes robustes résistaient à cette terrible maladie, cela faisait partie des lois de la nature.

A cette époque, l’adultère était interdit pour la femme qui aurait été alors rejetée et humiliée tandis que pour l’homme, c’était un état de faits courant et normal. Bien des épouses connaissaient les incartades de leur mari mais elles fermaient les yeux au détriment de leur vie et de leur honneur.

Depuis que la mixité a été instituée, dés la maternelle, dans un soit disant souci d’égalité des sexes, on a faussé l’éducation. Car on n’éduque pas de la même façon une fille et un garçon. De ce fait, les femmes se comportent de plus en plus en homme et les hommes de plus en plus en femme. L’éducation apporte à l’un comme à l’autre, les armes de la vie, soit dans la virilité, soit vers la féminité, le respect de l’un envers l’autre en dépend. Femmes, nous vous respectons. Le monde a évolué, les hommes aussi. Mais devez-vous pour autant reproduire les humiliations et les souffrances que les hommes vous ont fait subir durant des siècles. En tant qu’homme, je tiens personnellement à vous demander pardon pour tout ce que vous avez subi. Je vous supplie de devenir complémentaires, en tant qu’adultes, pour sauver l’humanité. Pour redonner à nos enfants en bas age le droit de se découvrir, de s’aimer tels qu’ils sont, en leur apportant le savoir ancestral, transmis depuis des siècles, de génération en génération. Celui qui valorise le travail, la protection de la famille, l’amour maternel, la fierté de la maternité. Ainsi en se rencontrant à l’age adulte, l’homme et la femme sont devenus complémentaires et seront égaux sur le plan humain. La planète entière les remerciera de l’avoir respectée car ils seront devenus des êtres humains axés sur le respect mutuel, les valeurs et les devoirs. Comme dit le proverbe : «  l’herbe du voisin n’est pas plus verte que la nôtre «, ce n’est qu’une apparence. Les valeurs resteront toujours les valeurs, les devoirs resteront toujours les devoirs. L’amour doit devenir universel au travers de l’être humain : homme, femme et enfant. L’éducation passe par nous tous. Le laxisme mène au déclin. A long terme, le respect, les devoirs feront que nos enfants deviendront des adultes reconnaissants, dignes et fiers de l’éducation qui leur aura été transmise. Au fil des siècles, peut être auront-ils la chance que nous n’aurons pas eue : retrouver l’Eden «.

 

 

7         Le sous-marin des clones

 

7.1      La route vers son âme

 

 

«  Mais alors, grand-père, Quelle route faut-il suivre ? Comment savoir si c’est la bonne que l’on emprunte ? « «  Je vais t’expliquer, tout au moins je vais essayer car qui peut prétendre connaître la vérité ? Lorsque j’ai eu 20 ans, j’ai vraiment compris que j’étais différent des autres, sans pour autant trouver l’explication car aucun livre ne la donne. Ecoute-moi bien, mon petit, car tout ce que je vais te dire maintenant est essentiel. Il en va de l’avenir du monde futur et c’est toi seul qui en sera le garant. Tu te souviens qu’après le big bang, une multitude de particules de Dieu, sont devenues des âmes, réalités impalpables, invisibles comme l’air. Elles ont pris possession des êtres existants créés par Dieu pour être la représentation de lui-même. Il a fait cela pour éviter qu’un seul être humain ne s’accapare le pouvoir, car si toutes ces âmes étaient à nouveau à l’unisson, réunies dans une même pensée, recréaient Dieu, ce serait une utopie et serait impensable car inconnue de tous. Au fil des siècles, des milliards d’êtres ont existé alors qu’au départ, ils étaient seulement trois mille à avoir reçu une particule du créateur. Depuis ce nombre n’a jamais augmenté. C’est donc seulement ces trois mille âmes qui se réincarnent et qui font que dans tous les pays du monde, des êtres sont investis d’un pouvoir sans limite, au travers de la réincarnation qui se perpétue depuis des siècles.

«  Pardon, grand-père, mais là, je n’arrive plus à te comprendre ! Qu’est-ce que c’est la réincarnation ? Si l’homme est investi d’une particule de Dieu qui, je le sais, est amour, pourquoi tout ce qu’il touche est détruit ? «

«  Oui ! C’est difficile à comprendre, je vais t’expliquer pourquoi, et surtout  te parler des autres êtres humains qui ne sont pas réincarnés. Comme je te l’ai dit, l’homme a été créé pour être la représentation de son âme, il représente la matière, il a été fait de chair de sang avec un cerveau qui lui permet de communiquer, de penser et de créer. Mais il n’est pas immortel, sa vie peut-être plus ou moins longue, en fonction des civilisations, de l’hygiène de vie et du respect qu’il a de celle-ci.

Au départ, tous les êtres disséminés sur tous les points du globe étaient des réincarnations sans le savoir. Ils ont dû tout apprendre de la vie matérielle pour survivre. L’homme et la femme purent recréer la matière par leur accouplement, ce qui entraîna des naissances multiples. Mais au fur et à mesure que ces êtres naissaient, ils n’étaient que matière. Ainsi, au fil des siècles, des milliers d’être prirent corps mais il n’y avait toujours que trois mille âmes. Les années passant, certains incarnés mouraient et leur âme se réincarnait dans un autre corps pour être à nouveau représentée. Tout cela se produisait au hasard, ce pouvait être aussi bien dans des milieux modestes que dans des milieux aisés. C’est pour cela qu’il y a des génies, des êtres supérieurs. Ils sont les mêmes en apparence et pourtant ils ont une âme. Soit ils ne le savent pas, soit ils occultent cet état de fait volontairement. Au fil des réincarnations, l’âme mémorise toutes les données de chaque vie et augmente ainsi son savoir accumulé au cours des siècles. Ce phénomène a donné naissance à des êtres surdoués, des autodidactes qui avaient un don d’observation singulier, dotés d’une grande lucidité, d’une médiumnité et d’une télépathie hors du commun. C’est ainsi que sont nés de grands philosophes, de grands chefs spirituels auxquels on se réfère toujours depuis de nombreux siècles. Leur savoir leur permet au travers de leur âme de gérer dans le respect, les hommes et femmes de passages, en ayant conscience de leur pouvoir. Grâce à leur sagesse et leur humilité, ils apportent la sérénité, la paix intérieure. Il faut que tu saches que l’âme est toujours pure. Cependant, si la personne qui la possède est négative alors cette force devient destructrice.

C’est pour cela qu’au fil du temps, les sages ont pu déterminer qu’une âme doit vivre neuf vies consécutives, positives et spirituelles, au service d’autrui, pour avoir droit au repos éternel et ne plus se réincarner. Chaque vie correspond à un être représentant la matière qui devient, sans le savoir, le canal de celle-ci. Ces neuf vies correspondent donc à neuf êtres humains différents, qui vivront dans des lieux, des cultures, des continents qui changeront à chaque fois. Ils devront rester sur la route spirituelle, au service d’autrui, en les éduquant dans le respect, l’humilité, la tolérance et surtout en leur montrant l’exemple.

A la naissance des premières civilisations, ce processus était bien respecté. Mais devant l’immensité de la tâche, ils durent déléguer leurs pouvoirs et donner un enseignement à des hommes et des femmes de passage, à vrai  dire et au risque de choquer, à des êtres sans âme. Au fil du temps, ils poussèrent l’enseignement au stade de l’initiation en prétendant que lorsque l’élève est prêt, le maître arrive, cela fut vrai tant que le maître spirituel était respecté et respectable. Cependant, au cours de l’évolution des sociétés et des peuples, des hommes sans âme ayant appris leur leçon, donnaient l’impression d’être des êtres réincarnés alors qu’il n’en était rien. Ils prirent le pouvoir non pas pour donner un enseignement mais uniquement par goût du pouvoir. Ils utilisèrent des gens réincarnés en leur donnant de l’autorité. C’est ainsi que certaines âmes se sont corrompues au détriment du chemin qui leur était confié.

Par la suite, ces êtres incarnés furent complètement rejetés, brûlés, écartelés, crucifiés. Ils laissèrent ainsi la place à des spéculateurs, à des beaux parleurs qui puisèrent le savoir dans les livres qu’ils brûlaient ensuite ou qu’ils conservaient dans des coffres à l’abri des regards. Ces êtres sans scrupules se prirent pour des dieux, alors qu’ils n’étaient que matière ; à travers eux ressortait tout le côté machiavélique de l’homme pervers, abject, sans foi ni loi, abusant d’autrui. Ils devinrent de plus en plus diaboliques et sadiques, ne contrôlant pas leurs pulsions animales. Ils violèrent femmes et enfants. L’inceste prit des proportions considérables ; la pédophilie, la bigamie, l’adultère et l’homosexualité régnaient. Ce n’étaient que guerres au nom du créateur et des milliers de gens sont morts pour rien sauf pour le pouvoir de ces gens-là.

C’est ainsi que des civilisations qui étaient arrivées au summum du savoir furent décimées et s’éteignirent. Pourtant, l’homme réincarné est bien souvent choisi à l’un des quatre coins de la planète. Ce n’est pas forcément un être riche ou savant, sans critère de race, de sexe, de beauté, de santé, car un handicap même lourd ne pourra empêcher la réincarnation de l’âme. Il faut préciser afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté possible, l’être en tant que matière redevient poussière et qu’en aucun cas, il ne peut reprendre son enveloppe corporelle. Tous ceux qui prétendraient avoir été roi, reine, ou la représentation de je ne sais quel dieu, sont des menteurs car seule leur âme a la mémoire du temps passé dans les différentes époques vécues et le savoir des êtres qui l’ont représentée. Tous les dignitaires soi-disant investis du pouvoir absolu de leur dieu, ne l’étaient pas forcément. Très jeunes, ils avaient été choisis pour être formés par les pseudo détenteurs du savoir, et ainsi ils avaient été initiés au travers des écritures retransmises il y a plusieurs siècles par des gens réincarnés. Ceux-ci pensaient alors bien faire en écrivant eux-mêmes leur chemin initiatique personnel, vécu avec leurs souffrances et qui leur a permis de trouver la route, la vraie, solitaire, et leur a fait accéder en étant simplement à la recherche de leur âme.

«  Grand-père, comment rencontre-t-on son âme ? «

«  Mon petit, voilà le fameux secret de la vie que je dois te transmettre, tu ne le trouveras dans aucun livre. Le meilleur ouvrage ne pourra pas te l’expliquer et tu devras aller au plus profond de toi-même pour le trouver. Depuis que tu es tout petit, tu possèdes une âme ou je dirais plutôt qu’elle te possède. Malgré l’apparence de ta jeunesse, intérieurement, tu recherches toujours la compagnie de gens beaucoup plus âgés que toi.

D’après ma propre expérience, la première partie de la vie, plus ou moins longue selon les êtres, est faite pour s’intégrer et comprendre le comportement et l’attitude des gens du siècle et du lieu où l’on se trouve. Tout au long de cette période, on subit des pénalités plus ou moins lourdes suivant les êtres, on peut être méprisé, rejeté, humilié par des paroles telles que «  tu es bon à rien, tu ne feras jamais rien de ta vie, tu es toujours ailleurs, tu ne fais rien comme les autres «. La violence nous répugne, on ne cherche jamais le conflit. Au contraire, on pardonne même si l’on nous fait du mal. Etant marqué par l’éducation, on est attiré par toutes les religions quelles qu’elles soient. Selon le pays où l’on se trouve, ce sont elles qui nous donnent sans que nous le sachions les clés qui ouvriront les portes du savoir spirituel. Pourtant, au départ, on nous induit en erreur volontairement pour nous manipuler, nous culpabiliser. On nous  dit que penser à soi, c’est égoïste. On nous dit que sans eux, nous ne sommes rien, qu’eux seuls détiennent le savoir et ont le droit de pardonner ou de punir. Quelle éducation spirituelle !

J’ai ainsi suivi cette ligne de conduite durant des années, tout en observant que leur comportement ne correspondait pas à leur enseignement, loin s’en faut. Bien plus tard, j’ai découvert d’autres cultures, j’ai compris que chacun croyait à un dieu différent. Chacun croyait que seul leur dieu était le vrai, et qu’en son nom, il avait le droit de tuer, violer, voler pour obliger l’autre à renier son dieu et à croire au sien. Ce processus dure depuis des siècles, c’est une perpétuelle bataille du pouvoir spirituel, devant la misère, la naïveté, des hommes manipulés par des hommes et non guidés par des âmes.

J’ai mis beaucoup de temps pour me détacher de ma vie d’homme qui consistait à vivre pour le travail et à former son propre clan. J’ai été un chef de famille, fier de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, sans me soucier si des milliers de gens mouraient de faim ou étaient tués ou massacrés pour des raisons plus ou moins douteuses autour de moi ou dans d’autres pays. On pouvait dormir tranquille, les dignitaires veillaient sur nous, nous les pays industrialisés, dits civilisés et pour cela ils étaient fiers et ils nous demandaient de l’être ! On possédait enfin l’arme absolue : la bombe atomique. Nous pouvions continuer à dormir sur nos deux oreilles car si une nation nous cherchait querelle, nous pouvions, nous les êtres civilisés, tuer des milliers de gens au nom de notre tranquillité.

A cette époque qui était en pleine effervescence, on avait compris l’importance des besoins énergétiques. Les ingénieurs étaient arrivés à convaincre les hommes politiques de mettre en place des centrales nucléaires. Ils savaient les construire mais ils étaient conscients qu’une fois mises en route, personne ne saurait les arrêter. Cependant, ils promirent aux responsables qu’ils auraient la solution dans les années à venir. C’est à ce moment-là que j’ai eu ma plus grande prémonition, j’ai vu le futur se dérouler sous mes yeux. C’était un cataclysme nucléaire, entraînant l’explosion de toute la planète, c’était le chaos total !

Malgré cette vision bouleversante, je suis resté de marbre car au plus profond de moi, je percevais que la vie continuait et que l’homme n’avait que ce qu’il méritait. De plus, je ne pouvais en parler à personne au risque de passer pour un illuminé ou d’être enfermé chez les fous. Alors, j’ai continué à vivre ma vie d’homme.

Ma réussite, modeste mais honorable pour un illettré, était guidée par mon âme qui me protégeait. J’étais tout à fait conscient que j’avais pu en arriver là uniquement grâce à elle. J’avais le choix d’aller vers le bien ou le mal et j’ai eu de nombreuses opportunités de connaître la richesse mais à quel prix ! Devoir nuire à son prochain pour posséder plus qu’il n’en faut, comment dormir la nuit après avoir agi ainsi ? Pour mieux comprendre la souffrance, il m’a été donné de subir de nombreuses maladies spontanées, inexplicables pour la médecine. Elles m’ont permis de dépasser la douleur et de respecter et d’aider ceux qui souffraient et qui n’avaient pas la chance d’avoir une âme pour guide. Un jour, on a découvert une créature bizarre. Tout le monde pensait que c’était un extra-terrestre.

J’ai eu alors une nouvelle intuition. En voyant ce corps, allongé, sans vie, je comprenais à l’instant même que cet être était un clone raté par les savants de la recherche scientifique et médicale qui voulaient recréer un être parfait. J’ai vu qu’ils ne pourraient y parvenir qu’aux alentours de l’an 2000. J’ai alors pris conscience que ma vie d’homme n’avait aucun intérêt et qu’il n’y aurait plus d’avenir pour mes enfants et pour des milliers d’autres. J’avais envie de vomir rien qu’en pensant au futur. Ainsi durant plusieurs années, j’assumais ma vie d’homme tout en préparant ma mutation. Elle consistait à offrir mon corps et mon esprit à mon âme, tout en occultant ce que j’avais été jusque-là, afin d’en devenir la représentation fidèle et accomplir mon karma. Plus je découvrais mon âme, plus je me perdais, mais j’avais l’honneur de la servir.

Au début, tout était beau et facile car je découvrais les portes de la spiritualité. J’avais cependant encore des réactions humaines comme les pulsions, les émotions, les sentiments comme l’envie, la jalousie, la passion, la haine, le mépris. Je ne me souciais guère de mon hygiène de vie, en ayant un respect de celle-ci plus ou moins douteux. J’ai dû faire  un grand travail sur moi-même pour annihiler au fil des jours tout ce qui m’empêchait de devenir l’être qui se cachait au fond de moi. J’ai cherché à atteindre le point zéro et tu vois, aujourd’hui même, je ne pense pas l’avoir atteint mais je m’en suis rapproché chaque jour de ma vie.

 

7.2      Le point zéro

 

 

Akim est de plus en plus abasourdi par tout ce qu’il a entendu. Il est de plus en plus intrigué, et il questionne encore son grand-père :

«  Dis-moi, mais qu’est-ce que c’est le point zéro ? «

«  Et bien, vois-tu mon petit, c’était l’opposé de l’éducation que j’avais reçue. C’est arriver à ne plus ressentir au fond de soi des sensations, qui dans le bien comme dans le mal, t’arrachent tripes et boyaux. C’est ne plus avoir de jugement à l’égard de quiconque, c’est ne plus ressentir de pulsions, d’émotions, d’envie, de haine, de passion. C’est, en fait, être neutre devant tous les événements. C’est alors une grande joie de découvrir jour après jour son âme qui nous met cependant à l’épreuve tout au long du chemin. Lorsque que l’on pense avoir enfin dépassé la matière et que l’on a par exemple un gros besoin d’argent immédiat. Quelqu’un arrive et nous propose une grosse somme d’argent liquide pour accomplir un travail occulte et négatif avec notre don, donc par notre âme. Le choix nous appartient, à nous seuls. Si nous faisons le bon choix qui consiste à refuser cet argent facile, nous devons nous en féliciter car nous avons dépassé la matière et contrôlé notre côté animal. Nous faisons un pas de plus vers elle et subitement, quelqu’un va croiser notre route et nous apporter l’aide dont nous avions besoin.

Cet apprentissage de la vie spirituelle nous donne ainsi de belles leçons. Effectivement, tout ce qui nous était interdit va s’offrir à nous, comme la femme dont on rêve depuis toujours. Elle va nous apparaître et c’est là que nous allons nous rendre compte de l’illusion car celle que l’on cherchait n’est autre que le reflet de la matière, blonde ou brune, grande ou mince, bon chic, bon genre. Nous nous apercevons que ce n’est pas l’être qui vit en elle que nous cherchons mais plutôt son apparence, le côté matériel de son identité. On est prêt à payer très cher pour l’avoir, la posséder, pour assouvir son instinct animal et là, on découvre l’aspect horrible de l’homme que l’on est. On se croyait respectable, alors que l’on ne voit jamais plus haut que la ceinture. Très souvent, quand un homme rencontre une femme, il n’écoute pas ce qu’elle lui raconte. Il ne pense qu’à posséder son corps et s’il est en manque, il est même prêt à prendre la plus laide pour assouvir ses pulsions animales voire bestiales. A ce moment-là, l’homme ne contrôle plus rien.

Une force diabolique s’empare de lui et selon son instinct, elle peut le conduire aux pires folies. La société jugera alors que ces actes sont commis sous l’emprise de la démence. Avec le recul, je peux t’assurer qu’il n’en est rien. En fait, on n’a pas appris à l’homme à comprendre qui il est, on ne lui a pas montré qu’il peut maîtriser ses émotions pour trouver son équilibre. Pour mieux le manipuler, on l’a éduqué à l’opposé, en lui disant qu’il ne peut pas se contrôler et qu’il ne faut surtout pas essayer de le faire. Voila en gros à quoi ressemblait l’homme à cette époque. Le jour où j’ai pris conscience de cela, j’ai eu honte de ce que j’avais été jusqu’à ce jour-là.

J’ai donc changé. A chaque fois que je rencontrais l’un de mes semblables, je cherchais à dépasser la matière et je percevais soit leur âme soit l’être qu’il représentait à l’intérieur. J’ai eu la joie de pouvoir les aider à se retrouver eux-mêmes. J’ai cessé de voir la femme comme un objet sexuel et je l’ai considéré comme un être humain à part entière. A cette époque, j’étais en contradiction avec la révolte des jeunes qui inconsciemment allaient eux aussi creuser une brèche importante pour leur avenir, mais surtout pour les générations futures. Ils m’ont aidé à voir l’être qui était en moi et vers lequel j’aspirais. Mais, me diras-tu, comment devenir cet  homme vrai ? Celui que les femmes, les enfants, les parents seraient fiers et heureux d’avoir pour mari, père et enfant. Il existe au fond de chacun d’entre nous mais il faut aller le chercher. Il faut apprendre à l’aimer, à le découvrir au travers de son âme et à dépasser ses pulsions animales pour percevoir la vraie vie. Ainsi, il pourra aimer la femme, l’enfant, non pas au travers du désir, des pulsions sexuelles, des fantasmes. Lorsqu’une femme nous parlera, nous l’écouterons d’âme à âme, alors l’amour vrai naîtra ! Car celui qui nous ronge et nous possède, ce n’est pas Lucifer, c’est nous-mêmes, incontrôlables, sous l’emprise de nos pulsions animales.

Le but n’est pas pour autant de devenir un ascète mais que l’acte sexuel devienne une osmose consciente. Alors, seulement nous pourrons découvrir les vraies joies de la vie. Nous éviterons ainsi que la haine, la passion, les pulsions nous habitent, jusqu’au point de nous perdre. Nous apprendrons alors à découvrir, à respecter et à aimer la femme comme il se doit. Nous deviendrons alors des hommes dignes d’être époux et père. Cet homme-là existe en chacun de nous. Il faut aller ensemble le chercher pour donner le droit d’exister aux générations futures. Mais avait-on appris à l’homme le vrai sens de la vie au cours de l’histoire ?

Le grand-père hoche négativement la tête. Le jeune homme lui dit : «  Tu sais, grand-père, j’aimerais tellement que tu me parles de ta vie à toi. Comment en es-tu arrivé là ? «.

Le grand-père le remercie et lui dit : «  J’y viens, mon petit Akim, sois patient, donne-moi encore un peu d’eau et je vais te parler de ma propre histoire. Mes premiers souvenirs remontent à l’age de cinq ou six ans. Je revois mon arrivée dans une gare. C’était un lieu immense où circulaient des trains, machines inventées par les hommes pour transporter beaucoup de gens à travers le monde. Ils roulaient sur des rails, morceaux de fer posés à même le sol, espacés de deux mètres environ l’un de l’autre. Ces machines étaient divisées en wagons où on pouvait s’asseoir, munies de roues en fer qui roulaient ainsi sur ces rails. Le tout était entraîné par une locomotive à charbon qui dégageait une fumée épaisse. Le conducteur devait charger la chaudière en permanence pour maintenir la pression de la machine qui produisait la vapeur d’eau nécessaire pour faire marcher le train. Le visage et le corps du machiniste étaient noirs de fumée et selon le vent, les passagers aussi.

A cette époque, personne ne se plaignait, on était fier de tout ce que l’on faisait. Je me revois donc arriver dans cette gare avec ma grand-mère, mon frère et ma soeur. Elle nous emmena dans notre nouvelle maison qui avait été reconstruite après la guerre car elle avait été bombardée comme beaucoup d’autres d’ailleurs. J’ai pris conscience très tôt de ma différence avec les gens. On disait que j’étais un rêveur, les autres croyaient que je n’étais pas là. Erreur ! Je les observais les uns et les autres. Qui étaient-ils ? Qui étais-je ? Autant de questions, sans réponses, à ce moment-là.

 

7.3      Les figures maternelles

 

 

Nous étions quatre frères et soeurs mais nous n’étions pas du même père. Mes parents venaient de divorcer et c’est pour cela que ma grand-mère avait notre garde. Elle m’adorait et je me souviens qu’elle m’appelait «  son caganis », terme affectueux de l’époque utilisé dans cette région du Sud de la France. J’allais à l’école communale où l’on apprenait à lire et à écrire. J’ai eu aussitôt un rejet immédiat et total pour ce système. Une force s’était emparée de mon corps et de mon esprit au plus profond de moi. Pourtant, cela me plaisait beaucoup d’avoir la sensation d’être en décalage par rapport à la vie.

J’étais le dernier de la classe. On pensait que j’étais un enfant attardé qui ne comprenait rien et qui était toujours ailleurs. L’instituteur disait à ma grand-mère que je ne ferais jamais rien de ma vie. Ce qu’il ne savait pas, c’est que j’enregistrais tout visuellement, je me rappelais de tout. Mais c’est volontairement que je refusais de devenir un mouton conditionné dans un moule. J’étais et je suis resté un autodidacte. Je te donne un exemple, à cette époque, en calcul, il y avait des problèmes à résoudre sur des trains qui avaient du retard ou de l’avance ou des robinets qui fuyaient. Toutes mes opérations étaient fausses mais je trouvais toujours le bon résultat final. L’instituteur pensant que je copiais sur mes camarades, m’avait mis tout seul au fond de la classe. Mais je continuais à avoir le bon résultat à chaque fois. Un jour, il me fit venir au tableau et je lui ai démontré par des calculs complètement illogiques pour lui mais très logiques pour moi qu’il était possible de trouver la solution autrement. J’allais de préférence toujours vers les adultes car les gosses de mon age ne m’intéressaient pas.

Grâce à mon don d’observation, je compris très vite les dangers du système. Je voyais cela comme une sorte de lobotomie programmée du cerveau où l’on perdait son âme et qui permettait aux dignitaires de ce monde de manipuler les gens à loisir, en occultant la vraie foi. Seule la foi universelle pouvait faire le bonheur de tous. A l’age de dix ans, j’ai eu ma première prémonition importante. En pleine classe, je me suis levé et j’ai demandé au maître la permission de rentrer chez moi car ma grand-mère était en train de mourir et m’appelait. Il m’a demandé si elle était malade le matin avant que je ne parte pour l’école. Je lui répondis que non, qu’elle avait pris son petit-déjeuner avec moi. Il m’a demandé de me rasseoir et toute la classe se moqua de moi en éclatant de rire.

Pendant la récréation, j’ai vite couru chez moi car nous habitions à cent mètres de l’école. J’ai trouvé ma grand-mère couchée par terre. Je me suis approché d’elle pour la relever mais elle était trop lourde. J’ai voulu aller chercher du secours, elle m’en empêcha en disant : «  Reste là, mon petit, il faut que je te parle, je sais que je vais mourir et toi tu es comme moi, tu n’as pas peur de la mort. Tu es une vieille âme, je le sais depuis que tu es tout petit. Je t’ai appelé et tu es venu. Surtout continue à te protéger comme tu l’as fait jusqu’à maintenant, ton avenir et celui de beaucoup d’autres en dépendent. Suis ton destin, respecte la vie, autrui et toi-même. Refuse la matière en tant que matière. Suis ta route spirituelle. Apprend le fonctionnement de cette société, vis en apparence comme eux mais ne leur montre jamais qui tu es vraiment car tu serais alors condamné. De là-haut, je te protégerai, ne doute jamais de la vie. Je t’aime et j’ai perçu ton âme comme tu as perçu la mienne. Il est temps pour moi de partir me reposer. La vie ici-bas est très dure mais nous devons l’assumer jusqu’au bout «.

Puis, ses yeux ont brillé une dernière fois comme le soleil de midi et elle s’est éteinte, heureuse. Son visage semblait rajeuni et pour la première fois j’ai pu distinguer l’aura, un rayonnement or et blanc qui l’enveloppa et qui disparut. Alors je compris qu’elle n’était plus là. Je suis allé chercher un voisin et je lui ai dit : «  Ma grand-mère est morte, mais elle est partie, il ne reste que son corps «. Il ne me m’a pas cru mais il m’a suivi. Lorsqu’il la vue par terre, il m’a regardé longuement comme si je lui faisais peur. Il ne comprenait pas que je puisse rester ainsi le visage irradié par le bonheur alors que j’aurais dû être envahi par le chagrin. Le lendemain, à l’école, on m’a traité de sorcier. Certains, même, disaient que je l’avais tuée. Ils ne pouvaient par comprendre et croire le fait que je puisse connaître le destin à l’avance.

Jusqu’à cette époque, je n’avais pas de souvenirs de ma mère. Je la revois le jour de l’enterrement de ma grand-mère. C’était pour moi une véritable apparition, elle était si belle et elle m’impressionnait tant. J’étais fier d’avoir une maman comme elle. Mais la joie fut de courte durée car on nous mit tous les quatre en pension, mon frère et moi, dans une institution religieuse, mes soeurs dans une autre car on ne mélangeait pas les garçons et les filles à cette époque. Le comble, c’est que nous pouvions voir le toit de notre maison par la fenêtre du dortoir du pensionnat. Nous y restions même le dimanche alors que d’autres enfants qui habitaient très loin, repartaient chez eux. On voyait nos soeurs pendant quelques heures lors de la promenade du dimanche. L’enfer commençait alors pour mon frère et moi dés que les portes se refermaient. Nous étions surveillés par des religieux en soutane qui portaient une ceinture de cuir.

Elle leur servait le plus souvent pour nous flageller plutôt que de tenir leur soutane. La seule chose positive qu’ils nous apportaient c’était l’éveil spirituel procuré par la foi et les chants. Hélas, certains d’entre eux s’adonnaient à des actes de pédophilie sur les pensionnaires en toute impunité. Moi j’étais tout petit et très menu, et j’ai vite compris que je devais subir pour survivre. Mon frère qui était grand et fort, se révoltait. Mais ils le punissaient et bien souvent l’enfermaient, au pain sec et à l’eau dans une cellule. C’est à partir de ce moment-là qu’il est devenu violent. Les rares fois où nous allions chez notre mère, il lui arrivait de prendre un couteau de cuisine et de lui mettre sous le cou pour l’égorger. J’ai pris conscience que personne ne nous croyait. Les dignitaires étaient respectables mais pas nous. Alors on enferma mon frère chez les fous, il était vêtu d’une camisole de force. On le voyait derrière des barreaux. Il avait beau clamer son innocence, rien n’y faisait et plus il se révoltait, plus il subissait des représailles. Que de souffrances pour une faute qu’il n’avait pas commise ! Le destin semblait ne pas vouloir nous épargner. Lorsque ma mère me faisait sortir le dimanche, elle me confiait à son coiffeur qui m’emmenait à la pêche, quelle aubaine ! S’il n’avait pas été lui aussi pédophile, comme par hasard. Mais personne ne voulait m’entendre, l’enfer continua. Je ne sais plus combien de temps.

Puis, ma mère n’a plus voulu me garder car j’étais un cancre, un bon à rien, alors elle m’a confié à un ami âgé qui devint sans que je le sache mon premier guide spirituel. Il s’appelait Roger. C’était un homme hors du commun, doué d’une grande sagesse. Lui seul a su me comprendre, m’aimer et me respecter. Il m’a appris à me servir de mon intuition. Mais comme l’école ne marchait toujours pas, ma mère décida de me reprendre avec elle, dans cette grande maison. Je devais avoir treize ou quatorze ans. Quelques jours avant la rentrée scolaire, elle a voulu faire sortir mon frère de l’asile de fous. Ce jour-là, j’étais seul à la maison. Quelques heures plus tard, des gendarmes ont sonné à la porte, j’ai ouvert. Ils m’ont demandé si c’était ici que Madame X. habitait. Je leur ai dit que je ne connaissais pas Madame X. et pour cause, moi je m’appelais Y. Alors, ils m’ont dit que si un membre de sa famille arrivait, il faudrait lui dire de passer à la gendarmerie. J’ai demandé pourquoi.

Ils m’ont répondu que cette dame venait de se faire écraser. Sur ces entre faits, ma soeur arriva, à ces mots, elle s’évanouit. C’est là que j’ai compris que cette madame X était ma mère, je réalisais qu’elle était partie sans jamais m’avoir pris dans ses bras mais je suis resté de marbre. Lors de l’enterrement, on nous a fait faire la quête devant son cercueil. C’est depuis ce jour que je ne suis plus jamais allé à un enterrement. Tout de suite après la cérémonie, nous fûmes tous à nouveau séparés. Roger me prit avec lui pour m’éviter d’être recueilli par un orphelinat. C’est ainsi que j’ai retrouvé mon guide spirituel.

 

7.4      Le guide

 

 

On l’appelait le loup blanc, il était respecté de tous. Il savait tout faire de ses mains, il m’a appris la mécanique, l’électricité, la maçonnerie, mais surtout le respect du travail bien fait, de la parole donnée, la fierté d’être soi-même. Il m’a enseigné que tout ce que l’on subit par la force, ne nous incombe pas et qu’il faut pardonner pour ne plus souffrir. Il ne faut jamais avoir de rancoeur ni de haine. Il ne faut pas posséder plus que ce dont on a besoin. Il ne faut pas envier autrui mais plutôt se donner les moyens d’arriver au but par la persévérance, l’exactitude et la politesse qui est la seule richesse du pauvre. Comme il n’avait pas de télévision, le soir, il me racontait les histoires de la guerre. Il était porte-drapeau, quelle fierté de le voir défiler lors des commémorations. Il était devenu mon grand-père d’adoption.

Il avait perçu mon intelligence et lorsque tous ceux qui me disaient que je ne réussirais jamais dans ma vie, il me redonnait confiance en moi. Il me disait : «  tu es un manuel, tu apprends vite, tu es courageux, respecte-toi et toute ta vie, tu réussiras «. Il m’a aussi  parlé de ma mère que j’avais si peu connue, et à partir de ce moment-là, moi qui  l’admirais, je me suis mis à la vénérer. J’ai compris que c’était grâce à elle si j’existais, si j’étais là, bien vivant. Elle avait du souffrir plus que moi, pour nous abandonner à cette société de gens irresponsables.

Lors de mes précédents séjours chez lui, Roger m’avait fait travailler comme mousse dans la marine puis comme pêcheur. Quelle fierté de pouvoir être utile, de toucher une rétribution même modeste mais qui aidait Roger.  Ainsi, je ramenais du poisson et quelques sous à la maison. Lorsque j’ai quitté l’école, j’ai repris mon métier sur un petit chalutier, dans un petit port de pêche. L’amitié régnait dans tout le village et tous m’avaient adopté. J’ai encore le souvenir vivace de nos parties de pêche. Tous les bateaux partaient ensemble avec des barques accrochées à l’arrière pour la pêche au thon. Elles contenaient les filets qui allaient permettre de prendre le poisson. On se dispersait dans la mer en surveillant l’horizon. Lorsque l’on apercevait un banc ou une flottille de thons. On prévenait les autres par radio. On allait dans les barques mettre les filets à la mer, mais ils étaient très longs. Alors, on encerclait le banc et une fois que le poisson était prisonnier des filets, avec d’autres barques, on quadrillait le rond pour réduire la place. Au bout de plusieurs manoeuvres, ils étaient tous dans un mouchoir de poche, alors plusieurs bateaux faisaient un cercle autour de la poche. Les plus jeunes qui étaient aussi les plus costauds descendaient pour les remonter sur le pont des bateaux Que c’était beau, nous étions tout fiers d’avoir participé. Epuisés, nous rentrions au port où tout le monde nous attendait. Quelle fierté de ramener des tonnes de thon qui permettraient à chaque famille de vivre pour quelque temps, jusqu’à la prochaine prise. Les soirs d’hiver, on se racontait ces belles journées et on en rajoutait un peu plus à chaque fois.

Un jour, Roger m’a dit : «  petit, ce métier, ce n’est pas un avenir pour toi, je vais t’inscrire dans une école de marine marchande «. Je le quittais avec un pincement au coeur. Pendant 6 mois, j’ai pris des cours de formation manuelle et je suis sorti avec un C. A. P de marine marchande. J’embarquais alors sur de grands paquebots et lors de mes permissions, je revenais, tout fier, au pays. Roger avait réussi le pari de faire de moi un homme. Je devais avoir 16 ans environ lorsque je suis parti vers des mers lointaines. C’est en revenant de l’un de ces voyages que j’ai appris qu’il avait été renversé par une voiture. Comme ses forces avaient décliné, on l’avait mis dans une maison de retraite, pour ne pas dire un mouroir.

Je courus lui rendre visite. Il m’emmena dans le jardin et me prit la main en me disant : «  Petit, mon pitchounet, ma vie se termine là, tu vas repartir pour d’autres horizons, n’oublie jamais ce que je vais te dire, tu as subi de dures épreuves mais elles t’ont forgé le caractère. Maintenant, tu es un homme, un vrai. Tu as fait ma fierté, ne me déçois jamais. Je serai toujours prés de toi, ne te retourne jamais sur le passé, seul l’avenir compte. Ne reprends jamais la parole donnée, la vie n’est qu’un passage. Tu es une vieille âme, tu seras toujours solitaire comme je l’ai été. Ecoute-moi bien, ton coeur et ta vie ne t’appartiennent pas. Ne sois jamais un assisté, ne demande jamais rien, fais tout par toi-même. Assume tes erreurs comme tes réussites, fais du bien autour de toi «. Je buvais ses paroles et au fur et à mesure, mon corps était pénétré par une vibration indescriptible de bonheur. Il ajouta : «  petit, je ne te reverrai plus, mais pars tranquille, je serais toujours auprès de toi «. Je l’embrassai très fort et je repartis rejoindre mon bateau. Pendant la traversée, j’ai eu une étrange vision, il était là, prés de moi, et agitait la main en guise d’adieu. J’ai su que c’était précisément le jour de sa mort. Il était entouré de cette même énergie or et blanc que j’avais vue autour de ma grand-mère. J’étais de nouveau seul.

 

7.5      La navigation

 

 

Pendant les escales, je fus recueilli par des prêtres ouvriers qui nous donnaient le gîte et le couvert contre une modeste rétribution. C’étaient des gens formidables, jusqu’au jour où l’un d’entre eux, pédophile, essaya d’abuser de moi. Mais comme j’étais plus grand, je me suis enfui et je suis reparti sur mon bateau en me jurant de ne plus jamais être tributaire de personne, et de ne plus faire confiance à aucun dignitaire quel qu’il soit. Je suis devenu encore plus renfermé sur moi-même. Puis la guerre éclata dans une des colonies et notre paquebot fut réquisitionné comme transport de troupes. Que de souffrances, de déchirements pour ces gens qui partaient en laissant tous leurs biens et leurs souvenirs. Que de jeunes gens tués pour rien, à cause de dignitaires imbus d’eux-mêmes qui se servaient des gens pour avoir le pouvoir. Combien d’entre eux en sont revenus, marqués à vie, faisant des cauchemars perpétuels. Certains se suicidaient,  d’autres continuaient à tuer. Après avoir eu bien souvent des médailles, ils ont eu la peine de mort pour récompense.

C’est au cours d’une escale que j’ai rencontré celle qui allait devenir la mère de mes enfants. Pourtant, dés le départ, mon intuition me disait que je faisais fausse route, mais le manque d’affection m’a fait passer outre. Pendant 25 ans, j’ai fait semblant d’être normal, enfin. J’essayais de vivre comme tout le monde.

Cependant, au fil des années, il y avait en moi quelqu’un d’autre qui m’obligeait à prendre conscience de la vraie vie qui oblige à donner plus qu’à recevoir. Plus je me mentais, plus je souffrais et plus je faisais souffrir. J’étais un menteur, un tricheur, jusqu’au jour où un matin, pourquoi celui-la ? Je n’en sais rien. Je suis allé chercher le pain, à cent mètres de la maison que j’avais construite de mes mains. En route, une force me pénétra à cet instant-là, j’ai su que mon destin allait changer et que je ne reviendrais plus jamais. Moi qui avais promis à Roger de suivre ma route, la vraie, j’avais suivi celle que la société m’avait inculquée malgré moi. J’étais prisonnier du système et je devais maintenant en payer le prix. Je suis donc parti en laissant derrière moi tout mon passé et tous les biens matériels que j’avais acquis par mon dur labeur, en travaillant 14 ou 15 heures par jour et bien souvent le dimanche. J’en étais arrivé là, moi qui me croyais différent des autres ! Je me donnais envie de vomir rien qu’en me regardant dans la glace. J’étais ruiné, mais libre, libre d’exister, de me respecter, de m’aimer, non pas en nombriliste, mais en étant fier d’être ce que je suis vraiment au plus profond de moi. J’avais percé, grâce à cette tranche de vie, les secrets de la source noire et j’ai découvert la source blanche qui est en chacun de nous, qu’il suffit d’aller chercher au fond de soi. Ainsi je venais de renaître, l’homme que j’étais, est mort ce jour-là, au bord de la route.

 

7.6      La nouvelle vie

 

 

A partir de ce moment, j’ai mis ma vie au service d’autrui en me servant de mon expérience passée et en écoutant mon âme me guider sur le chemin de la vraie vie. J’ai alors découvert qu’elle rend sa dignité à l’être humain, sa spiritualité individuelle. Elle nous montre nos devoirs avant nos droits. Tu sais, chacun à sa route tracée et doit la suivre. Il peut en croiser d’autres certes, mais il ne doit jamais s’identifier à elles au risque de perdre la sienne. Je suis donc parti à Paris, une capitale d’Europe. Comme je venais de province, qui plus est de la campagne, je pouvais percevoir les autres avec plus de recul, plus de compassion et surtout sans aucune pitié. De ce fait, je me suis dit que si je le désirais, je pouvais m’épanouir et faire profiter du soleil que j’avais emmagasiné dans mon coeur, depuis ma jeunesse, et faire partager le don merveilleux que la vie m’avait confié. L’expérience passée, mes joies et mes peines, m’avait permis d’avoir une écoute et une compréhension de la misère humaine qui est la nôtre et dont j’ai eu ma part «.

Akim remarque que son grand-père reprend des forces. Sa voix est plus claire, une lumière intense éclaire ses yeux, la joie se lit sur son visage. Il lui demande pourtant de se reposer un peu bien qu’il soit impatient de connaître la suite. Mais le grand-père lui dit : «  Non, non mon petit, je dois continuer car le temps m’est compté et il me reste tant à te dire. Je dois t’expliquer, pas à pas, comment mon évolution s’est fait. Au début, j’ai fait du magnétisme bénévolement, sur des gens modestes, ce qui m’a permis de découvrir mon don, non pas dans les livres, mais au travers de la souffrance réelle. J’ai compris très vite l’intérêt de faire participer les gens, de leur faire raconter la façon dont ils vivaient leur maladie, leur expérience avec la médecine. Je leur demandais quels médicaments ils prenaient et l’effet produit sur leur santé, et de quelle manière ils se nourrissaient. Les trois premières années de pratique m’avaient permis d’évoluer au travers des gens que j’ai côtoyés, j’ai pris conscience de la responsabilité qu’il fallait assumer. Jour après jour, j’avais appris à ne pas décevoir l’espoir que les gens misaient sur le magnétisme. Au départ, je les soignais chez eux. Si tu savais la crainte que l’on ressent lorsqu’on retourne chez la personne que l’on a traitée, à l’idée de savoir si tout s’est bien passé depuis la dernière visite.

Je me souviens plus particulièrement d’une fois où, un jour que j’arrivais en bas d’une tour, il y avait là une ambulance, gyrophare allumé, brancard sorti. Mon coeur s’est mis à battre, je me suis dit : «  et si c’était la personne dont je m’occupe ! «. J’ai monté les marches quatre à quatre et lorsque j’ai sonné à la porte, la personne m’a ouvert, le sourire aux lèvres, j’étais vraiment soulagé. Le trac, le doute font que, jour après jour, la formation se fait sur le terrain. L’écoute, les confidences, le dynamisme, le magnétisme font que le résultat est au bout du chemin.

Une autre fois, on m’a appelé pour aller voir une personne âgée qui avait un cancer du foie. Elle était traitée par la chimiothérapie ; le corps médical lui donnait peu de jours à vivre. Je lui ai fait plusieurs séances à domicile et au bout de quelques semaines, elle a pu se lever. Elle s’est remise à marcher, puis à manger. Mais bien souvent dans ces cas-là, la personne s’attache à la personne qui la traite, ce qui pourrait faire penser à une sorte de dépendance. Ce phénomène était mal perçu par la famille qui m’a demandé gentiment de ne plus venir. J’ai accepté un peu à contrecoeur parce que cela s’était fait à l’insu de cette dame.

Quelques mois plus tard, je me suis permis de téléphoner pour avoir de ses nouvelles, on m’a appris qu’elle était hospitalisée. Je leur ai alors demandé l’autorisation d’aller la voir, elle m’a été accordée et je me suis rendu à l’hôpital. Lorsque je suis entré dans sa chambre, elle ne m’a pas quitté des yeux, elle m’a pris la main et m’a dit : «  Pourquoi m’avez-vous abandonnée ? « Je crois que si on m’avait donné un coup de couteau en plein coeur, je n’aurais pas eu plus mal. J’ai pleuré en sortant de l’hôpital. Je me suis juré que si cette situation se reproduisait, j’en parlerai à la personne concernée. Mais comme dit le proverbe, c’est en forgeant que l’on devient forgeron.

Le plus difficile, c’est de ne pas porter de jugement, de ne pas avoir de préjugés, de visions toutes faites. Par exemple, un jour, une dame avait sonné à ma porte. Elle portait un bébé sur son ventre dans un sac kangourou, elle avait les yeux hagards, vitreux, l’air d’être ailleurs. Rien qu’en y repensant j’ai encore honte d’avoir porté ce jugement immédiat : «  C’est une droguée ou une alcoolique «.  Elle est entrée et m’a demandé si elle pouvait poser son enfant par terre car elle avait peur de le faire tomber. Puis, elle m’a expliqué qu’elle faisait des crises d’épilepsie depuis l’age de 14 ans car elle avait été violée à maintes reprises par son beau-père. Depuis, elle tombait n’importe où, sans pouvoir se contrôler. Elle avait peur pour son enfant. Je l’ai aidée pendant plusieurs mois, elle a eu une amélioration qui lui a permis de vivre mieux, sans pour autant être guérie. Et tu vois, depuis ce jour-là, je ne me suis plus jamais permis de porter un jugement sur qui que ce soit, sans avoir les données nécessaires pour pouvoir le faire.

Au fil du temps, j’ai perçu l’immensité du chemin à parcourir pour devenir magnétiseur, il ne faut pas travailler l’énergie car elle est déjà en nous, mais il faut faire sa route spirituelle. Celle qui consiste, jour après jour, à découvrir son âme, à devenir spectateur de sa vie pour devenir le canal de cette énergie, aussi bien par le geste, la parole, le regard que par l’esprit. On pourrait appeler cela le dédoublement, mais pas celui que les gens cherchaient par la méditation, la lévitation ou les voyages astraux, ce qui à mes yeux, n’a aucun intérêt, si ce n’est que chercher à visualiser l’irrationnel. Alors que là, on devient spectateur de sa propre vie. On découvre alors avec émerveillement les possibilités cachées au plus profond de soi. Mais lorsqu’on accepte cette mission, on devient la représentation de son double, on a donc l’obligation d’en être digne par son comportement quotidien, dans sa tenue vestimentaire, même simple mais toujours propre.

Lorsque j’ai commencé à pratiquer, je m’habillais dans un magasin très bon marché ou avec des vêtements que l’on me donnait. Pendant longtemps, j’ai mangé chez un monsieur qui avait monté un petit restaurant où on servait un plat chaud pour très peu d’argent. Tous les gens modestes s’y retrouvaient et bien souvent, si quelqu’un n’avait pas d’argent, il partait sans payer, un regard suffisait pour qu’il ne se sente pas humilié. Si un jour on était un peu plus argenté, on lui laissait plus. Lorsqu’il a quitté le quartier où je vivais, nous avons été nombreux à le regretter. C’était quelqu’un qui avait le souci permanent d’humaniser la vie. Il m’a beaucoup appris, essentiellement, à donner de l’amour à autrui en se mettant à sa portée, afin qu’il puisse accéder à la dignité sans avoir la main tendue. D’où la beauté du geste, sans l’humiliation, ce qui est le plus beau des cadeaux. C’est d’ailleurs dans cet endroit magique que je me suis modestement mis à contribution en soulageant des gens qui dormaient sous les portes cochères, qui se levaient avec les jambes lourdes, atrophiées par le froid, pleines d’eczéma, bien souvent purulentes. Je les magnétisais également dans la rue ou dans les stations de métro. Les gens me regardaient comme une bête curieuse car la misère leur faisait peur. Alors qu’il suffisait parfois d’un mot, d’un regard, d’une pièce pour leur permettre de supporter l’instant présent. Car pour ces gens-là, il n’y avait pas de lendemain et s’ils buvaient, c’était bien souvent pour supporter l’humiliation que la société leur infligeait.

Je revois encore l’un d’entre eux qui était arrivé un jour en boitant, il s’était démis le genou. Il nous dit qu’il était tombé d’un trottoir, il souffrait beaucoup. Il disait que s’il avait été dans son village natal, il serait aller voir le rebouteux comme il le faisait dans sa jeunesse. Ici, sans argent ni couverture sociale, il ne voyait pas d’issue. Alors, je lui ai proposé de l’aider. Il hésitait, le patron du restaurant qui me connaissait bien lui a dit : «  tu peux y aller, je le connais «.  Donc, il s’est laissé faire, j’ai fait des impositions soutenues sur son genou. Après quelques séances de magnétisme, il a remarché de nouveau, son sourire heureux a été pour moi la plus belle récompense. J’ai eu également beaucoup d’amis qui m’ont servi de cobayes. Ensuite, il a suffi du bouche à oreille et ma réputation s’est faite au travers des résultats. C’est pour cela qu’aucune école, aucun apprentissage ne sont possibles, car le don est en nous, une fois que nous avons dépassé la peur et accepté que nous sommes l’instrument d’une force invisible et inexplicable mais pourtant bien réelle parce qu’elle est spirituelle. Quelques années plus tard, j’avais réussi à rompre définitivement les liens avec mon passé et le futur se profilait à l’horizon. J’avais cherché ma route depuis cinq années, le destin me la laissait entrevoir jour après jour ; c’était une mise à l’épreuve permanente.

A cette époque, j’ai rencontré un groupe de personnes qui, tout comme moi, étaient arrivées au point de rencontre avec leur destin, mais il faut le préciser, chacun cherchait sa route individuellement. Nous nous sommes apporté les uns aux autres beaucoup de réponses, comme si l’un d’entre nous avait, au moment opportun, la clé qui manquait à l’autre. Nous nous rencontrions une fois par semaine, dans un restaurant d’un quartier de Paris, sur la Butte Montmartre. Nous avions tous très peu d’argent. On se la faisait «  à l’indienne «, c’est à dire que chacun payait sa part. Ces réunions nous permettaient de nous rencontrer et d’échanger nos découvertes. Quand quelqu’un avait besoin de moi, je répondais présent et par ces échanges, j’ai beaucoup appris, surtout ce que je ne devais pas faire. A l’époque, la mode parisienne était à la réincarnation. Un jour, nous avons décidé d’aller ensemble voir nos vies antérieures. Les séances étaient collectives et coûtaient 50F pour celui qui faisait l’expérience et 100 F pour les spectateurs. L’animateur des lieux a demandé qui voulait être candidat ce jour-là, sans beaucoup de succès, alors je me suis proposé, au grand soulagement de l’assistance.

Inquiets, les gens faisaient cercle autour du lit sur lequel j’étais allongé, la personne a demandé le silence et m’a couvert les jambes et le torse et m’a demandé de fermer les yeux. Il a mis une musique de relaxation et s’est mis à me parler doucement. Il m’a demandé de me laisser aller, de ressentir mon corps, ce qui m’était facile car je faisais moi-même de la relaxation. Sa voix me donnait confiance en lui, une fois détendu, il m’a fait pénétrer dans un tunnel et j’ai aperçu la lumière au bout. Je pense qu’à ce moment précis, j’étais en état d’hypnose, à la fois conscient et inconscient. Il m’a demandé où je me trouvais, je lui ai décrit une voûte de pierre, je me trouvais allongé à même le sol, tout nu. Il y avait comme un rayon laser qui formait quatre faisceaux lumineux bleus en forme de pyramide au-dessus de moi. Il m’a demandé comment je me sentais et si je voulais continuer, je lui ai dit oui et l’expérience de mes vies antérieures a vraiment commencé. La première vision que j’ai eue se situait certainement à l’époque de l’Inquisition. J’étais entouré de prêtres cagoulés, dans une église où on me jugeait pour sorcellerie, j’étais condamné au bûcher. L’animateur m’a demandé alors si je voulais aller plus loin, j’ai dit oui, car je pensais être conscient, du moins à cet instant. Il m’a donc dirigé plus loin encore. Je me suis retrouvé sur le bûcher où on m’a demandé de me repentir. Il y avait d’autres personnes à côté de moi, sur d’autres bûchers. Il m’a demandé si je souffrais.

Je lui ai répondu : «  bien au contraire, c’est une délivrance, je vais enfin trouver la paix «. L’expérience s’est poursuivie et nous sommes remontés encore plus loin. LÀ, je me suis retrouvé attaché à une roue par les quatre membres. On m’a demandé de me repentir encore. Une femme est venue me poignarder pour me délivrer de ce supplice. Cette femme était d’ailleurs présente dans l’assistance, c’était ma meilleure amie. Nous avons continué, je me suis retrouvé sur une route de campagne, habillé en ermite, marchant le long du chemin. Lorsque tout à coup, devant mes yeux, un enfant allait passer sous les roues d’une charrette. Je me suis précipité, écartant tout danger pour cet enfant mais j’y ai laissé mes deux jambes. A cet instant précis de l’expérience, j’ai vraiment vécu cette amputation, je ne sentais plus mes jambes. D’ailleurs, j’étais moi-même si crédule que j’ai eu l’impression d’être amputé pendant plusieurs jours.

A ce moment-là, l’animateur a décidé d’arrêter la séance. Il m’a ramené au point de départ, j’ai revu le tunnel et je me suis retrouvé sous la pyramide laser, la séance était terminée. Toute l’assemblée était en émoi, certains pleuraient, l’animateur m’a expliqué que dés le départ, chose très rare, j’avais été protégé par ma nudité et par la pyramide. C’est pourquoi il m’avait emmené si loin dans cette expérience qui m’a beaucoup apporté. Elle m’a permis de mesurer à quel point je pouvais déranger et qu’il aurait fallu peu de choses pour que je me retrouve jugé et condamné. Depuis ce jour-là, j’avais décidé de mettre en pratique le don qui m’avait été confié, sans artifices, en me rattachant à la vie, simple mais si belle, avec des explications compréhensibles par tous, par la pensée positive, universelle, individuelle et j’ai ouvert ainsi la porte à tous, sans exception.

Il est vrai qu’au départ on ne sait pas trop comment s’y prendre pour expliquer aux gens que pour être magnétiseur, il n’y a pas besoin d’artifices, tout du moins c’est ce qui était vrai pour moi. J’ai donc changé complètement la façon de me présenter aux gens car au début, j’avais accroché des tableaux brodés sur soie sur les murs dans la pièce où je recevais. L’un représentait la Vierge et l’autre le Christ, ils m’avaient été offerts par un patient pour me remercier d’avoir sauvé sa mère d’une dépression suite au décès de son mari. Un antiquaire m’avait offert une autre vierge, en signe de reconnaissance. Je croyais bien faire, j’étais encore influencé par l’éducation religieuse catholique que j’avais reçue en pension. J’avais été enfant de choeur. J’étais donc croyant à cette époque là et j’affichais haut et clair ma foi. Cet endroit ressemblait à un lieu de prières plutôt qu’à un lieu de soins par le magnétisme. Cela entraînait l’exclusion de toute autre forme de pensée. J’ai donc pris conscience jour après jour de cette attitude irrespectueuse vis à vis d’autrui. Je suis allé à la découverte d’autres cultes.

Finalement, je m’en suis tenu à la pensée universelle car en réalité, chacun s’accapare Dieu pour se valoriser mais je pense qu’il n’y a qu’un seul et unique Dieu. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a eu tant de guerres, provoquées par la haine, bien souvent machiavélique au nom de Dieu. Tous prétendaient que seul leur Dieu était le vrai. J’ai pris conscience de l’importance des mots, de leur valeur, et de tout ce que l’on nous cachait. Le monde évoluait, les civilisations se rapprochaient les unes des autres. Les cultures se mélangeaient mais bien souvent, au lieu d’être complémentaires, l’une voulait toujours dominer l’autre. C’est également à cette période que j’ai écrit des poésies philosophiques, moi l’illettré. C’était simplement de l’écriture automatique. Ma main servait de canal. La première que j’ai écrite a guidé toute ma vie jusqu’à maintenant, et je la garde toujours sur moi. Il sortit de sa poche un feuillet qu’il tendit à son petit-fils et lui demanda de le lire. Akim prit le papier et se mit à lire à voix haute :

Qui suis-je ? Vous croyez me connaître, vous avez la prétention de me connaître alors que moi-même, je ne sais pas qui je suis. Depuis que je suis apparu à vos yeux, Vous m’avez façonné, Vous avez annihilé mon être. Je ne sais plus qui je suis. Je vis au travers de vous et de moi. J’ai décidé un jour de me retrouver. Je suis allé me chercher au plus profond de moi-même. Il restait une petite lueur qui m’a dit : «  Je suis là, viens me chercher ! La route sera longue et difficile. Plus tu vas te retrouver, plus tu vas te perdre au regard des autres. Tu devras les respecter car eux ne savent pas qui ils sont. Une fois que tu auras pris ta route, sois fier de toi et dis-toi que tu es privilégié au milieu des vivants. Ta solitude deviendra un havre de paix. Tu la communiqueras à ton prochain. C’est ainsi que naîtra le virus positif de ton être «.

Akim s’arrête, visiblement très marqué par les mots qu’il vient de découvrir. Tout cela l’intrigue de plus en plus. Le grand-père reprend la parole : «  ensuite, j’ai écrit d’autres livres qui m’ont permis de continuer mon évolution et de devenir un maître à penser, le miroir d’une civilisation devenue aveugle devant la réalité, la lucidité. J’avais pris du recul pour essayer de voir plus clair dans la marche à suivre pour le déroulement de mon avenir. Je me posais beaucoup de questions. Saurais-je y répondre ? Saurais-je prendre les bonnes résolutions ? Je m’étais beaucoup dispersé pendant tout ce temps, j’avais pensé pouvoir mener de front toutes mes obligations, mais forcément ce n’était pas compatible. Mais sans toutes ces épreuves, la prise de conscience, le déclic auraient-ils eu lieu ? Je ne le pense pas «.

Encore une fois, le peu d’amour propre, de vanité et de passion qui me restait avaient disparu. Mais quel déchirement, quel conflit, quelle dualité entre moi-même en tant que personne voulant exister et la personne représentative de mon âme ! Je venais de m’apercevoir que le chemin parcouru pour en arriver là avait porté ses fruits, que l’osmose recherchée venait de se faire. Je venais de mourir pour renaître à nouveau. Celui qui a vécu, n’est plus. J’avais peur de voir que l’horizon qui s’ouvrait alors à moi était celui que j’avais tant cherché : l’équilibre, l’approche du point zéro, ce qui veut dire que notre être ne nous appartient plus. Le côté diabolique que nous-mêmes, nous créons avec plaisir, disparaît. Tout devient clair et simple, la peur de mourir nous quitte, la souffrance n’entrave plus notre chemin, elle fait partie de notre être et nous oblige à nous dépasser en permanence. Le chemin parcouru en est d’autant mieux récompensé. La vie reprend tout son sens car peut-on dire que l’on a vraiment accompli sa vie, si on prend le chemin de l’oisiveté, en vivant dans la matière, la possession, la haine ou les perversions en tout genre, en se plaignant pour un oui, pour un non, en vivant d’un commerce basé sur la culpabilité sur le dos de la misère ? C’est à nous d’y répondre, en notre âme et conscience, car personne ne pourra y répondre à notre place.

J’ai donc repris la route qui m’était destinée, en apportant aux gens qui venaient me voir l’espoir dans la vie par le contact humain. Je les rechargeais par le magnétisme en les mettant face à eux-mêmes afin qu’ils puissent moins souffrir et se libérer de leurs maux physiques dus à leur mal être psychosomatique. Ainsi, Ils pouvaient retrouver le chemin de la vie en se supportant les uns les autres dans un respect mutuel et dans l’idéal, s’aimer mais pour cela il faut d’abord s’aimer soi-même. Le détachement que j’avais acquis au fil des années perturbait certaines personnes. La neutralité perturbe mais en même temps, elle rassure. Cette force que j’avais acquise m’a permis de mieux les comprendre, de mieux les aimer et les respecter car les réponses que je leur apportais venaient de mon vécu et de ma lucidité. Le chemin qu’ils avaient à parcourir leur plaisait, les motivait pour vivre, l’espoir revenait et avec lui la guérison, ou bien souvent un mieux-être qui leur permettait de vivre, malgré la souffrance car ils dépassaient la matière et ils percevaient leur âme ou leur vrai destin.

Les gens se suivaient, leurs maux se ressemblaient, leurs maladies étaient diagnostiquées par le corps médical : anorexie, boulimie, ulcère, cancer, sida, etc. Pourtant chaque personne la vivait différemment, aucun cas ne ressemblait à un autre car chaque être avait sa propre perception de la maladie. Certains la refusaient et luttaient en collaboration avec leur médecin, leur chirurgien, leur psychiatre, les médicaments etc. D’autres s’y complaisaient inconsciemment pour que l’on s’occupe d’eux ou pour fuir la réalité, si dure à leurs yeux. Il était donc important d’effectuer un travail d’équipe, main dans la main. Si, à la fin de leur parcours, ils n’avaient pas trouvé la solution, ils avaient alors recours aux dernières roues du carrosse : le magnétiseur, le guérisseur ou le rebouteux. Ils méprisaient bien souvent ces personnes avant d’arriver jusqu’à elles, sans savoir, par ignorance et comme dit si bien le dicton, qu’il ne faut jamais dire : «  fontaine, je ne boirai pas de ton eau ! «

 

7.7      Les cas du magnétiseur

 

 

A l’aube du XXIème siècle, tant de gens manquaient de repères, de confiance en eux qu’ils n’arrivaient plus à communiquer. Finalement, le magnétiseur devenait leur confident, leur miroir, il les sécurisait par son attitude envers elles, par sa présence et par l’énergie qui les revitalisait. De ce fait, elles retrouvaient ainsi l’harmonie, la lucidité qui allait leur permettre d’assumer leurs responsabilités face à la vie. Je vais te raconter plusieurs cas qui te montreront à quel point il y a une ambiguïté dans le comportement de certaines personnes.

Un jour, une femme est venue me voir, elle m’a expliqué, tout en sanglotant, qu’elle n’en pouvait plus et qu’elle voulait en finir avec la vie. Je lui ai demandé quel pouvait être le drame qui la conduisait à prendre une telle décision. Elle m’a alors confié que son mari la battait, je lui ai demandé depuis quand durait cette situation, elle m’a répondu que cela avait commencé le soir de ses noces, il y a vingt-cinq ans. Je lui ai dit qu’au début je pouvais comprendre, mais depuis tant d’années ! Elle m’a alors avoué : «  Mais où irai-je, je ne sais rien faire, ici j’ai un toit, à manger et puis j’aurai sa retraite, plus tard «. Que répondre à ces propos ? Elle avait choisi son destin, sans vouloir l’assumer.

Elle aurait voulu que ce soit son époux qui change. La seule aide que j’ai pu lui apporter a été le magnétisme, afin qu’elle puisse supporter son calvaire car elle était trop faible pour partir assumer sa propre vie. Je ne pouvais pas l’influencer dans ce sens car cela lui aurait été fatal, étant donné qu’elle ne pouvait pas se prendre en main, toute seule. Comme quoi la lâcheté, la faiblesse et l’irrespect de la vie vous détruisent à jamais. Une autre fois, une jeune femme très déprimée, divorcée et de plus au chômage, vint me voir car elle souffrait de maux d’estomac, de diarrhées et d’insomnie. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas d’argent mais j’acceptai de la recevoir. Elle m’a raconté qu’au bout de quelques années de mariage, son mari était parti car il voulait un enfant, mais elle voulait d’abord avoir une maison avant d’avoir l’enfant. Il est donc parti, ensuite, il s’est remarié, il a eu un enfant et il a acheté une maison, tout ce qu’elle lui avait refusé. Le plus grave, c’est qu’elle ne voulait pas voir qu’ils étaient mutuellement responsables de la situation. Il fallait qu’elle refasse sa vie en tenant compte de ses propres erreurs. Je lui ai posé une question «  piége « je l’avoue, afin de voir sa motivation. Comme c’était le 1er de l’an, je lui ai dit : «  Si vous deviez faire un voeu, aujourd’hui, quel serait-il ? « Elle m’a répondu froidement : «  je veux qu’ils crèvent tous les trois ! « J’ai cessé immédiatement de la magnétiser et je lui ai dit : «  tant que la haine vous habitera, je ne pourrai rien pour vous, mais, lorsque vous aurez pardonné, je pourrai alors vous aider à retrouver votre équilibre. Pour l’instant, je ne peux rien faire pour vous car actuellement vous renforcez votre haine vis à vis d’eux. Par-là même, je la cautionnerais en vous soignant et ceci est contraire à mon chemin personnel.

Je repense également au cas de cette dame d’un certain âge qui était venue me voir pour me demander conseil. Elle était toute triste, refermée sur elle-même. Elle portait des lunettes noires qu’elle a ôtées, laissant apparaître deux yeux cernés d’hématomes. Elle avait, comme on dit, les yeux au beurre noir. Elle m’a expliqué que son fils, âgé d’une quarantaine d’années, alcoolique et drogué, venait au début de chaque mois lui prendre sa pension. Mais comme elle lui résistait, il la battait. Au bout de quelques séances, je m’étais aperçu qu’elle ne ferait jamais rien contre son fils car elle se sentait responsable de son état. Comme elle refusait de se défendre contre lui, je lui ai dit que si un être humain comme lui (s’il est encore possible de le considérer comme tel) se comportait ainsi, il faudrait donc pratiquer différemment. Je lui ai alors suggéré que le mois suivant, elle mette la table, comme si c’était un jour de fête et que tout en lui parlant de la pluie et du beau temps, elle l’invite à prendre place devant son assiette. Elle aurait pris soin de bien mettre en évidence une enveloppe avec l’argent de sa pension. Elle a suivi mes conseils, et pour la première fois depuis des années, elle n’a pas eu à subir de souffrances physiques. Lorsqu’elle est revenue la fois suivante, elle avait le visage rayonnant de joie. Elle m’a dit : «  Monsieur, permettez-moi de vous embrasser, vous m’avez rendu ma dignité et l’envie de vivre car ce qui était devenu un enfer est devenu ma fierté, ne plus haïr son propre enfant est le plus beau cadeau, merci «.

Une autre fois, un homme de 65 ans m’a demandé de l’aider car depuis une trentaine d’années, il souffrait de la maladie de Parkinson, diagnostiquée par la médecine. Elle progressait en permanence et à ce jour il n’en pouvait plus. Je l’ai magnétisé pendant quelques séances, en présence de son épouse, rien d’important ne s’est produit. A la quatrième séance, il est venu seul et au bout de quelques minutes, il m’a regardé dans les yeux en me disant : «  Monsieur, je ne sais pas pourquoi, mais je ne vois aucun jugement dans vos yeux, aussi je vais vous avouer ce que je n’ai jamais osé dire à personne, même pas en confession, alors que je suis catholique pratiquant, par peur d’être jugé. Voilà, à l’âge de six ans, j’ai été abusé sexuellement par un instituteur pendant toute l’année scolaire. Depuis, je porte ce secret, chargé de culpabilité. Je me suis marié, j’ai eu des enfants mais des années plus tard, j’ai eu des relations bisexuelles pour voir si j’étais coupable. Je n’ai jamais pu vivre une sexualité normale, j’ai honte de moi et je me sens sale «. Alors que je le magnétisais et au fur et à mesure qu’il me faisait sa confession, j’étais subjugué par ce qui se passait sous mes yeux. Plus il parlait, plus ses tremblements s’estompaient. Il s’était mis en harmonie avec sa conscience et ainsi il s’était pardonné et avait pardonné à celui qui avait abusé de lui. Le destin a une route bien tracée, pourquoi ce jour-là plus qu’un autre ? Cela reste un des mystères de la vie.

Tu vois à quel point un simple geste de notre part peut changer une vie. Lorsque la maladie du sida est apparue, les gens de tous bords en avaient peur, ils se surprotégeaient vis à vis des personnes contaminées de peur d’en être atteints à leur tour. A cette époque-là, une mère de famille a pris rendez-vous par téléphone, et elle est venue le jour même où elle sortait de l’hôpital. Lorsque je lui ai ouvert la porte, je lui ai tendu la main pour la saluer, elle m’a regardé, très gênée et m’a dit : «  je m’excuse mais je ne peux pas vous serrer la main car j’ai le virus du sida ! « Je lui ai répondu : «  où est le problème, il ne va pas me sauter dessus, ne vous inquiétez pas il n’y a aucun problème.

De toute façon, dans une journée, nous serrons probablement la main à beaucoup de gens, sans savoir qu’ils sont contaminés «. Elle est entrée et m’a expliqué d’où venait sa peur. Elle avait été contaminée par une transfusion sanguine subie après un accident. Elle avait quatre enfants qu’elle n’osait plus serrer dans ses bras de peur de leur donner le virus, vu qu’à l’hôpital, les gens portaient un masque et des gants par précaution et de ce fait ils communiquaient leur peur aux malades. Lorsque la séance s’est achevée, elle a pleuré et m’a dit : «  Monsieur, votre poignée de main et votre dialogue me sauvent la vie, je vais pouvoir embrasser mes enfants avant de partir, la mort ne me fait pas peur, c’est le regard des gens qui tue, merci «.

Je me souviens aussi d’une jeune fille, intelligente et très belle, d’un milieu social bien au-dessus de la moyenne qui était mal dans sa peau et qui déprimait depuis des années. Elle prenait des médicaments, malgré une psychothérapie puis une analyse mais rien n’y faisait. Elle voulait mourir et en finir avec cette société qu’elle trouvait inhumaine. Un jour sa tante m’a appelé pour m’annoncer qu’elle s’était jetée sous une rame de métro. Elle était entre la vie et la mort, à l’hôpital. Après douze heures d’opération, on a réussi à la sauver mais elle a dû être amputée des deux jambes. En complément, je l’ai aidée à distance par le magnétisme car les chirurgiens ne pouvaient pas se prononcer sur les résultats de l’opération, du moins pas avant un certain laps de temps. Le miracle eut lieu et elle a pu circuler fauteuil roulant.

Elle s’est mise à aimer la vie, elle s’est occupée des gens qui souffraient, son aide était efficace, la vie lui souriait. Faut-il se mutiler pour prendre conscience de la vraie vie ? Dans bien des cas, cela se confirme, avoir frôlé la mort redonne l’envie de vivre.

 

 

8         Le cataclysme

 

 

Le grand-père se tait. Le silence est incroyable après tous ses récits. Akim se sent enveloppé par l’ancien monde et des milliers d’images s’invitent devant ses yeux. Sa tête tourne. Il sent aussi l’effort surhumain qu’est en train de faire son grand-père. Il lui demande de prendre un peu de temps pour se reposer, mais la réponse est sans appel. «  Non, mon enfant, il ne me reste que peu de temps et il faut que tu apprennes maintenant comment a fini notre civilisation. Et ça je m’en souviens comme si j’y étais encore. Ecoute, je vais passer au présent pour te relater l’intensité des événements importants de ces derniers mois :

Des attentats sont perpétués par des kamikazes en terre dite sainte, tuant volontairement des innocents, des femmes, des enfants, et tout cela au nom de leur dieu. Ainsi chaque jour, les représailles dites légales à leurs yeux, engendrent des morts à leur tour et ainsi l’escalade dure depuis des années, sous le regard de milliers de spectateurs silencieux et avides de sensation forte. Comme des oiseaux de malheurs, les dirigeants de pays dits intelligents, riches et puissants, regardent faire, de loin, ne se permettant d’intervenir que par la parole et non autrement par les armes comme ils n’hésitent pas à le faire dans d’autres pays sous-développés – tous ceux, qui ne peuvent pas se défendre et surtout interdire l’ingérence dans leur pays.  Dans ce conflit-là, ils sont eux-mêmes concernés et ne peuvent renier leurs frères de sang et de coeur. D’où l’impasse, la propagation de la haine et l’escalade de l’intégrisme.

Dans le même temps, la terre elle-même se révolte, dans l’Antarctique par le réchauffement de la terre, des blocs de glace se désagrégent et l’un d’entre eux qui s’est brisé est estimé selon les chercheurs à une superficie égale à une île de la Méditerranée. Cette fonte devrait entraîner dans les mois à venir une montée des eaux sur l’ensemble de la planète de vingt cinq centimètres et cela sans que cela n’inquiète personne, normal…

Les gens deviennent de plus en plus perturbés, pour ne pas dire fous, fous à lier. Il y a des viols dans les écoles, commis par des enfants sur des enfants. Ils sont  influencés par les émissions médiatiques, les journaux et films pornographiques à la portée de tous et tout cela dans l’indifférence générale. Des drogues de plus en plus sophistiquées ont fait leur apparition avec des conséquences irréversibles pour les victimes. L’une des dernières nées est indolore et se met dans un verre. Dans les discothèques, boites de nuit, une fille seule de préférence est repérée, on lui fait boire ce breuvage diabolique et plusieurs garçons ou plutôt voyous l’emmènent à l’extérieur en la tenant sous les bras prétextant qu’elle a bu. Ils passent aux yeux de tous pour normal sous l’emprise de cette drogue ne pouvant répondre à quiconque ne se rappelant de rien d’où la gravité de celle-ci. Une fois dehors, la fille est violée, sodomisée et j’en passe. Laissée sur place, ne se rappelant de rien, l’oubli total d’où l’impossibilité de reconnaître ses agresseurs.

Les drogues se démocratisent les unes après les autres, les hommes politiques reconnaissent eux même que si on en prend occasionnellement, elles n’ont pas d’incidence sur la santé. D’où les dérapages. Comme ils sont eux-mêmes de grands consommateurs, cette publicité masquée leur permet d’être ravitaillés gratuitement.

La corruption s’est installée à tous les niveaux et cela dans tous les pays. Elle s’aggrave de jour en jour et cela sans pudeur ni vergogne ; des gens abusés n’ayant plus rien a perdre vont jusqu’à tuer en série des coupables mais aussi des innocents.

Mais comment les distinguer ceux sont des gens souvent haut placés donc intouchables, des viols, des vols sont commis par des gens supposés nous protéger et cela en toute impunité.

La délinquance grandit de jour en jour comme une fatalité, alors qu’elle est voulue par ceux-là même qui nous dirigent. Les trafics en tout genre ne cessent de progresser, la pollution tout azimut déferle dans le monde, les  femmes se libèrent de plus en plus et méprisent les règles immuables de la vie. D’où la révolte des hommes retournant mille ans en arrière et tout cela au nom de Dieu.

Mais qui est-il ce Dieu pour être si méchant, si inhumain envers ceux à qui il a donné la vie ? Cela arrange tout le monde de croire à cela, mais la vraie version est beaucoup plus noble, plus belle mais incompréhensible du commun des mortels. Car comment croire qu’un être divin qui nous a créé à son image nous ait brimé, bridé, interdit. Non, au lieu de tout cela, il nous a laissé la liberté totale de réfléchir, de respecter ou non la vie, la terre, nous-mêmes, nos enfants etc. Mais il est plus facile de dire que s’il est Dieu Tout Puissant, comment peut-il laisser faire toutes ces atrocités ? Alors que c’est nous qui les fabriquons de toutes pièces et bien souvent des petits malins le font en son nom. Et ça marche ! Ouvrez vos yeux car il est encore temps ! Mais qui veut vraiment que ça change ?

La pourriture engendre la pourriture plus vite qu’un coup de fusil, alors que le bien dérange et ne rapporte à personne. Et même il dérange car il demande un effort de remise en question profonde qui est insupportable pour le commun des mortels que nous sommes. Peu de gens y sont parvenus et si cela est le cas : soit on les supprime d’une façon radicale soit on les fait passer pour des illuminés, des utopistes, des philosophes, des marginaux mais en aucun cas pour des gens responsables capables de rectifier la descente en enfer. Et pour cause, cela représente l’anti-matière d’où l’ouverture à la connaissance, au respect des lois immuables de la vraie vie et ainsi l’abolition du matérialisme et l’ouverture de l’humanité voulue par dieu, le nirvana. Mais là, je crois devenir un utopique.

Revenons au récit des derniers mois. Dans un endroit secret, une réunion a été organisée par un milliardaire. Il a malgré ses intentions diaboliques, fait un grand chemin spirituel et se sent investi d’une mission biblique façon moderne. Il est d’accord sur les propos tenus mais il est convaincu qu’il est trop tard et que l’homme doit maintenant payer pour tous les crimes qu’il a commis au nom de Dieu. Il doit payer de sa vie et sa vengeance sera terrible. Il lui réserve une agonie lente et atroce. Il demande alors à un géologue mondialement connu de venir exposer le projet diabolique qu’il lui a soumis. Il se lève et va vers un rétroprojecteur pour passer des diapositives qui vont étoffer son exposé.

La première diapo représente une forêt immense. Il demande de l’observer attentivement et de dire si l’on perçoit quelque chose d’anormal. Il attend quelques minutes comme pour savourer cet instant qui va enclencher la plus grande catastrophe de tous les temps et dont il est si fier d’en être le créateur. Et là, d’un air solennel, il nous demande la plus grand attention. Le maître des lieux nous demande à son tour une attention extrême car tout ce projet dépend de nous tous dans nos spécialités  respectives «. Vous voyez ce paysage qui, au demeurant, paraît être une forêt comme une autre ; il n’a d’intérêt pour personne sauf pour les amoureux de la nature. Mais là aussi, à part quelques privilégiés, personne ne peut y accéder car il est classé parc naturel et pour cause. Bon voilà, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps, ce lieu est l’endroit le plus dangereux de la planète !

Il se trouve dans un état du nouveau monde, protégé par des militaires, des satellites, sept jours sur sept. Il y a quelques années, une équipe de géologues dont je faisais partie a découvert, que sur ce site, se cache sous un couvercle étendu sur des dizaines de kilomètres, un volcan en activité. Et c’est le plus important de la planète ! Comme il est protégé par son couvercle épais de plus de dix mètres d’épaisseur, il est sans danger sauf si une météorite ou si tout autre objet venait à percer cette carapace. Et voilà ce qui nous nous intéresse au plus au point. Il faut donc que nous trouvions un moyen de passer toutes les protections mises en place à ce jour ainsi que le moyen de percer le couvercle sur environ dix milles mètres pour créer la réaction nécessaire à la mise en fusion immédiate du volcan.

Dans l’assemblée, un homme habillé comme les gens du désert se présente comme étant chef de camp depuis des années des meilleurs camps d’entraînement terroristes du monde avec des kamikazes prêts à tout et surtout à mourir pour leur dieu. Chacun a une spécialité bien spécifique, toutes les corporations de métiers sont représentées. Ces spécialistes sont formés depuis des années et il y a donc la possibilité de les utiliser dans les jours qui suivent sans attirer l’attention de personne. «  En effet, ils sont déjà introduits dans les structures  les plus sécrètes de la planète, d’où l’intérêt de ma présence ici aujourd’hui. J’ai d’ailleurs à ma disponibilité dans cette région, un pilote d’avion de chasse équipé d’ogive nucléaire dernière version. Il doit subir des simulations réelles dans les prochains jours et cela non loin du site nous concernant «.

Le commanditaire du projet se frotte les mains mais ne peut s’empêcher de poser la question : «  êtes-vous sûr du pilote auquel vous pensez ? « «  Il est prêt à mourir pour notre cause, je peux vous l’affirmer et vous donner ma parole, il suffira de me fournir les paramètres exacts du lieu de l’impact. J’ai aussi besoin de savoir la façon de procéder à la mise a feu la plus propice pour avoir l’assurance de la réussite de l’opération que l’on appellera l’apocalypse ! Car ce qui nous attend, va engendrer une catastrophe naturelle avec des conséquences que nul être humain n’a pu imaginer même dans les scénarios les plus morbides imaginés jusqu’à ce jour «.

Le maître de ces lieux remercie tous les acteurs de cette journée qui va changer la face du monde et amener à la destruction de la planète et surtout détruire ses hommes qui ont osé bafouer la loi divine. La sanction qui les attend va être terrible. Et il les quitte en disant : «  en accomplissant cela je suis guidé par la main de Dieu «. Il les convie ensuite à se retrouver le lendemain après le déjeuner dans ce même lieu pour déterminer le jour J. Ils sont ensuite invités à profiter de son palais à notre guise. Le soir au dîner, ils assistent à une soirée digne des milles et une nuits : danseuses orientales, cracheurs de feu, charmeur de serpent, danse du sabre, manger à volonté. Certains fument même l’opium et j’en passe. Le ciel comme pour les narguer, est rempli d’étoiles-vous comprendrez pourquoi plus tard. C’est l’heure de se coucher. Ils regagnent les suites qui leur ont été décernées, on leur fait prendre un bain dans du lait, plusieurs femmes s’occupent de nous comme elles savent si bien le faire dans ces pays un conte de fée pour les êtres les plus abjects de la planète.

Le lendemain, quand le jour se lève, les haut-parleurs diffusent les versants du Coran annonçant un jour nouveau et la protection pour tous. Ils se retrouvent tous au sauna, bain, massage, relaxation avant l’heure fatidique. On leur offre le thé et ils sont conviés à regagner la salle de réunion. Ils arrivent et s’installent à leurs places respectives déjà attribuées la veille, chacun échange son opinion sur des sujets divers comme pour meubler le temps. Lorsque leur hôte arrive, il y a un silence absolu. Il leur souhaite le bonjour et demande si ils ont été bien servis. Nul ne dit mot. Il prend alors un air solennel pour leur annoncer que la date qu’il a choisi, sera celle du jour de son anniversaire.

L’un d’entre eux ose lui demander : «  quel jour êtes-vous né ? «  Et il répond : «  le 29 février «.  Comme par hasard, on est le 26. Il reste donc deux jours pour tout préparer car cette année est une année bissextile. Il se frotte les mains de plaisir pour ne pas dire de jouissance car il est un des seuls à savoir le résultat de cette opération. Il propose à tous les gens de se presser de faire venir leur famille en ce lieu car tout a été prévu pour résister des années en autonomie totale face aux conséquences de ses actes. Plusieurs avions ont été mis à leur disposition pour aller les chercher mais rien de ce qui a été dévoilé en ce lieu ne doit être dévoilé à quiconque.

Il demande au chef de camp ayant établi le projet de rester avec lui pour mettre au point les derniers préparatifs de l’opération. Il lui demande de rentrer en contact avec le pilote concerné ; chose assez facile car chaque jour, il établit un contact téléphonique d’une cabine différente à chaque fois pour ne pas être repéré. Le téléphone sonne : c’est lui. Comme à chaque fois, il est d’une exactitude inébranlable. Et malgré la précaution prise avec la cabine, je lui demande de poser un appareil brouillant les possibilités d’écoute. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de la routine mais d’opérationnel ! Il dit sa joie de pouvoir enfin servir ses chefs et honorer son dieu. Après lui avoir transmis le projet, on lui donne tous les paramètres : longitude, latitude, inclinaison et on lui précise que c’est une opération suicide mais que son nom et sa famille seront honorés pour l’éternité. Il ne doit manquer sa cible sous aucun prétexte et la mise à feu ne doit s’opérer qu’au moment de l’impact pour être sûr de perforer le chapeau sur sa profondeur.

Il remercie son chef de l’avoir formé et lui promet de lui faire honneur. Il lui demande d’embrasser les siens et surtout sa mère et son père en leur disant que ses dernières pensées seront pour eux. Il dit au revoir comme si de rien n’était : quel courage, quelle fierté d’avoir sous ses ordres : des hommes d’honneur ! Le chef lui affirme sa gratitude et l’honneur qu’il fait à toute une nation et le quitte ainsi. Le commanditaire qui a tout entendu, dit : «  voilà les jeux sont faits, cela est maintenant irréversible. La prophétie va s’accomplir, notre civilisation devait durer six mille ans. Nous voilà au bout par la volonté de Dieu, à ce jour il ne nous reste que deux cent trente cinq ans pour cela «.

Ensuite, il fait convoquer tous ses gens et leur dit qu’ils doivent être de retour avant le 29 à midi dans son palais pour prier. Le chevalier des temps modernes va accomplir cette mission et ensuite suivre les événements sur toutes les télés du monde. Car comme à chaque fois quand il y a des catastrophes, ils se font un malin plaisir à passer en boucle les événements morbides et si il y en a un qui sera bien morbide, ce sera bien celui-là.

Le soir sur toutes les chaînes du monde, les événements «  bestiaux « étaient relatés : tueur en série, viol, attaques à main armée, renversement de gouvernement, pollution, misère, sécheresse dans un coin du monde, inondation dans une autre partie, une reine est morte, le pape est en train de mourir : la suite logique de la vie, la vieillesse ! Car nous sommes tous mortel : seule chose juste en ce bas monde. Le chef convie l’assemblée à se coucher tôt car demain sera une journée dure de conséquences et où il faudra toute leur attention. Ils s’exécutent et chacun regagne donc ses quartiers.

Au matin, comme chaque jour, les haut-parleurs diffusent les prières rituelles et immuables venant des lieux Saints. Dans son palais, il a fait installer une chaîne de télévision avec un réseau de satellites pour pouvoir émettre dans le monde entier et cela dans toutes les langues. En effet, il se doute que les pays concernés cacheront le plus longtemps possible la gravité de l’événement. Et, comme il l’a fait pour l’explosion d’une centrale nucléaire dans les années 90, il s’est entouré de scientifiques de renommée mondiale pouvant expliquer les conséquences d’un tel acte sans contestation possible.

Tout le monde est sur le pied de guerre, prêt à intervenir le moment voulu. Les avions privés arrivent les uns après les autres, les familles en descendent émerveillées par la beauté de ces lieux. Ils sont loin de se douter de ce qui les attend. Chacun regagne ses appartements et les hommes leur lieu d’observation car l’heure fatidique approche. D’ailleurs, à cet effet, il a installé un compte à rebours : «  J moins deux heures trente minutes dix secondes trente dixièmes de secondes. Cet instant a été déterminé à l’avance pour que, à ce moment précis, un des satellites survole la zone et puisse filmer en direct l’événement. Il prie l’assemblée de le suivre, ils traversent de grands couloirs, descendent des marches en marbre, granit, magnifiques. Ils arrivent dans une salle immense digne d’un des derniers James Bond, des écrans géants, des ordinateurs des plus sophistiqués, un studio d’enregistrement télé, un restaurant, un sauna, un hammam, une fumerie d’opium, rien ne manque. Et tout cela prouve que le siége peut durer longtemps et qu’il a été minutieusement préparé depuis longtemps ! Il attribue à chacun un poste prévu à cet égard en fonction de leurs compétences respectives. A travers des vitres du studio télé, ils peuvent alors à leur grand étonnement reconnaître les présentateurs des journaux télévisés des plus grandes chaînes mondiales ! ´a montre bien le sérieux de l’opération ; rien n’a été laissé au hasard ; le temps passe et l’heure fatidique approche à grand pas. Tous s’adaptent au matériel et logiciel qui leur a été attribué, des hôtesses superbement habillées et très belles passent proposer des collations. Chaque poste est relié à un central téléphonique et il est interdit de communiquer avec l’extérieur sans l’autorisation de l’hôte. Autrement dit, à partir de cet instant, ils sont des prisonniers de luxe mais dans une prison dorée et à l’abri de ce qui va se passer dans les jours, les mois, les années à venir à l’extérieur de ses murs.

Chose surprenante, un écran indique la capacité d’air, et précise que l’air qu’ils respirent n’est ni plus ni moins que le notre recyclé. A cet instant, chacun d’entre eux ressent une très forte angoisse l’envahir car ils commencent seulement à prendre conscience de la gravité de ce qu’ils vont vivre et faire subir au commun des mortels.

La personne qui supervise les opérations, affiche alors sur le compte à rebours : «  plus que  trente secondes «, et fait le décompte au micro. Les haut-parleurs donnent une telle intensité que l’on en a des frissons dans le dos : «  cinq, quatre, trois, deux, un, zéro « et l’on voit apparaître sur l’écran géant et sur nos ordinateurs l’image du site en direct du satellite, un site impressionnant par sa beauté comment un tel lieu peut-il avoir en son sein un tel pouvoir de destruction ?-Quelques minutes viennent de s’écouler quand on voit apparaître sur l’écran trois avions supersoniques qui volent en direction du lieu d’impact. Un seul d’entre eux nous intéresse. A nouveau, le compte à rebours se met en route. Cinq minutes avant l’impact, un silence pesant s’installe, et l’on peut presque entendre les battements de coeur de son voisin tellement la prise de conscience de chacun à cet instant prend sa vrai signification. C’est alors que les secondes fatidiques se font entendre : «  cinq, quatre, trois, deux, un, zéro «. Et à cet instant, on voit l’avion percuter de plein fouet le lieu dit, et, quelques millièmes de secondes plus tard, le bruit de l’explosion ! L’image disparaît quelques secondes avant de réapparaître à nouveau, c’est alors qu’on voit surgir le fameux champignon nucléaire comme à chaque fois que cela se produit dans les essais ou les films de fiction. Mais là nous allions découvrir la suite, car toutes les suppositions n’avaient fait que supposer les possibilités, maintenant nous allions être dans la réalité.

Et là, une deuxième explosion se produit cent fois plus forte que la première, le volcan vient de rentrer au contact de l’air et s’est mis en fusion déclenchant le processus attendu par les gens qui avaient mis en place le projet. L’image qui apparaît, dépasse toutes les imaginations : les laves incandescentes sont montées d’après les instruments de mesure à dix milles mètres d’altitude. Sur l’écran, deux boeings 747 passent juste à ce moment-là et prennent immédiatement feu. Ils explosent instantanément en plein vol, tout cela étant filmé et enregistré pour être diffusé pendant les informations prévues à cet effet. Quelles atrocités ! Les premières d’une longue série noire qui venaient juste de commencer : déjà plus de mille cinq cents morts. Les laves incandescentes retombent sur plus de cinquante kilomètres à la ronde, mettant le feu sur leur passage. La température atteint plus de mille cinq cent degrés centigrade ; toute la végétation disparaît, les animaux et tous les autres êtres vivants dans ce périmètre disparaissent à tout jamais de la surface de la terre.

Les prévisions faites par le milliardaire ont vite dépassées ses espérances. Au fur et à mesure que les images défilent sur les écrans, la stupeur de ce qu’ils voient donne des frissons dans le dos aux spectateurs. Les scientifiques se consultent et l’un d’entre eux prend la parole. Il explique que ce que nous voyons sur l’écran, ce sont des particules sortant de la cheminée du volcan, comme des cendres qui auraient été consommées depuis des milliers d’années montant dans l’atmosphère et s’étalant pour arriver à mille mètres d’altitude environ sur une épaisseur d’une centaine de mètres. A mesure que les minutes s’écoulent, il n’est pas difficile d’entrevoir la suite. Si la cheminée continue de déverser les cendres accumulées depuis des siècles dans ses entrailles, les spécialistes qui commencent à faire des calculs pour prévoir la suite des  événements, arrivent au bout d’une heure à la conclusion horrible que, dans trois années et vingt et un jours, la terre se retrouvera dans l’obscurité totale car le soleil ne pourra plus traverser ce nuage, qui, en plus, dépose sur le sol des particules empêchant toute végétation. Mais pour l’instant, ils disent qu’ils doivent attendre pour voir les conséquences réelles et irréversibles de cet acte ignoble.

Cela fait maintenant cinq heures que le drame est arrivé et pourtant aucune chaîne de télévision n’avait mis l’événement a leur programme. Le maître des lieux avait donc vu juste et il mit en route le plan prévu. Il est maintenant vingt heures et il donne l’ordre immédiat aux personnes réquisitionnées à cet effet de se tenir prêtes. En effet, ils vont être connectés, chacun dans leur pays sur les chaînes nationales, les techniciens ont tout prévu : pour cela, ils vont passer au-dessus des programmes nationaux avec l’aide de ses satellites qui, le comble, avaient été lancés par les fusées Ariane.

Le compte à rebours s’enclenche : «  cinq, quatre, trois, deux, un, zéro « et d’un même élan, les présentateurs lisent sur leur scripteur ce qu’ils doivent dire, d’un air solennel. Au fur et à mesure,  ils font apparaître les images de l’impact nucléaire et ses conséquences. Comme prévu, ils annoncent ensuite la venue à l’écran du commanditaire de cet acte. Et sur tous les écrans du monde, on voit apparaître, dans un bureau, la réplique exacte d’un certain bureau ovale avec un chef en tenue de cérémonie. Il prend la parole et dit que ce qu’il vient de faire ; il l’a accompli au nom de Dieu et c’est pour sauver l’humanité qu’il a accompli cet acte et il en est fier.

Il précise que ce n’est pas la peine d’essayer de le localiser car même si on le repère, cela ne servira à rien car le phénomène est maintenant irréversible et lui seul peut les informer de leur destin. Ce qu’il fera en temps et en heure par le même moyen et cela une fois par semaine et plus en cas de besoin. Il les salue en portant la main à son front, à son coeur et à hauteur de son plexus. Puis, il se retire et d’un seul coup, les chaînes reprennent leur programme initial. C’est seulement quelques minutes plus tard, que tous annoncent un flash spécial relatant l’événement. Pour essayer de minimiser la chose, ils prétextent qu’un fou s’est emparé des chaînes mondiales pour semer la panique mais que rien de tout cela n’est vrai et que les émissions vont reprendre comme d’habitude.

 

8.1      Réunion des dignitaires dans le 3ème sous-marin

 

 

Au même moment, tous les puissants de ce monde prennent contact par l’intermédiaire des  ambassades pour une réunion au sommet dans les plus brefs délais. Ils pensent utiliser à nouveau le porte-avion mais pour des raisons de sécurité, ils doivent envisager une autre solution. Ils pensent alors au sous-marin qu’ils viennent de construire. Ce serait une bonne occasion de l’inaugurer. Ils demandent à l’amiral responsable du projet de faire le nécessaire pour qu’il soit opérationnel dans les quarante-huit heures.

Le grand-père rejoint un hélicoptère qui l’attend pour le conduire à la base tenue «  secret défense « où le sous marin vient d’être terminé. Pendant le vol, il prend contact avec l’amiral responsable du commandement du submersible, le plus perfectionné et le plus luxueux du monde. Devant l’urgence, il lui assure qu’il sera prêt en temps et en heure. Il lui suggère que, pour l’embarquement des chefs d’état,  il serait préférable d’aller en haute mer dans un lieu tenu secret et de les transborder par hélico. Le grand-père approuve cette idée et lui demande de faire le nécessaire en ce sens et interrompt la communication. Ils arrivent ensuite sur la base, se posent sur le toit d’un bâtiment prévu à cet effet. LÀ, un officier les attend ; il les conduit dans une salle où tous les officiers du submersible sont présents. Ils se lèvent et saluent celui qui a été leur supérieur et à qui on a confié une des plus grandes missions de  ce siècle. Ils font un briefing pour savoir si chacun d’entre eux avait bien en mémoire les instructions données lors de leur formation. Tous affirment être fin prêt pour cette mission.

Le grand-père leur donne congé. Il téléphone au responsable de chaque pays pour leur donner les instructions nécessaires pour rejoindre le porte-avion. Il rejoint l’équipe pour superviser la bonne marche des derniers préparatifs, et en profite pour visiter le sous-marin. Il est émerveillé par cette réalisation digne des derniers «  James Bond «.  Pour le bon fonctionnement à bord, il y a plus de mille cinq cents hommes d’équipage triés et formés sur le volet : tous les meilleurs techniciens du moment ont été recrutés. Une fois l’inspection terminée, il félicite le commandant pour son professionnalisme et se retire dans un appartement qui lui a été réservé. Il prend un bain puis va se coucher car la journée qui l’attend va être rude. Il éteint la lumière et s’endort en ayant pris soin auparavant de programmer son heure de réveil sur le poste de télé. A l’heure programmée, la télé se met en route, il a choisi la chaîne des variétés pour changer un peu du sérieux de ce qui est en train de se passer. Il se lève, prend une douche, se rase, met une chemise, une cravate, un costume neuf auquel il a mis toutes ses décorations eu égard à tous les chefs d’état qu’il va côtoyer. Un chauffeur l’attend en bas du bâtiment pour le conduire jusqu’à l’embarquement. Quelques minutes après, il arrive à destination. Le chauffeur lui ouvre la porte, il descend et se fait saluer par une haie d’honneur ; il monte à bord et donne l’ordre d’appareiller. Les sirènes se mettent à hurler. Officiers, hommes d’équipage vont dans tous les sens. Chacun regagne son poste prêt à partir. Sous le hangar,  une trappe s’ouvre pour que le sous-marin puisse rejoindre la mer et sortir de ce lieu où il a été construit et bien gardé. Et voilà, l’instant tant attendu de tous les gens qui ont participé à sa construction, l’heure de vérité arrive enfin ! Le commandant donne son premier ordre dans un silence absolu : «  immersion moins cinquante mètres «.  Son second réplique comme il en est l’usage : «  moins cinquante mètres «, et nous voilà partis pour l’aventure avec pour Direction, une destination tenue secrète. Dans les eaux internationales, il nous faut au moins deux jours pour atteindre le point de rencontre prévue et les coordonnées données aux hélicoptères de chaque chef d’état avec les directives pour l’embarquement. Il ne nous reste qu’à atteindre le but tout en savourant la traversée en immersion de ce sous-marin dernier cri, vitrine des dernières technologies du troisième millénaire. Les hommes auraient pu recréer l’Eden et au lieu de cela, ils nous ont conduit en enfer, au plus grand cataclysme de tous les temps engendré par l’homme. La prise en main de ce monstre des mers par l’équipage et le commandement s’effectue à merveille, et cela avec une certaine fierté de la part de chacun des membres d’équipage.

Le temps passe si vite que, dans moins d’une heure, nous allons nous trouver sur le lieu de rencontre prévu. Les sirènes retentissent pour avertir l’équipage de regagner le poste qui a été attribué à chacun pour les manoeuvres de délestage pour ainsi faire surface en immersion périscopique et faire le point en surface malgré les radars et la technologie moderne. Le soleil se lève à l’horizon, la mer est d’huile. Situation idéale pour les manoeuvres d’appontage des hélicoptères. Le commandant donne l’ordre de faire surface car c’est l’heure du rendez vous. Nous voilà fins prêts, une partie de l’équipage prend place sur le pont pour faire apponter les hélicoptères et saluer comme il se doit les Présidents de chaque nation. A peine les préparatifs terminés, voilà que l’on aperçoit au loin les bruits des hélices propres à ce genre de matériel militaire. Ainsi les uns après les autres, ils atterrissent à leur place respective. Chaque invité est escorté par des officiers de marine dans la suite qui lui a été attribuée. Conçu pour eux par leur propre staff, c’est la première fois qu’ils vont voir leur future demeure.

Lorsqu’il rejoint l’arche, une fois tout le monde à bord et les hélicos repartis, le commandant donne l’ordre de plonger pour des raisons de sécurité. La réunion est prévue pour quinze heure le temps de permettre à ces messieurs de se changer,  de prendre une collation et de prendre possession de leur lieu. Pendant ce temps, on prépare la salle de conférence pour placer tout ce beau monde en fonction de leur importance suivant le protocole international comme à chaque réunion de cette importance.

A l’heure dite, les chefs d’état arrivent les uns après les autres et s’installent à la place qui leur a été réservée. Chacun met son casque mis à disposition pour une traduction simultanée. Une des plus grandes sommités en géologie prend la parole et montrent des clichés pris quelques heures auparavant. Il fait état du même exposé que son homologue employé par celui qui a mis ce programme en route. Et on voit au fur et à mesure les visages de chacun se métamorphoser de stupeur devant l’annonce de cette catastrophe. Le scientifique développe encore plus loin en anticipant sur les mois et années à venir : «  étant donné que le soleil ne pourra plus passer au travers de cet écran, la terre sera dans l’obscurité totale et tombera à des températures très basses d’où un besoin immédiat et important en électricité, obligeant de se servir de tous les moyens existants pour fournir l’électricité «.  Mais selon ses dires, cela ne suffira pas. Il faudra aller au-delà des possibilités des centrale nucléaires pour fournir la chaleur et ainsi dépasser les normes de sécurités et remettre en route les centrales vétustes même celles périmées, avec tous les risques que cela comporte, car la surexploitation au bout de quelques temps va engendrer des catastrophes en série comme Tchernobyl. Les conséquences seront amplifiées par l’écran de poussière empêchant la dispersion dans l’atmosphère d’où une irisation immédiate et cent fois plus meurtrière : cancer par milliers, malformation des naissances aussi bien humaines qu’animales ou végétales. L’eau sera rare car il ne pleuvra plus, une sécheresse totale avec tout ce que cela comporte suivra. Donc il  propose une solution radicale dont il faudrait fixer la date d’un commun accord. Puisque tous les gens présents ont le pouvoir d’enclencher le feu de puissance nucléaire dans leur pays d’origine et de mettre fin volontairement à toutes ses souffrances, l’idée est d’anéantir la terre quand ils auront regagné l’arche. Il propose aux gens présents de voter en appuyant sur des boutons prévus à cet effet et sa proposition est adoptée à l’unanimité !

Mais profitant de la présence sous ses yeux de tous les responsables directement ou indirectement en cause dans la situation actuelle, il propose que l’on fasse venir tout les chefs spirituels choisis pour vivre dans l’arche afin de comprendre le pourquoi de ce qui est arrivé et si l’on aurait pu éviter tout cela. Il demande au commandant de faire le nécessaire pour les rapatrier de la base où ils se trouvent actuellement. Ensuite, ils regagnent leur suite princière. On peut se demander s’ils ont une âme car, malgré leur échec, ils se prennent pour des sauveurs de l’humanité alors qu’ils vont être encore plus meurtriers que celui qui a engendré le cataclysme en se prenant pour Dieu lui-même !

 

8.2      La mise à l’eau de l’arche

 

 

Du poste de commandement du submersible, l’amiral entre en contact avec les responsables du projet de l’arche et donne le feu vert pour l’immersion des deux sous-marins et la mise en place de l’arche à l’endroit prévu dans les délais les plus courts. Le responsable pense que cela est possible dans environ six mois, temps nécessaire pour la rendre fonctionnelle. Il acquiesce et prend congé de son interlocuteur. Immédiatement, les dispositions sont prises pour mettre en place la marche à suivre qu’il a répétée maintes fois virtuellement. Mais cette fois-ci, c’est du réel et il n’a pas le droit à l’erreur.

Les commandants des deux autres sous-marins sont contactés et autorisés à prendre toutes les dispositions nécessaires au grand voyage. Ils s’y étaient préparés mais avaient-ils tout envisagé ?

Ils ont, d’après leur calcul, trois semaines pour être opérationnels : embarquement des vivres, personnel préparé et hautement qualifié chacun dans sa spécialité ; tous avaient été clonés en fonction de leur poste. Ils avaient tous le même age à quelques mois prés. Ils avaient été formés depuis leur naissance car tout de suite enlevés à leur mère porteuse qui avait été choisie pour leur bonne santé et surtout elle-même ne le sachant pas. Car pour cette mission dans les cliniques prévues à cet effet par des inséminations artificielles, on avait à chaque accouchement dit à la mère que son enfant était mort né comme cela ni vu ni connu le tour était joué. Les enfants avaient été ensuite été acheminés dans des centres prévus à cet effet, pour faire leur éducation et leur formation dans un conditionnement total et cela sans difficulté car à l’écart de toute civilisation donc sans aucun repère sauf ceux qu’ils avaient voulu leur inculquer. Cela avait donné un résultat plus que prometteur car ils n’obéissaient qu’aux ordres sans jamais se révolter car pour eux le mot «  révolte « n’existait pas, il était donc impossible de les soudoyer. Ils étaient parfaits ou presque car comme cela avait été prévu, ils ne pouvaient se reproduire entre eux. Ce sont donc eux qui ont été chargés du bon fonctionnement des sous-marins et de la sécurité. Ils étaient tous vêtus pareils avec une tenue spécifique pour la basse température car dans l’arche, la température prévue oscille entre zéro et moins dix degrés selon les moments et les besoins de son bon fonctionnement.

Tous les clones s’affairent donc à embarquer l’approvisionnement nécessaire à un tel voyage qui a été méticuleusement préparé depuis des mois. Un fait marquant dans la construction des deux derniers sous-marins par rapport à celui des dirigeant, ils sont sobres et fonctionnels, sans aucune marque de richesse, avec un confort minimum. Tout est limité aux besoins du fonctionnement de l’arche car à part quelques uns d’entre eux, tous les autres vivront dans l’arche. Ayant construit eux-mêmes les trois sous-marins, ils les ont reliés au leur par un système d’écoute et de caméras des plus modernes leur permettant une surveillance invisible, de chaque instant et à n’importe quel endroit des submersibles.

 

8.3      L’arrivée dans l’arche

 

 

Les deux sous-marins sont enfin opérationnels pour la grande aventure, les clones ont pris place dans le submersible qui leur a été attribué. Ils sont au complet, chacun ayant un poste bien établi à l’avance et appris maintes fois jusqu’à ce jour tant attendu. En effet, c’est sur leur submersible que les arches sont appontées dans des bulles prêtes à être fonctionnelles lorsqu’ils feront imploser celles-ci à l’endroit convenu ; pour la première fois, ils vont plonger.

En temps réel, l’ordre est donné par le commandant et les voilà partis pour la grande aventure tant attendue par tous, le commandant ouvre la lettre confidentielle où il a établi l’itinéraire et la position exacte où il devait mettre l’arche. Quant au deuxième sous-marin, les préparatifs vont bon train. Il partira avec 24 heures de retard sur le premier comme il a été convenu en haut lieu, les participants qui ont été choisis par votre serviteur finissent d’embarquer à bord dans les petites chambres prévues à cet effet car une fois dans les arches, il n’y aura aucune raison d’être dans celui-ci. D’où un gain de place pour la logistique qui est très importante car il faut gérer le bon fonctionnement de l’arche en électricité et en informatique contenant tout le savoir répertorié depuis le début de l’humanité par l’homme, le bon comme le mauvais.

Voilà les 24 heures se sont écoulées et le commandant après avoir vérifié que tout le monde est bien là, fait fermer les soutes et donne l’ordre d’immersion. C’est pour eux le dernier contact avec la vie à l’air libre car maintenant ils ne reverront plus la lumière ni l’air pur peut-être pour l’éternité. Tout le monde a un pincement au coeur à cet instant car pour eux la fin d’un monde va naître et ils en seront les seuls survivants : quelle lourde tâche et quelle lourde responsabilité ! Pourquoi eux ? Pourquoi ont-ils été choisis et pas quelqu’un d’autre ? Il en est ainsi, le destin l’a voulu. Notre commandant ouvre lui aussi la lettre indiquant notre destination et il donne les ordres en conséquence. Ainsi, notre destin prend toute sa signification comme dans l’évangile pour l’arche de Noé. Mais celle-ci n’était ni plus ni moins qu’un radeau, alors que là, nous avons les technologies les plus pointues que l’homme a eu en sa possession à ce jour, nous voilà tous partis sans avoir un billet de retour.

Chacun d’entre nous commence à prendre ses repères et à s’adapter à sa nouvelle vie sous les fonds marins car nul ne sait si nous reverrons le soleil un jour. Les rapports entre les gens sont courtois car beaucoup d’entre nous se connaissent pour s’être fréquentés à la base pendant plusieurs mois. Pour l’instant, à la cantine, les gens se regroupent entre eux comme des clans car chacun a sa langue et forme comme une famille autour du sage qui les a sélectionnés. Je suis en train de prendre conscience de cela et je commence à réfléchir à la façon dont je vais m’y prendre pour réunir tout le monde sans exception et sans aucune différence entre les êtres.  Mais pour l’instant c’est ainsi, il faut s’adapter à cette situation sans qu’elle ne pose réellement de problèmes. Par le haut-parleur on nous informe que nous venons de rattraper le premier submersible et que nous allons faire route ensemble jusqu’à l’endroit prévu pour y installer l’arche qui va être notre prochaine demeure à tous et cela pour plusieurs années. Après quelques jours de navigation, nous arrivons à l’endroit convenu et nous allons pouvoir installer cette pyramide inversée comme nous l’avons maintes fois répéter en virtuel ; mais cette fois-ci, elle devient réalité, nous n’avons pas droit à l’erreur car, sous la calotte glacière, chaque seconde compte et peut être fatale à la suite de notre mission.

Sur les écrans géants, nous pouvons suivre l’événement en temps réel. Pour l’instant, notre sous-marin reste en retrait car l’armature de notre édifice se trouve sur l’autre submersible, après avoir mis les données sur l’instrument de bord. Il prend place au point zéro et voilà qu’arrive l’instant tant attendu par tous. Une fois stabilisé, le commandant mis le compte à rebours en route sur trois minutes qui vont nous paraître à chacun une éternité, jusqu’au cinq, quatre, trois, deux, un, zéro. Et il appuie sur le bouton rouge déclenchant la mise a feu un rétro fusée devant propulser les milliers de mètres de fibres optiques qui vont former l’armature de l’arche, tout a été minuté car, en aucun cas, la congélation ne doit avoir lieu avant le déploiement complet de l’armature. La mise à feu est applaudie par tous et puis un silence complet suit comme si chacun retenait son souffle, et sur l’écran apparaît comme une toile d’araignée géante grandissant à vue d’oeil entraînée par les quatre fusées reliées aux quatre coins : tout cela est contrôlé à chaque seconde par les techniciens ; tout se passe comme prévu au grand soulagement de chacun d’entre nous. Une fois l’arche déployée, la première partie du programme est accomplie. Maintenant, les deux sous-marins doivent se rattacher au bas de chaque côté au sas prévu à cet effet et se relier aux prises qui vont alimenter la base en énergie et cela pour plusieurs décennies. Comme quoi ce qui a détruit l’humanité va en somme la sauver de l’abstraction totale de la terre.

Cette manoeuvre est extrêmement délicate car une fausse manoeuvre serait fatale ; au bout de deux heures qui nous parurent une éternité, la connexion est établie ; le moteur et les piles nucléaires ayant servi à la propulsion des sous-marins sont entièrement basculés comme il est prévu pour alimenter l’arche. Depuis la salle de contrôle, les manoeuvres se déroulent devant nos yeux la pyramide est enfin déployée entièrement. Et la glace se fige comme prévu dans sa totalité en moins d’une heure ; une fois que la glace arrive à la congélation prévue, le spécialiste commence la manoeuvre consistant à mettre en route les milliers de mètres de fibres optiques qui vont permettre de donner vie au projet. Cette manoeuvre doit prendre quarante huit heures pour que tous les faisceaux soient connectés d’un sous-marin à l’autre. Pendant ce temps, le commandant donne l’ordre aux gens qui ne sont pas de service de se reposer car après ils n’en auront guère le temps. Tout se déroule comme prévu. Cela paraît surréaliste et pourtant c’est bien réel. Au fur et à mesure que l’énergie nucléaire circule au travers de l’épaisse couche de glace, une lueur bleue se dessine au fur et à mesure faisant apparaître toute l’architecture de l’arche une pure merveille et ce n’est que le commencement.

Une fois cette manoeuvre terminée, l’alerte sonne invitant tout le monde à regagner son poste car avant de regagner notre future demeure, il faut construire les salles qui vont nous servir d’habitation, les salles de conférences, la régie, le QG, etc. La manoeuvre est simple : en démarrant du bas vers le haut en progressant pièces par pièces. Il suffit de réchauffer les murs en projetant la chaleur vers l’intérieur et, la glace fondant, il ne reste plus qu’à évacuer l’eau au moyen de pompes en la refoulant à l’extérieur. Tout se déroule comme prévu et, d’après les calculs, il faut une bonne semaine pour évacuer des milliers de litres d’eau car plus on monte dans les étages plus les pièces sont grandes. La totalité représente comme par hasard treize étages. Au fur et à mesure que l’eau s’écoule, la lumière bleu apparaît de plus en plus forte,  tout se déroule comme prévu et, au fur et à mesure dans l’eau pure, la pyramide s’illumine comme une pierre précieuse. Les étages prennent corps les uns après les autres et, au bout d’une semaine, toute la structure intérieure est finie. Reste à connecter les réseaux informatiques pour rendre la structure opérationnelle, ce qui est fait quelques heures plus tard.

Ensuite, le commandant donne l’ordre d’enclencher la connexion et l’ingénieur à qui revient l’honneur de le faire est tout ému. Le compte à rebours commence «  cinq, quatre, trois, deux, un, zéro «. Il appuie sur la touche OK de son clavier et sur les écrans de contrôle la magie s’opère alors : tous les faisceaux se connectent les uns après les autres laissant apparaître des couleurs différentes le long des gaines. Les écrans de contrôle s’allument l’un après l’autre, salle après salle, les ascenseurs prennent corps dans leurs cages de glace, tout se déroule comme prévu, notamment en dernier lieu au treizième étage. C’est la partie la plus importante pour la bonne marche de la structure ; toutes les commandes sont au centre ainsi que le lieu d’habitation de ceux à qui avait été confié le fonctionnement de l’arche, c’est-à-dire les clones qui avaient été formés et créés pour cela, la magie de la science a réussi : un des purs joyaux de la technologie de ce troisième millénaire ; on croirait voir sous nos yeux un film de science fiction.

Les moments qui suivent sont remplis d’émotion. Les premiers êtres vont entrer dans leur demeure à savoir les clones. Les uns après les autres, ils vont vers les ascenseurs pour gagner le treizième étage et la magie de la vie à l’intérieur de ces joyaux s’opère. Il ne reste dans le premier sous-marin que l’équipage devant assurer le bon fonctionnement de celui-ci. Quant à l’occupant du nôtre, nous devons attendre la mise en route totale et l’autorisation des clones purs pour pouvoir à notre tour regagner ce qui va pour des années ou plus être notre antre.

De notre écran, nous pouvons suivre étape par étape, les essais des sas, de l’écran, de l’ascenseur, du haut-parleur, du micro, de la camera de surveillance, salles de cinéma, etc. Cette attente nous paraît interminable mais l’instant tant attendu arrive, on nous donne l’ordre de rejoindre les pièces nous ayant été attribué, on fait l’appel de chacun en nous indiquant les étages où nous devons nous rendre. Ainsi, chacun de nous découvre l’endroit où il va vivre et avec qui, sachant qu’au douzième étage, une salle commune a été aménagée pour pouvoir nous regrouper tous ensemble. Le reste du temps, des lieux ont été choisis pour chaque communauté et pour nous aussi. L’équipage reste à bord pour le bon fonctionnement de l’arche mais tout cela sous le seul contrôle des clones.

Chacun de nous a revêtu une combinaison couleur aluminium nous protégeant du froid avec à l’intérieur, tout un arsenal d’électrode permettant de nous suivre et de percevoir toute variation de stress ou cardiaque, un diagnostic médical immédiat, et une écoute permanente de chacun pour éviter tout débordement ou tout insurrection de la part des communautés. Nous découvrons les lieux où nous allons vivre non sans une inquiétude car il va falloir réapprendre à vivre autrement, à savoir qu’il ne fera jamais nuit afin de maintenir la température idéale pour le bon fonctionnement de l’arche. Une pièce unique a été prévue à chaque étage pour permettre l’intimité et la possibilité de procréation des couples et ainsi la continuité de la vie.

 

8.4      La vie dans l’arche

 

 

Une semaine après notre arrivée, nous commençons à trouver chacun nos marques. Pour vous permettre de vous l’imaginer, je vais vous décrire notre appartement, qui est identique à chaque communauté. Il a été conçu, comme dans les fermes du 18éme siècle ; des pièces uniques ; rien au centre mais des compartiments le long des murs sans porte qui servent de lit à même la glace. D’autres compartiments de salles de douches, des W-C. et un écran géant permettent d’être en communication avec les clones ou de visionner sur demande toute information en vidéo, ou de visualiser un aquarium, une cheminée ou autre ; dans chaque case, un écran individuel est à notre disposition pour voir ce que bon nous semble sauf interdit grâce à des casques pour ne pas déranger nos voisins ; au milieu de la pièce une table unique avec devant chaque personne un écran et un clavier lui permettant de communiquer individuellement ou collectivement si nécessaire, chacun ayant à sa disposition un écouteur et un micro pour permettre des conférences individuelles ou collectives ; il n’y a pas de cuisine et pour cause les biologistes ont mis au point des cachets ayant les propriétés et les goûts les plus divers comprenant des calories, des vitamines, des minéraux etc.  Quant aux boissons il n’y a que de l’eau, chaude ou froide, que l’on peut agrémenter avec du sirop, des infusions, du thé ou du café.

Aucun alcool, tabac, drogue, herbe, n’est autorisé, quelques spécimens sont dans des coffres sur l’un des sous-marins, pour éviter tout débordement, ce qui peut paraître insuffisant, mais par le biais des écrans, nous pouvons à volonté voyager où l’on veut aussi bien sur les plages de toute la planète que sur les montagnes enneigées, visiter les musées, participer à tous les sports virtuellement avec les casques et les programmes appropriés.

Quant aux gens qui décèdent, il a été prévu de les mettre en hibernation sous congélation avant qu’ils ne meurent vraiment pour pouvoir les réanimer si notre évolution spirituelle nous le permet plus tard. Mais nous n’en sommes pas encore là – et je pense que la route sera longue pour en arriver là. Chacun prend place dans le compartiment qui lui a été attribué et ainsi les balbutiements de la vie sur l’arche font leurs premiers pas.

Mais tout cela nous a fait oublier la réalité sur terre dont nous allons être les spectateurs tant que nous aurons accès au satellite. Il est prévu qu’une fois par semaine nous aurons une rétrospective de ce qui se passe en surface afin de ne pas faire de l’intox mais de la vraie information. Cela fait plus de quinze jours que nous n’avons eu accès aux informations et pour cause c’est le temps qu’il nous a fallu pour nous installer. La vie peu à peu s’installe, le haut-parleur nous informe que ce jour à treize heures nous allions être conviés à regarder les informations de ce qui se passe au-dessus de nos têtes. Chacun regagne comme convenu la salle de réunion commune au douzième étage. Chaque siége est équipé d’écouteurs, d’un micro et d’un clavier pour communiquer et pouvoir écouter dans sa langue les informations. L’émotion est grande car nous sommes déjà dans un autre monde qui pourrait paraître à certains inhumain – quoique la suite des événements va vous prouver le contraire et fera regretter à tous les autres de ne pas avoir été choisi pour être des nôtres.

Une fois installés à nos places respectives, la première image nous parvenant de la terre s’ouvre à nos yeux et c’est avec stupeur que nous voyons la progression lente mais immuable des cendres du volcan. Mètre après mètre, la couche d’ozone avance, amenant la nuit au fur et à mesure de son évolution. Dans les villes et les pays concernés, malgré l’information pour éviter la panique, rien n’empêche certains de prendre leur voiture et de fuir la nuit mais pour combien de temps et pour aller jusqu’où ?

Les villes déjà touchées par ce fléau commencent à s’organiser pour survivre mais pour combien de temps ? La poussière qui tombe du ciel si l’on peut dire est tellement fine qu’il faut se protéger avec un masque distribué gratuitement pour protéger la population. Mais certains ne les supportent pas et l’enlèvent mais, au bout de quelques minutes, ils tombent alors les poumons encombrés. Les hôpitaux ne savent plus où les mettre et comment les soigner. Et malgré des secours rapides, ils meurent les uns après les autres. Les gens calfeutrent leurs fenêtres, leurs portes, et leurs cheminées. Il est recommandé de sortir le moins possible. Les moyens de transport à moteur atmosphérique ne peuvent plus circuler car leurs filtres à air s’obstruent au bout de quelques minutes. Seuls les véhicules électriques peuvent encore circuler. Il faut laisser la lumière allumée nuit et jour et il est impossible de faire autrement. La température commence à baisser, les villes et pays qui ne sont pas encore touchés par le drame essayent de voir ce qu’il pourrait faire d’efficace avant qu’ils ne soient touchés par le phénomène. Les marchés boursiers s’écroulent les uns après les autres et la panique s’installe ; tous veulent récupérer leur argent immédiatement comme ce fut le cas à chaque crash boursier, des files d’attente grossissent devant chaque organisme bancaire ou postal, devant la caisse des dépôts etc. Certains n’ayant plus de liquidité ferment leur agence. Les clients cassent les vitrines volant tout ce qu’il peut y avoir à voler : ordinateur, chaises, bureau, etc.

Les journalistes se délectent de tous ces faits divers, faisant la une des journaux, écrits ou télévisés semant encore plus la panique. Les vols et agressions s’amplifient. Les gens ont compris qu’il n’y a plus rien à faire, que la fin du monde est proche donc qu’il n’y a plus de morale à leur faire et plus d’interdit. Le chaos est total. Le trafic aérien est touché : les avions restent au sol ou ne survolent pour l’instant que les endroits non pollués mais qui se réduisent de jour en jour ; seul les trains électriques, le métro et le R. E. R.  assurent les transports mais augmentent les besoins en électricité. Tout un chacun stocke chez lui en fonction de ses moyens. Les gens ayant encore un sens de la moralité se font voler par les autres des produits de grande nécessité comme des denrées alimentaires, des vêtements, de l’eau, du fioul, du bois de chauffage.

Certains fortunés font construire un abri anti-nucléaire pouvant résister mais pour combien de temps ? Plus le temps passe, plus l’angoisse monte. Les gens suivent l’information officielle qui se veut rassurante mais que tous savent fausse. Quant à celle diffusée par celui qui est l’auteur de ce projet machiavélique, elle se fait une joie de montrer le pire. Certains avions voulant passer outre l’interdiction mais attirée par l’argent, prennent des passagers voulant fuir ces lieux maudits. Malheureusement, une fois en vol, les moteurs s’arrêtent par manque d’oxygène et les appareils tombent en flèche, bien souvent sur des lieux habités sauf lorsque certains pilotes peuvent maîtriser leur avions et les guider vers des lieux non habités mais à chaque fois des centaines de gens meurent pour essayer de fuir l’inévitable.

 

8.5      L’explosion

 

 

Devant ce désastre, riches ou pauvres sont à égalité devant l’issue fatale : la mort pour tous. Certains refusent cependant de baisser les bras et s’organisent pour vivre le plus longtemps possible bien que cela devienne de moins en moins probable.  Quelques mois passent avant que toute la terre soit recouverte de ses cendres et dans l’obscurité totale. Alors, tous sont coupés de ce qui les reliait au monde : l’information ; plus aucun satellite ne peut en effet ni émettre ni recevoir l’information. Seules les ondes hertziennes peuvent encore émettre alors que les téléphones mobiles ne marchent plus seuls. Par chance, les postes fixes fonctionnent encore. Mais les gens dépriment pour la plupart, certains allant jusqu’au suicide plutôt que d’affronter leur destin. Les fous de Dieu en profitent pour vendre leur soupe, ayant même prédit la fin du monde. Chacun prophétise, contre monnaie sonnante et trébuchante, la vie sauve à leurs brebis égarées et, malgré tout ce qui a été dit, il y a toujours des gens naïfs pour y croire. D’autres préconisent l’interdit d’interdire, laissant une liberté totale dans la perversion, le viol, l’inceste, l’échangiste, etc. Et là les adeptes affluent par milliers : pourquoi se priver alors que l’on va tous mourir ! Quelle décadence ! A se demander si l’auteur de cette destruction n’a pas eu raison ! L’être humain n’a pas respecté les lois immuables de la vie et en paye aujourd’hui le prix certes un peu avant l’heure mais tôt ou tard c’était inévitable : il allait au chaos, à sa perte définitive. Effectivement, mais Dieu en est-il responsable ? Cela en arrangerait beaucoup de le croire mais non  ! ! ! ! ! ! !  Seul l’homme en est responsable.

Jour après jour devant nos écrans, nous restons impuissants. Devant la gravité de chaque instant qui s’écoule devant nos yeux et vous comprenez à présent comme vous auriez aimé être à notre place et nous pas à la vôtre. Tout en compatissant à leur détresse, certains prennent conscience de leur responsabilité et se mettent à aider par tous les moyens possibles leur prochain et cela, bénévolement, comme pour se racheter de leur faute tout en sachant qu’il est déjà trop tard pour cela. Cependant cela leur fait du bien de pouvoir mourir la conscience en paix devant Dieu.

Conscient de tout cela, l’Arche étant en activité, je pris les dispositions nécessaires auprès du commandant, pour utiliser le sous marin de poche et ainsi regagner la base de départ pour terminer ma mission.

Et pourtant, comme dans tous ces moments où la peur s’installe, il se produit un miracle. Sortant de nul part, comme si Dieu avait choisi cet instant pour réussir où personne jusque là n’avait même pas pu envisager que cela puisse être  possible, une femme jeune (mais sans aucun doute une vielle âme) a une révélation pendant son premier ramadan. Cette femme est prise entre deux cultures, car elle est née de parents kabyles qui pratiquent l’islam et qui l’ont éduquée dans leurs valeurs immuables et ancestrales. A l’époque dont je parle, quatre vingt pour cent de la population mondiale est déjà islamiste. Tu comprends mieux pourquoi cela est possible. –

Elle est née dans le pays des droits de l’homme où elle est, comme des milliers de gens, partagée entre sa propre éducation et le faux-semblant d’intégration. Cette intégration est fausse car elle ne tient pas compte de la culture ayant plusieurs milliers d’années d’avance sur la nôtre. Fausse aussi, parce que, dans les faits, ces gens sont rejetés de tout bord, d’un coté par leurs proches car bien souvent ils ne parlent pas leur propre langue et s’habillent différemment, souvent à l’européenne. Certains deviennent par réaction extrémistes et mettent le foulard pour aller à l’école par respect pour leurs parents. Ils sont rejetés alors que d’autres affichent leurs apparats, leurs marques sans que cela ne gène personne. –Attention, si je dis cela, ce n’est pas pour juger qui que ce soit, mais c’est un état de fait. Revenons à cet enfant prodige choisie comme l’élue même si cela va peut-être choquer la classe masculine comme le nouveau prophète choisi par Allah.

Sa beauté n’a pas d’égal. Elle irradie la grâce et la sagesse juvénile ; son âme transparaît sur son visage et la rend irrésistible. Sans le savoir, depuis des années, elle est comme un phare. Quand quelqu’un a un problème : soit il va vers elle soit elle va vers lui spontanément. Elle a une perception et une facilité à trouver les mots, pour solutionner leur problème ou apaiser leurs souffrances et cela avec un rayonnement qui fascine tout le monde. Mais, vous allez me dire, comment une simple jeune fille peut-elle changer le monde ? Cela va vous paraître incroyable mais elle est sous la protection d’Allah, donc parti de là, elle a reçu la grâce et le destin qu’il lui a été destiné et qui se présente à elle.

Dans une période de grande solitude, elle s’est sentie exclue et rejetée de la société dans laquelle elle avait grandi. Les siens ne la comprenaient pas et pourtant ils l’aimaient aussi fort qu’elle les aimait. A chaque fois, elle souffrait trop. Elle allait se ressourcer prés d’eux voulant toujours les honorer pour qu’ils soient fiers d’elle. Celle qui vivait comme une rebelle avait pourtant une grande faculté d’adaptation, d’observation, d’analyse, une modestie et une humilité exemplaire. A cause de sa gentillesse elle fut abusée et, se pensant anormale par rapport à son prochain, elle voulut s’identifier à ses semblables.  Quand elle sentit sa foi mise à rude épreuve, elle se mit à lire des livres sur sa religion pour mieux la comprendre. Elle s’en imprégna, fière de pouvoir suivre les recommandations d’Allah.

Comme le hasard n’existe pas, nos destins se sont croisés et bien que plus âgé qu’elle, nous avons eu l’un pour l’autre une fusion d’âme à âme comme si, malgré notre différence d’âge, de culture, rien ne pouvait nous séparer. Par mes connaissances spirituelles et mon statut social, je vais l’aider à devenir la femme la plus respectée au monde. En effet, je crois en la pensée unique, la pensée dite universelle et même si je me dis athée, je perçois les possibilités de réaliser l’impossible par un être -quel qui soit sur cette terre. Alors quand je la vois, je sais immédiatement que c’est elle l’élue, de par son charisme et sa culture. Et je me jure de tout mettre en oeuvre pour l’aider à réaliser son destin qui ne sauvera pas l’humanité mais qui permettra à chacun de mourir en paix avec son âme et d’avoir ainsi le droit au repos éternel. Pourtant avant cela, il faut de la part de Djamela – (c’est ainsi que cette femme s’appelle : dont le prénom prédestiné) un grand courage et surtout beaucoup de foi car elle va abolir les privilèges de tous les chefs religieux. Et surtout, comme elle est une femme, c’est d’autant plus insupportable pour tous ces fous, qui se sont fait passer pour les serviteurs de Dieu. Mais ils ont abusé de son nom et n’ont pas aidé la femme et l’orphelin ; ils n’ont pas su posséder que la foi refusant l’abondance, le fameux veau d’or cité par certaines coutumes. Un soir, elle me dit : «  ce que je vais te dire, va te paraître peut être risible, mais cela est vrai «. Je lui dis que jamais je ne mettrai sa parole en doute, donc elle continue en me disant qu’alors, qu’elle jeûnait depuis plusieurs jours elle eut qu’un étourdissement dû à la faim et à ce moment là, elle remercia Dieu de lui avoir donné la vie et surtout de lui avoir fait prendre conscience du bonheur de manger en temps normal à sa faim. Cela ne m’étonne guère car j’avais déjà noté que les gens qui pratiquaient le ramadan étaient plus aimables et tolérants par rapport à leurs semblables. Et là, me dit-elle, elle eut une vision tout en étant éveillée, c’est-à-dire qu’elle se frotta très fort les yeux pensant qu’elle rêvait mais elle du convenir que c’était bien la réalité. Le prophète Allah en personne était là devant elle dans sa modeste demeure certes, mais pleine de charme de par sa personnalité. Et, comme bien des siècles auparavant, une certaine Jeanne eut une apparition et sauva son peuple, cette apparition lui dit «  tu es celle que j’ai choisi pour réunir tous mes enfants croyants ou non croyants, tous te suivront car ils ont peur de mourir et de se retrouver devant moi dans le pêché.  En fait, c’est ta propre conviction, ta pureté et ta spontanéité et surtout ta foi qui feront que tu va réussir là où personne n’a même osé effleurer cette idée un seul instant. Cependant, j’ai mis sur ta route un impur car il n’est pas lui-même converti mais fais lui confiance et il sera le maillon entre l’Orient et l’Occident. Surtout laisse toi guider car je serai toujours là prés de toi. Ta voie sera la mienne. N’essaye pas de contrôler ce que tu diras car tu deviendras le nouveau prophète : l’élue de Dieu «.

Au fur et à mesure qu’elle me raconte sa vision, j’en ai la chair de poule. En même temps une immense joie m’envahit car ce qu’elle prophétise ressemble à mes convictions de toujours – pour lesquelles mes amis me traitent d’utopiste. Et voilà que cela allait devenir une réalité grâce à cet être merveilleux qui se trouve devant moi et avec qui j’allais modestement partager mon destin.

Et à partir de cet instant, comme si Dieu traçait son destin, tout commence.  Dés les jours suivants, un événement oblige tous les chefs religieux à faire un concile mondial pour trouver une solution qui peut les rendre pour une fois dans leur vie dignes d’être les serviteurs de Dieu. Après une concertation, ils se donnent une date fatidique pour déterminer d’un commun accord le moment le plus digne pour provoquer une telle réunion. A ce moment, par le plus grand des hasards de la vie, je suis sollicité par des amis musulmans ayant une foi absolue dans l’islam. Ils connaissent mes convictions et ils ont lu tous mes ouvrages. Ils me convient à une réunion confidentielle avec le plus grand Imam de mon pays. Je leur demande si je peux être accompagné par quelqu’un qui détient la clef leur précisant que c’est une femme. Ils me demandent si elle est islamiste, si elle a la foi et si elle pratique le ramadan ; je leur affirme que oui et qu’elle a une déclaration importante à faire au grand dignitaire. Ils me promettent la réponse dés qu’ils obtiendront son autorisation. L’attente est longue car là nous allons savoir même si je n’en aie jamais douté un seul instant, si elle est vraiment l’élue du prophète Allah.

Un soir, le téléphone sonne, je décroche avec un pincement au coeur : ce sont mes amis. Je les salue et ils me disent «  mon frère, nous avons une bonne nouvelle pour toi. L’Imam nous a dit que, dans les écritures, il était dit qu’une femme serait l’élue de Dieu pour la réunification des peuples. Cette femme qui t’accompagne est donc la bienvenue ainsi que toi. Le rendez-vous est fixé au lendemain soir.

Quand j’annonce la bonne nouvelle à Djamela, elle me regarde sans étonnement dans son regard et en même temps, je perçois une immense joie. Je lui demande si elle a peur. Elle hoche de la tête en affirmant que non. Je suis soulagé car j’avais peur quelle ne décline l’invitation. Je vais me coucher car la journée qui va suivre est prometteuse et surtout elle sera longue.

Le jour se lève et la journée s’annonce sous de bonne augure, le soleil va être des nôtres. Je prends une douche puis je mets mon costume comme l’on s’habille pour les grandes occasions et cela en est une. Et me voilà parti chercher Djamela comme convenu la veille. Je sonne à sa porte et j’attends quelques instants. Elle vient m’ouvrir, cela me fait un choc en la voyant c’est la première fois que je la vois habillée ainsi. D’habitude elle est vêtue à l’Européenne, et là elle est vêtue, comme dans les contes des mille et une nuits, toute de jaune et d’or avec des paillettes. Un voile masque sa beauté comme par pudeur par rapport aux autres. Elle voit mon étonnement mais elle est déjà dans la peau de celle qu’elle est appelée à être ; elle me prie de l’accompagner au plus vite car nous risquons d’être en retard.

Le taxi qui nous attend en bas de sa demeure, devant sa beauté, descend lui ouvrir la portière tout en s’inclinant de respect. Nous partons pour la mosquée située au coeur de la capitale. Et après plus d’une heure, dans les embouteillages -– un jour, je te raconterai ce que c’est qu’un embouteillage – nous voilà enfin arrivés devant la porte. Le chauffeur vient à nouveau lui ouvrir la porte, plein de respect.

Déjà arrivés, mes amis nous attendent. Ils sont admiratifs devant Djamela et tous ressentent immédiatement son charisme et, sans aucun doute, sa grande spiritualité. Nous les suivons dans une salle où nous devons attendre les dignitaires religieux. Cette réunion doit enfin changer un des tabous que le protectionnisme de chaque culte a occasionné au fil des millénaires et arrêter les massacres, les milliers de morts faits au nom de Dieu. Au fil des minutes qui suivent, tous les grands dignitaires conviés arrivent. Tous, évêques, pasteurs, imams, rabbins etc. sont venus incognito car cette réunion a été tenue secrète. Ils se retrouvent pour la première fois réunis au grand complet sans trop savoir le but final de cette réunion. Une fois installés autour d’une table et des chaises et face à un  système de micro, d’écouteur et d’interprète simultané, chacun doit pouvoir parler sa propre langue ; le maître des lieux, le grand Imam arrive enfin.

C’est lui le maître de cérémonie. Il les salue et leur demande avant toute chose de faire une minute de silence pour tous les massacres que tous nous avons engendrés par notre non croyance. Il y a un froid évident mais chacun encaisse le coup sachant qu’il y a une partie de vérité ; ils se lèvent tous ensemble et méditent pour une fois à l’unisson. Ensuite, l’Imam fait rasseoir les participants et là d’un air sérieux et calme que seuls ces maîtres de Dieu savent acquérir, il prend la parole : «  Messieurs, si je vous ai réunis ce jour dans le plus grand secret, c’est pour vous proposer au travers de ce que le monde subit aujourd’hui une proposition. Devant la mort incontournable de notre monde qui se laisse emporter par la matière et qui a perdu la foi, je voudrais vous proposer une chose qui aurait pu paraître irréalisable et surtout utopique en temps de paix bien qu’elle aurait certainement évité la situation actuelle. Je souhaite réunir toutes les religions existantes à ce jour en une seule, dédiée à notre dieu à tous, le seul et unique. Et là à mon grand étonnement, tous les dignitaires religieux se lèvent tous et applaudissent l’Imam pour ses propos.

Alors il leur dit que le plus dur reste quand même à faire. C’est pourquoi, il leur propose de leur présenter quelqu’un que lui-même va voir pour la première fois mais qui va pour certains leur rappeler quelqu’un. Sans en dire plus, il prie mes amis de venir avec Djamela ; je lui prends la main en la regardant. LÀ j’en suis sûr, elle est bien l’élue que nous attendons tous.

Pour la première fois depuis le début de l’Islam et de la création des mosquées, une femme pénètre dans ce lieu saint sans que cela ne paraisse une profanation. Moi-même je suis resté en retrait mais je ne veux pour rien au monde manquer cet instant unique depuis la création de l’humanité. Elle apparaît alors, tout émue mais d’une dignité exemplaire : seule ses yeux transparaissent derrière son voile et elle s’installe à la place qui lui a été attribuée.

Et comme par hasard pour certains mais qu’il faut surtout prendre pour un signe d’Allah visant à l’honorer, un rayon de soleil vient l’éclairer. On pourrait croire à une apparition si l’on ne l’avait pas vu de nos yeux entrer en ce lieu et à cet instant là, ils se lèvent à nouveau comme un signe de reconnaissance et d’acceptation de sa personne. LÀ, je comprends que la partie est gagnée et tout cela rien que par sa présence mais cela ne va pas s’arrêter là ; ils s’assoient tous à nouveau et mettent leur casque pour pouvoir écouter l’élue. L’Imam la prie de prendre la parole et d’exposer le pourquoi elle est là.

Elle se lève et remercie toutes les personnes présentes d’être là et d’avoir bien voulu la recevoir. A cet instant un silence s’installe. Le soleil éclaire toujours sa personne et là elle raconte le rêve éveillé qu’elle a eu quelque temps auparavant et qui a provoqué cette réunion. Elle dit qu’Allah en personne lui est apparue lors du ramadan, lui expliquant que le moment est venu de rassembler tous les enfants de Dieu à travers la plus jeune des religions mais également la plus adaptée à regrouper tous ses enfants. Cependant, le temps est compté et chacun d’entre nous en est conscient.  Chaque chef religieux doit donc convaincre ses ouailles du bien-fondé de cette décision qui permettra à chacun de mourir en paix avec son âme et ainsi de regagner le paradis. Tous doivent comprendre que par la foi, tout est possible à condition qu’elle ne soit pas manipulée par l’homme à son profit mais qu’elle reste au service de celui qu’elle est censée servir.

Un des dignitaires lui demande pourquoi a-t-il choisi une femme ? Effectivement il a prévu que vous me poserez cette question. Voilà la réponse qu’il m’a dit de vous faire : «  Seule la femme est digne de respect car elle seule peut procréer et ainsi faire que le monde ait pu exister des milliers d’années en multipliant le potentiel humain. Mais la femme a été bafouée, humiliée, maltraitée, vendue comme un animal, mise à la prostitution, et obligée parfois de faire subir le même sort à ses propres enfants. Ensuite l’ambiguïté s’est installée, l’homme est allé vers l’homme, la femme vers la femme. Et un comportement déviant fut toléré car dans certains gènes comme l’avaient expliqué nos scientifiques, on fit une chose naturelle, reconnue voire encouragée par nos dignitaires des sociétés modernes. C’est ainsi que plus personne n’a plus su qu’elle était sa vraie place. Irrémédiablement, nous avons perdu tout état spirituel pour décliner vers la décadence, la perversion, la facilité, l’irrespect de la loi divine sur le couple qui pourtant régit l’évolution de l’homme, de l’animal, des plantes, des poissons etc. cette loi divine qui avant tout permet à un mâle et à une femelle réunis dans un acte d’amour de donner la vie.

Et l’Imam rajoute : «  Pour répondre à votre question, il a choisi une femme car elle seule mérite la reconnaissance de Dieu car, malgré ses souffrances, elle a toujours respecté et donné la vie. Donc qu’il en soit ainsi, par une femme, le Coran retrouve son état d’origine sans manipulation de l’homme. Les micros de toutes les villes serviront à diffuser la prière pour que tout le monde soit à l’unisson. Dans tous les lieux de culte, la sobriété devra être de mise sans objet rappelant les marchands du temple. Les hommes pour se convertir et par soumission à Dieu devront se circoncire à tout âge avant de se présenter à lui. Qu’il en soit ainsi. Vu le déclin et la venue de l’heure du jugement dernier, vous n’aurez aucune difficulté à convaincre vos ouailles, et ainsi il n’y aura plus d’infidèle et nous serons tous frères. Chacun jusqu’au jugement dernier pourra épouser la femme qu’il aime d’où quelle vienne : noire, blanche, jaune, métis. Tous pourront sans différence, homme, femme enfant, venir prier dans tous les lieux de culte et se rendre au lieu sacré de l’Islam, la Mecque. Voilà Messieurs la tâche qui vous attend, vous n’avez plus de temps à perdre ! Protéger Djamela car elle seule vous transmettra ma parole, je vous souhaite bonne chance et je vous remercie d’accomplir cette tache avant l’irréparable, ne faites aucune prédiction pour accaparer les humains mais dites seulement que les jours sont comptés «.

Ainsi la séance se termine et malgré les heures écoulées, le soleil illumine toujours Djamela alors qu’en réalité, si vous vous en souvenez, la terre est dans le noir total. Comme une certaine étoile, la nuit, avait guidé les rois mages, là, dans la nuit, c’est le soleil qui va guider les pèlerins vers l’élue de Dieu où qu’elle se trouve et cela jour et nuit.

L’Imam met fin à la séance et cela dans un climat de sérénité et d’osmose totale. Djamela vient me rejoindre et le taxi qui nous attend nous raccompagne à notre domicile on se sépare avec une joie intense dans le coeur enthousiaste d’avoir réussi l’impossible ; elle me demande de passer la voir le lendemain.

Le lendemain matin, je mets la radio seule source d’information continuant à fonctionner et, à ma grande joie, j’entends la nouvelle de chaque représentant de Dieu prêchant la réunification des religions grâce à une sainte élue par Dieu nommée Djamela. Chacun dans sa langue, donne la marche à suivre pour se présenter à Dieu en paix avec son âme et se faire pardonner du mal qu’il a pu faire consciemment ou inconsciemment. Chacun d’entre eux, l’Imam compris, demande pardon en public non à Dieu mais à ses semblables qu’il a abusé, méprisé, induit en erreur, par prétention ou domination. Les grands religieux avouent qu’ils ont trafiqué les écritures qui auraient permis cette réunification depuis la nuit des temps et qui auraient ainsi éviter toutes les guerres fratricides, les malversations et les médiocrités faites au nom de Dieu. Dans tous les pays du monde face à la mort, les gens se métamorphosent, s’embrassent, les riches partagent avec les pauvres, les vieux, les jeunes se retrouvent dans le respect et la dignité.

Comme cela a été demandé, les hommes vont se faire circoncire et ainsi jour après jour, les impurs disparaissent. Chaque jour, à la prière, des milliers de gens viennent grandir les rangs de l’Islam. Je suis un des premiers à avoir accompli cet acte d’amour envers Dieu et la femme que j’aime, car cet amour jusque là interdit, va, je l’espère, pouvoir se réaliser. Mais, comme des milliers d’amoureux dans le monde dans mon cas, chacun se demande pourquoi cela n’a pas été tenté avant mais cela était-il possible alors ?

Si la mort n’était pas à notre porte, honnêtement, je ne le pense pas car l’homme est ainsi fait. Mais y parvenir avant le jugement dernier, c’est déjà un miracle. Finis les vols, les viols, la prostitution, la pédophilie, les meurtres. Les hommes et les femmes peuvent enfin se rejoindre et reformer des couples. Chacun retrouve son identité et malgré l’urgence, la nature a repris ses droits. Ils procréent à nouveau comme pour remercier Dieu de les avoir réunis et de leur avoir redonné la foi et leur dignité.

Avec la nuit noire, le manque de nourriture et le froid s’accentuent de jour en jour. La calotte glacière grandit de jour en jour, la mer se retire. Les villes du bord de mer s’en éloignent de jour en jour. Pour fournir les besoins en électricité, les centrales augmentent leur production au-delà des normes de sécurité et sont prêtes à exploser d’un jour à l’autre comme c’est déjà arrivé au XXéme siècle à Tchernobyl. Les dignitaires en admiration devant l’humanité et sachant l’issu final irréversible, se réunissent et décident de déclencher l’issu final programmé cependant par la main de Dieu. Trop lâche et voulant rejoindre l’arche dans leur sous-marin, ils firent donc porter la valise à la seule personne capable d’accomplir ce geste, l’élue d’Allah : Djamela. Elle venait de mettre au monde son premier bébé. Aussi accepta-t-elle à une seule condition : qu’ils emmènent son bébé avec eux dans l’arche. Une fois que tout serait prêt, elle seule aurait le pouvoir de décider l’instant propice pour accomplir l’irréparable. Un jour, alors que le départ du sous-marin a été programmé pour le lendemain matin et sachant que je fais partie du voyage, elle me confie son bébé. Elle me dit : «  toi seul pourra lui dire qui était sa mère, car grâce à toi j’ai connu le bonheur d’être mère. Et je sais que tu es et resteras un bon père «.

Je la prends dans mes bras et nous sommes baignés avec elle et l’enfant de notre amour par le dernier rayon de soleil qui eut lieu sur la planète. Aussitôt, le coeur serré, je regagne le sous-marin et je monte à bord. Quand je suis dans la chambre qui nous a été attribuée, je pense au désarroi de Djamela de s’être séparée de son enfant. Quel courage ! Moi, au travers de cette pure merveille qui est cette nouvelle vie qui commence, je ne pourrai jamais l’oublier. L’enfant a déjà le regard puissant et enjôleur de sa mère. Le lendemain, voilà le jour J pour le grand voyage. Tous les dignitaires ont regagné leurs appartements conçus pour eux et par eux comme de vraies suites présidentielles. Une fois tout le personnel à son poste, le commandant donne l’ordre d’appareiller. Nous voilà en route pour l’arche sachant que nous allons continuer à vivre alors qu’en surface, ils vont tous mourir. Mais la vie est ainsi faite. Aucun d’entre nous ne peut échapper à son destin qui est tracé par avance.

Nous voilà en immersion en route vers notre arche, je m’occupe de l’enfant qui m’a été confié. Elle avait choisi elle-même son prénom : Kamel. Il me sourit, avec l’insouciance de l’enfant qui vient de naître et ne doutant pas de la vie. Son âme est pure et non souillée par les adultes irresponsables pouvant dans le futur la manipuler et reproduire leur propre erreur, mais espérons que tout cela va changer à l’avenir dans un monde nouveau si Allah nous donne encore une chance de nous rattraper. Quelques jours plus tard, nous arrivons à destination ; le commandant annonce notre arrivée en suivant un protocole et les codes convenus auparavant pour éviter toute bavure. Le commandant a reçu l’ordre d’approcher l’arche. Il procède à la manoeuvre d’accostage prévue contre l’un des sous-marins par des bras munis de puissants électro-aimants. Seul ce sous-marin est autonome, comme initialement convenu lors de sa construction. La seule façon d’accéder à l’arche est un mini sous-marin de poche pouvant prendre à son bord trois personnes à la fois et la seule manière d’être transbordé dans l’autre sous-marin est un sas prévu à cet effet.

Je suis le premier avec Kamel à regagner l’arche car tous les chefs d’état ont prévu de rester dans leur palace. L’opération se fait comme prévu sans incident. Une fois passés dans une salle de désinfection avec le bébé et revêtus de nos combinaisons, nous regagnons la salle où sont déjà réunis tous nos amis. Ils nous accueillent à bras ouverts et nous indiquent le lieu qui nous a été réservé. Une des femmes vient me proposer de s’occuper de Kamel. J’hésite quelques instants puis j’accepte sa proposition. Elle le prend dans ses bras et il l’accepte instantanément. Je suis rassuré. On me conduit dans la salle de conférence où se trouvent réunis tous les gens que j’ai recrutés des années auparavant. Ils se lèvent tous comme pour me remercier de les avoir choisis. Je leur fais signe de s’asseoir et prends ma place ; je mets mon casque et, comme eux, je regarde les images qui arrivent encore sur l’écran mais pour combien de temps ? L’eau continue de se retirer, la température continue de descendre de jour en jour obligeant les centrales à augmenter leur production en électricité. Et arrive ce qui doit arriver : les centrales, ne pouvant tenir un tel rythme, explosent les unes après les autres entraînant la mort et détruisant tout sur leur passage. Les nuages radioactifs circulant comme en vase clos entre la couche de cendres et le sol ravagent tout sur leur passage. Heureusement que les gens ont retrouvé la foi car ils prient tous ensemble dans le monde entier en demandant pardon à Allah du mal qu’ils ont put faire. Les uns après les autres, ils meurent dignement comme si Dieu leur avait pardonné. Ils ne souffrent pas et meurent en paix avec leur âme. Les cuves où étaient stockées les armes chimiques se désagrégent les unes après les autres se mélangeant au peu de réserve d’eau restant sur la planète entraînant la mort de tous les gens voulant se désaltérer. Voyant toutes ses images de moins en moins nettes, je pense fort à Djamela : pourquoi attend-elle ? Il faut intervenir mais aucun moyen de la joindre. Les jours, les heures deviennent insoutenables devant tant d’horreur quand enfin l’instant tant redouté arrive. C’est elle qui a le courage, la force d’appuyer sur le bouton rouge pour mettre fin à ces souffrances. Et c’est ainsi que l’humanité périt, parce que l’Homme a lui même créé, sous une explosion de toutes les armes nucléaires en activité sur la planète, une explosion égale au fameux big bang, celui qui n’a jamais été élucidé par l’homme ; si tout cela n’était qu’une triste répétition ?

Les écrans d’un seul coup deviennent noirs. Plus d’image. Le silence est total. C’est la fin d’un monde qui pourtant était si beau comme un proverbe disait «  on perçoit le bonheur que lorsqu’on l’a perdu «. A travers mon micro, je demande à tous les gens présents de faire une heure de silence et de méditation pour tous ces gens qui n’ont pas eu la chance d’être avec nous et pour honorer leur courage devant la mort.  Tous font la promesse de méditer sur la possibilité d’un monde nouveau si nous avons la chance de revoir la terre un jour. A cet instant, j’ai un pressentiment très fort. C’est comme si Djamela était là prés de moi me disant Dieu nous a tous pardonné ; nous somme prés de lui et nous allons veiller sur vous. J’en fais part à l’assemblée qui applaudit après m’avoir entendu. Comme je l’avais demandé, nous allons faire abstraction pendant une heure pour les honorer et les remercier ainsi qu’Allah de sa bonté envers nous tous qui avons tant humilié, méprisé et trompé. Ils ont voulu le remplacer en voulant recréer l’homme et la femme alors que Dieu l’avait déjà fait ! On ne peut reproduire ce qui était la perfection et ce qui le restera à tout jamais pour les siècles à venir. A nous de méditer pour ne pas reproduire les mêmes erreurs et comprendre pourquoi cela est arrivé.

Les clones du poste de contrôle ont assisté à toute la scène car rien ne leur échappe. Eux-mêmes doivent comprendre pourquoi ils sont là et qui ils sont !

 

8.6      Le naufrage du sous-marin des notables

 

 

Mais pris par la densité et la force des événements, personne ne s’est occupé des dignitaires. En ne pensant qu’a leur personne, ils ont donné l’ordre à leur commandant de prendre la mer comme pour un dernier voyage. Ils ne pouvaient pas mieux dire. Ils ont pris le large mais depuis quand ? Comme ils n’ont prévenu personne, c’est difficile à dire. Les clones essayent de les contacter mais aucun signal ne leur parvient. L’un d’entre eux essaye, par une manipulation sur une vidéo qu’il a installée à leur insu à leur bord, de voir ce qui ce passe. Au bout de quelques minutes, des images apparaissent. La caméra est placée au poste de commandement. On voit le commandant donné l’ordre d’appareiller, ce qu’il fait. Ainsi ils font route vers  le nouveau monde car l’ordre donné par un des chefs d’état en accord avec ses homologues comme dans une sorte de croisière mais sans contact avec le Q. G. ils ne peuvent savoir ce qui se passe réellement à la surface.

Et pendant ce temps-là, ses messieurs et dames ne se soucient guère de leurs semblables. Ils n’ont aucun regret de ce qu’ils ont fait car eux plus que tous sont bien responsables de toutes ces catastrophes. A la question ont-ils une âme ? On peut douter ! Ils font la fête, s’adonnent au billard, au massage, au sexe, à la drogue, à l’alcool etc. Comme il y a toujours un juste retour des choses, au moment où ils font surface, ils montent sur le pont comme pour voir une dernière fois leur oeuvre. Or c’est à cet instant précis que l’élue d’Allah appuie sur le bouton. Et ainsi, ils périssent tous de leur propre main par ce qu’ils ont créé. Ainsi la justice divine s’est accomplie. Leurs dernières images sont l’explosion. Et oui, c’est ainsi que périrent les investigateurs de la déchéance humaine. Et pourtant, avec moins d’énergie, ils auraient pu respecter la loi divine. Mais pour cela, il fallait privilégier la spiritualité à la matière et non le contraire !

Nous voilà tous réunis et l’heure terminée, le responsable des clones nous demande d’écouter l’information et nous relate l’événement. Et là, tout en respectant la mort de ces êtres machiavéliques, pour tous les gens présents, c’est comme un soulagement. Nous savons tous qu’il faut respecter Allah et que celui qui triche est toujours puni, non par Dieu, mais par lui-même. Nous voilà seuls à présent face à notre destin. Nous avons résisté au cataclysme mais maintenant il va falloir rester en vie et méditer sur l’avenir, non pas le nôtre en particulier mais celui de ce monde nouveau qui un jour va renaître de ses cendres.

Les clones et les humains sont séparés. Ils sont là pour le bon fonctionnement de l’arche mais ils sont aussi les maîtres des lieux. Nous sommes en quelque sorte leurs hôtes. Ils nous surveillent en permanence et communiquent avec nous par l’intermédiaire des écrans vidéo. Ils vont essayer de comprendre à travers de nous ce qu’a pu être l’humain et pourquoi ils sont différents de nous. Sont-ils supérieurs ou inférieurs à nous ? L’avenir se chargera de nous le dire.

 

 

9         La quête spirituelle de l’Arche (2050-2150)

 

 

La vie quotidienne prend ses repères. Après moult réunions pour décider de la marche à suivre et quelle direction prendre pour former les hommes et les femmes de demain de ce monde nouveau, notre objectif est surtout de ne pas reproduire les erreurs du passé –auxquelles nous avons été confrontés et en partie aussi responsables malgré notre détachement. Nous étions considérés comme des marginaux sans être écouté sauf de la part de quelques brebis égarées qui nous considéraient comme des sages.  Notre vision de la vie était trop sage pour les gens attirés par le veau d’or.  Nous étions très peu nombreux et avions tous des convictions spirituelles et une réelle envie que ça marche, tous les paramètres étaient là pour aller à l’unisson vers Dieu.

Chacun occupe ses loisirs à regarder des archives relatant la vie sur notre mère à tous : la Terre. Mais qu’en avons nous fait ? Seul un peuple l’avait compris et pour cela ils l’avaient massacré. Une lettre écrite en 1854 en est la preuve la voici !  Le grand-père tire de sa poche la lettre d’un chef indien aux autorités américaines en 1854. Il lit à son petit-fils les paroles de ces êtres exceptionnels qu’étaient les Indiens d’Amérique : Nous avons examiné votre offre d’acheter notre terre, ça ne nous sera pas facile car elle est sacrée pour nous. L’eau est un sang qui court dans les torrents et les rivières et donc l’eau n’est pas que de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vendions notre terre, vous devriez vous souvenir qu’elle est sacrée et que chaque reflet fantomatique dans l’eau limpide des lacs parle des événements et des traditions qui ont marqué la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau, c’est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos soeurs ; elles épanchent notre soif, portent nos canoës et elles nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, il faudra vous en souvenir. Il vous faudra apprendre à vos enfants que les rivières sont nos soeurs et les vôtres. Et désormais vous devriez donner aux rivières la tendresse  qu’on accorde à toute soeur. L’homme rouge n’a cessé de reculer devant l’homme blanc comme la brume qui, derrière la montagne, fuit le soleil du matin. Mais les cendres de nos pères sont sacrées et leurs tombeaux sont des terres saintes pour nous. Et ainsi les collines, les arbres et chaque poignée de notre terre sont consacrés. Nous voyons bien que l’homme blanc ne comprend pas cette foi. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre puisqu’il est semblable à l’étranger qui se glisse dans la nuit pour voler à la terre ce qu’il désire. La terre n’est pas sa mère mais son ennemie et dés qu’il l’a asservie, il va plus loin et laisse derrière lui la tombe de son père et n’en a cure. Il vole la terre à ses enfants et s’en moque. Les tombeaux de ses ancêtres comme le patrimoine de ses enfants sont oubliés ; il traite sa mère la Terre comme son frère le ciel comme des choses pillables, corvéables et vendables au même titre qu’un mouton ou de la verroterie. Son appétit dévorera le monde ne laissant dans son sillage qu’un désert.

Je ne  sais pas, nos voies diffèrent par trop des vôtres. Le spectacle de nos villes blesse les yeux de l’homme rouge ;

– peut être est-ce parce que l’homme rouge peut être parce que l’homme rouge est, d’après l’homme blanc, un sauvage qui ne comprend pas. Dans les villes de l’homme blanc il n’y a pas de coin tranquille –nul endroit où l’on puisse écouter bruire les feuillages du printemps ou les froissements d’ailes des insectes mais peut être est-ce seulement parce que je suis un sauvage, un sauvage qui ne comprend pas. Le fracas me semble insulter les oreilles. Et qu’y a-t-il dans la vie d’un homme s’il ne peut écouter le cri solitaire d’un engoulevent ou les discussions des grenouilles la nuit autour d’un étang.

Je suis un homme rouge  et je ne comprends pas. L’indien préfère le bruit subtil du vent qui ride la surface d’un lac et l’odeur de l’air purifié par la pluie du midi ou parfumé par le pin pignon. L’air, l’air est précieux à l’homme rouge parce qu’il sait que toutes choses partagent le même souffle : la bête, l’arbre et l’homme tous partagent le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme chez un homme agonisant depuis de longs jours, son odorat semble engourdi par sa propre puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devrez savoir que l’air nous est précieux et qu’il partage son âme entre toutes les vies qu’il porte. Le vent qui a donné son premier souffle à notre grand-père a recueilli aussi son dernier soupir et il va donner l’esprit de la vie à nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, il faudra que vous la gardiez à  part, sacrée, comme un lieu ou même l’homme blanc pourra goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Donc, nous allons examiner votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidions d’accepter je poserai une condition : que l’homme blanc traite désormais les animaux de cette terre comme ses frères. Je suis un sauvage et je ne comprends aucune autre règle. J’ai vu mille bisons pourrir abandonnés là par l’homme blanc qui  les avait abattus au fusil par les fenêtres d’un train en marche. Je suis un sauvage et je ne comprends pas comment le cheval d’acier peut être plus important qu’un bison que nous ne tuons que pour rester en vie et seulement pour cela. Qu’est ce que l’homme sans les animaux ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’âme car tout ce qui advient aux bêtes advient bientôt à l’homme. Toutes les choses sont liées. Il faut apprendre à vos enfants que la terre qu’ils fouleront est faite des cendres de nos ancêtres afin qu’ils respectent la terre. Dites à vos enfants que la terre est riche des vies de notre peuple. Apprenez à vos enfants ce que nous avons toujours dit aux nôtres : que la Terre est notre mère. Ce qui advient à la Terre advient aux fils de la Terre.

L’homme, l’homme n’a pas tissé les fils de la vie. Il n’en est qu’un des brins. Les dégâts qu’il fait à la toile c’est à lui même qu’il les fait. Mais nous allons examiner votre offre d’aller dans la réserve que vous avez prévue pour mon peuple. Nous irons y vivre à part et en paix, peu importe d’ailleurs où nous passerons le reste de notre vie. Nos enfants ont vu leurs pères vaincus, nos guerriers ont ressenti la honte et depuis la défaite, ils passent leur temps à paresser contaminant leur corps de mets sucrés et de boissons alcoolisées. Peu importe où nous finirons nos jours, il en reste bien peu. Quelques heures de plus, quelques hivers de plus et aucun des fils des grandes tribus qui ont vécu sur cette terre et qui errent aujourd’hui par petites bandes dans les bois ne restera pour se lamenter sur le tombeau d’un peuple autrefois aussi puissant et plein d’espoir.

Pourquoi d’ailleurs devrais-je pleurer la fin de mon peuple ? Les tribus sont faites d’hommes et rien de plus. Et les hommes viennent et s’effacent. Comme les vagues de la mer. Même l’homme blanc, dont le Dieu parle et marche avec lui comme avec un ami, ne peut échapper au sort commun.

Mais sommes nous frères ? Peut-être après tout, on verra. Mais nous savons en tout cas ceci, ce que l’homme blanc découvrira peut-être un jour : notre Dieu est le même Dieu que le vôtre. Vous pouvez croire aujourd’hui qu’il est votre propriété exclusive tout comme vous voulez que la terre soit votre propriété mais ce n’est pas possible.

Il est le Dieu de l’homme et sa bonté envers l’homme blanc ou l’homme rouge est la même. Cette terre, ce monde lui sont précieux. Et faire mal à la Terre, c’est mépriser son créateur.

re sur notre Terre, pour que les générations futures dont tu  fais parti puissent vivre en harmonie mais on les a pris pour des demeurés, des ramollis du cerveau, des illuminés : quel dommage ! Aujourd’hui ils ont tous disparu, exterminés par les hommes blancs, comme pour dire qu’ils n’avaient jamais existé. Ces hommes blancs ont continué à détruire la Terre au détriment des lois de l’écosystème. Mon fils, même s’il t’en coûte, prends sur toi et participe par ton attitude à refréner l’inévitable déclin de nos civilisations.

Ces mêmes hommes blancs, des années plus tard et peu de temps avant la fin de ce monde, avaient rendu leurs terres au peu d’Indiens qui avaient survécu. Ils servaient d’attraction touristique et sans ressources, l’alcool les drogues avaient pris le dessus sur leurs cultures mais en étaient-ils responsables ? Le marché pour pouvoir survivre avait été celui là il leur avait fait signer un droit de déposer moyennant finance sur leur terre que l’on venait de leur restituer tous les déchets toxiques voire mortels pour une duré de cinquante années ! Quel cadeau empoisonné. Mais cela quand à grande pompe on leur avait restitué leur bien on avait oublié de le dire aux yeux du monde, mais cela n’aurait malgré tout rien changé car la fin était déjà programmée mais tout de même, il fallait que je vous le dise.

Chaque jour pendant quelques heures nous nous réunissons pour établir ce monde nouveau et nous projetons des idées chacun ayant le droit d’en formuler car aucun de nous n’avait plus de pouvoir qu’un autre. Volontairement comme nous l’avions décidé, nous étions tous égaux devant Allah. Les clones ne perdaient pas une miette de ce qui se disait. La première des décisions prises à l’unanimité fut de parler les mêmes langues. Après mure réflexion, conscients que l’unité des humains avant la fin fut la religion islamiste au travers du Coran, on décide que la langue choisie sera l’Arabe ainsi que l’écriture conforme à l’Islam. Le but était d’honorer celle qui s’était sacrifiée pour nous et qui avait réussi l’impossible grâce à Allah. Pendant des mois, chacun d’entre nous prit des cours pour le parler et l’écrire. Et comme si Allah avait reconnu ce geste, nous y sommes arrivés avec une certaine facilité. Il faut préciser que les clones en avaient fait de même à notre insu mais c’est mieux ainsi.

Les rêves de beaucoup sur terre deviennent alors une réalité ! Nous pouvons communiquer sans contrainte à l’unisson : une pure merveille, la première pierre de  ce monde nouveau venait de naître. Enfin plus besoin de casques pour entendre des traductions, avec cette voie synthétique pour interpréter la pensée de l’autre quel bonheur de comprendre les mots prononcés par chacun, plus de cachotterie et plus de médisance : le bonheur. Enfin nous allons pouvoir avancer main dans la main, seul la couleur de notre peau est encore différente mais nous sommes tous devenus des fils de Dieu. Les clones sont eux-mêmes émerveillés de voir enfin des hommes et des femmes devenir responsables et marcher à l’unisson, ce qui les change de tout ce qu’ils visionnent dans leurs archives et ils commencent à espérer un monde nouveau.

Les mois passent et nous continuons notre quête spirituelle. Le premier né conçu dans l’arche est un immense bonheur pour tous, il montre que la vie reprend ses droits. Qu’en est t’il de nos gardiens ? A cet instant, ils comprennent la différence entre eux et nous. Ils sont différents car eux ne peuvent pas se reproduire. LÀ est la différence entre l’être créé par Dieu et celui créé par l’homme s’il fallait encore une preuve que seul Dieu peut donner la vie ou la reprendre quand notre chemin est accompli ; tout être qui faillit à cette règle en vient à tuer ses propres enfants qu’il dit aimer.

Chaque jour nous progressons dans la seule quête spirituelle permettant à l’être que nous sommes de vivre en harmonie avec nous-même et de nous aimer. Cela est très difficile, eh oui, respecter la vraie vie est très dur car nous devenons notre propre arbitre et notre propre juge et donc nous apprenons à penser aux conséquences avant d’agir pour éviter les pénalités.

Notre but est de devenir l’instrument du divin. C’est cela que nous n’avions pas compris dans l’ancien monde ou peu de gens l’avaient entrevu. Notre corps n’est qu’une enveloppe pour pouvoir communiquer entre nous. Il faut se laisser guider par la force qui nous habite qui n’est autre qu’une particule de Dieu. Chacun de nous ici présent en possède une partie et chaque partie est complémentaire. Seule la totalité à l’unisson représenterait Dieu et voilà le travail qui nous est confié. Et à force de dialogue, nous nous comprenons de plus en plus, par télépathie, vibration, intuition, lévitation, voyage astral. Tous les uns après les autres, nous échangeons notre savoir pour essayer de n’être plus qu’un. Nous apprenons à contrôler nos émotions, nos pulsions, nos passions, notre haine, notre amour et notre sexualité en prenant le meilleur des découvertes jamais dévoilées par les gardiens du temple. Ils les avaient maintenues secrètes pour pouvoir mieux manipuler les gens alors que s’ils avaient compris que celui qui sait et qui a la force doit aider le faible à devenir fort ou doit alors le protéger jusqu’à ce qu’il soit lui-même au même niveau. Nul ne doit cependant assister un être plus faible sinon il le rend dépendant et en fait un esclave. Le savoir se partage, il s’offre et en aucun cas ne se vend. Chacun devient guérisseur, le temps de l’emprise de la maladie. La maladie est la représentation mentale de notre médiocrité et de notre lâcheté, de notre faiblesse, de notre perversion, de notre irrespect de la vie et de ses lois immuables. Jusque là, l’être qui est plus avancé spirituellement peut aider l’autre à se recharger et à retrouver l’osmose avec son âme qui est rejetée depuis des millénaires par toutes les institutions conscientes de leur lacune et de la limite de leur savoir.

Au fil des années, les clones s’émerveillent de la progression de tous ses êtres si différents les uns des autres et de leur faculté d’être à l’unisson. Quand ils visionnent des cassettes d’enregistrement des années auparavant, ils constatent à leur grand étonnement que l’emprise des années sur leur apparence humaine ne progresse que très lentement et que certains même avaient, comme par enchantement, rajeunis. Les uns avaient atteint déjà les cent dix ans sans que, depuis notre arrivée, chose étrange ou, pour certains, surnaturelle, il n’y ait eu aucune mort à signaler jusque là alors que chez les clones plusieurs d’entre eux avaient déjà disparu, étrange n’est-ce pas ?

Une chose admirable à mes yeux est que la différence d’age ne fait pas de clan comme sur terre. Chacun occulte l’enveloppe pour ne percevoir que l’âme qui est en chacun d’entre nous. Mais ne crois pas que cette recherche nuit au bonheur, bien au contraire elle mène au nirvana, à l’Eden. Nous devenons spectateurs de la vie et nous ne vivons que pour trouver la paix intérieure tout en vivant non pas pour l’émotion que cela procure mais pour vivre. Entre les séances de travail, chacun s’occupe de façon diverse : littérature, échec, musique, peinture, art martiaux, méditation, rien n’est impossible et tout est à la portée de tous. Le doute n’existe plus mais plus on avance, plus il y a de chemin à parcourir. Mais quelle plénitude, quelle paix intérieure, quelle osmose entre le corps, l’esprit et l’âme qui ne font qu’un!

Les naissances se multiplient et les années passant, tous ses enfants qui baignent dans cet univers de paix et de sérénité deviennent, dés leur plus jeune age, des maîtres. Ils nous émerveillent et nous renvoient le reflet de nous même. Quel bonheur et quel regret ! Car au travers de ses enfants pour les anciens, nous percevons la responsabilité que nous avions vis à vis de nos enfants sur terre ; nous les disions médiocres, fainéants, bons à rien. Toutes les calamités de la terre venaient d’eux, nous étions les gentils ils étaient les méchants. Quelle mascarade ! Ils n’étaient rien d’autre que le reflet de nous mêmes.

Cela nous montre que nous sommes en bonne voie et que nous avons une seconde chance de vivre un jour les pieds sur terre et de ne pas reproduire les mêmes erreurs que nos semblables. Mais qui avait eu tort ? Qui avait commencé ? Ne revenons pas sur le passé : il ne doit servir que de repère pour ne pas reproduire les mêmes erreurs ; il nous faut non pas croire en la fatalité mais assumer nos responsabilités. Nous sommes là non pas pour «  farnienter « de manière passagère «  après le déluge «. Chacun d’entre nous a en effet une mission et doit l’accomplir avec fierté et combattre pour atteindre le but de sa vie et offrir celle-ci à Dieu notre père à tous et c’est ainsi qu’un monde nouveau pourra naître.

Les mois et les années passent. Chacun d’entre nous évolue à l’unisson. Quel bonheur ! Quelle harmonie ! Pourtant, un jour l’un d’entre nous pose la question : «  Mais pourquoi ? « Il nous propose de regarder tous ensemble toutes les religions ayant existé quand nous étions sur la terre ferme et pourquoi cela avait entraîner autant de guerres de religion, de morts au nom de Dieu, d’Allah. C’est ce que nous faisons aussitôt. Tout y passe : la Thora, la Bible, le Coran… Au bout de plusieurs mois de réflexion, nous décidons à l’unanimité que tous ces écrits ont été créé par l’imagination des hommes et en aucun cas la parole de Dieu, dans le but de manipuler l’humanité à des fin matérialistes car chacune de ses religion étaient en effet archi milliardaire alors que ses ouailles vivaient dans la pauvreté et se saignaient, donnaient la sueur de leur front pour alimenter tout ces gens de savoir qui avaient oublié l’humilité, le partage au nom de Dieu.

Donc nous décidons à l’unanimité qu’à ce jour, nous serons tous agnostiques et que la vraie foi est en nous. Nul besoin de temples, d’objets sacrés. Seuls les païens avaient besoin de ses artifices. La règle de vie sera, si nous avons la chance de revenir à la surface, de s’aimer soi-même, de se respecter, de se tolérer, de partager, de respecter la nature dans sa totalité, d’élever nos enfants dans le respect, de refuser les richesses sauf celle de l’esprit, chaque être humain étant responsable de sa destinée. Les uns sont complémentaires des autres sans qu’aucun groupe quel qu’il soit ne se forme pour éviter de reproduire les erreurs du passé. Personne ne sera ni inférieur, ni supérieur à l’autre car chacun, nous sommes une partie de Dieu. Ainsi nous sommes notre propre arbitre, nous réfléchissons avant d’agir et en évaluons les conséquences, pour ne pas nuire à nos semblables nous ne le faisons pas. Ainsi chaque jour nous grandissons et nous sommes fiers d’être enfin devenus des fils de Dieu lui seul étant supérieur à nous.

Les années passant, les clones meurent les uns après les autres. Ayant suivi notre évolution au jour le jour, ils font appeler les plus jeunes d’entre nous. Jamais personne n’avait encore pu accéder à leur poste de commandement.  Pourtant, cette fois-ci le groupe prend l’ascenseur et accède à leur niveau. Une fois dans la salle de contrôle, ils sont étonnés de ne voir qu’une dizaine de personnes et qui plus est, des vieillard d’environ une centaine d’années pour la plupart d’entre eux. L’un d’entre eux nous demande d’approcher et de nous asseoir. Il nous explique qu’il a été émerveillé par notre évolution, et qu’a présent il peut nous rendre notre liberté car nous sommes devenus capables d’assumer nos responsabilités et que nous ne reproduirons pas les erreurs du passé. Surtout il raconte avoir voulu recréé l’Homme comme Dieu l’avait crée il pouvait se reproduire et s’il faisait le chemin que nous avons fait, il ne vieillit que très lentement. Il n’est jamais malade et peut maîtriser son mental conscient, inconscient et subconscient. Alors qu’eux avaient été clonés par des hommes irresponsables, ils étaient des hommes ou femmes ne pouvant se reproduire et vieillissant anormalement étant des morts n’ayant qu’un savoir cérébral et non spirituel. Le chef apparemment nous dit que tous les autres sont morts et qu’eux n’en sont pas loin et qu’ils vont donc les former pour pouvoir faire fonctionner l’arche et accéder à toutes les commandes et aux données qu’ils ont récupérées sur vidéo depuis notre arrivée ici.

Quelques années s’écoulent et les uns après les autres, les clones meurent. Cela nous fait tout drôle car nous n’avions encore jamais vu de mort. Nous voilà à présent seuls maîtres à bord. Nous pouvons tous accéder à l’intégralité de la base. Depuis quelques temps, chacun d’entre nous a une sensation de bonheur et de plénitude intense comme si un événement important devait se produire.

En effet, un matin, quelques heures après s’être réveillé, une femme va accoucher d’un instant à l’autre. Comme à chaque naissance, c’est pour tous une immense joie et un événement attendu. Dans le même temps on dirait un tremblement de terre, des bruits intenses, de la glace qui se brise au-dessus de nos têtes. Chacun d’entre nous reste serein. L’enfant vient au monde : c’est une fille. Le papa la prend dans ses mains et tend les bras au ciel. Et à cet instant, un rayon de soleil vient éclairer son bébé. J’en ai des frissons dans le dos car moi seul savait ce qui c’était passé des décennies auparavant sur l’élue de Dieu : Djamela. J’en suis sûr. Elle vient de se réincarner !

Alors, l’arche se met à bouger, à trembler. Cela donne l’impression de monter. Mais c’est plus qu’une impression. L’arche monte vraiment vers la surface. La lumière est de plus en plus forte, au bout de quelques heures, nous sommes en surface. La glace fond à une rapidité incroyable sous l’effet des rayons du soleil. Nous voilà enfin les pieds sur notre Mère la Terre et cela grâce à une pluie de météorite qui est tombée juste au bon endroit. Dieu nous a pardonné. Les jeunes qui n’ont jamais rien vu sauf sur écran sont émerveillés et nous sommes sidérés de voir que toute trace du passage destructeur de l’homme ait disparu. Dieu nous a rendu notre Terre libérée de toute impureté. C’est l’Eden, les oiseaux, les arbres et les rivières tout est là et c’est si beau. Sommes-nous capables de mériter son pardon ? Je pense que oui.

Nous voilà repartis pour un monde nouveau. Au fur et à mesure que nous nous éloignons de l’arche qui nous a permis de vivre, les glaces se referment sur elle ainsi que sur les deux sous-marins comme pour les protéger, pour garder surtout les secrets qu’ils détiennent, mais aussi pour effacer le passé de nos mémoires. Nous pouvons ainsi partir à la découverte de la vraie vie, et peut-être un jour, qui sait, de quelqu’un.